C’est pas si grave !

Une comédie qui file à cent à l’heure, où un petit arrangement avec la vérité vire à la belle pagaille.

Le Théâtre des Gémeaux, dans sa grande salle du Dôme, offre durant le Off une joyeuse démonstration des talents de Louise Colette. Dans sa nouvelle comédie C’est pas si grave, tout part d’une erreur de diagnostic dont est victime un ami du médecin qui cherche alors à sauver la face. Mais rien ne se passe comme prévu. La situation s’aggrave, une spirale infernale se met en place et finit par emporter tout le monde. Le public devient très vite le complice ravi de ces mensonges en cascade.

Louise Colette possède un art rare, celui d’écrire des comédies vraiment tous publics, où la mécanique de précision n’exclut jamais une part de folie. On songe à Feydeau et à la grande tradition du boulevard, mais l’autrice y ajoute une vivacité de ton et une façon très contemporaine de faire monter l’emballement. Le sujet, peu banal, tient de la faute professionnelle transformée en champ de mines domestique. Marc a menti, il ment encore, il ment toujours, et chaque tentative pour réparer creuse un peu plus le trou. De cette logique implacable naît un rythme soutenu qui ne connaît pas de temps mort.

On retrouve ici la patte très efficace d’Olivier Macé à la mise en scène. Homme de plateau aguerri, à qui l’on doit le triomphe de Ladies Night, couronné aux Molières, et plus récemment En attendant Albert de Patrick Meney à La Scène Parisienne, il connaît le prix d’une porte qui claque au bon moment, d’un silence tenu une seconde de trop, d’une entrée qui fait basculer une scène. Sa direction d’acteurs cherche la clarté avant l’effet, elle laisse respirer les comédiens tout en maintenant la tension du quiproquo. Rien ne surcharge, tout sert le crescendo, et le spectateur suit la partition sans jamais perdre le fil, ce qui, dans un genre aussi périlleux, relève d’un vrai savoir-faire.

La distribution réunit quatre interprètes qui jouent ensemble avec une générosité et une précision qui font beaucoup au plaisir de la soirée. Amélie Etasse apporte à son personnage une énergie nerveuse, une présence vive, un sens très juste de l’affolement qui donnent d’emblée du mouvement à l’ensemble. Nicolas Van Bereven, dans le rôle du médecin pris au piège de sa propre faute, compose un personnage crédible, fébrile, de plus en plus débordé par la machine qu’il a lui-même lancée. Mikael Fasulo, lui, s’empare de son rôle avec un abattage remarquable et un sens du tempo qui emporte la salle. Quant à Tchavdar, il impose une virtuosité de jeu, une présence décalée, une manière de pousser la situation jusqu’à son point d’incandescence qui déclenchent les applaudissements. Chacun, à sa place, trouve sa couleur, son rythme, son éclat, et l’on sent que Louise Colette a su ménager à chacun un véritable espace de jeu. Cette belle cohésion d’ensemble n’empêche pas deux numéros de bravoure, signés Mikael Fasulo et Tchavdar, de soulever un enthousiasme tout particulier dans le public.

Au fond, C’est pas si grave rappelle une vérité que la comédie répète depuis des siècles, le mensonge est un travail à plein temps, et la vérité, tôt ou tard, présente sa note. Le spectacle ne prétend pas donner de leçon, il préfère l’ivresse du dérapage contrôlé, cette jubilation particulière que l’on éprouve à voir des personnages s’enfoncer avec panache. On sort de la salle du Dôme le sourire aux lèvres, avec le sentiment d’avoir passé une heure et demie en excellente compagnie. Dans le tumulte du Off, où tant de propositions se disputent l’attention, en voici une qui tient sa promesse, faire rire franchement et donner envie d’y revenir.

Philippe Escalier – Photo ©Frédérique Toulet


C’est pas si grave ! de Louise Colette. Mise en scène d’Olivier Macé. Avec Tchavdar, Amélie Etasse, Mikael Fasulo et Nicolas Van Bereven. Scénographie d’Olivier Prost, lumières d’Eric Schoenzetter, costumes d’Amélie Robert, musique de Frédéric Chateau, collaboration artistique de Muriel Michaux. Théâtre des Gémeaux, Salle du Dôme, Avignon. Tous les jours à 21 h 20, durée 1 h 25, du 4 au 25 juillet 2026, relâche les 8, 15 et 22 juillet.

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