Siegfried au Théâtre des Champs-Élysées avec Yannick Nézet-Séguin

Le chef d’orchestre poursuit son odyssée wagnérienne avec un Ring en version de concert qui confirme, à mi-parcours, la justesse d’une lecture attentive aux équilibres, à la transparence des pupitres et à la respiration du chant.

Il aura fallu quatre ans à Yannick Nézet-Séguin et à l’Orchestre philharmonique de Rotterdam pour franchir les trois premières étapes de « L’Anneau du Nibelung ». Après « L’Or du Rhin » en 2022 et « La Walkyrie » en 2024, ce dimanche 19 avril 2026, le Théâtre des Champs-Élysées accueillait « Siegfried », troisième volet de la Tétralogie. Œuvre charnière que Richard Wagner abandonne en 1857 pour composer « Tristan et Isolde » puis « Les Maîtres Chanteurs », avant d’y revenir sept ans plus tard, cette deuxième journée porte en elle la synthèse des audaces harmoniques qui bouleverseront l’opéra tout entier.

Dès le prélude, Yannick Nézet-Séguin installe une tension sourde, tramée par les timbales et les contrebasses, que les cuivres rotterdamois nuancent avec une souplesse étonnante. Son geste, d’une précision chambriste, respire avec les chanteurs et privilégie la transparence des pupitres. À l’acte II, les Murmures de la forêt s’élèvent comme une miniature ciselée, hautbois, clarinette et cordes graves tissent un paysage diaphane, attentif au moindre souffle. Partout, l’attention portée aux solistes confine à l’écoute chambriste ; les tuttis eux-mêmes, rutilants, n’écrasent jamais les voix.

Dans le rôle-titre, Clay Hilley déploie une endurance de véritable Heldentenor et tient la distance sans faiblir, dardant un aigu lumineux lors de la forge de Notung. Ya-Chung Huang campe un Mime vif, ciselé, dont la rouerie se colore d’une humanité authentique. Le Wanderer de Brian Mulligan, noblement phrasé, fait résonner toute la douleur intime de Wotan, face à un Alberich de Samuel Youn qui mord et griffe avec une âpreté saisissante. Wiebke Lehmkuhl offre à Erda un contralto minéral, venu des profondeurs, tandis que Soloman Howard prête à Fafner une basse caverneuse, d’une ampleur souveraine. Julie Roset, en Oiseau de la forêt, dessine un chant ailé d’une pureté confondante. Appelée en remplacement de Tamara Wilson, la soprano britannique Rebecca Nash aborde Brünnhilde avec un timbre ample et un engagement qui embrasent le duo final, porté par un orchestre incandescent.

Dépourvue de toute mise en scène, (parfois c’est heureux !), la soirée n’en fut que plus habitée : chaque chanteur, par le seul regard, par un jeu de gestes et la tension du corps, donnait chair au drame. Quatre heures d’une intensité ininterrompue, saluées par une longue ovation. Rendez-vous est déjà pris pour « Le Crépuscule des dieux ».

Philippe Escalier

« Siegfried » de Richard Wagner, deuxième journée de « L’Anneau du Nibelung ». Avec Clay Hilley (Siegfried), Ya-Chung Huang (Mime), Brian Mulligan (Wanderer), Samuel Youn (Alberich), Rebecca Nash (Brünnhilde), Wiebke Lehmkuhl (Erda), Soloman Howard (Fafner) et Julie Roset (Oiseau de la forêt). Orchestre philharmonique de Rotterdam, direction Yannick Nézet-Séguin. Théâtre des Champs-Élysées, 15 avenue Montaigne, 75008 Paris. Dimanche 19 avril 2026, 18 h.

TranscenDanses et les Productions Albert Sarfati : douze saisons au sommet

Il y a quelque chose d’assez remarquable dans l’aventure des Productions Internationales Albert Sarfati : celle d’une maison de production privée qui, depuis plus de soixante-quinze ans, aura su traverser les époques sans jamais trahir l’exigence artistique qui est sa raison d’être. Fondée en 1948 par Albert Sarfati, imprésario visionnaire qui parcourut l’Europe, le Japon et la Russie pour y rassembler les formations les plus prestigieuses, l’agence prit un nouveau visage en 1992, à la disparition de son fondateur, lorsque son épouse Lily Sarfati et ses filles Cathy et Vony en reprirent la direction. Ce qui aurait pu marquer une rupture devint au contraire une relève exemplaire. Aujourd’hui, les Productions Internationales Albert Sarfati, connues sous le sigle PIAS, combinent trois activités complémentaires : production de spectacles, management artistique et tournées internationales, avec pour partenaires privilégiés le Théâtre des Champs-Élysées, la Philharmonie de Paris, Carnegie Hall et le Lincoln Center de New York. Cette présence simultanée sur les deux rives de l’Atlantique dit assez l’envergure d’une maison qui, depuis sa fondation, n’a jamais confondu la rigueur avec l’étroitesse.

C’est dans cet esprit qu’en septembre 2014, Vony Sarfati lance TranscenDanses au Théâtre des Champs-Élysées : une série chorégraphique entièrement conçue, financée et produite par un opérateur privé, dans un paysage parisien pourtant déjà très riche en offres subventionnées. Le défi était réel. Il a été relevé avec éclat. Douze saisons plus tard, le bilan est éloquent : quarante-cinq spectacles présentés, deux cent cinquante représentations, quelque trois cent cinquante mille spectateurs, vingt-quatre compagnies internationales, trente-cinq chorégraphes, quarante-cinq danseurs solistes invités. Ces chiffres, pour impressionnants qu’ils soient, ne disent qu’une partie de l’histoire. L’autre partie tient à la qualité constante d’une programmation qui a su mêler, sans jamais les hiérarchiser, grandes formations mondialement connues et compagnies émergentes, répertoire consacré et création contemporaine. Jirťí Kylián, Mats Ek, William Forsythe, Akram Khan, Crystal Pite, Angelin Preljocaj, Roland Petit, John Neumeier, Ohad Naharin, Martha Graham, figurent parmi les chorégraphes célébrés par la série. Du côté des interprètes, Sylvie Guillem, Nicolas Le Riche, Mathieu Ganio, Hugo Marchand, Tamara Rojo, Eleonora Abbagnato ou Dorothée Gilbert y ont successivement enchanté les soirées avenue Montaigne. TranscenDanses s’est ainsi imposée comme l’un des rendez-vous incontournables de la danse à Paris, s’intégrant avec une cohérence naturelle aux côtés des grands acteurs publics du spectacle vivant, de l’Opéra national de Paris au Théâtre national de Chaillot.

La douzième saison, celle qui pachève ce premier cycle, s’achève en juin 2026 sur une soirée particulièrement chargée de sens : le Dutch National Ballet rend hommage à Hans van Manen, figure majeure de la danse néoclassique et contemporaine européenne, récemment disparu, dans un programme conçu comme un geste de mémoire collective autant que comme un acte artistique de plein exercice.

Dans l’éditorial qui accompagne le bilan de ces douze saisons, Vony Sarfati souligne avec conviction que le spectacle vivant reste, à l’heure du tout-numérique et de l’intelligence artificielle, un espace de liberté que rien ne saurait remplacer, l’un des derniers lieux où l’authenticité et l’émotion s’éprouvent directement, dans une communion sans intermédiaire entre les artistes et le public. C’est cette conviction, portée depuis l’origine par les Productions Internationales Albert Sarfati, qui aura fait de TranscenDanses bien davantage qu’une simple série chorégraphique : un acte de foi dans la puissance irréductible du corps en mouvement.

Philippe Escalier

Frédéric Ruiz, jeune compositeur au service de l’image

Saxophoniste de formation initiale et compositeur spécialisé dans la musique à l’image, Frédéric Ruiz représente cette nouvelle génération de créateurs français qui conjuguent exigence artistique et polyvalence professionnelle. Son parcours s’inscrit dans une tradition d’excellence qui l’a mené du Conservatoire de Bordeaux au prestigieux Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, tout en cultivant une fascination précoce pour les grandes partitions hollywoodiennes.

Dès ses débuts musicaux, le jeune artiste manifeste un intérêt marqué pour l’univers de la musique à l’image, se nourrissant des œuvres de compositeurs emblématiques tels que Jerry Goldsmith, Michael Giacchino, Thomas Newman ou encore Mychael Danna. Cette attirance pour le dialogue entre son et image structure l’ensemble de sa formation et définit sa trajectoire professionnelle.


Le parcours académique de Frédéric Ruiz témoigne d’une formation rigoureuse et progressive. Au Conservatoire de Bordeaux, il obtient ses premiers prix dans trois disciplines fondamentales : le saxophone, l’écriture et la formation musicale. Cette triple compétence lui confère dès l’origine une maîtrise technique qui dépasse la simple pratique instrumentale pour embrasser les dimensions théoriques de la musique et la composition.
Cette solide base bordelaise lui ouvre les portes du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, institution phare de l’enseignement musical français. Il y poursuit un cursus spécialisé en écriture, orchestration et musique à l’image, couronnant cette formation par l’obtention d’un master en écriture. Cette expérience parisienne lui permet d’affiner ses techniques de composition tout en développant une compréhension approfondie des codes narratifs propres au cinéma et à l’audiovisuel.

Un jeune homme en pull jaune se tenant devant une clôture blanche, avec un regard pensif.


La carrière de Frédéric Ruiz se caractérise par une remarquable diversité de projets qui témoigne de sa capacité d’adaptation et de son ouverture aux différents formats de la création audiovisuelle. Il compose notamment pour de nombreux courts-métrages d’animation issus d’écoles prestigieuses comme Gobelins à Paris ou CalArts aux États-Unis, mais également pour des courts-métrages de fiction. Cette collaboration avec les écoles d’animation les plus réputées lui permet de travailler avec de jeunes réalisateurs prometteurs et d’explorer des univers graphiques variés.
Son activité s’étend également au domaine publicitaire, où il signe des compositions pour des clients aussi divers que l’Opéra de Paris ou des campagnes commerciales. Cette polyvalence reflète sa conviction profonde que la diversité stylistique enrichit le langage musical et stimule constamment le renouvellement créatif. Le compositeur affirme d’ailleurs que son apprentissage varié des différents styles musicaux et son amour pour l’image le poussent à réinventer continuellement son écriture pour s’adapter aux exigences narratives qui lui sont proposées.


Au-delà de son activité de compositeur, Frédéric Ruiz participe activement à la vie culturelle dédiée à la musique de film. Il prend part à divers événements consacrés à la promotion de cet art, notamment le Festival Sœurs Jumelles ou le festival Musique et Cinéma à Marseille. Ces engagements témoignent de son désir de contribuer à la reconnaissance et à la valorisation d’un genre musical encore parfois considéré comme mineur dans les sphères académiques traditionnelles.
Des collaborations institutionnelles de premier plan
Depuis 2023, Frédéric Ruiz développe des collaborations significatives avec des ensembles spécialisés dans le répertoire cinématographique. Il signe des arrangements et des orchestrations pour l’orchestre Curieux, formation dynamique de quinze jeunes musiciens professionnels qui se distingue par son approche moderne et accessible de la musique narrative. Cet orchestre, fondé en 2019 et dirigé par Daniel Sicard, se consacre notamment aux œuvres de John Williams et Hans Zimmer, proposant des concerts immersifs mêlant instruments acoustiques, sound design et sonorités électroniques.
Parallèlement, il compose pour Cinephonia, chœur semi-professionnel événementiel spécialisé dans les musiques de films et de jeux vidéo. Cette formation chorale a notamment participé à des productions d’envergure comme les concerts symphoniques de Joe Hisaishi consacrés aux films du Studio Ghibli ou les ciné-concerts du Seigneur des Anneaux dans les plus grandes salles françaises et européennes. Ces collaborations permettent à Frédéric Ruiz de confronter son écriture aux exigences de la grande forme orchestrale et chorale.

Portrait d'un jeune homme souriant portant un pull jaune, avec un fond flou de verdure.


Plus récemment, le compositeur franchit une nouvelle étape professionnelle en collaborant avec Microïds, éditeur français de jeux vidéo reconnu. Il signe la partition d’un jeu vidéo dont la sortie est attendue prochainement. Cette incursion dans l’industrie vidéoludique témoigne de sa volonté d’explorer tous les territoires de la musique interactive et narrative, domaine en pleine expansion qui offre aux compositeurs des possibilités créatives inédites.


La démarche créative de Frédéric Ruiz repose sur une conception profondément artistique du rapport entre l’image et le son. Il évoque régulièrement cette fascination pour le dialogue intime entre ces deux dimensions et pour la beauté qui en résulte. Cette sensibilité particulière le conduit à considérer chaque projet non comme une simple illustration sonore, mais comme une véritable rencontre esthétique où la musique enrichit la narration visuelle tout en conservant sa propre cohérence expressive.
Sa formation de saxophoniste, instrument au timbre particulièrement expressif, transparaît sans doute dans sa recherche constante de couleurs orchestrales singulières et dans son attention portée aux nuances. Cette double identité d’instrumentiste et de compositeur lui confère une compréhension intime des possibilités techniques et expressives de chaque pupitre orchestral.


Un jeune artiste prometteur dans le paysage français

Un homme en chemise à carreaux et t-shirt blanc se tient sur un mur de briques, avec des immeubles modernes en arrière-plan et un ciel bleu.


À l’heure où la musique à l’image connaît un regain d’intérêt en France, tant auprès du public que des institutions culturelles, Frédéric Ruiz incarne cette génération de compositeurs français formés aux standards internationaux tout en conservant un ancrage solide dans la tradition musicale hexagonale. Son parcours témoigne de la vitalité de l’école française de composition pour l’image, longtemps éclipsée par les productions anglo-saxonnes mais désormais reconnue pour son excellence et sa créativité.
La diversité de ses collaborations, qui embrassent aussi bien l’animation étudiante que la publicité, les concerts événementiels que le jeu vidéo, révèle un artiste en construction permanente, refusant de se cantonner à un seul registre. Cette approche protéiforme, loin de disperser son talent, semble au contraire nourrir une écriture musicale capable de s’adapter aux contraintes les plus variées tout en conservant une identité propre.


Frédéric Ruiz s’inscrit ainsi dans le sillage de compositeurs français qui ont su imposer leur signature dans l’univers exigeant de la musique narrative, tout en développant une carrière qui ne cesse de s’enrichir de projets nouveaux et ambitieux. Son parcours, encore jeune mais déjà substantiel, laisse présager des réalisations futures de grande envergure dans un domaine où la France cultive désormais une ambition internationale.

Texte et photos : Philippe Escalier

Concert Yves Levêque à la salle Gaveau

Le 23 novembre 2025, le concert de l’Orchestre Colonne à la Salle Gaveau permettra aux mélomanes d’entendre, en présence du compositeur, « Ariana, le temps suspendu », le concerto pour piano d’Yves Levêque, interprété par Caroline Fauchet.

Un parcours singulier entre tradition et éclectisme


Yves Levêque naît le 29 janvier 1948 à La Guerche-de-Bretagne. Son héritage familial musical est éloquent, un aïeul qui chanta comme baryton sur la scène de l’Opéra de Paris et une mère pédagogue du clavier. Au Conservatoire de Rennes, le jeune homme accumule les disciplines : clavier, cordes, vents, rythmique, théorie musicale et harmonie. Cette formation classique nourrit un tempérament d’artiste protéiforme, tour à tour pianiste, violoniste, compositeur, arrangeur et chef d’orchestre.


Sa carrière le conduit d’abord vers la chanson d’auteur, couronnée en 1982 par le premier Prix de la Chanson Francophone. Il explore ensuite la musique de film et la mise en scène de spectacles musicaux, du grand opéra rock « La Révolution Française » aux adaptations des « Misérables » ou de « Cats ». Mais c’est en 2019 qu’une commande inattendue fait basculer sa trajectoire : celle d’un générique pour une série télévisée narrant le destin d’une jeune pianiste prodige confrontée à la mafia lui inspire l’idée d’un concerto pour piano.

Née de cette étincelle narrative, l’œuvre baptisée « Ariana » se déploie en trois mouvements structurés selon la tradition classique. L’inspiration puise dans le répertoire des grands maîtres romantiques, particulièrement Rachmaninov, avec une écriture qui allie vigueur orchestrale et lyrisme, moments intimes et éclats spectaculaires. Créé en novembre 2022 à la Salle Colonne sous la baguette du compositeur, le concerto en do mineur s’impose rapidement dans les compétitions internationales. Les distinctions pleuvent : World Classical Music Awards, World Grand Prix Music Contest, Royale Music Compétition, Franz Schubert International Music Compétition. L’enregistrement réalisé avec la pianiste Caroline Fauchet et l’Orchestre Colonne paraît en janvier 2024 chez Indésens Calliope Records et suscite l’enthousiasme de la critique spécialisée.

Deux artistes posent ensemble sur scène, l'un en costume noir et l'autre en robe noire, avec un éclairage tamisé en arrière-plan.

Une soirée placée sous le signe de l’éclectisme français

Pour cette soirée du 23 novembre, Yves Levêque a conçu un programme où son œuvre dialogue avec un florilège de pages françaises du XIXᵉ siècle. Le public découvrira l’Ouverture de la Princesse Jaune de Saint-Saëns, le Clair de Lune de Debussy orchestré, le Pizzicato extrait de Sylvia de Delibes, les Pavanes de Fauré et Ravel, le Galop infernal d’Offenbach et des pages choisies de Carmen de Bizet. La pianiste virtuose Caroline Fauchet sera au clavier, sous la direction de Julien Leroy, entourée de l’Orchestre Colonne, de la mezzo-soprano Carine Chassol et des chœurs Oya Kephale. Un rendez-vous exceptionnel qui promet de révéler la vitalité d’une écriture contemporaine nourrie aux sources du grand romantisme. Un rendez-vous auquel tout mélomane voudra répondre présent !

Philippe Escalier

Affiche de concert pour "Ariana" avec l'Orchestre Colonne, présentant un concerto pour piano d'Yves Léveque, le 23 novembre 2025 à la Salle Gaveau, et soutenant la lutte contre la mucoviscidose.

Récital de Jan Lisiecki au Théâtre des Champs-Élysées

Technique irréprochable, sensibilité rare, intériorité du jeu et clarté de phrasé, Jan Lisiecki, pianiste canadien d’origine polonaise, reconnu pour sa maturité et sa profondeur d’interprétation, sait mettre en valeur les nuances les plus subtiles des œuvres qu’il aborde.
Très tôt, il s’est imposé comme l’un des interprètes les plus expressifs et raffinés de sa génération. Signataire d’un contrat avec Deutsche Grammophon à l’âge de 15 ans, il a depuis développé une discographie, notamment autour de Chopin, Schumann, Beethoven et Mendelssohn.

Son récital à Paris autour des Préludes de Chopin, Brahms et Rachmaninoff mais aussi Bach, Szymanowski, Messiaen et Górecki s’inscrit dans la lignée de ses récentes explorations de ce genre. Il a d’ailleurs présenté un programme similaire acclamé au Carnegie Hall de New York en mars 2024, où sa performance a été saluée pour sa capacité à offrir une lecture nuancée et « multicolore » des préludes, notamment ceux de Chopin. Quelques mois plus tard, le 18 juillet 2024, c’est ce même programme qu’il donne à entendre à Londres, lors de son récital à Wigmore Hall faisant à nouveau la démonstration de sa virtuosité de de sa maîtrise remarquable de la forme brève.

Après l’avoir ovationné à la Seine Musicale le 30 novembre 2023 où il a interprété le concerto de Grieg avec le Hr-Sinfonieorchester Frankfurt, sous la direction d’Alain Altinoglu, les parisiens auront la joie de retrouver Jan Lisiecki au Théâtre des Champs-Élysées. Le 7 juin 2025, nous sommes invités à une immersion dans un univers sonore où chaque pièce, bien que courte, ouvre des horizons émotionnels profonds. Sa sensibilité et son approche nuancée promettent une soirée unique de musique introspective et lumineuse.

Philippe Escalier – Photo © Ksawery Zamoyski

https://www.theatrechampselysees.fr/

Vladimir Kornéev chante Dalida

Théâtre des Gémeaux Parisiens

Les 28 et 29 avril 2025 le chanteur Vladimir Kornéev donnera un concert autour de Dalida au Théâtre des Gémeaux Parisiens. Une occasion unique de découvrir un jeune artiste prometteur à la carrière internationale déjà bien amorcée. Avec lui, nous revenons sur sa trajectoire et ses premiers pas sur une scène française.

Vladimir Kornéev est né en Géorgie. À cinq ans, la guerre l’oblige à quitter son pays. Ses parents s’installent à Berlin. Une période difficile que sa carrière artistique lui permet de dépasser : pour cet apatride, la scène est devenue sa patrie. « Mon enfance a été marquée par de nombreux traumatismes et jusqu’à 17 ans, il m’était difficile de parler du fait d’un bégaiement assez prononcé. Le piano d’abord, plus tard le chant et le théâtre m’ont permis de guérir ce défaut. La musique a toujours été mon moyen d’expression le plus profond. Mais elle a été plus que cela en vérité, elle m’a permis de survivre et de surmonter toutes les difficultés. Sur scène, je me connecte à mon public, je peux respirer, je suis apaisé. C’est un point commun avec Dalida que ce besoin de trouver un foyer et une sécurité sur scène. »

C’est à Berlin où il vit qu’il lance, entre 2014 et 2019, ses trois premiers albums récitals, avant de faire, en 2021, ses débuts au Canada avec l’orchestre Philharmonique du Québec. En 2023, les Allemands découvrent son nouveau concert « Le Droit d’aimer » qui deviendra pour la France, l’année suivante, « La Vie en Piaf ».

La venue à Paris de Vladimir Kornéev est d’abord le fruit de sa collaboration avec son manager, Lionel Lavault, un parisien habitant à Montréal. « Il m’a découvert sur You Tube où il a vu mon concert « Youkali » autour de Kurt Weill. Il m’a contacté. Il travaille avec la grande chanteuse Ginette Reno, ce qui m’a permis de donner un très beau concert avec elle. Notre duo intitulé « Le bon côté du ciel » a connu le succès et a rapidement atteint le statut de disque de platine après sa sortie. » Cette étape importante dans sa carrière est aussi l’aboutissement d’une passion pour la langue française et les deux grands noms de la chanson que sont Edith Piaf et Dalida, si présentes dans son parcours. Un choix essentiel pour lui ayant motivé l’envie d’apprendre le français. Il le parle aujourd’hui couramment, comme le russe, l’allemand et l’anglais.

Vladimir Kornéev travaille avec les producteurs Les Lucioles. « Nous avons eu la chance de trouver Les Gémeaux qui ont le double avantage d’avoir une tradition de théâtre et une salle convenant parfaitement à mon spectacle. Je suis acteur et mon spectacle de chant est bien sûr mis en scène. J’ai beaucoup travaillé les arrangements avec Jean-Félix Lalanne ainsi que la création d’un fil dramatique : atmosphères, transitions, ambiance. Les textes et récits entre les chansons, je les ai écrits avec le scénariste berlinois Paul Schulz. Je conçois toujours mes concerts comme un film ! ». Une vision toute particulière mais si naturelle pour un artiste qui est aussi un excellent acteur. Nous avons pu le voir à l’écran à plusieurs reprises, notamment dans la série Netflix « L’Impératrice » où il incarne le tsar Alexandre II.

Vladimir Kornéev confie que Dalida est pour lui bien plus qu’une chanteuse. « C’est une immense actrice ayant vécu entre la lumière et l’ombre qui incarne chaque émotion avec une intensité incroyable. Ses chansons portent une vérité universelle sur l’amour, l’espoir, la solitude aussi et ce, même quand elle est dans un style disco. Elle fait vibrer quelque chose en moi que je ne peux pas expliquer. Avec ce spectacle, je ne rends pas seulement hommage à son héritage, je réponds à un appel intérieur profond qui m’a conduit vers sa musique. « Je suis malade » est la toute première chanson française que j’ai apprise, et la première version que j’ai entendue est celle de Dalida. Ce fut le moment où j’ai compris ce que je voulais faire dans ma vie, être un chanteur qui par sa voix et ses interprétations déclenche chez les autres toutes les émotions que j’ai moi-même ressenties. »

Les deux soirées aux Gémeaux Parisiens seront une occasion unique d’entendre et de découvrir Vladimir Kornéev. En attendant ses prochaines dates en France qui ne manqueront pas de venir très rapidement.

Philippe Escalier – Photo © Lisa Reider

https://www.vladimirkorneev.com

Tangueada – Mosalini-Teruggi Cuarteto

Théâtre de la Ville

Après avoir ébloui le Théâtre des Abbesses en décembre 2024 et avant de partir en tournée, le Mosalini-Teruggi Cuarteto vient fêter ses dix ans d’existence en présentant « Tangueada » leur 3eme et tout nouvel album à Paris. On ne pouvait rêver plus bel anniversaire !

Entre créations originales et interprétations des classiques, Juanjo Mosalini (bandonéon) et Leonardo Teruggi (contrebasse) incarnent ce que le Tango contemporain produit de meilleur. Ces dignes héritiers de Hilario Durán, Alberto Ginastera et d’Astor Piazzolla ont su apporter à leur musique des influences d’autres pays d’Amérique Latine ou de l’univers du jazz. Un mariage aussi réussi que celui qu’ils ont voulu célébrer dans ce troisième album entre le Tango et la musique de chambre française avec Romain Descharmes au piano et Sébastien Surel au violon.

Cet ensemble qui n’aurait pas à rougir devant les meilleures formations classiques, nous laisse à entendre les sonorités les plus envoutantes et les plus vives que le genre puisse produire. Le raffinement et la sensualité de cette musique, traditionnelle et moderne à la fois, emporte le public sur des chemins jamais pratiqués jusqu’alors. Ce voyage musical, agrémenté d’un narratif, d’une remarquable sensibilité, construit autour de l’Histoire du Tango vu par le Quatuor Mosalini-Teruggi est exceptionnel en tous points. Cette expérience unique permet de redécouvrir le Tango dans ce qu’il a de plus original et de plus beau. De la grande musique assurément !

Philippe Escalier

Affiche pour le concert de Mosalini Teruggi Quartet, intitulé 'Tangueda', mettant en avant l'élégance du tango argentin. Dates et lieux des concerts listés en bas.

Christian Hohn, baryton de « Rêves »

Ses récitals du 17 mai et du 14 juin 2024 sont l’occasion de découvrir Christian Hohn, un jeune baryton, allemand de naissance et parisien d’adoption. Avec lui, nous sommes revenus sur son parcours et le programme des deux soirées sur le thème du rêve, données au Studio L’Accord Parfait à Paris.

Vous avez déjà donné quelques représentations « Träume- Rêves ». Quand et comment ce récital est-il né ?

Nous l’avons créé en février 2023 à Mons dans une salle prêtée par l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie. J’ai rencontré ma collègue et désormais amie, la pianiste Katia Weimann en 2017 sur « Les Noces de Figaro ». L’entente entre nous est parfaite, ce qui est indispensable dans ce genre de concert, où chanteur et pianiste sont si proches. Le fait de travailler ensemble depuis longtemps est précieux.

Au moment de composer notre programme, nous nous sommes donnés beaucoup de libertés. Nous voulions exposer nos deux cultures, Katia étant française même si son nom sonne aussi allemand que le mien, avec des œuvres qui font partie de notre panthéon commun, autour du thème du rêve au sens large (la nuit, l’espoir, la nostalgie). Nous avons rassemblé douze compositeurs, dont Strauss, Brahms, Ravel et Debussy pour dix-sept mélodies qui concrétisent parfaitement le mariage de la musique et de la poésie.

À quand remonte ce désir de chanter ?

Cela m’est tombé dessus un peu sur le tard. Je n’ai pas grandi avec la musique classique pour laquelle j’avais certains a priori comme cela arrive souvent. J’ai toujours eu une passion pour le chant qui se matérialisait à travers la soul ou le jazz. Le déclic se fait en arrivant à Paris en 2010, où j’ai déménagé en même temps qu’une amie chanteuse qui venait y faire ses études. J’ai pu alors assister à ses concerts, découvrir le chant lyrique, ressentir les sensations et les émotions apportées par la voix. À ce moment-là, je faisais un master en médiation culturelle qui devait me permettre de travailler pour la scène. D’évidence, c’était une façon de me cacher derrière mon vrai rêve : être sur scène et chanter.

Portrait d'un homme au regard sérieux, portant un pull en V de couleur rouge, devant un fond flou.

Après avoir sauté le pas, quelles formations avez-vous suivies ?

J’ai commencé à prendre des cours dans les conservatoires d’arrondissement à Paris. J’ai fait ensuite un cycle spécialisé au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris. J’ai suivi une formation au Pole Lyrique d’Excellence de Lyon avec Cécile De Boever qui a été mon enseignante pendant plusieurs années.

Après ce parcours, j’ai rencontré mon professeur, Neil Semer pour des cours privés ponctuels mais intensifs. Ces formations destinées à des professionnels sont particulièrement utiles quand il s’agit d’aborder un nouveau répertoire ou un nouveau rôle. C’est avec Neil Semer que je me suis préparé à interpréter en août prochain le comte Almaviva dans « Les Noces de Figaro » avec le Lyric Opéra Studio de Weimar. Par ailleurs, je suis aussi des cours à l’Arcal, une compagnie ayant fondée La Jeune Scène Lyrique où sont données des masters class sur des thématiques précises.

Comment envisagez-vous votre progression vocale future ?

Aujourd’hui, on se spécialise moins qu’autrefois. Il est de plus en plus indispensable d’être polyvalent, sans pour autant bruler les étapes. De fait, certains compositeurs comme Verdi ou Puccini demandent une certaine maturité et, de par l’importance des parties orchestrales, exigent une ampleur vocale, sans parler des capacités à jouer des personnages et à se glisser dans des mises en scène pouvant être exigeantes.

Mais concrètement, j’aimerais aborder prochainement des rôles tels que Silvio dans « Pagliacci » (Leoncavallo) ou encore Marcello dans « La Bohème » (Puccini). Les rôles que je rêverais de chanter dans quelques années seraient plutôt Germont dans « La Traviata » (Verdi), Valentin dans « Faust » (Gounod) ou encore le rôle-titre dans Hamlet (Thomas).

Portrait d'un homme avec une chemise en denim, regard fixe et expression sérieuse, sur fond flou.

Pendant un récital où la proximité avec le public est grande, que ressentez-vous ?

Chaque concert est différent. Je n’ai jamais éprouvé deux fois la même chose. Je ressens beaucoup l’énergie de la salle qui, par définition, varie selon le public.

Seul devant le piano, on se sent comme mis à nu. Le récital est dépourvu de dimension théâtrale et on est là pour partager une musique douce et très intime. Dans notre programme, figurent quatre airs d’opéra mais ensuite, ce sont des mélodies ou des lieder. Le chanteur est plus un conteur qu’un personnage et forcément cette intimité permet un moment de partage toujours très intense. 

Propos recueillis par Philippe Escalier – Photo concert : © Sylvain Crasset – Portraits signés © Gilles Erard

Pascal Amoyel : musique au cœur

Pascal Amoyel a consacré une part de sa vie de pianiste virtuose à des spectacles de théâtre musical lui permettant d’aller, d’une autre façon, à la rencontre de son public. Quand le pianiste devient conteur, ce sont les grands moments de la vie de ses compositeurs favoris qui nous sont dévoilés. « Le Pianiste aux 50 doigts » évocation de la vie de son maître, Georges Cziffra, permet de découvrir, dans un moment de partage fort et intimiste, le destin hors du commun d’un immense interprète, l’un des plus grands pianistes du XXème siècle. Avec Pascal Amoyel, nous sommes revenus sur un spectacle qui nous a bouleversé et qui fait le bonheur du public du Théâtre Montparnasse*.

Pouvez-vous nous dire quelques mots à propos de votre rencontre avec Georges Cziffra ?

Mon premier rendez-vous a eu lieu en 1984 lorsque j’avais une douzaine d’années. Je suis allé à la Fondation à Senlis (à la Chapelle Royale Saint-Frambourg que Georges Cziffra a fait restaurer ndlr) et en Hongrie où il donnait des master class. Et puis j’ai eu la chance qu’il me propose des cours privés qui étaient des séances d’une richesse extraordinaire qui me permettaient de me recentrer sur la musique mais aussi sur moi-même. Georges Cziffra parlait assez peu de musique. Il jouait et il était tellement en lien avec son instrument que ce qui ressortait c’est que l’on était porté par un souffle qui vous enveloppait et qui faisait que vous ne pouviez plus ressentir les choses différemment.

Parmi vos points communs, j’ai noté que, comme lui, vous aviez joué dans des cabarets !

C’est vrai. J’ai joué dans les cabarets de Montmartre pour gagner ma vie. C’était à la fois sympathique pour les moments d’intimité avec les gens et puis aussi pas très enthousiasmant sur le plan musical, même si, au final, c’était assez formateur.

Il y a beaucoup d’émotions durant tout votre spectacle. En sortant, l’on peut même observer à quel point le public est touché. Sur scène, comment ressentez-vous cette ambiance si particulière ?

Ce qui me touche beaucoup c’est le silence et la qualité de l’écoute. J’essaie de dire les choses de la façon la plus simple et la plus juste possible. Je suis très concentré mais je ressens l’écoute du public, j’entends qu’il est avec moi dans une sorte d’unité. Au fond, quand on parle à une salle toute entière, quand il y a une écoute aussi profonde, sur scène, on est aussi dans un état de réceptivité totale qui donne une énergie considérable. Ces moments de plénitude on ne les retrouve nulle part ailleurs. 

Un musicien jouant du piano sur scène, avec des reflets de lumière projetés en arrière-plan.

Comment et pourquoi sont nés les magnifiques spectacles de théâtre musical que vous nous donnez régulièrement ?

Au départ, avec le comédien Jean Piat que j’ai eu la chance de connaitre, je faisais des concerts autour de la correspondance de Franz Liszt et Marie d’Agoult. Je me suis rendu compte que le public mélomane était curieux de découvrir certains des aspects les moins connus de la vie des compositeurs et que cela pouvait aussi intéresser ceux qui voulaient aller à la rencontre de la musique. Un jour, avec mon épouse, la violoncelliste Emmanuelle Bertrand, nous avons découvert les témoignages passionnants de deux musiciens qui ont réussi à survivre à Auschwitz grâce à la musique. Il nous a paru indispensable de les faire connaitre. Ce que nous avons fait à travers « Le Block 15, ou la musique en résistance » donné notamment aux « Jeunesses Musicales de France ».En 2010, on m’a appelé pour me dire qu’à l’occasion de l’ouverture de l’auditorium Cziffra à La Chaise-Dieu, festival qu’il avait créé, l’on souhaitait que je lui rende hommage. Je ne me voyais pas faire un discours, donc fort de ma première expérience avec « Le Block 15 », j’ai créé les prémices de ce spectacle. Je n’imaginais pas que même transformé, il vivrait toujours quinze ans après. En racontant les principaux épisodes de la vie de Cziffra, j’aborde la thématique de l’artiste sauvé par son art. La musique lui a servi de refuge et l’a chaque fois ramené à son humanité. Georges Cziffra était un homme d’une gentillesse et d’une bienveillance absolue. Il fait partie de ces grands hommes dont on connait souvent mal le destin, tout comme Franz Liszt, la première immense star de l’Histoire qui déplaçait les foules et les têtes couronnées et qui à 35 ans s’arrête en pleine gloire en disant qu’il veut rester chez lui pour composer. Ou encore Beethoven, le sujet de mon précédent spectacle. Autour de ces génies, il est toujours intéressant de se pencher sur le pourquoi de la création, question qui nous renvoie à une dimension philosophique et spirituelle du monde et qui nous aide à vivre et à réfléchir sur notre propre condition. Ce que j’ambitionne de faire, c’est moins de montrer la beauté des œuvres que de dire ce qui me touche à travers elles. C’est ce que je ferai aussi dans mon prochain spectacle qui aura lieu, probablement en 2024 au Ranelagh autour de Chopin.

Vous êtes toujours resté fidèle à Christian Fromont pour la mise en scène !

Oui, avec lui, c’est une longue histoire, il était déjà présent comme coach d’acteur sur le « Block 15 ». Depuis, il a mis en scène tous mes spectacles. Pour la petite histoire, pour Cziffra, je lui avais dit que je voulais contacter un acteur. Sa réaction a été que cela n’avait pas de sens et que j’étais le seul à pouvoir raconter ce que j’avais vécu. Je lui en sais gré, en effet, c’est beaucoup plus naturel comme ça ! Preuve qu’il est à mes côtés dans toutes mes folies, il m’a même accompagné dans « L’Étrange concert » qui navigue entre magie et musique que j’ai fait pour satisfaire ma passion de la magie et du mentalisme.

Comment partagez-vous votre temps entre concerts et spectacles ?

Il m’arrive, en effet, d’être un pianiste normal comme ce sera le cas, début février pour les « Folles Journées » de Nantes où je donne un concert. Il se trouve que j’y reprendrais aussi le spectacle « Le jour où j’ai rencontré Franz Liszt ». Mon activité se partage donc entre concert et spectacle. J’apprécie cette diversité : j’ai toujours envié les acteurs qui investissent un lieu où ils sont comme chez eux pendant plusieurs semaines alors que, pour nous musiciens, les lieux sont différents, les instruments qui nous y attendent aussi. Les spectacles me permettent cette appropriation d’un théâtre, d’un instrument, d’une acoustique, tout en m’investissant sur une certaine durée. Même si cette année, en novembre, avec le festival « Notes d’automne » que j’organise au Perreux-sur-Marne, j’ai dû faire pas mal de navettes. Être sur scène du 28 septembre au 31 décembre, avec parfois cinq représentations par semaine, n’en demeure pas moins un marathon qui exige beaucoup d’endurance, physique et mentale. Mais l’histoire de Cziffra est si importante pour moi que j’éprouve toujours le même plaisir : quel que soit le nombre de représentations, être sur scène pour parler de lui est toujours un moment unique !   

Philippe Escalier

*« Le Pianiste aux 50 doigts » est actuellement à l’affiche au Théatre Montparnasse (grande salle) les jeudis et vendredis à 20 h, les samedis à 17 h et 20 h et les dimanches à 17 h 

Pascal Amoyel, quelques dates de tournée 2024 :

23 janvier à 20 h 30 : Fosses, « Une leçon de piano, avec Chopin »

1er février : La Folle journée de Nantes, « Le jour où j’ai rencontré Franz Liszt »

6 février : Cognac, « Une leçon de piano, avec Chopin »

13 février : Soyons, « Une leçon de piano, avec Chopin » 

15 février à 20 h 30 : Privas, « Looking for Beethoven » 

1er mars : Le Chesnay, « Looking for Beethoven » 

4 mars : Paris, « Une leçon de piano, avec Chopin »

6 mars 2024 à 20 h : Courbevoie, « Une leçon de piano, avec Chopin »

17 mars : Versailles, « Duel », avec Dimitris Saroglou

24 mars 2024 à 20 h 30 : Coppet (Suisse) « Une leçon de piano, avec Chopin » 

28 mars 2024 à 20 h : Meaux, « Looking for Beethoven »  

18 avril 2024 à 21 h : Pont-St-Esprit, « Looking for Beethoven »  

10 mai 2024 à 20 h : La Trinité sur Mer, « Looking for Beethoven » 

Affiche promotionnelle pour le spectacle 'Le Pianiste aux 50 Doigts' au Théâtre Montparnasse, célébrant les 30 ans de la disparition de Georges Cziffra. Le design est en rouge avec des illustrations d'un pianiste et des critiques élogieuses.

GANGWOLF Mozart Stand Up

Studio Hébertot

Une approche de Mozart étonnante faite par un pianiste qui marie parfaitement la musique et l’humour. Un moment frais et plein de surprises. On adore !

La courte vie de Mozart est passionnante. Mais ce n’est pas ce qui fait l’intérêt du spectacle écrit par le pianiste François Moschetta et sa femme Camille. L’exploit de ce stand up tout particulier réside dans le regard à la fois très personnel et très original que les deux auteurs posent sur le compositeur. Un récit didactique serait un peu inutile. Une description uniquement musicale manquerait de sel. Il fallait quelque chose de plus décapant ! Pour ce jeune duo doué, la vie de Mozart est avant tout matière à un résumé plein de vie, éminemment moderne, pimenté de savoureux anachronismes nourrissant quelques parallèles avec l’époque que nous vivons. Ce récit est oxygéné et ponctué par des démonstrations musicales courtes mais virtuoses qu’autorise le talent pianistique de François Moschetta. S’il nous régale au clavier, ce musicien se révèle être un acteur, sa présence sur scène fait merveille, l’attention du spectateur est captée dès la première seconde pour ne plus se relâcher. Dans ce spectacle pétillant, subtil, construit pour le public et avec le public, notre artiste se paie le luxe de nous faire danser les premières notes d’un menuet. Rarement l’amour de la musique aura été aussi bien partagé que dans ce show si vivant, si touchant dont on peut parier qu’il aurait reçu l’agrément du facétieux et divin Mozart lui-même.

Philippe Escalier photo © Anne Bied

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