Looking for Beethoven

Looking for Beethoven : le cri d’amour de Pascal Amoyel

L’histoire des principales sonates de Beethoven par le pianiste Pascal Amoyel au Ranelagh est un pur enchantement. Car ce récit musical palpitant, loin des sentiers battus, est aussi l’occasion de découvrir un authentique portrait, subtil, émouvant et terriblement attachant du compositeur. Un moment d’une rare intensité !

« Looking for Beethoven » est avant tout une histoire d’amour. Un amour profond qui a pourtant failli ne jamais exister. Peut-être parce qu’aimer le maître de Bonn était une chose trop évidente, Pascal Amoyel au début de sa carrière, songe d’abord à s’en éloigner quelque peu pour se consacrer à d’autres compositeurs. Quand le hasard lui fait entendre un jour une mélodie légère, d’une infinie beauté qui le trouble, il découvre, à sa grande surprise, qu’elle est de Beethoven. Désireux de tout connaître de lui, il décide alors de se plonger à corps perdu dans les partitions et dans les livres pour effectuer un véritable travail de détective afin de découvrir toutes les clés de sa musique et de son existence. Le spectacle qu’il nous offre est le résultat d’années de travail, de recherches et de passion.

Grand pianiste, Pascal Amoyel l’est assurément. Ce que « Looking for Beethoven » nous fait découvrir maintenant, c’est qu’il est aussi un immense comédien venu, avec sa douceur, sa simplicité et sa sincérité, nous dire quel homme était le père des trente-deux sonates et des neuf symphonies. Sa proximité avec lui est telle qu’il peut nous en parler comme d’un ami ayant partagé sa vie ! Les innombrables détails factuels et sonores apportés vont nous permettre de construire le portrait le plus précis et le plus intime du compositeur, nous allons entendre que le grand homme que l’on disait colérique, asocial (et il l’était) s’avère avant tout un profond humaniste, marqué d’abord par une enfance malheureuse puis par la pire calamité qui pouvait le frapper, sa surdité. Le récit qu’entreprend pour nous Pascal Amoyel, entrecoupé d’extraits musicaux interprétés avec virtuosité, nous fait découvrir toute la profondeur de l’homme marqué par le génie, qu’un feu sacré habitait. Sa vie, tous ses espoirs et ses douleurs sont exprimés dans sa musique, chaque note est porteuse de sens. Mozart chantait, Beethoven pensait nous murmure Pascal Amoyel venu démontrer, avec son piano, que le génie, tout handicapé qu’il était, vivait dans son siècle, passionnément, voulant plus que tout mettre son œuvre au service du triomphe des Lumières et de la liberté.

Dans la magique salle boisée du Ranelagh, le public, envouté, subjugué, suit cette merveilleuse évocation dans un silence religieux. Pascal Amoyel lui présente « son » Beethoven et la magie opère au point qu’il devient aussitôt le notre. Nous voici emportés dans un maelström d’émotions fortes. Comment rester de marbre en entendant que l’auteur de « Fidélio », pourtant habitué à la solitude et au malheur, n’a jamais songé qu’à une chose : créer de la joie pour la faire partager aux hommes ? Cette joie dont l’hymne est devenue celle de tous les européens ! Et lorsque qu’arrive le dernier mot et la dernière note, il nous faut de longues minutes pour nous résigner : le spectacle et, plus encore, cette rencontre, viennent de prendre fin. Mais « Looking for Beethoven », ce moment unique, restera longtemps gravé dans nos mémoires !

Philippe Escalier

Théâtre Ranelagh : 5, rue des Vignes 75016 Paris
Du mercredi au samedi à 20 h 45 et dimanche à 17 h – 01 42 88 64 44

La Traviata

La Traviata de Guiseppe Verdi à l’Opéra Garnier : un massacre subventionné !

La Traviata qui vient de débuter à l’Opéra Garnier est affligée d’une mise en scène si horrible, si débilitante et vulgaire que l’on en est en droit de se demander comment de telles productions peuvent voir le jour au sein de l’Opéra Garnier ?

En préambule, nous serons d’accord pour affirmer que l’on ne peut pas plaire à tout le monde et que l’on est autorisé à dépoussiérer les œuvres. Ici, nous ne sommes plus dans le domaine artistique mais dans ce qu’il est convenu d’appeler « le grand n’importe quoi », au delà de ce qu’il est permis de faire à la fois pour respecter l’un des plus beaux opéras du monde et … le public, vous savez, ces gens qui paient (cher) pour voir un spectacle !

Tout commence avec un horrible masque représentant les yeux fermés d’une femme occupant tout le devant de la scène. L’orchestre entame l’ouverture, cette belle, douce et délicate musique de Verdi et le plateau commence à tourner. Il sera actionné très souvent au cours de la représentation. Le souci est qu’il fonctionne en faisant des gros grincements très audibles. L’on n’est plus à Garnier mais dans un ancien moulin à grains. Mais ce n’est pas tout !

Sur un énorme écran, le metteur en scène essaie de nous raconter qui est l’héroïne, une sorte de « Traviata pour les Nuls ». Pour cela il utilise FaceBook, des mails, des messages, des photos. En caractères aussi énormes que les ficelles qu’il emploie.
Ensuite, pour que nous comprenions que Violetta a des soucis d’argent, il affiche un relevé de banque, (j’ai reconnu ceux du Crédit Agricole), tout en rouge, (difficile de surligner davantage des choses évidentes), puis des lettres recommandées informant la malheureuse du dépassement de son découvert. Large signature du directeur de la banque, bien visible, au bas des mises en demeure. Seule la photo de l’huissier nous a été épargnée. Mais ce n’est pas tout.

Au bout de trente cinq minutes, arrive un premier entracte … de 25 minutes.
Reprise : l’on se retrouve dans une boite de nuit, l’on y fait des selfies, l’on boit et l’on prend du poppers. Tout en haut d’une pyramide de verres, un barman se contorsionne et s’acharne désespérément sur une bouteille de champagne. C’est idiot, mais c’est encore ce qu’il y a de mieux dans ce que nous avons vu. Tel Siegfried parvenant seul à retirer l’épée du chêne, Alfredo vient à bout de l’objet récalcitrant et singeant un vainqueur de formule 1, l’agite et arrose la foule ! Plus tard, assis à une table, notre héros déboucheur de bouteilles s’affaire sur un ordinateur. Projeté sous nous yeux, toujours de façon énorme, une page Windows sur laquelle s’effectuent des opérations répétitives, permettant de modifier grossièrement les plans d’un appartement. La pollution visuelle est à son maximum mais l’on reste ébloui par une telle imagination ! Le plateau tournant, toujours lui, toujours bruyant, nous fera aussi découvrir, un énorme Kebab appelé Paristanbul. Après l’un de ses grands airs, Traviata, prise soudain d’une grosse faim, part précipitamment en emportant l’une de ses délicieuses préparations. Mais ce n’est pas tout.

Pour que nous ayons bien à l’esprit que la demoiselle Valery, après le champagne s’est repliée à la campagne, nous avons quinze minutes de chant avec une vache sur scène. Une vache ! Il se trouve que comme beaucoup, j’aime les animaux. La pauvre bête, tenue par une personne de dos, (son propriétaire ?), doit rester immobile, mais à moment donné, l’étourdie, peut-être pour marquer son agacement devant ce qu’elle voit, donne un coup de sabot très sonore dans un seau en inox devant servir à la traite. L’on a une boule au ventre en pensant que l’animal va devoir assister, lui, à toutes les représentations. Ce n’est pas humain ! Mais ce n’est pas tout !

Arrive la grande fête où se noue le drame. Vous allez voir arriver des personnages grotesques certains avec d’énormes godemichets collés à l’entrejambe mais aussi sur la tête ou sur les oreilles pendant que le grand cube émetteur des subtiles vidéos à la force évocatrice sans équivalent (!) nous inflige des dessins au laser représentant des actes de copulation, sexe en érection et en action. L’on pense alors au sage gamin de sept ou huit ans présent dans notre loge et que sa maman a amené découvrir l’œuvre de Verdi. L’une des plus belles du répertoire.

Il y aurait encore beaucoup à dire. Nous ne sommes ni contre des mises en scène modernes (même si elles n’ont pas notre préférence), ni contre certaines audaces ou libertés. Encore faut-il un sens esthétique et une logique qui font totalement défaut à l’actuelle Traviata de Garnier. Le « travail » de Simon Stone, puisqu’il s’agit de lui, nous a fait penser dans sa pitoyable simplicité à ces enfants qui viennent vers vous en criant « pipi-caca » avant de repartir en courant. Mais au moins ces bambins sont-ils attendrissants et ont-ils l’excuse de l’âge. Les mélomanes vont sortir sidérés de Garnier et l’on serait bien en peine de trouver une seule excuse au travail bâclé, destructeur et pour tout dire pathétique que nous venons, hélas, de voir !

Philippe Escalier

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Toi, tu te tais

Toi, tu te tais, le spectacle avignonnais d’un Narcisse tourné vers les autres

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Avec Toi, tu te tais, Narcisse nous dit sa conviction que la poésie est l’instrument idéal pour dénoncer les dérives du monde moderne et vanter les mérites d’un humain, fait de chair et de sens, à travers un spectacle fort et innovant.

Si l’on vous dit que Toi, tu te tais dénonce les excès dus à l’ère moderne et en particulier à l’informatique, n’allez surtout pas croire que vous allez revenir, l’espace d’une représentation, au temps des calèches et de la bougie. C’est tout l’inverse puisque ce moment de poésie est construit avec les technologies les plus avancés, utilisées pour construire un mur fait de multiples écrans vidéos (neuf au total) avec lesquels Narcisse joue tel un magicien, nous embarquant dans un grand voyage textuel et visuel, magnifique moment d’éveil des consciences
Tout commence avec un coup de dé. Non celui qui jamais n’abolira le hasard, comme le disait si bien Mallarmé, mais l’outil de la couturière, à qui l’on impose son côté soumise et sage de femme au foyer. Versifiant, jouant beaucoup sur les allitérations, s’appuyant sur l’image, Narcisse dénonce la pudibonderie, la censure, la vie par le seul truchement des téléphones, le charabia indigeste des spécialistes en marketing ou encore, l’impact nocif de la télévision. Thèmes classiques me direz-vous ? Le traitement, lui, est résolument innovant et ce spectacle d’une infini précision, millimétré, promène le spectateur dans les champs immenses et fertiles des possibles, du rêve et de la liberté. Appelant à la rescousse quelques-uns de grands noms qui ont su défendre cette dernière par des actes, des textes ou des chansons, favorisant toujours l’indépendance, et l’autonomie de l’individu par rapport aux phénomènes de masse. Ceux-là même qui croient que la vie doit être vécue sans barrière et non uniquement par le seul truchement de réseaux sociaux disant vouloir l’agrégation mais vendent avant tout consommation, ségrégation et l’isolation.

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Avec beaucoup de calme, un joli sens de la formule, accompagné par Gaétan Lab, guitariste talentueux n’hésitant pas à se déchaîner par moment, Narcisse décline son programme tournée vers la tolérance et le libre arbitre. Percutant, sensible, nous offrant un final en forme de magnifique pirouette, ce sera bien le dernier à qui nous aurons envie de dire : Toi, tu te tais !

Texte et photos Philippe Escalier

Théâtre de la Luna : 1, rue Séverine 84000 Avignon
Lundi à 13 h – 04 90 86 96 28

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Lili Cros et Thierry Chazelle font l’Olympia

© Philippe_Escalier_DSC_5689 copieAprès dix années de scène, ces deux magiciens de la chanson ont imprimé leur marque et créé un magnifique univers. Ils vont fêter une décennie de concerts à l’Olympia le 18 mai 2019 et offrir, pour l’occasion, le meilleur d’un répertoire à la fois poétique, facétieux et pour tout dire, unique !

Pour eux, tout a commencé en 2008. En pleine introspection, ils décident de prendre leurs guitares et de casser leur tirelire pour aller participer au festival de la chanson de Tadoussac, au Québec. Bien leur en a pris ! Le succès est immédiat, ce qui n’étonne nullement l’auteur de ces lignes qui lui, les a découvert, bien plus tard, les yeux émerveillés et les oreilles réjouies, sur la scène du théâtre des Quartiers d’Ivry. Parmi leurs innombrables qualités artistiques, la première chose évidente est qu’avec un naturel et une simplicité touchantes, leur permettant ce contact si proche et si fort qu’ils ont avec le public, ils nous offrent un vrai spectacle, d’une incroyable densité, multipliant les surprises, les trouvailles scéniques et les textes les plus originaux et les plus variés.
Leur répertoire, aux multiples sources d’inspiration, va notamment vous inviter à la désopilante visite d’un sex-shop, vous présenter le concept jubilatoire, aussi moderne qu’absurde, de la chanson française… en anglais, avant de vous embarquer dans un irrésistible moment d’amour, non sans vous avoir auparavant donné tous les conseils pour éviter ce désastre : la rencontre avec l’âme sœur ! Entre temps, Lili, qui vocalise avec une aisance redoutable, vous aura dévoilé sa passion ravageuse pour un certain Clint Eastwood. Les thèmes choisis sont mis en relief grâce à leur façon si particulière et si poignante de les traiter, tant sur le plan musical que littéraire, ce dernier qualificatif étant parfaitement adapté à la qualité de leurs écrits. À chaque note, à chaque chanson, sans effort, avec légèreté, nos deux artisans de grand talent marquent de leur patte authentique et sensible ce spectacle chanté et dansé qui nous emporte. Chacune de leur interprétation nous plonge dans une atmosphère différente, nous donnant l’impression d’assister à une série de clips captivants, tant l’inventivité est forte, tant ils parviennent avec justesse à incarner leurs mots superbes et généreux, épaulés en cela par les idées de mise en scène de Fred Radix et François Pilon « Clown Vulcano ». Les deux compères, en parfaite harmonie avec le couple, font merveille. Comme si cela ne suffisait pas au bonheur ambiant, notre duo a un humour qui ne laisse rien passer, dévoilant un regard aigu sur notre quotidien, mais toujours avec une infinie tendresse. Dans la vingtaine de chansons que comporte leur répertoire actuel, avec beaucoup de modestie et de douceur, ils nous offrent un peu de leur vision du monde et elle fait plaisir à entendre. N’en doutez surtout pas, avec eux, le quotidien, qu’il soit rose ou gris, prend des allures extraordinaires !
Lili Cros et Thierry Chazelle ont déjà décroché de nombreuses récompenses, ils n’attendent plus aujourd’hui que cette consécration : votre visite à l’Olympia. Avec eux et en chansons, vous ferez un voyage dont vous garderez longtemps le souvenir émerveillé!

Texte et photos Philippe Escalier
L’Olympia : 28, boulevard des Capucines 75009 Paris
Samedi 18 mai 2019 à 20 h
http://www.olympiahall.com – 0 892 68 33 68

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São Paulo Dance Company, Uwe Scholz, Marco Goecke, Joëlle Bouvier

São Paulo Dance Company, chorégraphies de Uwe Scholz, Marco Goecke et Joëlle Bouvier, Théâtre National de la Danse, Chaillot

DSC_6333À les voir à l’œuvre sur scène comment ne pas regretter qu’il s’agisse de leur tout premier passage à Paris ? Pour leur anniversaire, ils fêtent leurs dix ans, c’est bien la São Paulo Dance Company dirigée par Inês Bogéa, grande figure de la danse brésilienne, qui nous fait le précieux cadeau de trois pièces chorégraphiques dont la créativité et la diversité ont enchanté la salle du théâtre National de la Danse durant trois soirs.

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CHORÉGRAPHIE, DÉCOR ET COSTUMES Uwe Scholz

L’OISEAU DE FEU – PAS DE DEUX
CHORÉGRAPHIE, SCÉNOGRAPHIE, COSTUMES Marco Goecke

ODISSEIA 
CHORÉGRAPHIE Joëlle Bouvier

Les photos des saluts  © Philippe Escalier

L’article intégral sur :

http://www.unfauteuilpourlorchestre.com/sao-paulo-dance-company-choregraphies-de-uwe-scholz-marco-goecke-et-joelle-bouvier-chaillot-theatre-national-de-la-danse/

 

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Jeanne Plante est chafouin

DSC_0267Chanteuse, danseuse et actrice, accompagnée par trois musiciens, Jeanne Plante se révèle maîtresse dans l’art de donner plaisirs et émotions à son public. Elle nous offre, tiré de son dernier album, un spectacle musical plein de folie, attachant et drôle, à découvrir à Paris comme en régions.

Son thème principal, c’est l’amour. Pas n’importe lequel. Pour Jeanne Plante, rendue chafouin par cette vie où rien ne se passe comme elle le voudrait, les sentiments sont vrais, forts et ils décoiffent. Et il ne faut pas compter sur elle pour jouer la fille énamourée : ceux qui espèrent Juliette, éperdue, attendant Roméo sur son balcon, passeront leur tour. Avec elle, l’amour est physique. Mais toujours poétique et ludique, dans ce mélange détonnant qui apporte à tous ses textes une beauté originale, rehaussée par les aspects burlesques et baroques d’une mise en scène bien pensée, signée Patrice Thibaud. Qu’elle reprenne un texte de Vincent Rocca « La Bouillabaise » ou qu’elle proclame bien fort, « je jouis et ça fait du bruit », l’humour est son antidote, elle nous parle de la vie, sans manières ni besoin de choquer, en évoquant des états d’âmes parfois mélancoliques mais empreints d’une générosité salvatrice. Difficile de ne pas voir que son cœur est aussi grand que son imagination. Même lorsqu’elle égratigne dans une délicieuse et irrésistible chanson, « La chieuse des vacances ». Pour ses surprenantes et trépidantes romances, au style direct et imagé, elle est accompagnée par trois musiciens, Jérémie Pontier au synthé, Jacques Tellitocci, faisant de la musique avec tout, y compris des casseroles et Philippe Desbois aux cordes. Les trois complices s’en donnent à cœur joie et, en particulier les deux premiers, sont autant accompagnateurs qu’acteurs. L’on assiste donc à un choc musical de personnalités hautes en couleurs. Jeanne arrive sur scène costumée comme une Du Barry punk et finit en collants, façon Zizi Jeanmaire, jouant tout du long avec un art de la comédie, qui fait certes partie de sa formation, mais qu’il est rare de trouver chez une chanteuse. Si elle est capable de tout jouer, c’est sans jamais tricher et son authenticité lui permet de créer cet univers unique dans lequel le spectateur se sent comme dans un cocon, qui, loin de le rendre chafouin, va lui donner la pêche pour un long moment.

Texte et photos : Philippe Escalier

6 avril 2019 à SOTTEVILLE LES ROUENS (76)
19 avril 209 à ANNEMASSE (74)
27 avril 2019 à PORNICHET (44)
10 mai 209 à LUXEY (40)
27 mai 2019 à MEZIDON (14)DSC_0316DSC_0340DSC_0428DSC_0286

La Framboise frivole fête son centenaire

Après des années passées à nous fait rire en musique, La Framboise frivole a démontré qu’elle savait se renouveler, garder la même énergie, une virtuosité intacte et un sens de la dérision inoxydable dont les grands compositeurs et les tubes de la chanson font les frais ! DSC_0464 Trois décennies de métier font-elles un centenaire ? Restons circonspect, la Framboise frivole mélangeant tout, les chiffres comme les notes. Car c’est bien à un ouragan musical auquel nous sommes conviés au théâtre Fontaine. Ses changements de registre se font sur le mode des boites de vitesses des grosses cylindrées : c’est instantanée et fulgurant ! D’ailleurs, les associations musicales proposées sont tellement riches que l’on pourrait penser à ces géniaux travaux de variation auxquels nombre de grands musiciens classiques nous ont habitués. Partir d’un thème et broder. En musique bien sur, mais en nous racontant une histoire. Forcément délirante. Nos amis Belges démarrent, cette fois, sur le récit du mariage royal de leur souverain actuel, avant de bifurquer, sans prévenir, sur Léonard de Vinci et ses inventions. Les meilleurs musiques, allègrement déformées et transformées, sont convoquées pour servir de support à ce récit, comique plus qu’historique, nourri d’une nuée de calembours toujours surprenants et souvent efficaces. Peter Hens n’a pas son pareil pour mélanger délire, rire et virtuosité. Avec lui, le spectateur retombe presque en enfance, tout prêt à écouter une histoire pleine de fantaisie et son ébouriffante transcription musicale, baignée dans un jeu savant de lumière dont il convient de souligner l’efficacité. En duo avec son complice, l’excellent pianiste Bart Van Caenegem, il nous offre les mix les plus savoureux. L’on commence avec Carl Orff et ses « Carmina Burana », l’on enchaîne avec les mélodies martiales de Gustav Holst en passant par Queen ou Jacques Brel, pour n’en citer que quelques-uns. L’ensemble servant de base à toutes les folies que vous allez entendre et les facéties auxquelles vous allez assister. La Framboise, avec frivolité et témérité, mais sans jamais démériter, nous démontre que l’on peut aimer les musiques les plus variées, qui toutes, de Haendel à Dalida, se marient avec bonheur et dans une inaltérable bonne humeur. Alors, ne résistez pas à cette invitation musicale : elle aura le grand mérite de vous réjouir et de vous faire changer d’air !

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre fontaine : 10, rue Pierre Fontaine 75009 Paris
Du jeudi au samedi à 19 h sauf le samedi 30 mars à 20 h 30
01 48 74 74 40 – http://www.theatrefontaine.com

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Les Sourds-Doués : « Sur un malentendu »

Les Sourds-Doués sont quatre instrumentistes classiques venus nous proposer un voyage à travers un pot-pourri de musiques prétexte à facéties, le tout dans un bel univers de finesse et de poésie. L’on accroche !

Ils ont pour point commun d’avoir fait les meilleures conservatoires, d’être virtuoses d’un instrument à vent et de vouloir faire vivre la musique, toutes les musiques, avec une bonne dose d’humour. Musiciens, acteurs, capables de jouer les magiciens, ils ont su créer un univers un peu déjanté, rappelant celui des grands films muets, ceux là mêmes où l’on n’entendait aucune parole, où l’accompagnement musical venait se juxtaposer à l’interprétation. Dans « Sur un malentendu », chacun d’eux campe un personnage, joue un rôle et une partition pour nous faire participer à une histoire toute en sensibilité et en drôlerie. Le public adhère dès les premières notes, s’amuse et applaudit tout en reconnaissant, avec une certaine délectation, les morceaux interprétés. Musique classique, jazz, tubes de la chanson ou musique de films, notre quatuor a choisi l’éclectisme. Le mariage entre le son et le l’humour est parfaitement réussi. Aucune fausse note, rien n’est pesant, on nage dans un univers léger et subtil, saupoudré par une pincée de folie rendant l’ensemble irrésistible. Le spectateur se laisse entrainer de bonne grâce dans ces épisodes pleins de fantaisie. En chemises noires et cravates oranges, Adrien Besse, Pierre Pichaud, Nicolas Josa, François Pascal, auxquels vient s’adjoindre, en alternance, Colin Peigné, nous offrent un moment musical d’une grande pureté et nous font rire sans jamais se départir d’une touchante élégance. Leur interprétation, portée par la mise en scène subtile de Pierre Cachia, visiblement à l’unisson avec ses quatre musiciens désopilants, ne laisse prise au moindre bémol critique. Quand la musique et le spectacle se rejoignent dans un moment aussi joyeux et enchanteur, il ne nous reste plus qu’à savourer et à dire bravo en réclamant un bis !

Texte et photos : Philippe Escalier, tous droits réservés

Théâtre Trévise : 14, rue Trévise 75009 Paris
Tous les lundis à 19 h 30

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OHLALA

Grégory Knie (membre d’une dynastie à l’origine du cirque national Suisse) a donné naissance à un spectacle étonnant, installé à l’Alhambra jusqu’au 30 septembre 2018. « Ohlala » réunit un ensemble d’artistes qui se produisent dans une ambiance musicale et festive, aux tonalités humoristiques et sexy. Résultat : deux heures de bonheur !

Donner des numéros de cirque ou de cabaret à la suite, fussent-ils étonnants, peut être plaisant pour les yeux mais peut devenir rapidement lassant. « Ohlala » a trouvé le remède avec une mise en scène riche et originale, construite sur une dose de folie et de frivolité et une bonne touche de volupté. Tout commence à l’entrée des spectateurs, quand les artistes, parés dans de belles tenues baroques, semblant sortir d’un bal costumé vénitien, viennent défier ou jouer avec le public dans l’attente du lever de rideau. C’est dans la salle aussi que Léa Crevon, (le spectacle lui doit beaucoup), commence, avec son inimitable voix, à égayer les spectateurs avant de monter sur scène pour ponctuer toute la représentation (elle danse, chante et joue comme personne !) de ses apparitions déjantées. Mais « Ohlala » ne serait rien sans le talent de ses artistes. Ce cabaret burlesque a mis la barre haut et les numéros étonnants s’enchainent accompagnés, excusez du peu, par un orchestre en live et une sublime voix, celle de la chanteuse Aurore Delplace. Si vous ajoutez à cela la plastique irréprochable de tous les participants, bien mise en valeur, vous comprendrez le succès que rencontre actuellement la troupe. Les superbes et sensuels numéros individuels, les acrobaties de Tiago Eusébio, le tissu aérien de Thibault Brégère, le hula hoop sportif d’Anton Monastyrsky, la baignoire et l’envoutant duo aérien de Cécile Magdeleine et Roman Bonaton, le spectaculaire moment de roller skates d’Emi Velkova et Carlino Triberti sont ponctués d’épisodes dansés d’une parfaite énergie. La troupe de danseuses et de danseurs (d’un excellent niveau, ils n’ont rien à envier aux solistes) fait partie intégrante du spectacle. L’ensemble fonctionne donc impeccablement et « Ohlala » s’achève avec l’explosion de joie de la salle dont une partie n’hésite pas à rejoindre spontanément les artistes sur scène pour exprimer, en dansant, tout le plaisir pris durant cette soirée exceptionnelle.

Texte et photos : Philippe Escalier

L’Alhambra : 21, rue Yves Toudic 75010 Paris
Du mercredi au samedi à 20 h 30 et dimanche à 17 h
01 40 20 40 25 – http://www.alhambra-paris.com

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