Christian Hohn, baryton de « Rêves »

Ses récitals du 17 mai et du 14 juin 2024 sont l’occasion de découvrir Christian Hohn, un jeune baryton, allemand de naissance et parisien d’adoption. Avec lui, nous sommes revenus sur son parcours et le programme des deux soirées sur le thème du rêve, données au Studio L’Accord Parfait à Paris.

Vous avez déjà donné quelques représentations « Träume- Rêves ». Quand et comment ce récital est-il né ?

Nous l’avons créé en février 2023 à Mons dans une salle prêtée par l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie. J’ai rencontré ma collègue et désormais amie, la pianiste Katia Weimann en 2017 sur « Les Noces de Figaro ». L’entente entre nous est parfaite, ce qui est indispensable dans ce genre de concert, où chanteur et pianiste sont si proches. Le fait de travailler ensemble depuis longtemps est précieux.

Au moment de composer notre programme, nous nous sommes donnés beaucoup de libertés. Nous voulions exposer nos deux cultures, Katia étant française même si son nom sonne aussi allemand que le mien, avec des œuvres qui font partie de notre panthéon commun, autour du thème du rêve au sens large (la nuit, l’espoir, la nostalgie). Nous avons rassemblé douze compositeurs, dont Strauss, Brahms, Ravel et Debussy pour dix-sept mélodies qui concrétisent parfaitement le mariage de la musique et de la poésie.

À quand remonte ce désir de chanter ?

Cela m’est tombé dessus un peu sur le tard. Je n’ai pas grandi avec la musique classique pour laquelle j’avais certains a priori comme cela arrive souvent. J’ai toujours eu une passion pour le chant qui se matérialisait à travers la soul ou le jazz. Le déclic se fait en arrivant à Paris en 2010, où j’ai déménagé en même temps qu’une amie chanteuse qui venait y faire ses études. J’ai pu alors assister à ses concerts, découvrir le chant lyrique, ressentir les sensations et les émotions apportées par la voix. À ce moment-là, je faisais un master en médiation culturelle qui devait me permettre de travailler pour la scène. D’évidence, c’était une façon de me cacher derrière mon vrai rêve : être sur scène et chanter.

Portrait d'un homme au regard sérieux, portant un pull en V de couleur rouge, devant un fond flou.

Après avoir sauté le pas, quelles formations avez-vous suivies ?

J’ai commencé à prendre des cours dans les conservatoires d’arrondissement à Paris. J’ai fait ensuite un cycle spécialisé au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris. J’ai suivi une formation au Pole Lyrique d’Excellence de Lyon avec Cécile De Boever qui a été mon enseignante pendant plusieurs années.

Après ce parcours, j’ai rencontré mon professeur, Neil Semer pour des cours privés ponctuels mais intensifs. Ces formations destinées à des professionnels sont particulièrement utiles quand il s’agit d’aborder un nouveau répertoire ou un nouveau rôle. C’est avec Neil Semer que je me suis préparé à interpréter en août prochain le comte Almaviva dans « Les Noces de Figaro » avec le Lyric Opéra Studio de Weimar. Par ailleurs, je suis aussi des cours à l’Arcal, une compagnie ayant fondée La Jeune Scène Lyrique où sont données des masters class sur des thématiques précises.

Comment envisagez-vous votre progression vocale future ?

Aujourd’hui, on se spécialise moins qu’autrefois. Il est de plus en plus indispensable d’être polyvalent, sans pour autant bruler les étapes. De fait, certains compositeurs comme Verdi ou Puccini demandent une certaine maturité et, de par l’importance des parties orchestrales, exigent une ampleur vocale, sans parler des capacités à jouer des personnages et à se glisser dans des mises en scène pouvant être exigeantes.

Mais concrètement, j’aimerais aborder prochainement des rôles tels que Silvio dans « Pagliacci » (Leoncavallo) ou encore Marcello dans « La Bohème » (Puccini). Les rôles que je rêverais de chanter dans quelques années seraient plutôt Germont dans « La Traviata » (Verdi), Valentin dans « Faust » (Gounod) ou encore le rôle-titre dans Hamlet (Thomas).

Portrait d'un homme avec une chemise en denim, regard fixe et expression sérieuse, sur fond flou.

Pendant un récital où la proximité avec le public est grande, que ressentez-vous ?

Chaque concert est différent. Je n’ai jamais éprouvé deux fois la même chose. Je ressens beaucoup l’énergie de la salle qui, par définition, varie selon le public.

Seul devant le piano, on se sent comme mis à nu. Le récital est dépourvu de dimension théâtrale et on est là pour partager une musique douce et très intime. Dans notre programme, figurent quatre airs d’opéra mais ensuite, ce sont des mélodies ou des lieder. Le chanteur est plus un conteur qu’un personnage et forcément cette intimité permet un moment de partage toujours très intense. 

Propos recueillis par Philippe Escalier – Photo concert : © Sylvain Crasset – Portraits signés © Gilles Erard

Pascal Amoyel : musique au cœur

Pascal Amoyel a consacré une part de sa vie de pianiste virtuose à des spectacles de théâtre musical lui permettant d’aller, d’une autre façon, à la rencontre de son public. Quand le pianiste devient conteur, ce sont les grands moments de la vie de ses compositeurs favoris qui nous sont dévoilés. « Le Pianiste aux 50 doigts » évocation de la vie de son maître, Georges Cziffra, permet de découvrir, dans un moment de partage fort et intimiste, le destin hors du commun d’un immense interprète, l’un des plus grands pianistes du XXème siècle. Avec Pascal Amoyel, nous sommes revenus sur un spectacle qui nous a bouleversé et qui fait le bonheur du public du Théâtre Montparnasse*.

Pouvez-vous nous dire quelques mots à propos de votre rencontre avec Georges Cziffra ?

Mon premier rendez-vous a eu lieu en 1984 lorsque j’avais une douzaine d’années. Je suis allé à la Fondation à Senlis (à la Chapelle Royale Saint-Frambourg que Georges Cziffra a fait restaurer ndlr) et en Hongrie où il donnait des master class. Et puis j’ai eu la chance qu’il me propose des cours privés qui étaient des séances d’une richesse extraordinaire qui me permettaient de me recentrer sur la musique mais aussi sur moi-même. Georges Cziffra parlait assez peu de musique. Il jouait et il était tellement en lien avec son instrument que ce qui ressortait c’est que l’on était porté par un souffle qui vous enveloppait et qui faisait que vous ne pouviez plus ressentir les choses différemment.

Parmi vos points communs, j’ai noté que, comme lui, vous aviez joué dans des cabarets !

C’est vrai. J’ai joué dans les cabarets de Montmartre pour gagner ma vie. C’était à la fois sympathique pour les moments d’intimité avec les gens et puis aussi pas très enthousiasmant sur le plan musical, même si, au final, c’était assez formateur.

Il y a beaucoup d’émotions durant tout votre spectacle. En sortant, l’on peut même observer à quel point le public est touché. Sur scène, comment ressentez-vous cette ambiance si particulière ?

Ce qui me touche beaucoup c’est le silence et la qualité de l’écoute. J’essaie de dire les choses de la façon la plus simple et la plus juste possible. Je suis très concentré mais je ressens l’écoute du public, j’entends qu’il est avec moi dans une sorte d’unité. Au fond, quand on parle à une salle toute entière, quand il y a une écoute aussi profonde, sur scène, on est aussi dans un état de réceptivité totale qui donne une énergie considérable. Ces moments de plénitude on ne les retrouve nulle part ailleurs. 

Un musicien jouant du piano sur scène, avec des reflets de lumière projetés en arrière-plan.

Comment et pourquoi sont nés les magnifiques spectacles de théâtre musical que vous nous donnez régulièrement ?

Au départ, avec le comédien Jean Piat que j’ai eu la chance de connaitre, je faisais des concerts autour de la correspondance de Franz Liszt et Marie d’Agoult. Je me suis rendu compte que le public mélomane était curieux de découvrir certains des aspects les moins connus de la vie des compositeurs et que cela pouvait aussi intéresser ceux qui voulaient aller à la rencontre de la musique. Un jour, avec mon épouse, la violoncelliste Emmanuelle Bertrand, nous avons découvert les témoignages passionnants de deux musiciens qui ont réussi à survivre à Auschwitz grâce à la musique. Il nous a paru indispensable de les faire connaitre. Ce que nous avons fait à travers « Le Block 15, ou la musique en résistance » donné notamment aux « Jeunesses Musicales de France ».En 2010, on m’a appelé pour me dire qu’à l’occasion de l’ouverture de l’auditorium Cziffra à La Chaise-Dieu, festival qu’il avait créé, l’on souhaitait que je lui rende hommage. Je ne me voyais pas faire un discours, donc fort de ma première expérience avec « Le Block 15 », j’ai créé les prémices de ce spectacle. Je n’imaginais pas que même transformé, il vivrait toujours quinze ans après. En racontant les principaux épisodes de la vie de Cziffra, j’aborde la thématique de l’artiste sauvé par son art. La musique lui a servi de refuge et l’a chaque fois ramené à son humanité. Georges Cziffra était un homme d’une gentillesse et d’une bienveillance absolue. Il fait partie de ces grands hommes dont on connait souvent mal le destin, tout comme Franz Liszt, la première immense star de l’Histoire qui déplaçait les foules et les têtes couronnées et qui à 35 ans s’arrête en pleine gloire en disant qu’il veut rester chez lui pour composer. Ou encore Beethoven, le sujet de mon précédent spectacle. Autour de ces génies, il est toujours intéressant de se pencher sur le pourquoi de la création, question qui nous renvoie à une dimension philosophique et spirituelle du monde et qui nous aide à vivre et à réfléchir sur notre propre condition. Ce que j’ambitionne de faire, c’est moins de montrer la beauté des œuvres que de dire ce qui me touche à travers elles. C’est ce que je ferai aussi dans mon prochain spectacle qui aura lieu, probablement en 2024 au Ranelagh autour de Chopin.

Vous êtes toujours resté fidèle à Christian Fromont pour la mise en scène !

Oui, avec lui, c’est une longue histoire, il était déjà présent comme coach d’acteur sur le « Block 15 ». Depuis, il a mis en scène tous mes spectacles. Pour la petite histoire, pour Cziffra, je lui avais dit que je voulais contacter un acteur. Sa réaction a été que cela n’avait pas de sens et que j’étais le seul à pouvoir raconter ce que j’avais vécu. Je lui en sais gré, en effet, c’est beaucoup plus naturel comme ça ! Preuve qu’il est à mes côtés dans toutes mes folies, il m’a même accompagné dans « L’Étrange concert » qui navigue entre magie et musique que j’ai fait pour satisfaire ma passion de la magie et du mentalisme.

Comment partagez-vous votre temps entre concerts et spectacles ?

Il m’arrive, en effet, d’être un pianiste normal comme ce sera le cas, début février pour les « Folles Journées » de Nantes où je donne un concert. Il se trouve que j’y reprendrais aussi le spectacle « Le jour où j’ai rencontré Franz Liszt ». Mon activité se partage donc entre concert et spectacle. J’apprécie cette diversité : j’ai toujours envié les acteurs qui investissent un lieu où ils sont comme chez eux pendant plusieurs semaines alors que, pour nous musiciens, les lieux sont différents, les instruments qui nous y attendent aussi. Les spectacles me permettent cette appropriation d’un théâtre, d’un instrument, d’une acoustique, tout en m’investissant sur une certaine durée. Même si cette année, en novembre, avec le festival « Notes d’automne » que j’organise au Perreux-sur-Marne, j’ai dû faire pas mal de navettes. Être sur scène du 28 septembre au 31 décembre, avec parfois cinq représentations par semaine, n’en demeure pas moins un marathon qui exige beaucoup d’endurance, physique et mentale. Mais l’histoire de Cziffra est si importante pour moi que j’éprouve toujours le même plaisir : quel que soit le nombre de représentations, être sur scène pour parler de lui est toujours un moment unique !   

Philippe Escalier

*« Le Pianiste aux 50 doigts » est actuellement à l’affiche au Théatre Montparnasse (grande salle) les jeudis et vendredis à 20 h, les samedis à 17 h et 20 h et les dimanches à 17 h 

Pascal Amoyel, quelques dates de tournée 2024 :

23 janvier à 20 h 30 : Fosses, « Une leçon de piano, avec Chopin »

1er février : La Folle journée de Nantes, « Le jour où j’ai rencontré Franz Liszt »

6 février : Cognac, « Une leçon de piano, avec Chopin »

13 février : Soyons, « Une leçon de piano, avec Chopin » 

15 février à 20 h 30 : Privas, « Looking for Beethoven » 

1er mars : Le Chesnay, « Looking for Beethoven » 

4 mars : Paris, « Une leçon de piano, avec Chopin »

6 mars 2024 à 20 h : Courbevoie, « Une leçon de piano, avec Chopin »

17 mars : Versailles, « Duel », avec Dimitris Saroglou

24 mars 2024 à 20 h 30 : Coppet (Suisse) « Une leçon de piano, avec Chopin » 

28 mars 2024 à 20 h : Meaux, « Looking for Beethoven »  

18 avril 2024 à 21 h : Pont-St-Esprit, « Looking for Beethoven »  

10 mai 2024 à 20 h : La Trinité sur Mer, « Looking for Beethoven » 

Affiche promotionnelle pour le spectacle 'Le Pianiste aux 50 Doigts' au Théâtre Montparnasse, célébrant les 30 ans de la disparition de Georges Cziffra. Le design est en rouge avec des illustrations d'un pianiste et des critiques élogieuses.

GANGWOLF Mozart Stand Up

Studio Hébertot

Une approche de Mozart étonnante faite par un pianiste qui marie parfaitement la musique et l’humour. Un moment frais et plein de surprises. On adore !

La courte vie de Mozart est passionnante. Mais ce n’est pas ce qui fait l’intérêt du spectacle écrit par le pianiste François Moschetta et sa femme Camille. L’exploit de ce stand up tout particulier réside dans le regard à la fois très personnel et très original que les deux auteurs posent sur le compositeur. Un récit didactique serait un peu inutile. Une description uniquement musicale manquerait de sel. Il fallait quelque chose de plus décapant ! Pour ce jeune duo doué, la vie de Mozart est avant tout matière à un résumé plein de vie, éminemment moderne, pimenté de savoureux anachronismes nourrissant quelques parallèles avec l’époque que nous vivons. Ce récit est oxygéné et ponctué par des démonstrations musicales courtes mais virtuoses qu’autorise le talent pianistique de François Moschetta. S’il nous régale au clavier, ce musicien se révèle être un acteur, sa présence sur scène fait merveille, l’attention du spectateur est captée dès la première seconde pour ne plus se relâcher. Dans ce spectacle pétillant, subtil, construit pour le public et avec le public, notre artiste se paie le luxe de nous faire danser les premières notes d’un menuet. Rarement l’amour de la musique aura été aussi bien partagé que dans ce show si vivant, si touchant dont on peut parier qu’il aurait reçu l’agrément du facétieux et divin Mozart lui-même.

Philippe Escalier photo © Anne Bied

Le Philharmonique de Berlin à la Philharmonie de Paris

Quelques photos prise aux saluts lors du concert donné par le Berliner Philharmoniker placé sous la direction de Kirill Petrenko. Au programme l’ouverture fantaisie « Roméo et Juliette », le premier concerto pour piano de Prokofiev et « Conte d’été » de Joseph Suk. Le premier concerto a été interprété avec une finesse, un force et un brio tout à fait étonnants par la jeune pianiste rusee Anna Vinnitskaya. Sa sonorité lumineuse et celle, inimitable et si raffinée de l’orchestre ont fait merveille, dimanche 5 septembre 2021 à la Philharmonie de Paris.

Pascal Nowak en concert au Zèbre de Belleville

DSC_8903Pascal Nowak est d’abord une voix, l’on en veut pour preuve ses nombreux doublages de grandes série comme Desperate Housewives, Game of Thrones ou de films dont le récent Mary Poppins de Walt Disney (rôle de Lin Manuel Miranda). En parallèle, la musique pop soul reste sa passion comme le montrent les concerts qu’il a donnés, notamment au cours des derniers mois. Le prochain, celui du 15 novembre 2019 sonne comme une récompense après une série de dates parisiennes. C’est aussi un nouveau départ avec un groupe légèrement réorganisé, composé de 6 artistes, un guitariste, un pianiste, un batteur, une basse et deux choristes, qui s’est consolidé avec l’arrivée de Stéphane Bertin, directeur musical et arrangeur. Ensemble, ils préparent un nouvel album d’une quinzaine de chansons, annoncé pour 2020 et suivi d’une tournée. Si l’on trouvera toujours ce qui est un peu sa marque de fabrique, de belles ballades, pimentées d’humour, répertoire idéal pour sa belle voix puissante et chaude, on notera une évolution vers des tonalités plus modernes et plus électro. Et toujours une écriture et des musiques sortant des sentiers battus, à la fois originales et percutantes, émanation d’une vraie personnalité artistique. Le concert du vendredi 15 novembre 2019 qui bénéficiera de la direction scénique du batteur Jean-Luc Dhayes et de la collaboration, à la fois ancienne et fidèle avec le guitariste auteur-compositeur Gérald Odile, débutera à 20 heures. En première partie, la chanteuse « Mill » sera accompagnée d’une guitare et d’un piano, le groupe Nowak prenant place vers 21 h. Pouvait-on rêver mieux que Le Zèbre de Belleville pour découvrir la bête de scène qu’est Pascal Nowak, ses nouveaux titres et son groupe ?!

Texte et photos : Philippe Escalier
Le Zèbre de Belleville : 63 Boulevard de Belleville, 75011 Paris
Vendredi 15 novembre à 20 h
01 43 55 55 55 – http://www.nowak-officiel.com

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Looking for Beethoven

Looking for Beethoven : le cri d’amour de Pascal Amoyel

L’histoire des principales sonates de Beethoven par le pianiste Pascal Amoyel au Ranelagh est un pur enchantement. Car ce récit musical palpitant, loin des sentiers battus, est aussi l’occasion de découvrir un authentique portrait, subtil, émouvant et terriblement attachant du compositeur. Un moment d’une rare intensité !

« Looking for Beethoven » est avant tout une histoire d’amour. Un amour profond qui a pourtant failli ne jamais exister. Peut-être parce qu’aimer le maître de Bonn était une chose trop évidente, Pascal Amoyel au début de sa carrière, songe d’abord à s’en éloigner quelque peu pour se consacrer à d’autres compositeurs. Quand le hasard lui fait entendre un jour une mélodie légère, d’une infinie beauté qui le trouble, il découvre, à sa grande surprise, qu’elle est de Beethoven. Désireux de tout connaître de lui, il décide alors de se plonger à corps perdu dans les partitions et dans les livres pour effectuer un véritable travail de détective afin de découvrir toutes les clés de sa musique et de son existence. Le spectacle qu’il nous offre est le résultat d’années de travail, de recherches et de passion.

Grand pianiste, Pascal Amoyel l’est assurément. Ce que « Looking for Beethoven » nous fait découvrir maintenant, c’est qu’il est aussi un immense comédien venu, avec sa douceur, sa simplicité et sa sincérité, nous dire quel homme était le père des trente-deux sonates et des neuf symphonies. Sa proximité avec lui est telle qu’il peut nous en parler comme d’un ami ayant partagé sa vie ! Les innombrables détails factuels et sonores apportés vont nous permettre de construire le portrait le plus précis et le plus intime du compositeur, nous allons entendre que le grand homme que l’on disait colérique, asocial (et il l’était) s’avère avant tout un profond humaniste, marqué d’abord par une enfance malheureuse puis par la pire calamité qui pouvait le frapper, sa surdité. Le récit qu’entreprend pour nous Pascal Amoyel, entrecoupé d’extraits musicaux interprétés avec virtuosité, nous fait découvrir toute la profondeur de l’homme marqué par le génie, qu’un feu sacré habitait. Sa vie, tous ses espoirs et ses douleurs sont exprimés dans sa musique, chaque note est porteuse de sens. Mozart chantait, Beethoven pensait nous murmure Pascal Amoyel venu démontrer, avec son piano, que le génie, tout handicapé qu’il était, vivait dans son siècle, passionnément, voulant plus que tout mettre son œuvre au service du triomphe des Lumières et de la liberté.

Dans la magique salle boisée du Ranelagh, le public, envouté, subjugué, suit cette merveilleuse évocation dans un silence religieux. Pascal Amoyel lui présente « son » Beethoven et la magie opère au point qu’il devient aussitôt le notre. Nous voici emportés dans un maelström d’émotions fortes. Comment rester de marbre en entendant que l’auteur de « Fidélio », pourtant habitué à la solitude et au malheur, n’a jamais songé qu’à une chose : créer de la joie pour la faire partager aux hommes ? Cette joie dont l’hymne est devenue celle de tous les européens ! Et lorsque qu’arrive le dernier mot et la dernière note, il nous faut de longues minutes pour nous résigner : le spectacle et, plus encore, cette rencontre, viennent de prendre fin. Mais « Looking for Beethoven », ce moment unique, restera longtemps gravé dans nos mémoires !

Philippe Escalier

Théâtre Ranelagh : 5, rue des Vignes 75016 Paris
Du mercredi au samedi à 20 h 45 et dimanche à 17 h – 01 42 88 64 44

La Traviata

La Traviata de Guiseppe Verdi à l’Opéra Garnier : un massacre subventionné !

La Traviata qui vient de débuter à l’Opéra Garnier est affligée d’une mise en scène si horrible, si débilitante et vulgaire que l’on en est en droit de se demander comment de telles productions peuvent voir le jour au sein de l’Opéra Garnier ?

En préambule, nous serons d’accord pour affirmer que l’on ne peut pas plaire à tout le monde et que l’on est autorisé à dépoussiérer les œuvres. Ici, nous ne sommes plus dans le domaine artistique mais dans ce qu’il est convenu d’appeler « le grand n’importe quoi », au delà de ce qu’il est permis de faire à la fois pour respecter l’un des plus beaux opéras du monde et … le public, vous savez, ces gens qui paient (cher) pour voir un spectacle !

Tout commence avec un horrible masque représentant les yeux fermés d’une femme occupant tout le devant de la scène. L’orchestre entame l’ouverture, cette belle, douce et délicate musique de Verdi et le plateau commence à tourner. Il sera actionné très souvent au cours de la représentation. Le souci est qu’il fonctionne en faisant des gros grincements très audibles. L’on n’est plus à Garnier mais dans un ancien moulin à grains. Mais ce n’est pas tout !

Sur un énorme écran, le metteur en scène essaie de nous raconter qui est l’héroïne, une sorte de « Traviata pour les Nuls ». Pour cela il utilise FaceBook, des mails, des messages, des photos. En caractères aussi énormes que les ficelles qu’il emploie.
Ensuite, pour que nous comprenions que Violetta a des soucis d’argent, il affiche un relevé de banque, (j’ai reconnu ceux du Crédit Agricole), tout en rouge, (difficile de surligner davantage des choses évidentes), puis des lettres recommandées informant la malheureuse du dépassement de son découvert. Large signature du directeur de la banque, bien visible, au bas des mises en demeure. Seule la photo de l’huissier nous a été épargnée. Mais ce n’est pas tout.

Au bout de trente cinq minutes, arrive un premier entracte … de 25 minutes.
Reprise : l’on se retrouve dans une boite de nuit, l’on y fait des selfies, l’on boit et l’on prend du poppers. Tout en haut d’une pyramide de verres, un barman se contorsionne et s’acharne désespérément sur une bouteille de champagne. C’est idiot, mais c’est encore ce qu’il y a de mieux dans ce que nous avons vu. Tel Siegfried parvenant seul à retirer l’épée du chêne, Alfredo vient à bout de l’objet récalcitrant et singeant un vainqueur de formule 1, l’agite et arrose la foule ! Plus tard, assis à une table, notre héros déboucheur de bouteilles s’affaire sur un ordinateur. Projeté sous nous yeux, toujours de façon énorme, une page Windows sur laquelle s’effectuent des opérations répétitives, permettant de modifier grossièrement les plans d’un appartement. La pollution visuelle est à son maximum mais l’on reste ébloui par une telle imagination ! Le plateau tournant, toujours lui, toujours bruyant, nous fera aussi découvrir, un énorme Kebab appelé Paristanbul. Après l’un de ses grands airs, Traviata, prise soudain d’une grosse faim, part précipitamment en emportant l’une de ses délicieuses préparations. Mais ce n’est pas tout.

Pour que nous ayons bien à l’esprit que la demoiselle Valery, après le champagne s’est repliée à la campagne, nous avons quinze minutes de chant avec une vache sur scène. Une vache ! Il se trouve que comme beaucoup, j’aime les animaux. La pauvre bête, tenue par une personne de dos, (son propriétaire ?), doit rester immobile, mais à moment donné, l’étourdie, peut-être pour marquer son agacement devant ce qu’elle voit, donne un coup de sabot très sonore dans un seau en inox devant servir à la traite. L’on a une boule au ventre en pensant que l’animal va devoir assister, lui, à toutes les représentations. Ce n’est pas humain ! Mais ce n’est pas tout !

Arrive la grande fête où se noue le drame. Vous allez voir arriver des personnages grotesques certains avec d’énormes godemichets collés à l’entrejambe mais aussi sur la tête ou sur les oreilles pendant que le grand cube émetteur des subtiles vidéos à la force évocatrice sans équivalent (!) nous inflige des dessins au laser représentant des actes de copulation, sexe en érection et en action. L’on pense alors au sage gamin de sept ou huit ans présent dans notre loge et que sa maman a amené découvrir l’œuvre de Verdi. L’une des plus belles du répertoire.

Il y aurait encore beaucoup à dire. Nous ne sommes ni contre des mises en scène modernes (même si elles n’ont pas notre préférence), ni contre certaines audaces ou libertés. Encore faut-il un sens esthétique et une logique qui font totalement défaut à l’actuelle Traviata de Garnier. Le « travail » de Simon Stone, puisqu’il s’agit de lui, nous a fait penser dans sa pitoyable simplicité à ces enfants qui viennent vers vous en criant « pipi-caca » avant de repartir en courant. Mais au moins ces bambins sont-ils attendrissants et ont-ils l’excuse de l’âge. Les mélomanes vont sortir sidérés de Garnier et l’on serait bien en peine de trouver une seule excuse au travail bâclé, destructeur et pour tout dire pathétique que nous venons, hélas, de voir !

Philippe Escalier

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Toi, tu te tais

Toi, tu te tais, le spectacle avignonnais d’un Narcisse tourné vers les autres

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Avec Toi, tu te tais, Narcisse nous dit sa conviction que la poésie est l’instrument idéal pour dénoncer les dérives du monde moderne et vanter les mérites d’un humain, fait de chair et de sens, à travers un spectacle fort et innovant.

Si l’on vous dit que Toi, tu te tais dénonce les excès dus à l’ère moderne et en particulier à l’informatique, n’allez surtout pas croire que vous allez revenir, l’espace d’une représentation, au temps des calèches et de la bougie. C’est tout l’inverse puisque ce moment de poésie est construit avec les technologies les plus avancés, utilisées pour construire un mur fait de multiples écrans vidéos (neuf au total) avec lesquels Narcisse joue tel un magicien, nous embarquant dans un grand voyage textuel et visuel, magnifique moment d’éveil des consciences
Tout commence avec un coup de dé. Non celui qui jamais n’abolira le hasard, comme le disait si bien Mallarmé, mais l’outil de la couturière, à qui l’on impose son côté soumise et sage de femme au foyer. Versifiant, jouant beaucoup sur les allitérations, s’appuyant sur l’image, Narcisse dénonce la pudibonderie, la censure, la vie par le seul truchement des téléphones, le charabia indigeste des spécialistes en marketing ou encore, l’impact nocif de la télévision. Thèmes classiques me direz-vous ? Le traitement, lui, est résolument innovant et ce spectacle d’une infini précision, millimétré, promène le spectateur dans les champs immenses et fertiles des possibles, du rêve et de la liberté. Appelant à la rescousse quelques-uns de grands noms qui ont su défendre cette dernière par des actes, des textes ou des chansons, favorisant toujours l’indépendance, et l’autonomie de l’individu par rapport aux phénomènes de masse. Ceux-là même qui croient que la vie doit être vécue sans barrière et non uniquement par le seul truchement de réseaux sociaux disant vouloir l’agrégation mais vendent avant tout consommation, ségrégation et l’isolation.

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Avec beaucoup de calme, un joli sens de la formule, accompagné par Gaétan Lab, guitariste talentueux n’hésitant pas à se déchaîner par moment, Narcisse décline son programme tournée vers la tolérance et le libre arbitre. Percutant, sensible, nous offrant un final en forme de magnifique pirouette, ce sera bien le dernier à qui nous aurons envie de dire : Toi, tu te tais !

Texte et photos Philippe Escalier

Théâtre de la Luna : 1, rue Séverine 84000 Avignon
Lundi à 13 h – 04 90 86 96 28

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Lili Cros et Thierry Chazelle font l’Olympia

© Philippe_Escalier_DSC_5689 copieAprès dix années de scène, ces deux magiciens de la chanson ont imprimé leur marque et créé un magnifique univers. Ils vont fêter une décennie de concerts à l’Olympia le 18 mai 2019 et offrir, pour l’occasion, le meilleur d’un répertoire à la fois poétique, facétieux et pour tout dire, unique !

Pour eux, tout a commencé en 2008. En pleine introspection, ils décident de prendre leurs guitares et de casser leur tirelire pour aller participer au festival de la chanson de Tadoussac, au Québec. Bien leur en a pris ! Le succès est immédiat, ce qui n’étonne nullement l’auteur de ces lignes qui lui, les a découvert, bien plus tard, les yeux émerveillés et les oreilles réjouies, sur la scène du théâtre des Quartiers d’Ivry. Parmi leurs innombrables qualités artistiques, la première chose évidente est qu’avec un naturel et une simplicité touchantes, leur permettant ce contact si proche et si fort qu’ils ont avec le public, ils nous offrent un vrai spectacle, d’une incroyable densité, multipliant les surprises, les trouvailles scéniques et les textes les plus originaux et les plus variés.
Leur répertoire, aux multiples sources d’inspiration, va notamment vous inviter à la désopilante visite d’un sex-shop, vous présenter le concept jubilatoire, aussi moderne qu’absurde, de la chanson française… en anglais, avant de vous embarquer dans un irrésistible moment d’amour, non sans vous avoir auparavant donné tous les conseils pour éviter ce désastre : la rencontre avec l’âme sœur ! Entre temps, Lili, qui vocalise avec une aisance redoutable, vous aura dévoilé sa passion ravageuse pour un certain Clint Eastwood. Les thèmes choisis sont mis en relief grâce à leur façon si particulière et si poignante de les traiter, tant sur le plan musical que littéraire, ce dernier qualificatif étant parfaitement adapté à la qualité de leurs écrits. À chaque note, à chaque chanson, sans effort, avec légèreté, nos deux artisans de grand talent marquent de leur patte authentique et sensible ce spectacle chanté et dansé qui nous emporte. Chacune de leur interprétation nous plonge dans une atmosphère différente, nous donnant l’impression d’assister à une série de clips captivants, tant l’inventivité est forte, tant ils parviennent avec justesse à incarner leurs mots superbes et généreux, épaulés en cela par les idées de mise en scène de Fred Radix et François Pilon « Clown Vulcano ». Les deux compères, en parfaite harmonie avec le couple, font merveille. Comme si cela ne suffisait pas au bonheur ambiant, notre duo a un humour qui ne laisse rien passer, dévoilant un regard aigu sur notre quotidien, mais toujours avec une infinie tendresse. Dans la vingtaine de chansons que comporte leur répertoire actuel, avec beaucoup de modestie et de douceur, ils nous offrent un peu de leur vision du monde et elle fait plaisir à entendre. N’en doutez surtout pas, avec eux, le quotidien, qu’il soit rose ou gris, prend des allures extraordinaires !
Lili Cros et Thierry Chazelle ont déjà décroché de nombreuses récompenses, ils n’attendent plus aujourd’hui que cette consécration : votre visite à l’Olympia. Avec eux et en chansons, vous ferez un voyage dont vous garderez longtemps le souvenir émerveillé!

Texte et photos Philippe Escalier
L’Olympia : 28, boulevard des Capucines 75009 Paris
Samedi 18 mai 2019 à 20 h
http://www.olympiahall.com – 0 892 68 33 68

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