L’Ingénu

Ingenu_IMG_9564Le jeu incandescent de Thomas Willaime que Jean-Christophe Barbaud a mis en scène au Lucernaire permet de redécouvrir, une superbe adaptation de L’ingénu de Voltaire.

Interpréter une œuvre en prose au théâtre est souvent périlleux. Il s’agit de faire vivre un texte n’ayant pas été écrit pour la scène et qui nécessite en amont un travail subtil, dans lequel tous les participants sont en parfaite osmose. L’on retrouve dans L’Ingénu la combinaison d’une adaptation réussie, d’une mise en scène accomplie et d’une interprétation magistrale.
Nous voici transportés en Basse-Bretagne pour revivre les aventures d’un jeune Huron qui devient vite la coqueluche du lieu (son allure sa franchise et son courage lui valent de nombreux suffrages, féminins en particulier) avant que son départ pour Versailles, où il est censé recueillir le fruit de son attitude héroïque au combat, ne tourne au désastre après qu’il ait fait preuve de compassion pour les protestants.
Le texte, dans une langue d’une grande pureté et d’une précision remarquables, est une satire sociale, religieuse et politique faisant l’éloge de la tolérance très symptomatique de l’époque des Lumières à laquelle il appartient. Cette plaidoirie se fait, avoir l’air d’y toucher, avec une extrême légèreté, par le récit de multiples aventures écrites avec le ton humoristique piquant qui caractérise si bien Voltaire.
Thomas Willaime qui a signé avec Jean-Christophe Barbaud l’adaptation du texte, nous captive et nous « embarque » dés les premières secondes. Son jeu, très théâtral, nous ramène dans ce Grand Siècle où l’on est en représentation permanente et où l’expression se fait avec emphase. Le parti pris est assumé, il fonctionne parfaitement d’autant que le comédien excelle et que des ruptures nourrissent l’intérêt constant du spectateur. Thomas Willaime multiplie les incarnations : un geste, une attitude, une respiration suffisent à nous faire changer de lieu ou de personnage. Ce virtuose nous prend par la main, dés la première seconde, pour ne plus nous lâcher, passant en une seconde, du masculin au féminin avec une redoutable efficacité. Tantôt avec énergie, tantôt avec malice, alternant la fougue et la douceur, il s’épanouit avec brio dans la difficulté du rôle et fait fi de tous les obstacles. Sur la scène, un fauteuil, un livre, un grand voile noir et une guitare. Avec ces quatre simples éléments, Jean-Christophe Barbaud nous fait voyager, campe un décor, une situation, évoque une figure, démontrant qu’une mise en scène réussie est affaire d’idées et non de mobilier !
Toutes les conditions sont réunies pour que le spectateur savoure ce moment, heureux de voir sous ses yeux, toujours renouvelée, l’éternelle et envoutante magie du spectacle vivant.

Philippe Escalier – Photo © Adrien Debré

Lucernaire  : 53, rue Notre-Dame des Champs 75006 Paris
Du mardi au samedi à 18 h 30 et dimanche à 15 h
01 45 44 57 34 – http://www.lucernaire.fr

Jusqu’au 26 janvier 2020

Dates de tournée à venir :

11 et 12 janvier 2020 : Fontainebleau

13, 14, 22 et 27 mars 2020 : St-Maur

19 et 20 mars : Witry

 

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Pascal Nowak en concert au Zèbre de Belleville

DSC_8903Pascal Nowak est d’abord une voix, l’on en veut pour preuve ses nombreux doublages de grandes série comme Desperate Housewives, Game of Thrones ou de films dont le récent Mary Poppins de Walt Disney (rôle de Lin Manuel Miranda). En parallèle, la musique pop soul reste sa passion comme le montrent les concerts qu’il a donnés, notamment au cours des derniers mois. Le prochain, celui du 15 novembre 2019 sonne comme une récompense après une série de dates parisiennes. C’est aussi un nouveau départ avec un groupe légèrement réorganisé, composé de 6 artistes, un guitariste, un pianiste, un batteur, une basse et deux choristes, qui s’est consolidé avec l’arrivée de Stéphane Bertin, directeur musical et arrangeur. Ensemble, ils préparent un nouvel album d’une quinzaine de chansons, annoncé pour 2020 et suivi d’une tournée. Si l’on trouvera toujours ce qui est un peu sa marque de fabrique, de belles ballades, pimentées d’humour, répertoire idéal pour sa belle voix puissante et chaude, on notera une évolution vers des tonalités plus modernes et plus électro. Et toujours une écriture et des musiques sortant des sentiers battus, à la fois originales et percutantes, émanation d’une vraie personnalité artistique. Le concert du vendredi 15 novembre 2019 qui bénéficiera de la direction scénique du batteur Jean-Luc Dhayes et de la collaboration, à la fois ancienne et fidèle avec le guitariste auteur-compositeur Gérald Odile, débutera à 20 heures. En première partie, la chanteuse « Mill » sera accompagnée d’une guitare et d’un piano, le groupe Nowak prenant place vers 21 h. Pouvait-on rêver mieux que Le Zèbre de Belleville pour découvrir la bête de scène qu’est Pascal Nowak, ses nouveaux titres et son groupe ?!

Texte et photos : Philippe Escalier
Le Zèbre de Belleville : 63 Boulevard de Belleville, 75011 Paris
Vendredi 15 novembre à 20 h
01 43 55 55 55 – http://www.nowak-officiel.com

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L’Orchestre de Paris à la Philharmonie

Retour en images sur le concert du 6 novembre 2019, au programme Ravel et Rachmaninoff, avec le pianiste Nicholas Angelich et l’Orchestre de Paris sous la direction du chef Zu Zhong.

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La Machine de cirque

DSC_5632_RDMoment rare qui conjugue l’art circassien et l’humour le plus décoiffant, le remarquable spectacle donné par la jeune compagnie québécoise La Machine de cirque à La Scala tient le public en apesanteur pendant 1 h 30. Jubilatoire !

Des moments de cirque nous en avons vu pléthore ! Mais aussi passionnant, aussi abouti, aussi drôle et touchant, il faut convenir que c’est assez rare. Seul un travail d’équipe talentueuse, soudée et complice pouvait permettre d’atteindre un tel degré de réussite….

…Les quatre artistes assurant les performances scéniques (de tout premier ordre) ont aussi participé à l’écriture et à la mise en scène du show placé sous l’égide de Vincent Dubé. Tout à la fois acrobates, voltigeurs et jongleurs, Yohann Trépanier, Raphaël Dubé, Ugo Dario, Maxim Laurin et Elias Larsson vont nous offrir une série de numéros spectaculaires, mat chinois, trapèze, planche coréenne (à couper le souffle), monocyle, j’en passe et des meilleurs ! Pour cimenter leurs prestations, Frédéric Lebrasseur est appelé à la rescousse. Ce percussionniste, guitariste et bruiteur se charge de la musique tout en faisant partie intégrante du spectacle qu’il n’hésite pas à troubler avec espièglerie, quand bon lui semble. L’osmose entre eux est totale et la direction artistique de Vincent Dubé est un modèle du genre…

…Redevenus à leur contact de grands enfants, nous savourons ce moment léger, plein d’originalité aussi joyeux que techniquement impressionnant, en un mot : irrésistible !

Philippe Escalier

L’intégralité de cet article est à lire sur le site de Starter Tatouvu, libre d’accés :

http://www.tatouvu.com/w/wwa_FicheArti/public/6957/article-la-machine-de-cirque.html

La Scala Paris : 13, boulevard de Strasbourg 75010 Paris
Du mardi au samedi à 18 h 30, dimanche à 18 h
01 40 03 44 30 – https://lascala-paris.com/

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Un jardin du silence – Barbara

136A1068_1 copieL’évocation de Barbara proposée par Raphaëlle Lannadère, accompagnée par le pianiste Babx, mis en scène par Thomas Jolly dans Un jardin du silence à La Scala est une délicate conversation musicale laissant apparaitre la chanteuse dans sa plus profonde authenticité.
Barbara dans toute sa splendeur, c’est avant tout Barbara dans toute sa pudeur, sa sensibilité et sa sincérité. Barbara, belle, charismatique mais surtout d’une touchante simplicité. Bien loin d’une forme de biopic, sans aucune intention d’imiter ni de tomber dans la facilité émotionnelle que pourrait générer l’écoute de ses plus grands succès, Raphaëlle Lannadère et Thomas Jolly nous offrent un spectacle profondément original, fruit de leur vision très personnelle de la chanteuse. En nous livrant leur vérité, ils nous donnent à voir la Dame en noir, telle qu’en elle même, grande artiste engagée, figure magique et mystérieuse s’il en fut, fuyant le star-système et désireuse de préserver de son hyper sensibilité. Quelques extraits de chansons pour rappeler son univers, des bribes d’interviews pour laisser apparaitre la femme, la mention de ses actions courageuses et militantes comme son combat contre le sida notamment, cette générosité toujours passée sous silence et puis et surtout, l’humour de Thomas Jolly venu apporter un regard extérieur et un grain de folie pendant que la voix de L. chante à l’oreille de chacun d’entre nous avec une infinie délicatesse.
C’est une rencontre inopinée en 2014 entre Raphaëlle Lannadère (qui nous a offert en 2018 Chansons, son dernier album) et Thomas Jolly, le surdoué de la mise en scène (créateur de Thyeste au festival d’Avignon en 2018, salué et reconnu pour son extraordinaire travail sur Shakespeare notamment) qui va donner naissance à ce spectacle créé au festival Les émancipés de Vannes. Dans un magnifique jeu de lumières, un décor fleuri dont le côté un peu kitsch se perd dans une semi-pénombre, accompagné au piano (noir) par les doigts magiques de BabX, Raphaëlle Lannadère reste fidèle à elle-même et pourtant, Barbara est bel et bien là. Une interprétation si réussie que l’on ressent la magie de sa présence reliant les spectateurs comme par un fil invisible.
Un jardin du silence est l’expression de histoire d’amour de L. pour la chanteuse qui a marqué la scène française pendant quarante ans et l’on s’amusera à constater que le début de sa carrière a été marqué par la remise d’un Prix Barbara par le Ministère de la Culture en 2011. Dans une forme de mise en abime, L. se dépeint en creux, en même temps qu’elle laisse entrevoir ses liens avec sa magnifique aînée avec qui elle partage cette passion pour les mots et cette poésie qui leur permet de magnifier la vie.
Un jardin du silence, spectacle musical théâtralisé tout à l’opposé d’un hommage calculé et mercantile est le plus beau salut que l’on puisse adresser à l’une des nos plus grandes chanteuses, qui a toujours voulu donner, sans tricher, le meilleur d’elle-même. Il nous permet aussi de retrouver sur scène trois artistes merveilleux.

Philippe Escalier

La Scala Paris
13, boulevard de Strasbourg
Paris, 75010
Jusqu’au 3 novembre 2019, du mardi au samedi à 21 h ; dimanche à 15 h
Relâche les 29 et 31 octobre 2019

Réservation : +33 (0)1 40 03 44 30
billetterie@lascala-paris.com

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Helsingør, château d’Hamlet

HAM COM PHOTO Camille Delpech et Laurent Labruyère ©Mélanie DoreyC’est à une expérience terriblement originale que nous convie la compagnie A2R avec cette mise en espace d’une adaptation d’Hamlet signée Léonard Matton et donnée au château de Vincennes.

Il est notoire que plus un ouvrage est célèbre et plus l’on a le sentiment d’en être proche sans qu’il soit besoin de s’y intéresser vraiment. Hamlet de Shakespeare obéit à cette règle d’autant plus qu’il s’agit de la pièce la plus connue, la plus longue écrite par le dramaturge anglais avec cinq actes et plus de vingt-cinq personnages. L’immensité de l’œuvre donne toute sa saveur à l’idée d’une adaptation ayant pour particularité de se focaliser sur les scènes principales et surtout de les faire jouer en déambulant dans un lieu historique (ici le donjon, la cour et la chapelle du château de Vincennes). Les spectateurs évoluent à leur guise, tout en suivant le mouvement général donné par la troupe de dix comédiens, éparpillée dans diverses salles ou réunie pour les grandes scènes. Cette idée remonte à loin comme nous l’a confié le jeune metteur en scène Léonard Matton : « Le projet a germé en voyant le Théâtre du Soleil, ces différents espaces. J’ai eu envie que le spectre apparaisse et de faire partie intégrante de cette cour, il y a douze ans environ. Puis j’ai entendu parler de Sleep no More (production new-yorkaise d’une œuvre théâtrale créée par la troupe de théâtre britannique Punchdrunk, essentiellement basée sur Macbeth,) et je me suis demandé si l’on pouvait conserver le texte en ayant une architecture en arborescence. Il y a cinq ans je me suis lancé dans l’adaptation. Pendant trois ans j’ai cherché le lieu. »
De fait, l’idée fonctionne merveilleusement. Le cadre est des plus adaptés, les comédiens jouent au milieu des spectateurs, parfois même avec eux, leur donnant l’impression de faire corps avec le drame, voire d’y participer directement. Ce ressenti est encore accentué par la qualité de la troupe qui vit la pièce avec une intensité remarquable, comme galvanisée par ce public qui l’entoure et bouge avec elle à l’intérieur du château. Par une sorte de mimétisme, le public, comme pris de frénésie, monte les étages, court sur le grand pont de bois, se précipite à la chapelle avant de se réunir dans la cour où se joue le duel final. Aucune salle ne peut donner cette sensation prenante de véracité et d’émotion que l’on ressent alors au plus haut point.
Avec Helsingør, château d’Hamlet, l’on retrouve la qualité du travail de la compagnie A2R compagnie-Antre de Rêves, créée en 2003, très attachée aux textes et à la transdisciplinarité. À quoi il faut ajouter l’excellence de l’interprétation et il serait injuste de ne pas citer l’intégralité des comédiens jouant en alternance : Gaël Giraudeau, Stanislas Roquette, Loïc Brabant, Roch-Antoine Albaladejo, Zazie Delem, Claire Mirande, Jean-Loup Horwitz, Dominique Bastien, Marjorie Dubus, Camille Delpech, Jérôme Ragon, Hervé Rey, Cédric Carlier, Laurent Labruyère, Thomas Gendronneau, Anthony Falkowsky, Mathias Marty, Matthieu Protin, Jacques Poix-Terrier, Michel Chalmeau. Témoin parfait de la qualité de leur jeu, ce qu’ils nous donnent à voir et à partager suscite chez nous l’envie irrépressible de revoir Hamlet. Que ce soit dans un château ou dans un théâtre.

Philippe Escalier

Château de Vincennes
1, avenue de Paris
94300 Vincennes

Tous les jeudis, vendredis, samedis et dimanches à 19 h 30
Jusqu’au 27 octobre 2019.

Durée : 1h25

Billetterie-boutique : 01 48 08 31 20 – http://www.chateau-de-vincennes.fr

INFORMATIONS IMPORTANTES

– L’entrée se fait obligatoirement entre 19 h et 19 h 40 par le 1 avenue de Paris, 94300 Vincennes.

– Toute arrivée après 19 h 40 se verra refuser l’entrée pour des questions de contrôle de sécurité.

– Le lieu ne permet malheureusement pas l’accès aux personnes à mobilité réduite

– Il est conseillé de se chausser confortablement

– Les valises, vélos, trottinettes et autres objets encombrants ne pourront pas être stockés au vestiaire, ni acceptés au spectacle.

– Les téléphones portables seront consignés à l’entrée et mis sous clef durant la durée du spectacle.

Affiche Vincennes

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Wilde-Chopin

DSC_3427© Philippe_EscalierL’un des derniers écrits d’Oscar Wilde, l’émouvant De Profundis, nous est proposé au Ranelagh, pour neuf exceptionnelles, dans une lecture musicale faite par Michel Voletti accompagné du pianiste Mickaël Lipari-Mayer. Une redécouverte d’un grand texte qui donne lieu à un moment d’une incomparable intensité.

Rien n’aura été épargné à Oscar Wilde, ni le succès le plus insolent, ni la dégringolade la plus douloureuse, la seconde ayant brutalement succédé à la première en l’espace de quelques jours à peine. Le dandy, l’auteur de pièces à succès, célèbre pour son style, ses réparties et ses aphorismes est la coqueluche de Londres en 1895. Il est aussi l’amant de Lord Alfred Douglas, un jeune homme issu d’une famille aristocratique écossaise assez familière avec le malheur. Son père, le marquis de Queensberry, est un homme inculte et violent, uniquement attiré par la boxe, à l’origine des règles qui portent son nom et qui régissent toujours ce sport. Il a perdu son  aîné, dont on dit qu’il fut l’amant du premier ministre anglais, dans un sombre accident de chasse. Pas évident pour quelqu’un dont la tolérance vis à vis de l’homosexualité est à peu près aussi grande que sa culture ! Il se déchaine quand il apprend que son autre fils vit ouvertement avec Oscar Wilde contre lequel il dépose, à son club, un bristol injurieux, le traitant de « somdomite » (avec une faute d’orthographe restée célèbre). Alfred Douglas, qui déteste son père, va alors tout faire pour que son amant dépose une plainte, ce qu’il fera, accomplissant l’acte inconsidéré à l’origine de son malheur. En effet, l’avocat du terrible marquis va contre-attaquer et prouver que l’auteur du Portrait de Dorian Gray est homosexuel, ce qui est puni, depuis une loi de 1885, par le code pénal britannique, d’une peine de travaux forcés de deux ans. Peine qui sera prononcée et exécutée jour pour jour et qui détruira tout à la fois la réputation, l’inspiration et la santé de l’auteur irlandais. C’est durant son incarcération, après quatorze mois terribles qu’il fait l’objet d’un transfert lui permettant d’avoir un directeur de prison plus compréhensif (mettant à la disposition d’Oscar Wilde de quoi écrire) que ce dernier rédigera De Profundis, une lettre dans laquelle il fait le bilan de sa désastreuse relation avec Alfred Douglas, réfléchit sur ses propres faiblesses et regrette, avec lucidité, de ne pas avoir consacré sa vie à son art et à des personnes dignes de lui.  De Profundis est un bilan attristé plus qu’un règlement de compte, fait en finesse, sans violente animosité et avec le style classique et sérieux d’un personnage qui ne joue plus. Car enfin, même si c’est avec la manière, les choses sont dites, et clairement.

© Philippe_Escalier_DSC_3519
Michel Voletti a voulu nous faire entendre ce texte dont on peut penser qu’il est le plus beau jamais écrit par Oscar Wilde. C’est à la fois une mise en accusation, un bilan, un cri de souffrance et un superbe plaidoyer (non dépourvu d’auto-critique) pour un homme fini qui pourtant, entend garder encore un peu de sa légendaire fierté. C’est surtout une lettre d’une immense beauté, d’une sensibilité incomparable. Michel Voletti a évidemment choisi de nous la faire entendre dans toute sa pureté, avec une mise en scène totalement épurée, quasi monacale, en phase avec le thème de la réclusion. Le pianiste Mickaël Lipari-Mayer, avec talent, transforme le monologue en dialogue et nous fait entendre, en écho à la beauté des mots, celle, non moins grande, des sons. Le répertoire musical qui va de Bach à Chopin, en passant par Grieg et Ravel, fait, dans sa tonalité, parfaitement corps avec le texte, la symbiose est parfaite. La belle voix de Michel Voletti alterne avec les notes de Mickaël Lipari-Mayer. Comme envouté, le spectateur écoute, attentif, sans perdre une miette du petit miracle qui se passe sur scène, la rencontre magique et troublante entre un immense écrivain, un magnifique pianiste et un grand acteur.

Texte et photos © Philippe Escalier

Théâtre Ranelagh : 5, rue des Vignes 75016 Paris
Tous les lundis à 20 h 30 jusqu’au 2 décembre inclus
01 42 88 64 44 – https://www.theatre-ranelagh.com/

© Philippe_Escalier_DSC_3604 (1)

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