L’Affaire de la rue de Lourcine

Il ne faut guère plus d’une heure à Eugène Labiche pour nous raconter, au Lucernaire, une histoire totalement déjantée, servie par une troupe survitaminée.

Se retrouver, quand on est un bon bourgeois rentier, avec un homme dans son lit, après une nuit de beuverie, passe encore, mais apprendre, suite à un quiproquo, que l’on aurait, avec lui, perpétré un assassinat armé d’un parapluie, voilà qui est de nature à semer la panique au foyer d’Oscar Lenglumé. Pour faire taire ceux qui pourraient dévoiler l’horrible crime, ce dernier envisage toutes les solutions.

Cette comédie chantée, créée à Paris en mars 1857 est avant tout profondément loufoque. Rien n’a de sens et l’on nage en plein délire. Quel intérêt alors me direz-vous ? Il se trouve que le spectacle est court, que l’intrigue, si délirante soit-elle, est parfaitement rythmée et l’occasion de mi-portraits croustillants. Les comédiens se donnent à fond et s’appuient sur la mise en scène millimétrée de Justine Vultaggio qui outre l’incarnation de l’épouse au foyer, introduit ses propres délires rythmés par quelques délicieuses chansons permettant de retrouver « C’est pas l’homme qui prend la mer » de Renaud ou encore un désopilant « Lavons-nous les mains » (qui pourrait servir à une campagne pro-gestes barrières !). Bref, menée tambour battant, cette folle comédie se révèle irrésistible avec quatre acteurs qui prennent visiblement un plaisir fou à jouer. Oscar Voisin, Reynold de Guenyveau, (magnifiques interprètes des deux personnages principaux) Gabriel Houdou et Maxime Seynave entrent dans la danse avec une énergie et une joie communicatives, nous offrant une heure formidablement récréative. Par les temps qui courent, cela ne se refuse pas !

Philippe Escalier

Lucernaire : 53 Rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris

Du mardi au samedi à 20 h et dimanche 15 h – 01 45 44 57 34

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Carmen

Dans sa dernière création à l’affiche du Théâtre Libre, Philippe Lafeuille apporte sa vision personnelle de l’opéra de Bizet et vient proposer, avec l’inventivité qui le caractérise, des chorégraphies où l’esthétique et l’humour se mêlent irrésistiblement.

Disons le d’entrée, si cette Carmen, magnifique et flamboyante n’est pas une mise en scène de l’opéra le plus joué au monde, elle n’est pas non plus un simple prétexte. Amoureux de la musique et de la voix, le chorégraphe qui avoue commencer le travail de chacune de ses créations par la définition d’un playlist, avait envie de donner sa vision génèrale de l’œuvre et voulait s’intéresser à cette femme libérée, tout en racontant une multitude de choses, dont sa décennie passée en Espagne au début de sa carrière. Philippe Lafeuille, ce n’est pas la moindre de ses qualités, ne fait rien comme tout le monde. Surtout, il ne propose rien qui ne soit beau à voir ni amusant à vivre. Sa compagnie Les Chicos Mambo a une longue tradition de parodie à laquelle son public reste très attaché et qui n’exclut nullement de faire interpréter par des danseurs professionnels des moments plein de poésie et de grâce venant ponctuer un récit souvent désopilant et toujours plein de surprises.

Carmen n’est étrangère à personne, l’opéra de Bizet étant une succession de tubes. S’attaquer à un mythe ne pouvait que convenir à l’amoureux des défis qu’est Philippe Lafeuille. Sur ses airs planétairement connus, il joue avec une étonnante dextérité sur les notions liées à l’identité et fait danser, exclusivement par des hommes, l’histoire de cette femme rebelle. Dés l’ouverture du spectacle, le ton est donné, la troupe apparait en pantalons, robes et visages masqués, impossible de savoir qui est qui. Un mélange des genres précieux pour qui refuse de mettre les êtres dans des cases étroites en oubliant leur richesse et leur complexité. Une fois les danseurs dévoilés, le jeu du masculin et du féminin continue de plus belle. « Mais c’est un homme !» lance l’un des protagonistes quand apparait le visage de Carmen qui a pris l’apparence virile de Rémi Torrado. Le séduisant ténor ayant fait ses classes à l’AICOM, pris des cours de chant, de danse et d’acrobatie, incarne l’indomptable bohémienne et change allègrement de tenue, de voix et de sexe, entouré de danseurs qui, avec lui, jouent sur l’ambiguïté et la contradiction. Tout l’univers de Carmen est là, un peu éclaté, sublimé et efficacement moqué. Sérieux sans jamais se prendre au sérieux, Philippe Lafeuille, toujours un peu iconoclaste, assume son penchant pour ce qui est drôle et facétieux, en allant au bout de ses idées. Du reste, raffiné et très travaillé, son comique n’est pas automatique et sait laisser toute sa place à de grands moments de poésie comme le magnifique solo du taureau dansé de dos par Samir M’Kirech que personne ne pourra oublier. Autour de lui, Antoine Audras, François Auger, Antonin «Tonbee» Cattaruzza, Phanuel Erdmann, Jordan Kindell, Jean-Baptiste Plumeau et Stéphane Vitrano donnent le meilleur d’eux mêmes et font corps avec les délires de leur chorégraphe avec une précision remarquable et un plaisir non dissimulé.

Devant les spectacles de danse, le public, silencieux, regarde. Ce même public, ici aiguillonné par Philippe Lafeuille, rit et réagit en permanence, devenant acteur à part entière du show qui se déroule sous ses yeux. Un public qui, à la fin, se lève dans un élan unanime pour applaudir généreusement. Debout, les spectateurs se laissent alors entrainer dans une chorégraphie de bras dirigée par Philippe Lafeuille sur la valse lente N° 2 de Chostakovitch. Avant de sortir et de mettre, bien à regret, un terme à ce moment de plaisir et de communion.

Philippe Escalier – Photo d’ouverture : © Michel Cavalca

Théâtre Libre : 4, boulevard de Strasbourg 75010 Paris
Du jeudi au samedi à 19 h et dimanche à 16 h
Jusqu’au 30 janvier 2022
01 42 38 97 14

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Memento Mori

Dans un très bel hôtel particulier de Meudon, les dix comédiens de 5e Acte nous font revivre avec « Memento Mori » un moment de théâtre immersif policier, original, ludique et délicieusement excitant.

Memento Mori a tout pour nous impressionner : son titre « Souviens-toi que tu vas mourir », la qualité des acteurs, l’excellence du travail fourni, jusque dans les moindres détails, pour asseoir une enquête policière sur une histoire très construite signée Jean-Patrick Gauthier et Frédéric Texier, la participation des spectateurs qui déambulent, carnet et crayon en mains, pour questionner les personnages et tâcher de trouver une réponse à la question fatale : qui est le meurtrier ?
Dans « Memento Mori », tout le monde participe au spectacle et ce n’est pas le moindre de ses avantages. Tout commence dans le grand salon au moment d’une conférence donnée par le docteur Paul Sérusier dans le but de démontrer, via les soins apporté à un amnésique, la réalité scientifique du spiritisme. Le personnage est plutôt bizarre et avec lui, n’ayons pas peur des mots, même les tables ne tournent pas rond ! Dans le cercle Vitruve fondé pour réunir une élite intellectuelle croyant à un avenir meilleur, hôtes de la conférence, les personnages principaux apparaissent. Le cadre est fixé. L’enquête peut commencer. Elle se poursuit dans les différentes pièces de la grande maison où les spectateurs vont déambuler, découvrir divers indices, écouter aux portes ou interroger les comédiens dans le cadre de leur propre enquête menée conjointement avec celle d’un commissaire, appelé sur les lieux aussitôt le crime découvert. Au bout de deux heures palpitantes, pour suivre les habitudes prises par un certain Hercule Poirot, tout le monde est rassemblé à nouveau dans le grand salon. Le policier donne d’abord la parole à l’assistance qui peut avancer ses propres déductions avant que le verdict final ne tombe. Seuls les meilleurs limiers pourront approcher de la solution mais tous les spectateurs auront pris un plaisir non dissimulé à participer à ce spectacle exceptionnel à tous égards.

Texte et photos © Philippe Escalier

Les Érables
15 bis, rue Marcel Allégot – 92190 Meudon
Du 8 au 21 février à 20 h

http://www.5eacte.fr

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Volpone

L’adaptation de Volpone permet de redécouvrir une pièce qui n’a rien perdu de son mordant et de sa drôlerie. Elle est jouée, dans une mise en scène aussi précise que dynamique, par une troupe mettant en joie le public du Café de la Gare.

Le lieu est mythique. La pièce aussi ! Représentée pour la première fois en 1606 à Londres, cette comédie du dramaturge Ben Jonson n’en a jamais fini d’être jouée ou adaptée, que ce soit au cinéma ou à l’opéra. On compte même une comédie musicale ayant recyclé son intrigue. Qui pourrait résister à l’histoire de ce marchand vénitien cupide, faisant croire à sa fin proche pour récupérer cadeaux couteux et bijoux rares de la part de ceux qui lorgnent sans vergogne sur ses biens ? Aidé par son ingénieux valet Mosca (François Bérard) passé maître dans l’art de tromper son monde, Volpone (Frédéric Roger) en parfaite santé, s’avère être un magnifique malade imaginaire, toussant et agonisant dans son lit. Plus que quelques jours à vivre : devant cette petite fortune prête à changer de mains, il importe d’être bien vu pour devenir l’unique nom inscrit au testament et les rapaces rivalisent d’offrandes. À la course à l’héritage prennent part des personnages haut en couleur, un avocat véreux (Emmanuel Guillon), un vieux gentilhomme (Philippe Manesse) et son fils (Timothée Manesse), un marchand (Régis Chaussard), une femme légère (Isabelle Laffitte) et un juge (Patrick Courtois), car il va bien falloir rendre des comptes à la fin ! Tous attendent l’imminente nouvelle du décès pour récupérer leur mise et toucher le jack-pot !

La metteuse en scène Carine Montag nous propose une adaptation formidablement énergique, mettant en avant les aspects comiques d’une œuvre faisant généreusement rire sur des thème pourtant bien sombres. Loin des mises en scène brumeuses ou tortueuses, Carine Montag propose et réussit un travail d’une grande précision, d’une finesse exemplaire, au service du texte (une langue étonnement vivante et contemporaine) et du divertissement. Autour de personnages délicatement ciselés, elle met en avant l’énergie et l’humour d’une farce construite autour de la cupidité et la fourberie, évitant le piège réducteur du bien et du mal, dans Volpone tout le monde en prend pour son grade. Devant cet admirable résultat porté par la performance réalisée par l’ensemble des comédiens, les spectateurs adhèrent au spectacle sans réticence aucune, visiblement ravis de pouvoir trouver autant de magie et de plaisir sur une scène. La réussite est totale et ce Volpone, aux multiples qualités, enchantera tous les publics.

Texte et photos © Philippe Escalier

Café de la Gare : 41, rue du Temple 75004 Paris

Samedi et dimanche 15 h – Fêtes de Noël, tous les jours à 15 h

Réservations : 01 42 78 52 51

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Marlene Dietrich seule en scène par Cyrielle Clair

Si l’on devait résumer, en quelques mots, le destin de l’un des plus grands mythes du cinéma, il faudrait citer des villes, des films et des hommes. À commencer par Pierre Cardin qui fut à l’origine de ce spectacle, lui qui demanda à Cyrielle Clair de bien vouloir faire revivre sur scène Marlene Dietrich qu’il admirait et qu’il avait eu le plaisir de recevoir, à deux reprises, dans l’Espace portant son nom.

Dans cette balade biographique subtilement travaillée, le spectateur se laisse entrainer sans grande difficulté. Cyrielle Clair incarne avec une réelle aisance, Marie Magdalene qui nait à Berlin au début du siècle et qui, pour la scène, contractera ses deux prénoms pour n’en faire qu’un. D’abord vouée à la musique (au violon), une blessure au poignet l’oriente vers le cabaret et le théâtre. Tout commence très vite, elle a moins de trente ans lorsqu’elle rencontre Josef von Sternberg. Avec lui, une poignée de films, autant de chefs-d’œuvre et le succès. La montée du nazisme auquel elle se heurte frontalement l’amène à quitter son pays pour les Etats-Unis où la grande séductrice rencontrera Gabin, l’homme de sa vie, avec lequel l’idylle fut pourtant de courte durée, ponctuée par le second conflit mondial. Sur le plan du courage et de l’engagement, les deux artistes se ressemblaient : lui se met en danger et rejoint la 2e DB, elle fait une tournée de 60 concerts en Europe pour suivre et égayer les troupes combattantes du général Patton. Dans les années 70, une série d’accidents ralentissent durablement sa fin de carrière et elle trouve refuge à Paris, dans son appartement de l’avenue Montaigne.

Cyrielle Clair nous fait traverser cette vie hors du commun avec un spectacle qui mêle à son jeu d’actrice, le chant et des projections vidéos. Nous alternons les lieux, les époques en même temps que l’actrice change de tenues. Tout est fait pour rendre cette rétrospective particulière vivante et touchante, Marlene Dietrich ne s’étant pas contentée d’avoir une vie de star adulée du public. Refusant les compromis et toute forme d’opportunisme, elle s’est mise au service de ses idées en essayant, sans toujours y parvenir, de concilier sa carrière et ses différentes amours. Avec passion, elle fit toujours en sorte que sa vie ne reste pas cantonnée à une image de femme fatale mais soit aussi, et surtout, un combat en faveur de la liberté à laquelle elle fut si attachée. Après ce beau spectacle en forme d’hommage, ne soyez pas surpris si vous sortez du théâtre des souvenirs plein la tête et en sifflotant « Lili Marleen » !

Philippe Escalier

Théâtre de la Tour Eiffel : 4, square Rapp 75007 Paris
Vendredi et samedi à 19 h et dimanche à 17 h – 01 40 67 77 77

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La Fuite

L’adaptation réussie de « On ne sait comment » de Luigi Pirandello nous offre un moment théâtral d’une grande originalité, où la profondeur est pimentée de situations désopilantes, servi par cinq excellents comédiens qui viennent ravir le public du Théâtre 13.

L’adaptation réussie de « On ne sait comment » de Luigi Pirandello nous offre un moment théâtral d’une Psychologie, humour, mais aussi suspens (expliquant pourquoi un résumé trop précis de ce spectacle est à éviter), voilà les trois ingrédients principaux de l’adaptation réalisée par Ciro Cesarano et Fabio Gorgolini qui ont su, avec un art et une finesse peu communes, reprendre le thème de cette dernière pièce de Pirandello, pour en faire une comédie à l’italienne, sans jamais trahir l’auteur. L’on retrouve les thèmes du questionnement, de la vérité, de la motivation de certains agissements. Le non-dit, les sous-entendus, les choses inavouables et les mensonges, que l’on ne peut pourtant garder pour soi, sont au cœur de ce spectacle dans lequel l’on observe comment l’humain se débat, non sans difficultés parfois, avec ses zones d’ombre. Ce combat personnel et douloureux, nous y assistons avec une délectation accrue par la saveur de l’histoire qui se passe sous nos yeux et où toutes les tensions prennent leur source : la vie d’un petit restaurant dont le patron, poursuivit par une fâcheuse tendance à rater tout ce qu’il entreprend, s’escrime à organiser un repas de mariage. Renouant avec une comédie à l’italienne pleine de subtilité et d’humanité, nos deux auteurs-adaptateurs ont su multiplier les moments drolatiques, bâtissant ainsi le cadre comique entourant les déchirements intérieurs auxquels nous assistons. Alors que la tension monte, l’on ne peut s’empêcher de laisser échapper des éclats de rire de plus en plus nombreux et spontanés. Ce drame jubilatoire que Ciro Cesarano et Fabio Gorgolini, morceaux par morceaux ont si bien construit, ils le jouent avec Laetitia Poulalion, Amélie Manet et Boris Ravaine. Tous, avec rigueur et justesse, déroulent une pièce que nous n’auront pas peur de qualifier d’exemplaire, tant elle nous conforte dans l’idée que le théâtre n’est jamais plus accompli que lorsqu’il parvient, dans des moments d’un parfait équilibre, à faire cohabiter des styles opposés, en l’occurrence ici, la comédie et l’introspection philosophique. Aboutissement d’un long travail mené par la compagnie Theatro Picaro, « La Fuite » a su magnifiquement marier Freud et les Marx Brothers, pour notre plus grand plaisir !

Texte et photo aux saluts : © Philippe Escalier

Théâtre 13 :  103 A Bd Auguste Blanqui, 75013 Paris

Jusqu’au 19 novembre 2021, du mardi au samedi à 20 h et dimanche 16 h

01 45 88 62 22 – http://www.theatre13.com

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Le jeu d’Anatole ou les manèges de l’amour

Le spectacle musical créé par Tom Jones à partir d’une pièce d’Arthur Schnitzler permet de découvrir au Lucernaire un moment pétillant et joyeux. L’adaptation de Stéphane Laporte et la mise en scène Hervé Lewandowski font merveille et permettent à quatre excellents comédiens-chanteurs de donner le meilleur.

Disons-le d’entrée de jeu, c’est moins la genèse assez curieuse de ce spectacle (une double adaptation au final) que le résultat, plébiscité et enthousiasmant, qui importe. Le nom d’Arthur Schnitzler est en France probablement plus connu que son œuvre. Il n’en reste pas moins l’un des grands auteurs de langue germanique, qui présenta l’originalité d’être à la fois écrivain et médecin (proche de Freud) ce qui lui permit de donner à ses œuvres une indéniable dimension psychologique. Tom Jones s’empara d’Anatole, grand coureur de jupons et décida de présenter cette pièce en 5 tableaux se déroulant entre 1910 et 1990 sous une forme musicale largement empruntée à Offenbach.

Voici donc les rapports homme-femme et le complexe du séducteur masculin placés sous le signe d’une bonne humeur et d’une légèreté salvatrices. Oubliez la psychologie et l’étude de personnages, abandonnez Schnitzler et Freud dans un coin de votre bibliothèque et laissez-vous entrainer par un quatuor de comédiens doués et plein de vie venus balayer des époques et des situations différentes, en piratant et revisitant Offenbach, le plus vivant des compositeurs. Le public s’amuse et le mot comédie-musicale est ici parfaitement adéquat ! Gaëtan Borg, avec brio, allie profondeur et charme pour incarner ce rôle titre de séducteur impénitent que l’excellent et énergique Yann Sebile, en meilleur ami faisant parfois penser à Sganarelle, peine à canaliser. Mélodie Molinaro contribue à nourrir ce spectacle avec ses différentes femmes, plus ou moins fatales qu’elle prend plaisir à incarner… à la perfection ! Guillaume Sorel quant à lui, nous régale de quelques personnages secondaires truculents dont on ne saurait se passer. Accompagnés au piano par Sébastien Ménard, ils savent donner à cette comédie d’irrésistibles accents et provoquer les rires, sans se départir d’une grande finesse. Puisqu’ils savent si bien nous captiver dans ce jeu de l’amour, où le hasard a toujours toute sa place, laissez-vous porter jusqu’au Lucernaire, vous ne le regretterez pas !

Philippe Escalier

Photo © Noémie Kadaner

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L’importance d’être Constant

Cette pièce d’Oscar Wilde est un irrésistible moment de grâce porté par d’excellents comédiens mis en scène par Arnaud Denis au Théâtre Hébertot.

Rarement le théâtre aura autant ressemblé à une conversation brillante qu’avec le célèbre auteur irlandais. Toutes ses qualités font merveille : son goût du verbe et de la provocation, son esprit mordant, ses irrésistibles aphorismes bien sentis, toujours un peu exagérés mais plein de réalisme, faisant penser à la célèbre formule de Cocteau « Je suis un mensonge qui dit la vérité ». Le récit avance tambour battant tenant en haleine le spectateur qui alterne rire et sourires. Dans «L’importance d’être Constant » l’on retrouve les thèmes de prédilection de Wilde, l’hypocrisie de la bonne société, une frivolité cultivée comme un art de vivre et les inénarrables rapports homme-femme, teintés par moment d’une dose de féminisme qui peut surprendre pour l’époque (ici ce sont les femmes qui ont du caractère et mènent leur barque où bon leur semble). Le sujet, aussi improbable dans son thème et ses rebondissements que celui d’une comédie de Molière, se développe autour de deux jeunes dandys qui s’inventent un alter ego pour échapper à leurs nombreuses obligations mondaines, avant de payer le prix de leur stratagème, quoique tout finisse pour le mieux dans cette comédie aux forts accents de marivaudage.
Il faut du panache pour jouer Oscar Wilde et elle n’en manque la troupe qu’Arnaud Denis (assisté d’Ariane Echallier) a mis en scène de la plus belle des manières. Très stylé et débordant d’humour, son travail sied parfaitement à cette pièce pétillante et délirante où il interprète le rôle de Jack. Face à lui, Evelyne Buyle nous enchante avec sa magnifique, tyrannique et fantasque Lady Bracknell obnubilée par son rang, Olivier Sitruk est un grand Algernon jouisseur et égoïste, Delphine Depardieu donne une impressionnante Gwendolen quasi lubrique par moment. Marie Coutance incarne une belle Cecily, femme enfant qui se révèle fort déterminée alors que Nicole Dubois joue une frêle Miss Prism attirée par le révérend Chasuble de Fabrice Talon. Jean-Pierre Couturier et Gaston Richard jouent deux domestiques stylés. Somptueusement habillés par Pauline Yaoua Zurini, tous s’accordent à la perfection, visiblement complices et mus par un désir évident de donner du plaisir au public. Le but est atteint et au delà !

Il est impossible d’assister à ce délicieux feu d’artifice sans penser à la terrible destinée de celui qui en fut à l’origine. « Il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne », le triste adage romain n’a jamais paru plus adapté qu’en 1895 quand Oscar Wilde, devenu la coqueluche de Londres, triomphe avec ses deux dernières pièces, « L’importance d’être Constant » et « Un mari idéal », immédiatement suivies par une déchéance complète née d’un procès pour atteinte aux bonnes mœurs qui le condamne à deux terribles années de travaux forcés pour homosexualité. De fait, se trouve tristement contredite l’une des répliques, véritable hymne à la liberté, que l’on peut entendre dans sa pièce :« Les principes de haute moralité n’ont jamais rendu personne heureux, ni bien portant ». Pour le paraphraser, disons simplement ici, en conclusion, que son théâtre, contrairement « aux principes de haute moralité », nous a toujours rendu heureux. En particulier avec une si éblouissante interprétation !

Texte et photo aux saluts : Philippe Escalier

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Edith Piaf : « Je me fous du passé »

Autour de la figure mythique de La Môme, Victor Guéroult a écrit une œuvre théâtrale où réalité et fiction se mêlent dans un grand tourbillon musical. Ce beau spectacle en forme d’hommage est actuellement à l’affiche du Studio Hébertot.

En 1937, Thérèse, une jeune chanteuse profite de sa ressemblance physique et vocale avec Piaf pour se produire dans un petit cabaret où elle se fait passer pour l’artiste, renflouant au passage les caisses d’un patron peu scrupuleux. Juste après la guerre, Monsieur Louis, l’impresario d’Edith Piaf, découvre l’existence de cette supercherie et demande à rencontrer l’imitatrice douée qui craint alors d’être traduite devant les tribunaux. Elle est extrêmement surprise quand elle découvre que le manager de la star a d’autres idées en tête qui pourraient changer sa vie.

La réussite de ce spectacle tient d’abord à un récit dont la structure aboutie et inventive promène avec agilité le spectateur sur les chemins suivis par les deux héroïnes, l’une célèbre et adulée, l’autre sortie tout droit de l’imagination de l’auteur. Elle est aussi due à une distribution qui s’est visiblement appropriée l’œuvre en donnant le meilleur d’elle-même. Bonnes comédiennes, Béatrice Bonnaudeau (Piaf) et Léa Tavarès (Thérèse) régalent nos oreilles de leurs magnifiques voix. Lionel Losada joue le patron du cabaret tout en assurant la direction musicale et la partition pianistique. Gérald Cesbron interprète Monsieur Louis tandis que Franck Jazédé assume deux rôles, tour à tour féminin et masculin. Enfin, Nicolas Soulié revêt les habits du jeune militaire amant de Thérèse. Tous sont dirigés par Loïc Fieffé qui a su rendre vivants les multiples tableaux d’un spectacle au rythme énergique (quasi cinématographique), permettant d’entendre quelques-uns des grands tubes ayant émaillé la carrière de la chanteuse, entre 1936 et 1960. L’ensemble explique aisément que le public goute avec gourmandise les recettes minutieusement concoctées par Victor Guéroult, joliment servies par une troupe aux multiples talents. En leur compagnie, au Studio Hébertot, Piaf peut continuer à nous enchanter !

Texte et photos : Philippe Escalier

Studio Hébertot :78, bis boulevard des Batignoles 75017 Paris
Du jeudi au samedi à 21 h et dimanche à 14 h 30
http://www.studiiohebertot.com – 01 42 93 13 04

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The Normal Heart

Pièce écrite en 1984 sur le thème de l’apparition du Sida, « The Normal Heart » est le témoignage poignant du combat titanesque mené par Larry Kramer contre la maladie. Celui qui fut l’un des tout premiers à comprendre l’ampleur du désastre avant de fonder ACT UP, opposa son énergie, ses convictions et ses colères salvatrices à l’indifférence et au silence gêné qui furent les premières réponses à la pandémie. Vingt-sept ans après, « The Normal Heart » est enfin créé au Théâtre du Rond-Point dans une adaptation et une mise en scène bouleversante de Virginie de Clausade.

Été 1981, apparaissent aux Etats-Unis les premiers morts liés à une maladie inconnue, frappant les homosexuels. Ce que l’on qualifie alors de cancer frappe quelques dizaines de personnes. Le peu de malades concernés et le fait qu’ils soient tous gays expliquent le total désintérêt des pouvoirs publics qui se réveilleront, des années et des millions de morts plus tard. Une femme médecin, le docteur Brookner soupçonne une maladie sexuellement transmissible s’attaquant au système immunitaire. Sûre de ses intuitions, elle alerte la communauté gay et préconise l’abstinence. Son conseil provoque alors l’hilarité.

Dans « The Normal Heart », Larry Kramer se met en scène sous les traits du personnage de Ned Weeks. La lecture d’un article d’Emma Brookner le décide à partager son combat, se trouvant en butte à ses amis qui ne peuvent ni comprendre la maladie ni, dans ces années de libération sexuelle débridée, accepter les préconisations de chasteté. C’est un combat gigantesque qui s’engage alors, à la fois pour sensibiliser une communauté aveugle et convaincre des pouvoirs publics à la limite de l’homophobie. Ned Weeks n’acceptant aucun compromis, rue en permanence dans les brancards, pensant que seule la révolte et le scandale pourront faire avancer la prise de conscience nécessaire pour affronter une pandémie dévastatrice.

La pièce de Larry Kramer porte témoignage de ce combat. Elle ne cache rien de ses espérances, des ses échecs aussi (on lui préfère, au sein de l’association qu’il a créé, un Président plus consensuel et timoré), ni de son histoire d’amour avec un jeune journaliste du New York Times qui partage son combat et qui finira emporté par ce qui va devenir le Sida. Construite avec une grande rigueur (que la mise en scène de Virginie de Clausade met bien en valeur), autour d’un réseau de jeunes gens qui participent à la première association créée par Kramer, avant qu’il n’en parte pour lancer ACT UP, l’œuvre décrit aussi parfaitement l’immobilité et l’hypocrisie de la mairie de New-York dont le premier magistrat, probablement homosexuel honteux, refuse le moindre effort pour venir en aide aux malades. La presse, à de très rares exceptions près, n’est guère plus courageuse et refuse d’aborder de front un sujet jugé bien trop sulfureux.
À travers ses sept personnages, Larry Kramer nous apporte une vision éminemment humaine du drame qui est en train de se nouer. Et démontre la somme de courage qu’il fallait avoir pour rejoindre ce combat, d’abord difficile à comprendre et qui signifiait ensuite que l’on faisait un coming-out aux conséquences souvent douloureuses et que certains n’acceptaient pas. Tout cela au milieu des morts qui n’en finissent pas de tomber.

La pièce sera jouée pour la première fois en 1985. Elle fera aussi l’objet d’une adaptation au cinéma signée Ryan Murphy qui aligne une distribution prestigieuse et remportera de nombreuses récompenses. On n’avait pourtant quasiment jamais pu la voir en France. Virginie de Clausade a voulu s’en emparer, soutenu par sept acteurs remarquables. Le rôle principal est tenu par Dimitri Storoge, qui, sans excès mais avec une force intérieure évidente, donne vie à son personnage combatif et rageur. Face à lui, Jules Pelissier que l’on est aussi heureux de voir au théâtre, touchant de fragilité, incarne son amant, avec une profonde justesse. La doctoresse Emma Brookner est jouée avec détermination par Déborah Grall. Andy Gillet incarne parfaitement Bruce Niles qui va prendre la présidence de l’association qu’en cadre sup soucieux de son statut, il dirige sans prendre de risques. Brice Michelini revêt avec panache les habits d’un militant, membre du bureau de l’association, partagé entre la rage de Ned et la grande prudence de Bruce. Mickaël Abitboul est parfait en avocat, attaché à son frère Ned sans parvenir toutefois le comprendre. Enfin Joss Berlioux, convaincant, apparait dans plusieurs rôles dont celui, assez ingrat d’élu local peu compréhensif. Tous, avec une force et une sobriété remarquables, nous communiquent la charge émotionnelle de cette pièce dont nous sortons totalement ébranlés en se disant qu’avec un témoignage historique aussi poignant, le théâtre remplit la noble mission qui est la sienne.

Cette pièce remarquable est, vous l’avez compris, un moment exceptionnel. Il appelle votre visite. Il demeure encore, de ci, de là, sur ce sujet, des traces de frilosité, d’indifférence ou de rejet. C’est donc bien au public qu’il revient d’encourager et de plébisciter ce superbe projet qui voit enfin le jour entre les murs du Rond-Point et qui, au delà de nos applaudissements, mérite toute notre reconnaissance.

Philippe Escalier

Théâtre du Rond-Point : 2bis avenue Franklin Delano Roosevelt, 75008 Paris

Jusqu’au 3 octobre 2021 – 01 44 95 98 00

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Le Philharmonique de Berlin à la Philharmonie de Paris

Quelques photos prise aux saluts lors du concert donné par le Berliner Philharmoniker placé sous la direction de Kirill Petrenko. Au programme l’ouverture fantaisie « Roméo et Juliette », le premier concerto pour piano de Prokofiev et « Conte d’été » de Joseph Suk. Le premier concerto a été interprété avec une finesse, un force et un brio tout à fait étonnants par la jeune pianiste rusee Anna Vinnitskaya. Sa sonorité lumineuse et celle, inimitable et si raffinée de l’orchestre ont fait merveille, dimanche 5 septembre 2021 à la Philharmonie de Paris.

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La Promesse de l’aube

Parue en 1960, « La Promesse de l’aube » qui relate la jeunesse de Romain Gary à travers sa relation à sa mère, a connu plusieurs adaptations, dont une, récemment au cinéma. Dans un exercice de haute voltige, Franck Desmedt, mis en scène par Stéphane Laporte et Dominique Scheer au Lucernaire, se met au service de ce texte magnifique qu’il a adapté et qu’il nous fait revivre de la plus belle des façons.

Romain Gary, l’une des plus belles plumes du siècle dernier, nous raconte l’histoire d’un amour maternel inconditionnel et immodéré. Dans cette famille, tout étant exagéré, « La Promesse de l’aube » fourmille de détails surprenants et désopilants propres à lui faire rencontrer le succès qui a caractérisé cet ouvrage tiré à plus d’un million d’exemplaires. Né dans l’empire russe en 1914, le jeune Romain émigre d’abord en Pologne où sa mère crée une maison de couture avant de rejoindre la France. Pendant que son fiston commence à écrire et cherche à être publié dans la presse, elle vend des articles de luxe puis se voit confier la gestion d’un petit hôtel niçois. Dans ce mouvement perpétuel, une chose ne change pas : partout et à tous, la mère crie que son fils est un génie qui deviendra un jour célèbre et probablement Président de la République. Difficile de mettre la barre plus haut : la seconde guerre débutant, Gary rejoint sans tarder la France libre et fera la carrière militaire, puis diplomatique et littéraire que l’on sait, laissant toutefois l’Élysée au Général de Gaulle !
Dans ce roman, qui est un roman d’amour, Romain Gary avec des sarcasmes et une bonne dose d’humour ne peut s’empêcher d’exprimer l’agacement que cet attachement excessif a toujours provoqué chez lui. Sans qu’il soit possible de nous tromper sur son affection pour cette mère qui lui cache son diabète et même sa mort qu’il ne découvre qu’au retour de la guerre. Pour qu’il n’apprenne pas trop tôt, ni trop loin de Nice la terrible nouvelle, sa mère lui faisait envoyer au compte gouttes des lettres écrites plusieurs mois avant son décès. Un amour dévastateur qui amènera l’écrivain à relativiser tous les autres : « Avec l’amour maternel, la vie vous fait, à l’aube, une promesse qu’elle ne tient jamais. Si ma mère avait eu un amant, je n’aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine ».

Franck Desmedt, amoureux des défis, qui incarnait magnifiquement une foule de personnages dans « Tempête en juin » d’Irène Némirovsky et qui joue Dieu dans « Le Visiteur » d’Éric-Emmanuel Schmitt, était fait pour dire ce texte et l’incarner. Tout en finesse et en douceur, l’acteur n’a pas son pareil pour envouter le public, et ce, dés les premiers mots. Chez ce magicien aux gestes précis, murmurant comme le ferait tout détenteur de secrets d’importance, l’élocution, toujours parfaite, ressemble à une caresse. Avec la complicité de ses deux metteurs en scène, Stéphane Laporte et Dominique Scheer qui illustrent avec une économie de moyens propre à chasser toutes interférences et à souligner sans jamais surligner ce texte à la richesse infini et à l’humour si délicat, Franck Desmedt entraine le spectateur dans ce qui ressemble à une communion. Quand la littérature et le jeu d’acteur atteignent de tels sommets, la sobriété se doit, comme ici, d’être la règle. Elle seule permet un si beau partage.
Après les longs applaudissements qui saluent cette émouvante prestation, impossible de ne pas s’interroger : autobiographie vraiment ? Pour qui connait la vie de Romain Gary, son goût pour le mystère et la distance qu’il aimait à entretenir avec la vérité, lui, le seul écrivain français à avoir obtenu deux Prix Goncourt, la seconde fois sous le nom d’Emile Ajar et sur la base d’une géniale mystification ayant longtemps tenu le monde littéraire en haleine, la question n’est pas illégitime. La délicieuse scène au Club de tennis où la mère de Gary se jette aux pieds du vieux roi de Suède présent, le suppliant de permettre à son fils (qui n’a jamais tenu une raquette) d’exercer ses talents dans ce lieu huppé, est aussi drôle que probablement inventé. Mais qu’importe, puisque cet acte symbolise si bien ce qu’une mère exaltée comme la sienne aurait pu faire ! Car agissant comme un écrivain de génie, Romain Gary a autant vécu que magnifié une existence qui ne fut pas dénuée d’aventures et de gloire pour autant. Quand un style pur, imagé, sensible et drôle, construit une telle œuvre, tout travail de détective attaché au détail serait inutile et mesquin. Ici, seule compte la vérité de l’écrivain, celle qui permet que le romanesque et le vécu ne fasse qu’un. Celle qui nous projette dans un monde magique, aux confins du réel et de l’imaginaire.

Philippe Escalier

Photos : © Laurencine Lot

Lucernaire : 53 Rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris
Du mardi au samedi à 18 h 30 et dimanche à 17 h
01 45 44 57 34 – http://www.lucernaire.fr

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La Course des géants

En mixant un épisode célèbre de la conquête spatiale avec l’aventure personnelle d’un jeune surdoué malmené par la vie, Mélody Mourey nous offre un moment de théâtre palpitant porté par une belle troupe au Théâtre des Béliers Parisiens.

Après « Les Crapauds fous » avec lesquels elle avait démontré l’étendue de ses talents d’auteur, Mélody Mouret renoue avec le succès et fait brillamment la démonstration qu’elle détient les secrets de fabrication d’une pièce où une l’écriture élégante et pleine de vie permet d’offrir au spectateur d’intenses bonheurs partagés.

Nous sommes à Chicago dans les années 60. Grand immature sans autre famille qu’une mère à problèmes, Jack Mancini travaille dans la pizzeria de son oncle qui l’aime assez pour lui servir de père et oublier ses nombreuses turpitudes : le jeune homme adore les chiffres, mais il est surtout passé maître dans l’art d’additionner les problèmes, façon pour lui d’oublier une jeunesse injustement confisquée. Passionné depuis toujours par l’aviation, rêvant de devenir astronaute, ce surdoué dispose pourtant des moyens pour s’accomplir. La rencontre avec un professeur de psychologie qui découvre ses talents et le prend sous son aile, va lui permettre de lutter contre ses démons et lui ouvrir d’autres horizons ainsi que les portes de la NASA.

Faire des aller-retour entre l’universel et le particulier, la grande histoire et l’aventure personnelle, le réalisme et la fiction, l’héroïsme et le romantisme, Mélody Mourey fait cela à la perfection. Elle parvient également à camper chacun de ses personnages avec une vérité touchante et sa mise en scène précise, spectaculaire et très visuelle permet de donner à la pièce une dimension quasi cinématographique. Si l’on ajoute le talent des comédiens d’une parfaite crédibilité et tout en subtilité, Éric Chantelauze, Jordi Le Bolloc’h, Nicolas Lumbreras, Anne-Sophie Picard, Valentine Revel-Mouroz, et Alexandre Texier, l’on comprend aisément que les spectateurs se laissent volontiers embarquer dans cette histoire haletante comme un thriller et émouvante comme un film d’amour que l’on ne quitte qu’à regret !

Philippe Escalier

Photos © Alejandro Guerrero

Théâtre des Béliers Parisiens : 14 bis rue Sainte-Isaure 75018 Paris
Du mardi au samedi à 21 h et le dimanche à 15 h
01 42 62 35 00 – http://www.theatredesbeliersparisiens.com

Vous pouvez aussi réserver vos places sur le site de http://www.tatouvu.com

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