Les Grands rôles

Ils pourraient être accusés de détournement de textes mais, au Lucernaire, Les Mauvais Élèves sont tellement brillants et drôles qu’ils sont acquittés avec les félicitations et les applaudissements du jury.

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Avec eux, il y a textes et prétextes, les très sérieux premiers servant de terreau aux délirants seconds. Le spectateur, qui dés le départ, se demande à quelle sauce il va être mangé, s’attend à être surpris : il ne sera pas déçu ! Joyeusement, il va d’étonnement en étonnement. Les plus grands, dont Shakespeare, Hugo, Rostand, Giraudoux, Anouilh ou Molière ont été mobilisés pour participer à cette ébouriffante farandole. Faut-il bien connaître son art pour nous présenter une si folle et si brillante scène de la bataille du Cid où vous verrez Corneille par le prisme d’un jeu vidéo, pour ne citer que cet exemple là. Car, au delà d’un humour décapant, Les Mauvais Élèves démontrent leur parfaite maîtrise des grands rôles ici détournés avec brio. Les vers que vous allez entendre sont présentés comme jamais, dans un esprit totalement déjanté, où la farce le dispute au loufoque. Le but (largement atteint) est de nous faire rire, et ce, par tous moyens. Au delà des idées dont le spectacle regorge, les veines comiques exploités étant innombrables, l’exploit réside dans le fait d’être dans la folie sans jamais dépasser la ligne jaune et de laisser libre cours à des facéties qui ne ratent jamais leur but. Ici, l’abondance ne nuit pas au goût, tout est d’une haute tenue et chaque séquence fonctionne à merveille. Cet exercice de dérision et d’autodérision ne serait pas si réussi sans le concours de ces quatre acteurs remarquables que sont Valérian Behar-Bonnet, Élisa Benizio, Bérénice Coudy et Antoine Richard. Si vous pensiez voir un quatuor de débutants, (certes, ils sont jeunes), détrompez-vous, outre qu’ils savent revêtir toutes les allures et toutes les apparences, donnant l’impression d’être vingt sur scène, ils jouent comme s’ils avaient déjà trente ans de métier. En totale symbiose, Shirley et Dino signent la mise en scène et apportent la touche de leur délire personnel, contribuant à rendre cet ensemble parfaitement achevé et véritablement unique.

Texte et photos Philippe Escalier

Le Lucernaire, 53, rue Notre-Dame des Champs 75006 Paris
Du mardi au samedi à 21 h et dimanche à 18 h – 01 45 44 57 34
http://www.lucernaire.fr

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Le Tour du monde en 80 jours

Quand Jules Verne est adapté avec mille facéties et un humour irrésistible, l’on obtient un spectacle décoiffant et hilarant, brillamment interprété, actuellement à l’affiche du théâtre de la Tour Eiffel.

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Monsieur de la Palice aurait pu affirmer qu’un spectacle parfait était un moment faisant l’unanimité ! À l’image de ce « Tour du monde en 80 jours » déjà largement plébiscité depuis création en 2006 avec plus de 3 000 représentations. Le travail de Sébastien Azzopardi et Sacha Danino, qui est constamment réactualisé (vous verrez l’importance des clins d’œils liés à l’actualité brulante !), regorge d’idées, les références sont si nombreuses qu’il faudrait trois pages pour les énumérer toutes. Ce théâtre loufoque nous renvoie aux grands moments du burlesque mais aussi, à la bande-dessinée ou au film, nous fait nager dans la dérision, surfer sur les anachronismes, l’absurde et l’égrillard, sans se départir d’une certaine élégance. Cette heure trente de pure folie a visiblement été pensée pour donner le meilleur, en s’éloignant de toute démagogie, à un large public, appelé à être le sixième acteur tant il participe pleinement, (et pas seulement par ses éclats de rire), au délire ambiant. Pour assumer le rythme trépidant de cet ouragan comique, il fallait réunir cinq comédiens ayant du talent et … une condition physique hors-pair ! Margaux Maillet, comme ses quatre acolytes, sait tout faire, y compris chanter. Elle apporte à la troupe un jeu d’une richesse et d’un charme absolus. Erwan Creignou, excellent, rappelle ces grands acteurs français capables de vous faire rire d’un seul regard. Pierre Cachia est un parfait Phileas Fogg drolatique (forcément !), fougueux et excentrique à souhait, tandis que Benoît Tachoires incarne le Passepartout flegmatique idéal. Sébastien Azzopardi, il signe aussi une mise en scène inventive et déjantée, complète parfaitement ce quatuor de rêve, nous faisant regretter que ce tour du monde ne dure pas davantage !

Texte et photos : Philippe Escalier
Théâtre de la tour Eiffel : 4, square Rapp 75007 Paris
Du mardi au samedi à 20 h 45 et matinée dimanche à 16 h 45 – http://www.theatredelatoureiffel.com – 01 40 67 77 77

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La Commission des destins

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Marc Tourneboeuf et Martin Campestre, deux bêtes de scène, jouent dans un spectacle construit essentiellement à base de jeux de mots, d’allitérations, ponctués de quelques alexandrins et de joyeuses facéties. Le tout avec une énergie débordante et un humour dévastateur capable de tenir l’auditoire en haleine de bout en bout.

Pour une surprise, c’est une surprise ! Ces deux (très) jeunes comédiens ont décidé de monter leur propre spectacle avec, pour fond de commerce, le jeu de mots et le calembour, sans oublier la versification et un humour décapant. En évitant tous les pièges tendus habituellement par la facilité, Marc Tourneboeuf et Martin Campestre réussissent le tour de force d’éblouir. Mieux, ils se montrent capables d’alterner les styles, passant du texte au chant et à la danse, à travers la scène et la vidéo. Tout en gardant leur personnalité (visiblement forte et affirmée), les deux artistes nous font penser au meilleur de quelques-uns de nos plus grands comiques. L’on est en droit de se demander ce que ces deux saltimbanques classieux pourraient ne pas savoir faire, tant ils jouent à la perfection, en dégageant une énergie quasi thermonucléaire ?
La seule finesse du texte de Marc Tourneboeuf (auteur prometteur !) qui se hisse au niveau des grands maîtres du genre (Raymond Devos, Vincent Rocca ou Stéphane De Groodt) mérite le détour. Nous voici, dès les premières secondes, emportés dans un malestrom verbal. Visiblement, le spectateur se délecte sans interruption, les deux artistes ayant su nous éviter de passer des jeux de mots aux maux de tête. L’on reste ébahi par la forme très élaborée de « La Commission des destins » qui nous permet d’être surpris à chaque instant, nous ne sommes pas dans un alignement de sketches mais bien dans une histoire brillamment imaginée et élaborée. Si l’on excepte quelques très courtes baisses d’intensité (bien normales vu le rythme et le niveau atteints dés le départ), c’est bien un petit bijou que Marc Tourneboeuf et Martin Campestre nous proposent. Embarqué dans leur virevoltante aventure débouchant sur la question très sartrienne : est-on libre ou conditionné ?, posée avec le sérieux et surtout la légèreté qui conviennent ici, l’auditoire jubile. L’on sort du théâtre heureux et rafraîchi, bien décidé à suivre les prochaines aventures artistiques de ces deux jeunes comédiens au talent protéiforme.

Texte et photos : Philippe Escalier

Comédie des Boulevards : 39, rue du Sentier 75002 Paris
Lundi 4 et mardi 5 mars 2019 à 21 h 30 – 01 42 36 85 24

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Chance !

Vous n’imagineriez pas passer un début de soirée dans un cabinet d’avocats ? Nous non plus ! Mais celui que nous propose de visiter Hervé Devolder est musical, joyeux, dansant, plein d’entrain et d’humour. Chance !, ce délicieux spectacle, déjà joué plus de mille fois, continue à enchanter le public actuellement au Théâtre La Bruyère.DSC_4027

Tout commence un lundi matin. L’une des employées est en retard, l’autre ne pense qu’à la fête et au café, le troisième est toujours paniqué à l’idée de plaider quand arrive l’incontournable et timide nouvelle stagiaire. Débarque alors un coursier sexy qui, en scooter, assure le suivi des missives. Sans oublier, en premier de cordée, un patron au caractère bien trempé. Tout ce petit monde a pris l’habitude de jouer au loto en début de semaine. C’est alors qu’intervient la chance !

Sur cet aimable prétexte, suivi de plein de péripéties, nous entendons des paroles irrésistibles accompagnées d’une belle musique aussi simple qu’envoûtante (d’ailleurs, après la représentation, certains airs ne manqueront pas de venir vous hanter). Le but visant à charmer l’oreille et à décontracter vos zygomatiques, est totalement atteint par Hervé Devolder. Cet auteur, musicien acteur et metteur en scène fait partie de ce petit cercle d’artistes français, sachant tout faire et capables d’écrire une comédie musicale digne de ce nom, avec peu de moyens, beaucoup d’imagination et une troupe hors norme. Celle qui joue actuellement, en alternance, est trop nombreuse pour être citée, c’est bien là le seul reproche que l’on puisse lui faire. La fine fleur de nos comédiens-chanteurs, chorégraphiée par Cathy Arondel, est accompagnée par quatre super musiciens, un peu en retrait de la scène, mais néanmoins bien présents. Tous forment un parfait ensemble auquel les grincheux les plus exigeants auront bien du mal à décocher la moindre flèche !

Encenser Chance ! revient un peu à vanter les mérites d’une plage tropicale de sable fin durant une froide journée d’hiver. On s’évitera cette facilité, d’autant que la rencontre avec un public enthousiaste et fidèle prouve à elle seule la qualité de ce spectacle revenant régulièrement à l’affiche depuis des années. Avec Hervé Devolder, il fait partie intégrante de notre patrimoine musical et c’est une sacrée chance !

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre La Bruyère : 5, rue La Bruyère 75009 Paris
Du jeudi au samedi à 19 h, lundi 20 h30 et dimanche à 17 h 30
01 48 74 76 99 – http://www.theatrelabruyere.com

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Mickaël Winum

« Peut-être ne parait-on jamais si parfaitement à l’aise que quand on joue un rôle ».
Oscar Wilde

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Pour beaucoup d’amateurs de théâtre, découvrir Mickaël Winum au Ranelagh dans « Le Portait de Dorian Gray » subtilement adapté par Thomas Le Douarec, restera chose mémorable. La justesse de son jeu, la force et le mystère qu’il apporte au rôle titre, disent à quel point cet acteur de vingt-sept ans est promis à un bel avenir. Une certitude nullement démentie par une rencontre dévoilant une personnalité qui s’affirme, d’une richesse et d’une intensité peu communes.

Mickaël comment êtes-vous arrivé sur « Le portrait de Dorian Gray » ?
L’aventure est assez curieuse. Je travaillais sur un autre spectacle avec Caroline Darnay quand, un soir de juin 2018, elle tombe sur l’annonce laissée par Thomas Le Douarec cherchant un nouveau Dorian, pour la version anglaise, en urgence, à quelques jours du festival d’Avignon. J’ai envoyé ma candidature à Thomas que je ne connaissais pas, sans être sûr qu’il verrait mon message rapidement d’autant que je le savais très occupé. En l’absence de réponse immédiate, j’ai pensé que c’était terminé et que c’était bien dommage. Et puis, quelques jours après, Thomas Le Douarec m’appelle pour fixer une audition au terme de laquelle je suis retenu !

Comment avez-vous préparé ce rôle ?DSC_4681
Au début, j’ai eu très peur, Dorian Gray est une sacrée figure, universelle, appartenant à la littérature, mais aussi au cinéma, à la télévision. Compte tenu de la façon dont Oscar Wilde le décrit, je me suis demandé si j’allais être à la hauteur !
Concernant ma préparation, avant de jouer, je peux dire que je ne lâche pas mon personnage d’une semelle et qu’il m’accompagne en permanence. Il est omniprésent et je l’imagine dans toutes les situations que je peux vivre au quotidien. Puis vient le moment de s’accaparer le texte, à travers mon propre prisme d’abord, avant d’épouser les mots de l’auteur.

Quel a été votre précédent spectacle ?
J’ai joué Oreste dans « Andromaque » d’Anne Delbée, l’été dernier, durant le mois Molière de Versailles, nous étions en plein air, dans les Écuries du Roi (quelle belle expérience !) puis au festival de Figeac et d’Anjou et j’en garde un excellent souvenir. Interpréter des personnages tourmentés est une chance, c’est une chose qui nous enrichi et nous fait grandir.

Si l’on remonte plus loin : comment êtes-vous venu au théâtre ?
Ce n’est pas une décision personnelle longuement préméditée ! C’est curieux de dire cela, je suis assez rationnel mais j’ai l’impression que c’est un choix qui me dépasse, comme si une bonne étoile veillait sur moi et me montrait la voie. Tout a commencé le jour où une amie m’a parlé de Jaromir Knittel, un metteur en scène, professeur au Conservatoire de Paris, ayant travaillé notamment avec Francis Huster et qui dirigeait aussi une troupe en Alsace.

Vous avez directement intégré sa troupe ?
Oui, à seize ans, j’ai rencontré ce grand maître qu’est Jaromir Knittel. Il m’a demandé de montrer ce que j’avais dans la ventre et ma première audition s’est faite avec le passage culte de la cassette dans « L’Avare », un contre-emploi total, je n’avais ni l’âge, ni la carrure du rôle. Sa réaction a été de me dire que j’avais visiblement quelque chose à défendre. Je me suis senti adopté, ce qui m’a donné le sentiment d’exister, d’être écouté, regardé, ce qui ne m’était jamais arrivé mis à part au lycée où j’ai eu la chance d’avoir un exceptionnel professeur de théâtre en la personne de Brigitte Haby à qui je dois beaucoup. Dans la foulée, j’ai poursuivi en faisant un passage au Conservatoire d’art dramatique de Strasbourg.

Donc vous étiez fait pour ça !
Peut-être, mais ce n’était pas un rêve, ni quelque chose qui venait de loin, en tous cas, je n’en avais pas conscience. Enfant, je dessinais beaucoup, le crayon était mon mode d’expression, je me voyais plutôt professeur d’art plastique.

L’attirance pour l’art était bien là !
Oui, vraiment, j’ai toujours eu un attrait pour l’artistique, comme une main tendue me permettant de dépasser mes manques, de changer ma vie et de réaliser certains rêves. L’art comme moyen de sublimer mon existence. Frédéric Mitterand disait que tout part d’une certaine frustration. Souvent, on se rend compte que les artistes ayant connu de grands malheurs, fascinent. Chez chacun d’eux, on a trouvé une part de vulnérabilité et les gens s’y retrouvent. Ils illuminent les plateaux ou les scènes, ils sont fragiles et pourtant ils avancent !

Quand on vous voit sur scène, on a tout sauf un sentiment de fragilité !
C’est vrai ?

Oui !
Alors je camoufle bien ! Peut-être parce que Dorian est plus confiant que moi ! Sur scène, je joue un rôle, je me sens plus solide à travers un personnage.

Dans une célèbre citation, Gide disait que l’on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments et il est curieux de voir à quel point, l’opéra en est un bon exemple, la tragédie peut être source de bonheur !
Oui, même s’il y a aussi beaucoup de gens qui demandent du divertissement et du rire, et c’est bien leur droit ! Mais, pour ma part, j’ai toujours été fasciné et traversé par les grandes tragédies. Paradoxalement, pleurer me donne envie de rire et de vivre. Je n’ai jamais été plus heureux qu’à la sortie d’un film, après la lecture d’un livre ou d’une pièce très triste.

Alors quelle est votre conception du bonheur, vous qui voulez jouer un texte sur ce sujet précisément ?
Vous faites allusion au « Discours sur le bonheur » d’Émilie du Chatelet ! Elle y parle, en vérité, beaucoup de ses failles et de ses vulnérabilités. Dans sa vie, celle qui fut la maîtresse de Voltaire, pour le dire crûment, a pris cher ! Elle a joué et elle a beaucoup perdu, je pense à sa fin et à cette rencontre avec un jeune poète qui va, indirectement, causer sa mort. Pour répondre à votre question, je dirais : vaste programme ! Pour mieux vivre, il faut laisser tous ses questionnements, s’abandonner un peu, être en paix et traversé par les plus grands grands sentiments. Je me suis toujours dit que peu importe la durée de la vie, il faut qu’elle soit bien remplie. J’adore tout ce qui s’éloigne de la routine. Toutes les surprises, toutes les difficultés nous font grandir, comme le disait Nietzsche. Emilie du Chatelet affirmait, elle, que le bonheur c’était n’avoir rien d’autre à faire dans ce monde que de s’y procurer des sensations et des sentiments agréables, quoi qu’il advienne ! Belle philosophie non ?

Effectivement ! S’agit-il du spectacle dont vous vouliez faire un seul en scène ?
Oui, en effet, mais au final, on a créé une histoire en telle symbiose avec Caroline Darnay qu’il m’a semblé évident de la défendre à deux : je ne me voyais plus la jouer en solitaire!

Pour revenir à vos autres passions, j’ai noté que vous faisiez du piano !
Je prends des cours avec un professeur d’origine polonaise et étant moi-même natif d’Alsace, cela crée des affinités. Tout ce qui vient de l’Est me parle beaucoup, que ce soit les artistes, la géographie et même la météo ! J’ai eu la chance de tomber sur un excellent pédagogue, plus content que moi encore quand j’arrive à jouer un morceau un peu difficile.

Du théâtre, de la télé, du dessin, en passant par la peinture et le piano, en conclusion, la question provocante qui s’impose : ne craignez-vous pas de vous disperser ?
Non, au contraire ! Je ne veux pas m’enfermer. Je suis très admiratif des multi-talents et d’ailleurs pourquoi se cantonner à une discipline ? Je partage l’idée que tout support, toute manière de s’exprimer, est un message artistique. Je souhaite pouvoir m’épanouir de toutes les façons possibles, par exemple avec la chanson, il faut la rajouter à votre liste (rires), tout en prenant mon temps, je ne veux rien précipiter. Je me suis longtemps privé de ces plaisirs, j’ai longtemps enfermé mes dessins, me suis longtemps interdit le piano. Un jour, je me suis dit que je n’avais rien à perdre, je démarre, j’ai tout à prouver et je veux que les portes devant moi soient ouvertes et non fermées. Après, … on verra !

Propos recueillis par Philippe Escalier

Théâtre Ranelagh : 5, rue des Vignes 75016 Paris – jusqu’au 7 avril 2019
Du mercredi au samedi à 20 h 45 et dimanche à 17 h
Relâches les 15 février et 8 mars – 01 42 88 64 44

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Barber Shop Quartet dans « Chapitre IV »

Voix au Chapitre

À eux quatre, ils remplacent toute une chorale. Irrésistiblement drôles et excellents acteurs, les membres du Barber Shop Quartet ont construit comme un film à épisodes ce dernier spectacle, véritable petit bijou musical et vocal, installé pour quelques semaines au théâtre Essaïon.

Chapitre IV comme son numéro l’indique est la quatrième opus du Barber Shop Quartet. Autant dire, si on les découvre seulement maintenant, à quel point l’on se sent frustrés (très frustrés) de ne pas avoir vus et entendus leurs précédentes créations. L’humour est fin (très fin), les voix sont belles (très belles), les idées originales (très originales). Dés leur arrivée sur scène, le spectateur est pris dans un mouvement mélodieux, d’une incroyable douceur, plein de facéties et l’on sait que l’on ne va plus les lâcher avant la toute dernière note. Ce quatuor chante des morceaux de sa propre composition mais le plus souvent reprend, à sa façon, des tubes de la chanson ou de la musique classique pour y plaquer leur propres paroles. Si le procédé est souvent usité, le résultat est lui, tout à fait désopilant au point de donner à l’ensemble, une place à part et de choix dans l’univers du spectacle musical. Avec eux, tout est sujet à étonnement. L’histoire drôle à la manière de la Reine de la nuit (avec la magnifique voix de soprano de Marie-Cécile Robin Héraud) est proprement irrésistible. Le récit de l’invention du tire-bouchon est tordant (avec les incroyables bruitages de la basse Xavier Vilsek), le poème du hérisson, à la chute fatale, laisse le public sans voix mais non sans rires ! Dieu est appelé à la rescousse (il fait une apparition !), la vache devient tout à trac une star et Claude François comme Ravel sont de la partie. France Turjman (alto) et Bruno Buijtenhuijs (ténor et non moins guitariste) complètent l’ensemble et apportent leur pierre à cet univers musical, gentiment mais surement déjanté. Pour arriver à un tel point d’harmonie et d’excellence, personne ne sera étonné d’apprendre que ces quatre magiciens de la voix (et du texte) travaillent chaque spectacle pendant plusieurs années. Ils le font pour notre plus grand bonheur et les bravos qui résonnent à l’Essaïon sont aussi mérités que le « Merci ! » qu’ils voudront bien trouver ici !

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre Essaïon : 6, rue Pierre au Lard 75004 Paris
Le mardi à 19 h 45
01 42 78 46 42 – http://www.essaion.com

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Le portrait de Dorian Gray

Toutes les nuances de Gray !

L’adaptation magistrale du « Portrait de Dorian Gray », réalisée par Thomas Le Douarec et jouée par une superbe troupe au Ranelagh, permet de redécouvrir, dans un inoubliable moment de théâtre, la profondeur de l’œuvre d’Oscar Wilde.

Rien n’est plus difficile que d’adapter un roman à la scène, en particulier si l’on s’attache à en conserver toute sa force et son mystère. C’est l’exploit que Thomas Le Douarec a réalisé avec un « Portrait de Dorian Gray » qui nous plonge dans l’univers fascinant d’Oscar Wilde. Le maître des aphorismes qui disait avoir mis son talent dans son œuvre et son génie dans sa vie (et quelle vie !), réunit pourtant les deux dans ce récit qui, à sa sortie, fit l’effet d’une bombe. L’art, la beauté, la jeunesse, l’hédonisme mais aussi le thème de Faust sont les ingrédients de cet ouvrage publié en 1890, quand Wilde, dix ans avant sa mort dans la misère à Paris, est au sommet de sa gloire, objet d’une vénération rarement égalée. Avec son sens de la provocation, à coups de formules assassines, l’auteur parle de la société victorienne, mais surtout de lui, notamment de sa fascination pour la beauté à travers la relation d’un dandy cultivé, subjugué par un superbe jeune homme, (prémonition de sa rencontre, un an plus tard, avec son jeune amant, Alfred Douglas ? ).

Thomas Le Douarec et sa belle voix chaude de stentor, incarne un Lord Henry cynique et détaché, qui, dans le regard égoïste qu’il porte sur la vie, se sert de l’humour pour cacher un mal-être évident. Il élève son personnage à des degrés de vérité et de perfection qui seront difficiles à dépasser. Face à lui, Michaël Winum surprend aussi par l’épaisseur qu’il donne au rôle titre, à la fois séducteur, fragile, dominant et dominé mais surtout amoral et terriblement torturé. Ce jeune comédien est insolent tant il est juste et vrai, au jeu tout à la fois plein d’énergique et très intériorisé. Fabrice Scott incarne lui, parfaitement et avec toute la sobriété qui convient, le peintre Basil Hallward, responsable de tout mais décidant de rien, consumé par l’amour de son modèle. Caroline Devismes, pour sa part, donne vie à plusieurs personnages, dont celui de la malheureuse Sibyl Vane, avec un talent de comédienne et de chanteuse évident, propre à envouter son audience. Dans le magnifique écrin du Ranelagh, on ne pouvait rêver meilleur endroit pour jouer cette pièce, ce quatuor nous donne à entendre toute la beauté et la subtilité d’une œuvre que Thomas Le Douarec a si bien su transposer en nous offrant cet inoubliable moment de théâtre déjà largement plébiscité par la presse et le public. Pour finir, contredisons Oscar Wilde qui disait que rien ne vieillit comme le bonheur et prenons le temps de ces deux heures de pur plaisir, dont nous sortons, sinon plus vieux, du moins heureux !

Texte et photos aux saluts : Philippe Escalier

NB : Représentation du 31 janvier 2018 : Solenn Mariani et Maxime de Toledo participent à l’aventure en alternance.

Théâtre Ranelagh : 5, rue des Vignes 75016 Paris
Jusqu’au 7 avril 2019 du mercredi au samedi à 20 h 45 et dimanche à 17 h – Relâches les 8, 15 février et 8 mars – 01 42 88 64 44

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