Cyrille Thouvenin

Pour qui l’a vu à l’écran, il est impossible d’oublier ce jeune acteur né en 1976 dans l’Est de la France. Avant de tourner « La Confusion des genres », il se révèle au grand public avec « Juste une question d’amour ». Son physique lui octroierait une place enviable dans la multitude des jeunes premiers si son charisme et son talent n’en faisaient l’un des plus atypiques et des plus remarquables comédiens de sa génération. Doté d’une formation théâtrale majeure, Cyrille Thouvenin revient, mi-octobre, sur les planches. Avant de savourer cet événement, nous avons découvert un garçon naturel, chez qui modestie et pudeur sont indissociables. **Début octobre, on pourra te voir au théâtre du Marais dans « Vincent River ». Comment cette pièce de Philip Ridley est-elle arrivée jusqu’à toi ?** Un peu par hasard, parmi de nombreux autres projets, toujours autour du thème de l’homosexualité que visiblement j’attire ! L’œuvre se démarque par son éloquence, sa beauté, sa force, dépassant largement tout ce que l’on m’a proposé jusqu’à présent. D’ailleurs, en lisant « Vincent River », j’ai été ému, ce qui n’arrive pas tous les jours. La pièce est ciselée, intelligente, écrite de façon admirable. L’auteur sait entretenir le suspens. Bien que le sujet soit tragique, il est traité sur un mode tellement habile qu’il en devient presque léger. Et puis, l’interprétation est magistrale… (rires) ! **La preuve du talent de Marianne Epin à qui tu donnes la réplique n’est plus à faire. C’est un peu un retour aux sources pour toi qui as fait le Cours Florent et surtout le Conservatoire National. Quels souvenirs en gardes-tu ?** Pas vraiment un bon souvenir, le système scolaire ne me convient pas. Mon côté indépendant fait que j’ai eu envie de me démarquer de tout ce qui fonctionne comme un groupe. Je me coule difficilement dans le moule, du coup, j’ai plus tendance à irriter qu’à attirer ! C’est pour cela que j’ai été écarté des projets du théâtre subventionné par exemple, ce qui ne me gêne pas outre mesure, puisqu’on parle là d’un théâtre qui se veut subversif mais qui reste très conventionnel en réalité. **Que fais-tu quand tu ne joues pas ?** J’ai du mal à supporter l’inactivité, donc je m’organise pour toujours avoir quelque chose à faire. Dans ce métier, on passe par de longs moments sans travail. J’ai écrit un court métrage que je vais réaliser en fin d’année. Sinon, je perfectionne mon jeu et vais m’inspirer d’autres techniques de travail, dans des stages par exemple. Je donne aussi des cours de théâtre et je travaille pour la radio. **Pour toi, la rentrée sera riche, le cinéma est aussi au rendez-vous !** Oui, en septembre, je tourne « Un Supplément d’âme » de Jean-Marie Charuau avec Bruno Todeschini. Presque au même moment sortira « Edy » avec François Berléand et Philippe Noiret, réalisé par Stéphan Guérin-Tillié (il incarnait son amant dans « Juste une question d’amour », ndlr), où je joue un petit skinhead. **Aujourd’hui, le travail artistique doit se doubler d’actions de promotion. Comment le vis-tu ?** Je n’y ai pas été confronté pour le moment… **Jamais d’interview ?** Non, pour moi c’est un peu une première. N’étant pas une vedette, je laisse la place aux autres, d’autant que c’est un exercice où je ne me sens pas très à l’aise, cela doit se sentir non ? Je ne suis pas encore un homme de communication, mais ça va venir… Je vais prendre exemple sur Nicolas Sarkozy (rires) ! Jusqu’à présent, j’ai été adepte du proverbe indien « Tais-toi et tu passeras pour un sage » ! Pour ce qui nous occupe, c’est un peu différent, j’aime infiniment la pièce que je vais jouer et j’ai très envie de la défendre. **Comment fait-on quand on est exigeant et que l’on vit dans une période plutôt marquée par la facilité ?** La question n’est pas facile… ! Je crois que ma vie personnelle m’a rendu très costaud. Je viens de loin, donc je dois être capable d’aller loin. **Est-ce que tu souhaites aborder cette période ?** C’est plutôt intime, cela concerne des problèmes d’enfance et d’adolescence qui sont un poids… Il ne m’est pas forcément facile d’en parler. Ce que je veux dire, pour répondre à la question précédente, c’est que j’ai foi dans le cinéma et dans la création qui nous réservent encore de bonnes surprises. Dans ce domaine, j’oublie ce qui est mauvais pour retenir ce qui est bon. **Qu’est-ce qui t’a marqué dans ce que tu as fait récemment ?** En dehors de cette interview (rires) ? En fait, j’ai la faculté de faire un peu le vide une fois les événements passés. Si je regarde objectivement, je citerais une période de ma vie assez troublante, le tournage de « La Confusion des genres », c’était en 2000. Je l’ai fait dans la douleur (c’était le passage à l’âge adulte qui n’a rien eu de simple) et j’ai été surpris du résultat : la joie de voir le film, la nomination aux César ! **« Juste une question d’amour », le fameux téléfilm de Christian Faure, a fait naître de nombreuses réactions. Comment les as-tu gérées ?** J’étais très jeune, j’avais 22 ans. Ce succès est arrivé d’un coup, sans prévenir ! Même si ce n’est pas « Les Choristes » ou « Amélie Poulain », ça reste assez vertigineux. Compte tenu de mon caractère, il n’était pas question que je me glorifie de quoi que ce soit. Au contraire, ma façon de répondre à l’élan d’amour que le film a suscité a été un repli pendant pas mal de temps. J’ai reçu des lettres de détresse ou alors carrément des déclarations. J’ai répondu à ceux qui me semblaient en avoir le plus besoin… non que je me sente l’âme d’un Saint-Bernard ! Sinon, toutes les réactions ont été positives. Je n’ai jamais eu d’insultes. J’ai juste reçu un jour un cd-rom en provenance d’une secte me demandant de rentrer dans le droit chemin et me disant que Jésus était là pour m’aider ! **Pour toi aujourd’hui le bonheur se définirait comment ?** Le bonheur, c’est une notion d’émission de télé… ! **Dirais-tu alors qu’après avoir vécu des moments difficiles, tu es heureux ?** Je suis bien ! Je n’ai plus peur. **Peur de quoi ?** De tout. Aujourd’hui je n’anticipe plus. L’idée de vivre me ravit et ne m’effraie plus. Je n’ai plus peur de ne pas avoir de beaux rôles, de grandir, d’avoir un jour 70 ans, de mourir… **Si j’ai bien compris, tu ne parleras pas de ta vie privée !** Même si je n’ai rien à cacher, je n’ai effectivement rien à en dire. En quoi cela concerne-t-il qui que ce soit ? Parler de soi, c’est rendre des comptes. Et puis j’adore l’ambiguïté. Je déteste devoir tout expliquer, me mettre dans des cases sociales… ce que l’on vit est tellement complexe. Propos recueillis par Philippe Escalier *« Vincent River » au théâtre du Marais : 37, rue Volta (75003). Métro Arts et Métiers. Du 19 octobre au 23 décembre 2005. Tél. : 01 44 78 98 90.* *Photo Arnaud Maillard (DR)*

Givré !

Show devant !

De drôles
d’idées, une interprétation sidérante, le spectacle dans lequel
Philippe Lelièvre joue une troupe à lui tout seul, ne laissera personne
froid.

Pour une
surprise c’est une surprise ! Certes, le comédien a déjà un beau
parcours devant lui, y compris à la télé (3 ans sur la chaîne « Comédie
! ») mais on le connaît assez peu et un premier one-man-show est
toujours un exercice périlleux. Visiblement pas pour Philippe Lelièvre
incarnant une douzaine de personnages avec une facilité qui rappelle
Philippe Caubère dans ce texte coécrit en compagnie d’Arnaud Lemort et
repris après son récent succès au Ciné 13 Théâtre.

Le sujet :
une petite troupe de théâtre monte "Pataquès", un vaudeville foireux
avec un metteur en scène plutôt pauvre, y compris en bonnes idées. Les
comédiens, tous un peu allumés, sont loin de former un groupe soudé.
L’aubaine d’un gain au loto foot permet à ce petit monde d’aller
travailler et se ressourcer à la campagne. Entre la comédienne à la
voix cassée par le tabac, la jeune fille un peu mièvre, l’alcoolique de
service et celui qui ne jure que par « l’Actors Studio », les divers
personnages héritent, grâce à la finesse de l’interprétation, d’une
véritable crédibilité aux accents croustillants. Mis en appétit, le
spectateur espère bien qu’il ne lui faudra pas attendre le dégel pour
voir la suite de « Givré ! »

Splendid : 48, rue du Faubourg Saint-Martin 75010 Paris – M° Strasbourg St-Denis – du mardi au samedi à 19h30 – 01 42 08 21 93

Philippe Escalier

Mon alter Hugo

Victor Hugo ce génie, ce géant, cette force qui va, ce tribun, démocrate et visionnaire a inspiré à Gérard Berliner un spectacle passionné.

On croit tout connaître des grands hommes et pourtant ! On rabâche toujours les mêmes œuvres ou les mêmes extraits, on se complait des mêmes anecdotes. Comme beaucoup d’hommes célèbres, Victor Hugo se fait de l’ombre à lui-même. L’un des mérites de Gérard Berliner est d’être allé dénicher l’homme privé derrière l’homme public. Sa méthode est simple, elle consiste à revêtir ses habits, à prendre son allure, à partager ses passions et ses combats. Barbe blanche et œil malicieux, on pourrait s’y tromper tant le comédien s’identifie au poète, au point que parfois, on ne sait plus trop qui s’exprime.

Pourtant dans ce mariage, chacun garde sa personnalité. Gerard Berliner dit un texte de sa composition avec une truculence peu commune. Rarement mots auront été dits avec une telle gourmandise. On boit ses paroles comme du petit lait, on le suit dans ses évocations entrecoupées de chansons accompagnées au piano par un autre grand, Roland Romanelli. On entend, non sans émotion qu’Hugo s’opposa à la peine de mort, combattit le travail des enfants, dénonça la misère, revendiqua les États-Unis d’Europe et la monnaie unique. Avec une bonne dose d’humour, on découvre l’amant passionné, trahi par sa femme pour un critique introverti et subjectif (Sainte-Beuve) puis l’homme amoureux de Juliette Drouet à en devenir possessif et mesquin. Non sans émotion, on se rappelle à quel point il détesta « Napoléon le Petit » et souffrit le martyr à la mort de sa fille. Et qu’il fut admiré par des millions de gens, dont des ouvriers sans le sou recourant à des loteries pour espérer lire ses livres et qui, le 22 mai 1885, remplirent les rues de Paris pour suivre son cercueil, chapeau bas, jusqu’au Panthéon.

Le talent de conteur de Gérard Berliner est grand. Son évocation humaine, sensible, fait naitre l’envie de se replonger dans l’œuvre du vieux lion, superbe et généreux.

Philippe Escalier

Petit Marigny : Carré Marigny M° Champs-Elysées-Clémenceau 75008 Paris – du mardi au samedi à 19h, matinée le samedi à 16h – 01 53 96 70 20

Photo Bernard Marie Palazon

Des cailloux plein les poches

Un spectacle bourré d’humour servi par deux acteurs en excellente forme. 

 

Charly et Jake font partie d’un lot de figurants choisi par la production de La Vallée tranquille un film américain niaiseux. Managés à la dure par une walkyrie blonde un peu hystérique, obéissant à son réalisateur au doigt et à l’œil, ils vivent comme des indigènes sous le joug d’une grande puissance coloniale. Interprétant au total une quinzaine de rôles, Alex Métayer et Érick Thomas donnent naissance à une galerie de portraits irrésistibles, virevoltant sans cesse d’un personnage à l’autre. Tous sont campés avec une grande précision et leur histoire, sans quitter la fantaisie, sait prendre des accents émouvants. On découvre le neveu, paumé et camé, un vieil intermittent rescapé des films de John Wayne ou encore l’irrésistible star italienne cabotine et surprotégée. On croit dur comme fer aux aventures de ces personnages, et pourtant, texte et interprétation jouent ensemble, et parfaitement, la carte comique.

 

Éric Métayer et Érik Thomas détiennent la solution à la crise du cinéma et de l’intermittence. Après les avoir vus interpréter le texte de Marie Jones traduit par Attica Guedj et Stephan Meldegg, on les sait capables d’assumer, à eux deux, tous les rôles masculins et féminins d’un film à grand spectacle ! Autre certitude : ils nous font passer une excellente soirée dont nous sortons avec de merveilleux souvenirs d’éclats de rire plein la tête.

 

Philippe Escalier 

 

Théâtre Michel : 38 rue des Mathurins 75008 Paris M° Havre-Caumartin – du mardi au samedi à 20h30 matinée samedi 17h – 01 42 65 35 02

 

 Photo Fabienne Rappeneau

Carmina Burana

Ces Carmina Burana sont d’une grande beauté chorégraphique et musicale. Rares sont les spectacles populaires de cette qualité. J’ai découvert hier soir une superbe surprise à ne surtout pas rater..attention, il ne reste plus que quelques représentations  !  Le 16/06/2005

 

Créée en Chine il y a cinq ans, la chorégraphie de Carmina Burana par Jin Xing arrive au Palais des Congrès pour dix représentations avant d’entamer une tournée internationale.

La rencontre de la chorégraphe chinoise avec Carl Orff est un «choc de civilisation» s’expliquant par la place que le compositeur bavarois a octroyé à la danse dans son œuvre. Cette impressionnante symphonie chorale, composée en 1937 sur des textes latins médiévaux, a fait depuis le tour du monde ; certains de ses extraits ont servi à illustrer quelques grandes pages du cinéma. L’œuvre, particulièrement rythmée (l’orchestre traditionnel est complété par deux pianistes et cinq percussionnistes) est axée autour de trois thèmes : le printemps, la taverne et l’amour.

Le nom de Jin Xing ne vous parlera peut-être pas. Connue pour avoir été colonel dans les rangs de l’armée chinoise avant qu’une opération (n’ayant rien de militaire), n’en fasse une danseuse, elle est la preuve que la Chine a bien commencé à se transformer ! Aux premières loges de cette grande machinerie, le chef d’orchestre Yvan Cassar, le baryton Jean-Sébastien Bou, l’alto Gérard Lesne et la soprano Amira Selim. Sans oublier la chorégraphe et danseuse Jin Xing. Au total, 200 artistes sont présents sur scène. Ce Carl Orff  est accompagnée, en première partie, par une création de Yvan Cassar, d’une grande richesse orchestrale, faisant la part belle aux percussions. Une soirée homégène et néanmoins variée, vraiment réussie. 

Philippe Escalier

Palais des Congrès : 2 place Porte Maillot (17e) – M° Porte Maillot – du 10 au 19 juin : mercredi, jeudi, vendredi 20h30, samedi 15h et 20h30 & dimanche 17h, relâche lundi et mardi  – durée 2h30 avec entracte – 01 40 68 00 05 – wwwpalaisdescongres-paris.com

 

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