Avec « L’impatient ou le fol optimisme de ceux qui se mangent des murs », Marc Tourneboeuf signe son deuxième seul en scène et confirme son talent et son goût pour les sous-titres à rallonge !
Une chose est sure : on serait bien en peine d’accuser Marc Tourneboeuf d’autosatisfaction. Son sens de l’autodérision est, encore une fois, tout entier mis au service de formules assassines (et si drôles) qui ponctuent sans relâche son dernier spectacle. Après nous avoir conté sa Berezina sentimentale dans son premier opus, le voilà qui revient pour nous narrer sa vie de comédien ressemblant à une salle d’attente où serait projetée en boucle la bataille de Waterloo. Rien de tout ce qui est prévu n’arrive. Le producteur est plus difficile à déplacer que la Tour Eiffel, son agent atteint d’un Alzheimer précoce, ne se souvient jamais de lui, son psy s’évertue à lui laisser faire le boulot, tous ces grands moments de solitudes s’accompagnent de scènes de la vie quotidienne que le comédien, qui ne manque pas d’imagination, a l’art de rendre irrésistibles. La copine espiègle, la petite amie frivole, l’intervention du beau-frère par caméra vidéo interposée en plein rendez-vous coquin, les petits et grands épisodes groquignolesques ne manquent pas. Tous sont marqués par un remarquable sens de la formule. Magicien du lexique, dompteur de mots, Marc Tourneboeuf adore jouer sur les consonances qui déroutent allégrement un public hilare. Nul n’a plus que lui l’art de la situation improbable, ni la capacité de dépeindre les absurdités que l’on rencontre tous les jours. Son spectacle, mené à un rythme d’enfer, a pour particularité d’être une description extraordinaire de tout ce qui pourrait faire son ordinaire. Cette aptitude à utiliser l’humour pour dépeindre ses semblables de façon aussi imagée et jubilatoire est l’une des nombreuses qualités d’un artiste que nous sommes toujours impatients de retrouver sur scène !
Ils sont quatre, réunis sur une terrasse, au sommet d’un bel immeuble cossu, autour de Tom, (Alexis Moncorgé), pour fêter la naissance de sa fille et profiter d’une belle terrasse, les deux faisant son bonheur. Son jeune frère, Benjamin (Arthur Fenwick) ne semble pas aller très bien, pas plus que Marc (Andy Cocq) le salarié-copain de Tom et Lisa (Anne-Sophie Germanaz) qui désespère Benjamin, son amoureux transi. Difficile dans ces conditions de vraiment se réjouir et célébrer le maître des lieux, un extraverti particulièrement imbu de sa personne.
Hadrien Raccah, toujours très à l’aise dans la comédie de mœurs, nous laisse entendre des dialogues percutants, sans pour autant chercher la formule à tout prix. Dans « Le Vertige », il s’est intéressé au double sujet des failles personnelles, amicales ou professionnelles, celles qui déséquilibrent et que l’on essaye de cacher en les gérant au mieux et par ailleurs, ce qu’il convient de dire ou de ne pas dire pour rester honnête sans mettre en péril sa vie sociale. C’est donc à un duel à quatre à fleuret moucheté d’abord auquel nous assistons avec des personnages qui ne sont jamais d’un seul tenant et dont les faiblesses nous amusent et nous touchent. Dans cette pièce d’une efficacité redoutable, les moments drôles, les plus nombreux, alternent avec des séquences tendues ou dramatiques. Le mélange s’opère grâce à l’agilité d’une écriture au style à la fois simple, subtil et léger. La mise en scène efficace et sobre de Serge Postigo met en valeur les qualités des comédiens qui nous entrainent dans un moment absolument réjouissant. De cette comédie sur le mal-être on sort heureux !
Lyonnais d’origine, Simon Gabillet a commencé à travailler dans sa ville natale avant de profiter de sa participation en 2023 à la pièce « Les Liaisons dangereuses » mise en scène par Arnaud Denis pour rejoindre la capitale et y développer ses activités artistiques. Les deux pièces de Pagnol « Naïs » et « Le Schpountz » qui complètent son actualité nous ont amené à nous intéresser à un jeune comédien doué, bien décidé à étoffer un parcours déjà conséquent.
L’on pourrait dire de Simon Gabillet qu’il crève l’écran s’il ne se consacrait pas, pour l’instant, à la scène. Ce qui frappe lorsqu’on le découvre c’est, au premier abord, sa présence, qui fait qu’on ne le quitte pas des yeux, son jeu, tout en finesse et sa façon de bouger et d’occuper l’espace. De toute évidence, le comédien est à l’aise avec son corps et cela se voit. Cette facilité lui vient en partie d’une fascination pour la danse et des quinze années très intenses de volley-ball qu’il a commencé très jeune et pratiqué à haut niveau. Seule une forme de lassitude face à un milieu où il ne se sentait pas totalement épanoui le pousse à changer de cap et à suivre des cours de théâtre. Il garde de sa première expérience le goût de l’effort, du travail et du collectif et ce compétiteur né retrouve sur les planches ce qui caractérisait ses matches, à savoir la victoire point par point. Comme il le dit : « une représentation de théâtre ressemble à une rencontre sportive, il faut avancer en rythme, étape par étape pour aller vers la victoire, en l’occurrence, les applaudissements de la salle ».
Après une formation en trois temps, aux USA, à Lyon puis à Paris, il travaille avec la compagnie Le Raid avec laquelle il joue plusieurs personnages dans « Le Malade imaginaire », sa toute première pièce qui a beaucoup tourné, notamment au festival d’Avignon, « Orphelins » de Dennis Kelly, l’un de ses auteurs préférés et « Prophètes sans Dieu » de Slimane Benaïssa. Viennent ensuite au Théâtre de la Tête d’or « La Femme du boulanger » de Pagnol, « Vive le marié » de Jean-Marie Chevret et « Les liaisons dangereuses » qui lui permettent de rencontrer Thierry Harcourt venu assister à une représentation en région parisienne lors de la tournée. Le metteur en scène lui propose alors de participer à « Naïs » et il rejoindra également par la suite l’équipe du « Schpountz » mis en scène par Delphine Depardieu et Arthur Cachia, deux pièces de Pagnol qui vont occuper une partie de son année 2024.
Ce grand sportif, attiré par la dimension corporelle du jeu, s’intéresse de près à la danse. « J’aimetout faire mais les personnages nécessitant un engagement corporel, quasi chorégraphique, me passionnent ». Quand il le peut, ses moments de formation sont tournés vers la danse contemporaine, très utiles pour la scène mais aussi pour canaliser et extérioriser une grande énergie physique. De surcroit, la profession de sa compagne Maeva Lassere, danseuse venue travailler en free-lance à Paris, ne peut pas être totalement étrangère à cet intérêt. Du reste, il crée avec elle, pour la première fois, une mise en scène intitulée « Mamalia » pour le festival « Danse à Milly » qui se déroulera dans la maison d’enfance de Lamartine près de Mâcon et où, le 5 juillet 2024, ils donneront ensemble un spectacle où elle dansera accompagnée d’un texte qu’il interprétera.
Comme beaucoup de comédiens, Simon Gabillet a monté sa compagnie. « I AM NOT » vise notamment à travailler sur le lien entre la parole et le mouvement avec des comédiens et des danseurs en quête d’un univers mélangeant la danse et les mots. Parmi les projets en gestation, l’un concerne le parcours de danseuse de son amie Maeva Lassere, depuis l’âge de 5 ans où elle découvre sa discipline jusqu’à aujourd’hui, l’autre, un seul en scène dans lequel il jouera avec l’imaginaire car selon lui « il n’y a pas meilleur espace que la scène pour se ré-inventer à l’infini » et dans lequel il donnera libre cours à son goût des mots, de la parodie et de l’humour dans un théâtre fondamentalement physique. Il y exprimera sa fascination pour les danseurs et son plaisir à donner l’illusion qu’il en est un ! Il ne fait pas de doute que le public se laissera embarquer par ses talents de conteur, avec le plaisir incomparable que l’on a de suivre un excellent comédien. Pour l’heure, nous allons pouvoir découvrir ce lyonnais au Lucernaire à Paris dans « Naïs » le texte de Marcel Pagnol, le plus marseillais des auteurs français, à partir du 8 mai 2024 au Lucernaire, avant de le voir, en octobre 2024, à l’affiche en alternance dans la reprise de « Pauvre Bitos, le dîner de têtes » magistrale pièce de Jean Anouilh au Théâtre Hébertot, mis en scène par Thierry Harcourt.
Dans cette pièce, l’un des chefs d’œuvre de Marivaux, l’auteur se livre, comme à son habitude, à une fine description des relations sociales et affectives. La mise en scène, très subtile, permet de savourer avec plus d’intensité encore ce moment jubilatoire porté par une belle troupe.
Le XVIIIe siècle a porté, en particulier grâce à Marivaux, la langue française à des sommets. La préciosité de ses textes est toujours tempérée par la justesse de ses observations et l’humour qui les accompagne. Cette langue si classique n’en demeure pas moins parfaitement limpide et d’une éclatante modernité, on en veut pour preuve le quasi féminisme dont il se fait l’avocat. Chez Marivaux, la femme a redressé la tête et elle décide. Dans « Le jeu de l’amour et du Hasard », c’est justement pour arrêter son choix en toute connaissance de cause que Silvia entreprend de permuter les rôles avec sa servante dans le but de se déterminer face au bon parti proposé par son père. Ce subterfuge devient d’autant plus piquant que le promis, sans rien savoir, a fait de même avec son serviteur. Tout est en place pour que les véritables personnalités apparaissent, sans fard, au grand jour au prix d’un véritable désordre amoureux et d’une situation toute chamboulée qui vire au dérapage incontrôlé.
La mise en scène élaborée et joyeusement délirante de Frédéric Charboeuf, dans sa dualité classique-moderne est du plus bel effet. Les habits de cour ont été oubliés pour faire place à des tenues de prolétaires. Ces décalages qui s’accompagnent de multiples trouvailles et d’un jeu d’acteur sans faille, font ressortir les merveilles du texte délicatement soulignés par quelques virgules musicales hétéroclites, mêlant Rameau, Wagner et Grease (avec « You’re the one that I want »). Les surprises s’enchainent et les deux personnages principaux vont devoir ramer dur pour sortir du piège dans lequel ils se sont fourrés. Respect des convenances, impossibilité de se mésallier, qui du statut social encore prégnant ou de l’amour va l’emporter ? Le simple fait de poser la question caractérise le fossé séparant le XVIIe du XVIIIe siècle qui marche allégrement vers les Lumières. Et Marivaux de continuer à nous faire rire et à nous étonner en décrivant ce cheminement vers le progrès et l’émancipation. Les longs applaudissements que le public réserve au jeu d’Adib Cheiki, Matthieu Gambier, Jérémie Guilain, Lucie Jehel, Frédéric Charboeuf, Dennis Mader et Justine Teulié (en alternance avec Camille Blouet), ces véritables preuves d’amour ne doivent donc rien au hasard !
Ce texte décrivant trois destins emblématiques pose sur l’âme humaine un regard affuté que l’interprétation rend plus émouvant encore.
La Croisée des chemins : le nom du théâtre pourrait bien être le sous-titre potentiel de cette première pièce de Julien Altenburger. Trois comédiens pour trois vies qui synthétisent les grands combats de l’existence : la liberté, la dignité, le respect de l’autre. Et ce, à travers les thèmes si actuels de la violence conjugale, de l’intégrisme religieux et du rejet des différences. Pour un premier texte, la barre est haute. Le plaidoyer est vibrant, il est parfois un peu didactique mais il sait entrainer le spectateur dans cet entrelacement de vies, avec ses parts d’ombre et de lumière. Il sait parfaitement démontrer, et comment ne pas y être sensible en ces moments si tendus que nous vivons ? à quel point tout est si fragile. « Homini Lupus » nous dit bien que la vie ne saurait se résumer à une longue marche vers le progrès. Ce plaidoyer, ce cri, au-delà des difficultés et de la noirceur dépeintes, laisse pourtant toujours une place à l’espoir. Pour ces épreuves et ces combats, Bunny Chriqui, Raphaël Fournier et Mahmoud Ktari, dans la mise en scène de Grégoire-Gabriel Vanrobays qui va à l’essentiel, apportent leur large palette de jeu et leur force de conviction capables de générer en nous toutes les émotions. Grâce à eux, le texte où tout est si fortement et subtilement imbriqué, prend toute sa dimension.
« Je suis le meilleur, je suis le pire, je suis moi ! » : entre optimisme béat et pessimisme fatal « Homini Lupus » fait une belle place à la vie et parle directement au cœur des spectateurs. Au final, les applaudissements mêlés de larmes sont là pour attester que le but a été atteint !
Clémentine Célarié a transformé son immense coup de cœur pour le texte de David Lelait-Helo en un spectacle envoutant à l’affiche de la Pépinière Théâtre. Avec nous, elle revient sur sa vie et son seule en scène qui a bouleversé le festival d’Avignon 2023.
Comment s’est faite la rencontre avec « Je suis la maman du bourreau » ?
Après avoir vaincu ma maladie, je n’avais qu’une hâte, c’était retravailler. Avec mon producteur et ami, Jérôme Foucher, je cherchais un spectacle pour faire un autre Avignon. J’ai lu beaucoup de choses, je suis revenue à Maupassant, je me suis intéressée à Zola. Je voulais quelque chose de singulier et de puissant. Un jour, j’étais à Crozon où une copine, Catherine, est la libraire du lieu. Je lui ai demandé si elle n’avait pas un livre avec un personnage féminin très fort à me proposer. Elle m’a tendu : « Je suis la Maman du bourreau ». J’ai eu un coup de foudre absolu. Jérôme a demandé les droits. J’ai appelé David Lelait-Helo. J’avais lu « Poussière d’homme » et je trouve qu’il y a chez cet auteur une formidable intensité des sentiments. Ce que j’aime dans cette pièce, c’est le dilemme paradoxal, à la fois l’amour absolu et la confrontation avec l’horreur et les déchirements qui en découlent.
Quand on vous voit sur scène, quand on observe votre jeu, que l’on est happé par votre personnage et que l’on est traversé par des émotions dingues qui, à la fin, éclatent quand toute la salle se dresse comme un seul homme pour vous applaudir, on peut se demander comment vous travailler vos personnages et comment vous atteignez un tel degré de perfection ?
Ce que vous dites me touche beaucoup. Cela me donne envie de m’interroger encore davantage, d’autant que je suis en train d’écrire un livre sur mon métier, ma passion. À partir du moment où j’ai un coup de foudre, je suis reliée au personnage tout le temps et je ne suis jamais en repos. J’ai fait l’adaptation, David Lelait-Helo m’a fait confiance, ça m’a traversé comme si le texte avait été écrit pour moi. Tout est venu naturellement, y compris la mise en scène.
Quand j’ai préparé Avignon, j’étais obsédée. Je ne pensais qu’à mon texte. J’ai regardé des films traitant du même sujet, j’avais besoin d’observer des camarades de jeu, de voir des fictions, tout en lisant et relisant mon texte. J’ai repensé à des personnes de ma famille et de mon entourage qui m’ont marqué par leur pureté. Je recherche la pureté et je crois en la pureté des êtres, ce n’est pas pour rien que je fais ce spectacle autour d’une femme qui se prend pour la fille de Dieu. J’étais tellement imprégné par mon personnage qu’il m’a fallu m’entrainer à me reposer la tête. Dans ce travail, mes fils m’ont aidé en me disant de ne surtout rien surligner, que tout était clair et qu’il ne fallait pas faire de mon personnage une caricature de son milieu social. J’ai regardé « Le Silence des Agneaux » pour m’aider à exprimer une froideur que j’ai toujours du mal à avoir et que je trouvais intéressante à travailler. Il fallait simplifier et dédramatiser. Pour Paris, je me suis préparée physiquement pour être entrainée, avoir du souffle et être tonique. Mais lorsque j’ai joué à Avignon, le rôle m’a dévoré. Je ne voulais pas aller au soleil pour garder une peau blanche. Je voulais être dans l’état second qui caractérise mon personnage. Il s’est d’ailleurs passé pas mal de choses autour du spectacle. Dans cette histoire d’un amour dévorant, le public est touché, il se sent concerné. Je me suis même posée des questions sur l’éducation de mes enfants, on influe sur eux, parfois sans le vouloir ou sans s’en rendre compte. Jeune, maman m’a mise en pension chez les bonnes sœurs, j’ai eu envie de devenir l’une d’elles à moment donné. Mais comme je suis une grande passionnée, j’aurais été amoureuse de tous les curés (rires). À 16 ans, elle m’a amené au théâtre et là, ça m’est tombé dessus d’un coup : tout était réuni, la beauté, la bonté, le sacré, en dehors du monde. C’est aussi ce que j’aime chez mon personnage c’est qu’elle est en dehors du monde !
Clémentine, où en êtes-vous de l’adaptation de votre livre écrit sur votre cancer, « Les Mots défendus ?
J’ai eu un problème avec cela depuis que j’ai rencontré des personnes extraordinaires de la maison RoseUp dont je parle tout le temps car c’est un endroit incroyable où les femmes qui ont eu un cancer peuvent aller et où elles sont entourées et écoutées. Depuis, je me dis que je ne peux pas parler uniquement de mon cancer, il faut que je puisse parler de ce que les autres ont vécu. J’ai décidé d’inclure dans la mienne, l’histoire de toutes ces femmes que j’ai rencontrées. J’ai un projet d’ateliers théâtre pour les amener dans la force que peut apporter l’imaginaire. Pour que l’on puisse se dépasser dans nos émotions, se dépasser soi-même en incarnant autre chose que soi. Croire en quelque chose d’autre, c’est, avec mes enfants, ce qui me sauve. La vie limitée à la gagner et faire des diners, ce n’est pas ça pour moi ! C’est dire des conneries avec les copains, franchir les limites, jouer « Une vie » 150 fois, être libre de vivre avec qui l’on veut, créer des projets, être fou, grandir, toujours grandir !
Philippe Escalier – Je suis la maman du bourreau, photo François Fonty
Rencontre avec le metteur en scène Christopher Luscombe
50 ans après sa création, le rock’n’roll musical culte de Richard O’Brien revient enchanter les Parisiens. Son metteur en scène, Christopher Luscombe, aborde avec nous son parcours et nous parle de cette grande fête contagieuse et transgressive autour des fiancés Brad et Janet, du docteur Frank-N-Furter et sa créature musclée, Rocky.
Christopher, vous qui avez travaillé au théâtre, à l’opéra et dans la comédie musicale, diriez-vous que le mélange des genres est l’une de vos caractéristiques ?
Je le crois en effet. J’ai toujours essayé de continuer à faire des choses différentes. J’ai été acteur pendant 17 ans et je suis metteur en scène depuis plus longtemps encore, et vous avez raison, j’ai un penchant pour varier les plaisirs. Cette année, j’ai fait « Rocky Horror » à Sydney, « Gypsy » à Tokyo en passant par « Le Barbier de Séville » à Garsington et « Private Lives » à Londres soit une comédie musicale rock, une comédie musicale de Broadway en japonais, un opéra en italien et une pièce de théâtre. Je suppose que ce qui les unit tous, c’est la comédie. J’ai tendance à travailler avec du matériel comique, quoique dans des genres très différents. Cela dit, mon prochain opéra est « Tosca », c’est effectivement très sérieux, mais j’ai pensé qu’il serait bien pour moi de faire quelque chose qui ne repose pas sur le rire !
Pour quelle raison avez-vous choisi « Rocky » ?
Je n’avais jamais vu « Rocky Horror » lorsqu’on me l’a proposé il y a 18 ans, et je n’aurais jamais imaginé le réaliser. Mais j’en suis tombé amoureux de ce show où Richard O’Brien a si bien mêlé le glamour et la fantaisie macabre. Cela a été le spectacle le plus heureux et le plus gratifiant sur lequel j’ai travaillé, partout dans le monde. Il m’a ouvert des portes et un nouveau public tout en générant de nombreuses opportunités. Je pense qu’il est bon de se lancer dans des projets inattendus, car ils vous lancent des défis et vous font travailler plus dur, c’est idéal pour moi qui aime bousculer les choses.
Comment avez-vous fait votre casting pour Paris ?
Les acteurs qui vont jouer à Paris font partie du spectacle depuis un certain temps, jouant dans le West End de Londres et en tournée au Royaume-Uni. Certains d’entre eux sont en production depuis plusieurs années et ils sont si merveilleux que nous les avons invités à continuer, et ils n’ont pas eu besoin de beaucoup de persuasion ! Nous plaisantons en disant que c’est comme une famille, et parfois les gens s’éloignent et font autre chose, avant de revenir au bercail. « Rocky » crée une certaine dépendance, je pense. Nous avions besoin d’artistes capables de chanter, de danser et de jouer à un très haut niveau, nous sommes très chanceux d’avoir trouvé des interprètes aussi talentueux.
Vous avez beaucoup tourné avec « Rocky ». Avez-vous observé des différences de réactions selon les pays ?
Oui, cela varie énormément, même d’une ville à l’autre au Royaume-Uni, le nord étant généralement plus explosif que le sud ! Il y a un énorme public pour « Rocky » en Italie, en particulier dans une ville comme Milan, et ils étaient incroyablement enthousiastes en Israël. Barcelone l’a découvert récemment mais le coup de cœur a fonctionné à plein et nous avons toujours un accueil très chaleureux en Australie et en Afrique du Sud.
Philippe Escalier – Photos : Nathan Kruger (portrait de Christopher Luscombe) et Philippe Escalier