Interview Claire Nadeau

Par Xavier Leherpeur pour www.sensitif.fr

 

Connue du grand public pour avoir travaillé à la télévision auprès de Stéphane Collaro, Claire Nadeau mène depuis plus de trente ans une carrière au cinéma et au théâtre où se conjuguent passion et éclectisme.  

Jouer a-t-il toujours été votre rêve de petite fille ?

Oui. À tel point – comme je ne voulais pas me l’avouer car ma famille était plutôt intellectuelle et faire actrice faisait un peu « bas de gamme » (rires) –,disais-je, que je voulais être interprète… mais de langues étrangères ! J’ai du coup commencé par la danse, le côté représentation me plaisait beaucoup, puis le bac – car il fallait bien le passer – et enfin le Conservatoire.

Au théâtre vous avez joué à la fois au TNP, au café-théâtre, au Splendid, dans le privé et sans distinction les grands auteurs et des pièces plus légères…

Tant qu’à faire ! Autant aller voir partout (rires) !

Votre nature comique, indissociable de votre image, s’est-elle vite révélée ?

Pas vraiment. Sans doute à cause de mon physique de grande brune mince et de ma nature plutôt renfermée, j’ai commencé par jouer les jeunes premières dramatiques. Et pour tout dire, je m’ennuyais plutôt. Puis j’ai rencontré Coluche qui m’a fait faire des sketches. Et je me souviens qu’à l’époque, je me demandais en moi-même « mais on a le droit de faire l’andouille ? ». Et ce fut le bonheur. Enfin, je m’amusais.

À la fin du mois, vous serez à l’affiche du Théâtre 13 dans Le Mandat de Nikolaï Erdman, une pièce écrite en URSS en 1924 mais jamais publiée du vivant de son auteur.

C’est Stéphane Douret, le metteur en scène, qui m’a envoyé la pièce. Et je suis tombée sur un texte extraordinaire. C’est burlesque, visionnaire, insolent, cruel, amer… et le tout sur un mode très vif, très alerte.

Vous y campez le personnage principal.

C’est une commerçante dont le magasin puis l’appartement ont été réquisitionnés. Elle se retrouve dans la dèche la plus totale et essaie de survivre en enjoignant son fils d’aller s’inscrire au parti.

Stéphane Douret parle d’une pièce politique… apolitique.

Oui, car il n’y a pas de parti pris. Les héros n’ont aucun point de vue. Ce sont tous des opportunistes dont la seule motivation est d’essayer de sauver leur peau. Soit en allant s’inscrire à toute vitesse au parti, soit en essayant de rétablir l’impératrice sur le trône, qui n’est autre que la cuisinière déguisée (rires) ! Il n’y a aucun jugement politique mais l’époque où elle est écrite fait d’elle une pièce très politique.

Vous venez aussi de tourner dans le nouveau film d’Isabelle Mergeault, Je vous trouve très beau.

J’interprète un personnage décalé qui me plaît beaucoup. Celui d’une femme qui ne s’est pas vue vieillir, s’habillant avec des cuissardes et les cheveux bouclés, comme une jeune fille qu’elle n’est plus du tout.

Un rôle que beaucoup de comédiennes hésiteraient à endosser.

Je ne sais pas pourquoi, mais il y a quelque chose avec l’âge qui me fait rire. Dans la pièce de Ruquier Si c’était à refaire, lorsque je rentrais sur le plateau, une secrétaire appelait son patron pour le prévenir que sa mère était là. Et il lui répondait « ce n’est pas ma mère, c’est ma femme » ! Ça me faisait mourir de rire… et j’ai accepté ce rôle rien que pour cette réplique (rires) !

Théâtre 13

103A, boulevard Auguste Blanqui 75013 Paris

M° Glacière

Du 24 avril au 13 juin : le mardi, mercredi et vendredi à 20 h 30

Le jeudi et samedi à 1 9h 30, le dimanche à 15 h 30

01 45 88 62 22

 

 

 

 

Interview de Jean-Claude Dreyfus

Homme de spectacle présent sur tous les fronts, ce comédien reste d’une absolue fidélité à la scène où il peut donner toute la mesure de son talent. L’adaptation du Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens au Vingtième Théâtre lui apporte un rôle en or et nous offre le plaisir d’une rencontre.

 

Gérald Garutti a adapté le livre de Jean-Léon Beauvois et Robert-Vincent Joule. Que diable faites-vous dans cette pièce ?

 

(Rires.) J’y joue une double partition très jubilatoire, le diable (avec de jolies cornes) et le bon Dieu, et accessoirement Corneille ! Le spectacle, avec un peu de magie, de parodie, de poésie, quelques effets, beaucoup d’humour, est presque du cabaret, ce qui n’est pas pour me déplaire. On aborde les grands manipulateurs de quelque bord que ce soit, et ce en pleine campagne électorale où, tout de même, la manipulation reste un peu le b.a.-ba. Mais nous, nous sommes plus drôles !

 

Comment nourrissez-vous vos personnages ?

De tout ce qui m’environne et m’enrichit. De plus, Gérald Garutti est un metteur en scène qui a toujours beaucoup d’idées, ce qui ne m’empêche pas de lui proposer plein de choses, étant plutôt généreux et inventif avec mes personnages. Pour le bon Dieu, j’ai trouvé cette astuce de le rendre aveugle. Ce ne sont pas les idées qui manquent, je dois tout noter sans quoi j’oublie ! Après, on garde ce qui marche et on le refait tous les soirs : finalement, c’est du boulot en plus !

 

Quand on vous suit parce qu’on aime votre travail, on reste un peu essoufflé. Vous n’arrêtez jamais ! Prendre de l’âge dans ce métier c’est rajeunir ?

Pas tout à fait ! On se fatigue plus vite, je peux en témoigner. Mais j’ai du mal à refuser ce qui m’attire. Dans quelques jours, le 18 avril, sort au cinéma La Fontaine ou le Défi de Daniel Vigne où Lorant Deutsch incarne le fabuliste. Quant à moi, j’incarne un joli personnage qui doit surveiller pour le roi ce farfelu génial. La Fontaine est universellement connu, et pourtant c’est le premier film qui lui est consacré.

Par ailleurs, je serai à Avignon en juillet. Mais auparavant, fin juin, je pars en Bretagne pour trois grandes soirées autour de la sortie du second disque de rock celte d’Alan Simon. Et puis, durant Avignon, je m’évade pour labelliser (labelliser, c’est plus rigolo que parrainer, non ?) le festival de Sancerre qui va regrouper quelques grandes pointures du jazz.

 

La campagne électorale, pour en dire un mot, vous passionne ou vous assomme ?

C’est un peu tristounet. Surtout au début, avec les « débats » pour choisir la candidate qui étaient des monologues de solitude totale imposés par la gagnante, on le sait. Ce qui est bien, c’est qu’il y ait trois candidats actuellement, et surtout que le troisième ne soit pas « l’autre » ! D’accord Bayrou est de droite…

 

Mais Royal aussi !

Oui, c’est la caractéristique aujourd’hui, ils sont tous de droite !

 

Revenons à nos moutons : content d’être dans ce théâtre, si j’ai bien compris ?

Oui, vraiment. C’est une bonne salle. Il faut juste vaincre les dernières réticences : il y a quelques jours, deux dames très chics sont venues me demander ce que je faisais. J’ai parlé du spectacle et lorsque j’ai précisé où je jouerai, elles ont fait la grimace. Alors je leur ai dit : « Mais c’est à Paris, il y a un métro, des bus, des cafés, c’est comme si vous étiez dans le XVe, simplement c’est plus gai ! »

Philippe Escalier pour www.sensitif.fr

Photo :

Patrice Berchery Dipzone Studio

Vingtième Théâtre

7, rue des Plâtrières 75020 Paris

M° Ménilmontant

Jusqu’au 13 mai :

Du mercredi au samedi à 20 h, le dimanche à 15 h

01 43 66 01 13

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