Sherlock Holmes : l’Aventure Musicale

La nouvelle comédie musicale de Julien et Samuel Safa présentée au 13E Art est une belle réussite portée par une troupe faisant des merveilles sur scène.

Dés les premières secondes, le public est pris par l’énergie qui se dégage de ce surprenant spectacle. L’on entre tout de suite dans le vif du sujet avec les riches chorégraphies de Johan Nus illustrant parfaitement la musique entrainante et tonique de Samuel Safa. Très visuel, grâce aux vidéos ingénieuses d’Harold Simon qui font vivre l’histoire en nous donnant le sentiment d’assister à un film d’aventure, le spectacle se met en place tambour battant. L’intrigue : le vol d’une statuette Aztèque dans un musée londonien génère l’intervention du grand détective secondé du fidèle Watson auquel vient s’ajouter une autre enquêtrice apportant la touche féminine et charmante qui manquait au célèbre duo du 221 B Baker Street

Trois personnages sur scène, deux hommes et une femme, vêtus de costumes d'époque. Ils tiennent des valises et semblent en discussion.

L’enquête va nous faire voyager dans deux pays lointains prétextes à des situations pittoresques et des danses endiablées faisant appel à de très beaux costumes colorés se jouant des folklores indiens et mexicains avec une drôlerie irrésistible. Le texte, lui aussi empreint d’humour et de références, reste vivace et léger et fait que le public participe à l’avancée des recherches avec un grand sourire qui ne le quitte jamais. Un cadre aussi abouti est donc idéal pour l’épanouissement d’une troupe qui n’a pas manqué de nous séduire et de nous impressionner. Aux côtés d’un Holmes aux belles qualités vocales (Bastien Monier), Guillaume Pevée (en Watson) nous offre un surprenant et ébouriffant festival de danseur comique face à Marine Duhamel, séduisante et efficace Emma Jones. Ce trio est encadré, avec tout le talent requis par Océane Demontis, Lola Rose, Clément Cabrel, Jean Louis Dupont, Mélissa Mekdad, Hippolyte Bourdet, et Charlène Fernandez. Tous nous emportent dans un spectacle jubilatoire qui ne nous laisse aucun répit, faisant autant la joie des adultes que des enfants. L’on ressort du 13E Art heureux, certains qu’avec de tels artistes, la comédie musicale française qui a trouvé son style, a de beaux jours devant elle.

Texte et photos : Philippe Escalier

Jusqu’au 4 mars 2023 : Infos et billetterie 👉🏻bit.ly/SherlockHolmesParis

Un spectacle de théâtre avec des artistes en costumes de piment, l'un portant un homme en costume sur ses épaules, avec des lumières colorées en arrière-plan.

Exposition « La Cage aux Folles » au Palais-Royal

À l’occasion de la création de « La Cage aux Folles » de Jean Poiret il y a exactement 50 ans, le Théâtre du Palais-Royal organise une exposition permettant de revivre en photo quelques-uns des grands moments de cette comédie au succès planétaire.

Mettre à l’affiche une pièce construite autour d’un couple d’homosexuels n’avait rien d’évident en 1973. Du reste, Jean-Michel Rouzière qui dirige alors le Palais-Royal hésite, conseillant au passage d’en changer le titre, suggestion qui restera heureusement lettre morte. Michel Serrault, qui avait déjà joué un sketch sur ce thème une dizaine d’années auparavant avec son complice Poiret prend le temps de la réflexion avant d’accepter le rôle, conscient de la difficulté à l’incarner, qui plus est sur la durée. Il accepte et Pierre Mondy signera la mise en scène. Le 5 février 1973 l’aventure peut commencer. 2000 représentations, 1 million de spectateurs, avant une reprise aux Variétés avec Michel Roux et Jean-Jacques en 1978 et la même année la sortie sur les écrans de la version franco-italienne avec Ugo Tognazzi dans le rôle de Renato. Viendra ensuite l’adaptation à Broadway auréolée ses 6 Tony Awards (1983) suivie du triomphe londonien.

Les photos dans le hall du théâtre du Palais-Royal n’ont pour la plupart jamais été exposées. Surplombées par deux magnifiques robes d’Albin, elles permettent d’admirer les affiches d’origine et de retrouver les artistes qui ont fait vivre la pièce au fil des ans. Henri Garcin, Jacques Sereys, mais aussi pas moins de 14 comédiens parmi lesquels Marco Perrin, Jacqueline Mille, Benny Luke, Paul Demange, Bernard Murat, Philippe Lavot, Frédéric Norbert, Maurice Bray, Marcelle Ranson-Hervé… Sans oublier le merveilleux décorateur et costumier André Levasseur.

L’exposition peut se visiter en accès libre, du mardi au samedi à partir de 17 h et ce jusqu’au 1er juillet 2023. Les heureux spectateurs d’«Edmond » et de « La Machine de Turing » actuellement à l’affiche du Théâtre du Palais-Royal seront au nombre de ceux qui vont découvrir cet émouvant retour imagé vers l’un des plus étonnants succès de la comédie made in France.

Texte et photos : Philippe Escalier

La Tempête

L’adaptation signée Emmanuel Besnault de cette pièce magistrale de Shakespeare sur la petite scène de La Huchette est rendue passionnante grâce à des trésors d’inventivité et à un trio d’acteurs remarquables.

Avec des idées et du talent, rien n’est impossible : après un magnifique « Fantasio » très rock et haut en couleurs, Emmanuel Besnault nous en apporte à nouveau la preuve en livrant sa vision d’une « Tempête » qu’il a su condenser dans le temps et l’espace sans que le sens et les messages de la pièce n’en soient ni amoindris ni déformés.

L’action se déroule sur une île où Prospéro, l’ancien duc de Milan a été contraint de trouver refuge, quand son usurpateur de frère lui a ravi son trône. Il y vit avec sa fille Miranda. Quand un jour, passe à proximité de l’île, un bateau emprunté par des souverains italiens et le propre frère de Prospéro, celui-ci, usant de la magie que son exil lui a laissé tout loisir de travailler, déclenche une tempête faisant échouer le navire. De ce désastre vont naitre de multiples aventures et un mariage des plus heureux pour son héritière. Une conclusion qui verra en prime l’extinction d’une vieille haine, terrassée par le désir de pardonner enfin.
Comme souvent avec le dramaturge anglais, le surnaturel n’est jamais loin. L’esprit du vent s’incarne dans Ariel tandis que Caliban est un inquiétant esclave monstrueux et démoniaque, tous deux obéissant à Prospéro. L’on peut se douter, sans qu’il soit besoin pour cela d’une grande imagination, qu’ils symbolisent les forces contradictoires qui tiraillent le duc et plus généralement, les hommes partagés entre morale et goût du pouvoir, amour et désir de revanche. Un combat éternel, dans cette pièce qui inspira la 17e sonate de Beethoven, se terminant par la victoire apaisante et quelque peu inattendue du pardon !

Il fallait une distribution hors du commun pour faire vivre la langue si richement imagée de Shakespeare, les multiples personnages et les nombreux rebondissements de « La tempête ». Jérome Pradon (royal comme toujours) incarne un Prospéro impressionnant, manipulateur, alternant le chaud et le froid. Marion Préïté et Ethan Oliel assument chacun plusieurs rôles. Ajoutés par moment aux beaux costumes de Magdaléna Calloc’h, les masques commedia dell’arte leur permettent de démultiplier les personnages, d’autant plus facilement que les deux artistes ont une force et une finesse de jeu admirables. Avec ce trio, et grâce à la magie de la mise en scène, nous observons les différents personnages avec passion et nous traversons l’œuvre sur un petit nuage, goutant les délicieux intermèdes chantés, composés par Jean Galmiche. Devant la beauté onirique d’un tel travail, l’une des phrases de la pièce trouve en nous une belle résonance : « Nous sommes tous faits de l’étoffe des rêves ». Le retour sur terre ne se fait qu’à regret, lorsqu’éclate dans la salle une tempête d’applaudissements.

Texte et photos : Philippe Escalier

http://www.theatre-huchette.com

Flashdance

Pour ses 40 ans, la comédie musicale « Flashdance » s’offre dans la grande salle du Casino de Paris un anniversaire plein d’énergie avec une belle troupe de jeunes artistes français.

En mettant en présence deux amoureux issus de classes sociales très différentes, « Flashdance » respecte la tradition qui veut qu’une histoire d’amour, pour donner du piment à l’intrigue, s’annonce très compliquée, tout en s’acheminant, la plupart du temps, vers un happy end. C’est précisément dans ce cadre que se développe l’histoire d’Alexandra Owens et Nick Hurley adaptée et mise en scène de façon très visuelle, dynamique et pour tout dire efficace par Philippe Hersen. Cet artiste qui a déjà eu l’occasion de proposer une version de ce spectacle entre 2014 et 2015, s’est toujours révélé particulièrement à l’aise dans le musical comme en atteste ses précédentes réalisations, « Priscilla folle du désert » ou « Charlie et la chocolaterie ». C’est donc un bel écrin riche, coloré et lumineux qu’il offre à la jeune troupe de chanteurs et danseurs dans laquelle on remarquera l’étonnante prestation d’Eka Kharlov à laquelle on serait bien en peine de trouver le moindre défaut et que Julien Husser, dans le rôle de Nick, tente de séduire. Dans la troupe des danseurs magistralement menée par Andie Masazza, on ne passera pas sous silence la prestation endiablée de Rémy Marchant qui dans l’un de ses rôles, celui du policier dévoilant de parfaits abdos, met d’entrée de jeu, la salle en émoi. L’ensemble de la distribution, par sa qualité, fait oublier les lacunes de ce genre de show que sont les parties parlées souvent assez poussives. Mais, emballé par les tubes « Gloria », « Maniac » et « What a feeling » si bien chorégraphiés par Cécile Chaduteau, le public se laisse facilement emporté par la fougue d’une troupe talentueuse qui visiblement prend plaisir à le rendre heureux.

Texte et photo © Philippe Escalier

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