Un Chant de Noël

Le très attachant « Chant de Noël » de Charles Dickens nous est offert sous une forme musicale à l’Artistic Théâtre. Cette histoire à la moralité touchante, tourne au conte de fées, laissant enfants et adultes sur un nuage !

L’avare imaginé par Charles Dickens est, pour les Anglo-Saxons, aussi célèbre que notre Harpagon national. Ebenezer Scrooge puisqu’il s’agit de lui, marquera si bien les esprits qu’il donnera naissance, quelques décennies plus tard, au fameux Oncle Picsou
Quel magnifique repoussoir ! Grand vieillard au cœur sec, Ebenezer Scrooge a tout sacrifié sur l’autel de la fortune. Il accumule deux choses : les espèces sonnantes et trébuchantes et les tares. Et il ne faudrait pas compter sur Noël pour l’attendrir. Pour chasser le naturel, rien de tel que le surnaturel ! L’apparition d’un esprit, (incarnation de sa conscience enfin réveillée), et sa joyeuse et terrifiante cohorte d’acolytes, va parvenir à l’ébranler en usant d’une imparable méthode : lui proposer un retour vers le futur et lui laisser entrevoir la fin de sa vie. Mis en face d’une terrible réalité, sa mort solitaire et misérable, Ebenezer Scrooge va enfin laisser parler les bons sentiments qu’il a trop longtemps étouffés. En sauvant le jeune enfant malade de son employé, que la pauvreté, conséquence directe de sa pingrerie, a condamné.

Talents êtes-vous là ? La réponse est assurément oui ! La réussite est au rendez-vous grâce d’abord à l’association d’un trio de choc : Éric Chantelauze au livret (bien épaulé par Julien Mouchel et Vincent Merval), Samuel Sené à la mise en scène, et excusez du peu, Michel Frantz à la musique. Tous secondés par l’ingéniosité d’Harold Simon à la création vidéo et les chorégraphies inspirées voire endiablées d’Amélie Foubert.
C’est aussi le résultat d’une distribution irréprochable. Vincent Morisse, dans le rôle principal, Julie Costanza en esprit espiègle et déterminé, June Van der Esch, Inès Amoura et enfin, trois rôles masculins admirablement tenus par Régis Olivier, Mehdi Vigier et Julien Ratel. On ne peut que s’incliner et applaudir l’homogénéité d’une troupe toujours au diapason et parfaitement convaincante.

Texte et photos : Philippe Escalier, tous droits réservés

Artistic Théâtre : 45 bis, rue Richard Lenoir 75011 Paris
Samedi à 18 h, dimanche à 11 h, mercredi à 14 h ; Durant les vacances, jeudi et vendredi à 14 h – 01 43 56 38 32

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Signé Dumas

L’œuvre immense d’Alexandre Dumas ne fut pas écrite par sa seule plume. Le grand homme avait un nègre attitré, Auguste Maquet, avec lequel il travailla pendant treize ans. La révolution de 1848 faillit faire exploser, un peu avant l’heure, ce tandem au fonctionnement surprenant. C’est cette conflagration que « Signé Dumas », pièce magnifiquement écrite par un autre duo, Cyril Gély et Éric Rouquette, nous fait revivre de façon palpitante.

Alexandre Dumas, à l’imagination débordante, écrivait vite, mais il voulait surtout profiter des charmes de la vie en jouisseur invétéré qu’il était. Les chapitres de romans à livrer chaque jour aux journaux représentaient une somme de travail qu’il ne pouvait abattre seul. Sa rencontre avec Auguste Maquet, un docteur es lettres s’étant toujours rêvé écrivain, va se révéler une aubaine. Maquet, doué et discipliné, allait abattre une large part du travail et construire des pans entiers de l’œuvre de Dumas.
Auguste Maquet se résigne à rester dans l’ombre jusqu’au moment où éclate la Révolution de 1848. Dumas, monarchiste dans l’âme, certain de son prestige, entend s’adresser au peuple par une déclaration de soutien à la duchesse d’Orléans, avec l’arrière-pensée d’en récolter un maroquin. Maquet, plus fin politique, comprend que la régente va être emportée par la vague révolutionnaire et que l’heure de la République a sonné. Dans cette perspective, le texte fou de Dumas met leur avenir en danger et le collaborateur soumis se transforme d’un coup en associé soucieux de préserver l’acquis et le futur. Il montre les dents. En retour, le génie tonitruant et égocentrique, peu habitué à la contradiction, répond par une vague d’humiliations. Maquet encaisse le choc avant de trouver la parade et que tout rentre dans l’ordre. Pour encore quelques temps.
Cyril Gély et Éric Rouquette décortiquent parfaitement, dans un texte d’une précision chirurgicale, la psychologie et les liens si particuliers qui unissent ces deux personnages ici magnifiquement incarnés : Xavier Lemaire prête sa corpulence et sa faconde à Dumas et Davy Sardou apporte sa finesse à un Maquet tout en colères froides et rentrées. La querelle, déclenchée par un petit télégraphiste, joué par Thomas Sagols, va crescendo jusqu’au basculement final et le public suit, avec fascination, l’intégralité d’une violente dispute dont le seul défaut est de nous sembler trop courte. La jubilation d’entendre un texte aussi bien écrit n’a d’égale que le plaisir de le voir si bien joué. La mise en scène subtile de Tristan Petitgirard, sans fioritures, se met entièrement au service de ce petit bijou littéraire. Si les raisons de voir ce spectacle pleinement réussi sont multiples, ce beau moment de théâtre a aussi le mérite de nous dire, et de quelle façon, pourquoi les grands romans de notre patrimoine littéraire que sont « Le Comte de Monte-Cristo »   ou   « Les Trois mousquetaires », pour ne prendre que ces deux exemples, n’auraient jamais dû être exclusivement signé Dumas.

Philippe Escalier

Théâtre La Bruyère : 5, rue La Bruyère 75009 Paris
Du mardi au samedi à 21 h et matinée samedi à 15 h 30
01 48 74 76 99 – http://www.theatrelabruyere.com

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Hommage à Jerome Robbins

Le ballet de l’Opéra de Paris a décidé, pour le centenaire de sa naissance, de rendre hommage à Jerome Robbins qui considérait la grande maison comme sa deuxième famille.
Le chorégraphe qui a participé à la direction du New York City Ballet pendant de longues années, après avoir dansé pour l’American Ballet Theatre, est né en 1918 et mort en 1998, à New York.
Créateur d’une soixantaine de ballets, son nom reste attaché à la danse moderne, à la comédie musicale et au cinéma. Ses nombreuses collaborations avec Leonard Bernstein, dont on fête aussi le centenaire de sa naissance, restent marquantes.
Le spectacle s’ouvre d’ailleurs avec « Fancy Free » sur une musique du compositeur de «West Side Story». Bach, Debussy et Philippe Glass avec respectivement «A Suit of dances», «Afternoon of a faun» et «Glass Pieces» seront les trois compositeurs qui ont nourri l’imagination du chorégraphe, dans la programmation faite pour cet «Hommage». À noter que «Glass Pieces» entré au répertoire en 1991, réunit une grande partie du corps de Ballet sur scène et donne lieu à un moment d’une grande beauté et d’une formidable énergie, dans une esthétique emplie de symétrie, sur l’envoutante musique de Philip Glass.
Jerome Robbins était par définition le chorégraphe de la vie, n’hésitant pas à raconter des histoires pouvant être émaillées d’humour, qui savait allier la beauté du geste et la virtuosité, sans jamais tomber dans l’ésotérisme.
Cet hommage, donnant un bel aperçu du talent protéiforme de Jerome Robbins, est un moment idéal pour les amoureux de la danse comme pour ceux qui veulent en découvrir tous les plaisirs.

Texte et photos des saluts : © Philippe Escalier

Jusqu’au 14 novembre 2018, Opéra Garnier – www.operadeparis.fr 

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