La Commission des destins

Marc Tourneboeuf et Martin Campestre, deux bêtes de scène, jouent dans un spectacle construit essentiellement à base de jeux de mots, d’allitérations, ponctués de quelques alexandrins et de joyeuses facéties. Le tout avec une énergie débordante et un humour dévastateur capable de tenir l’auditoire en haleine de bout en bout.

Pour une surprise, c’est une surprise ! Voici deux (très) jeunes comédiens sortis du Cours Florent ayant décidé de monter leur propre spectacle. Leur fond de commerce est le jeu de mots et le calembour. En évitant tous les pièges du genre (facilité, vulgarité), Marc Tourneboeuf et Martin Campestre réussissent le tour de force d’éblouir. Mieux, ils se montrent capables d’alterner les styles, passant du texte à l’expression corporelle, à travers la scène et la vidéo. Tout en gardant leur personnalité (forte et affirmée), les deux artistes nous font penser au meilleur de quelques-uns de nos plus grands comiques. Bref, l’on se demande ce que ces deux saltimbanques classieux pourraient ne pas savoir faire ?
La seule finesse du texte de Marc Tourneboeuf (auteur prometteur!) qui se hisse au niveau des grands maîtres du genre (Raymond Devos, Vincent Rocca ou Stéphane De Groodt) mérite notre visite. Nous voici, dès les premières secondes, emportés dans un malestrom verbal. Visiblement, le spectateur se délecte sans interruption, les deux artistes ayant su nous éviter de passer des jeux de mots aux maux de tête. L’on reste ébahi par la forme très élaborée de « La Commission des destins » qui nous permet d’être surpris à chaque instant, nous ne sommes pas dans un alignement de sketches mais bien dans une histoire brillamment imaginée et élaborée. Si l’on excepte quelques très courtes baisses d’intensité (bien normales vu le rythme et le niveau atteints dés le départ), c’est bien un petit bijou que Marc Tourneboeuf et Martin Campestre nous proposent. Embarqué dans leur virevoltante aventure débouchant sur la question très sartrienne : est-on libre ou conditionné ?, posée avec le sérieux et surtout la légèreté qui conviennent ici, l’auditoire jubile. L’on sort du théâtre heureux et rafraîchi, bien décidé à suivre les prochaines aventures artistiques de ces deux jeunes comédiens au talent protéiforme.

Texte et photos © Philippe Escalier

Théâtre Tremplin : 7, rue du bon pasteur 84000 Avignon
À 15 h 30 – 04 90 85 05 00

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La Cigale sans la Fourmi

Jean de la Fontaine et ses plus célèbres fables font l’objet d’un détournement musical et humoristique signé Stéphane Laporte et Gaëtan Borg qui est juste…fabuleux ! L’équipe des comédiens qui nous permet de partager cette douce folie pleine d’originalité est à la hauteur et remplit de joie les spectateurs de tous âges du Collège de la Salle en Avignon.

Depuis plus de trois siècles, les écoliers apprennent sagement La Fontaine. Ses animaux font partie du bestiaire commun et font la joie de tous, offrant, au passage des leçons de morale, aussi sages qu’universelles. Comment s’étonner dès lors que les stars du plus célèbre des zoos aient envie de s’évader et de visiter un monde moins moral et plus jubilatoire ? Voici que la cigale disparait pour réapparaitre dans un monde souterrain où l’on vit (enfin!) comme l’on veut, en se souciant de dame morale comme d’une guigne ! Mais la fourmi ne l’entend pas de cette oreille et mobilise les copains tortue, renard, grenouille et lièvre pour faire revenir l’excentrique dans le droit chemin. Avec beaucoup de subtilité, les épisodes cocasses s’enchainent et si les animaux gardent leur principales qualités, attendez-vous à les découvrir sous un angle bien différent de celui auquel vous êtes habitués. D’autant que, pour faire vivre cette fable inattendue, iconoclaste et irrésistible, le meilleur de la comédie musicale est mis en scène par Marina Pangos. Cloé Horry, Vincent Gilliéron, Simon Heulle, Camille Nicolas, Angélique Rivoux et Jacques Verzier font assaut de talent pour donner à leur personnage, leur voix, leur sensibilité et leur drôlerie. Autre tour de force des magiciens que sont Stéphane Laporte et Gaëtan Borg, l’écriture de leur texte, mis en musique par Julien Goetz, est à double entrée et convient aussi bien aux parents qu’aux enfants qui ne pourront que survoler les allusions croquinolesques et subtiles à destination d’oreilles un peu moins chastes.
Pour nous, « La Cigale sans la Fourmi », l’une des révélations du Off d’Avignon 2018, pourrait être sous-titré « Délices au pays des merveilles » ! Avec ces auteurs et cette troupe, le chemin de l’école (ou du collège) se reprend avec un plaisir non dissimulé et jamais le spectacle n’aura été aussi vivant et musical !

Texte et photos : Philippe Escalier

Collège de la Salle : 3, place Pasteur 84000 Avignon
Tous les jours à 15 h 10 – 04 90 83 28 17

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Suite française

L’œuvre et le destin d’Irène Némirovsky, en particulier « Suite française » méritaient le meilleur. C’est bien ce que proposent Virginie Lemoine et Stéphane Laporte à l’origine d’une adaptation fidèle et passionnante, créée pour la première fois dans le Off d’Avignon, au théâtre du Balcon, avec une troupe, en tous points magnifique.

Irène Némirovsky, nait en 1903 à Kiev. La révolution russe la pousse, avec sa famille, vers l’exil. Baignée de culture française depuis son enfance, elle finit par s’installer à Paris, s’inscrit à la Sorbonne avant de publier ses premiers livres. Son dernier opus, « Suite française », inachevée, du fait de sa déportation en 1942 à Auschwitz où elle meurt du typhus, a la particularité d’être le seul roman à recevoir un Prix, (le Prix Renaudot) à titre posthume. Dans ce récit, inscrit dans la terrible actualité de la défaite, elle entreprend un tableau du début de l’occupation, à travers la vie d’une famille. Le fils est prisonnier en Allemagne, la mère vit avec sa belle-fille qu’elle ne semble pas porter dans son cœur. Arrive un officier de la Wehrmacht qui réquisitionne la demeure. On se prend à penser au « Silence de la mer » de Vercors, la belle-mère considérant que parler à un allemand revient à trahir sa patrie. La belle-fille, que son mari, délaissait pour une maîtresse, est sensible à la présence de l’officier dont elle tombe amoureuse, sans s’abandonner pour autant. L’ensemble des personnages permet une fresque intimiste, ciselée, qui décrit parfaitement la déchirante bataille entre les élans du cœur et du devoir, dans cette époque terrible. Si le texte, tout en finesse, s’attache aux personnes et aux petits détails, son sens en est bien universel. Le drame est partout présent, « j’écris sur de la lave brulante » disait Irène Némirovsky et pourtant, l’humour n’est jamais loin. Les mots toujours simples sont d’une beauté et d’une précision exemplaires. Une richesse du propos soutenue par la mise en scène très efficace, vivante et subtile de Virginie Lemoine et le jeu de comédiens merveilleux. Florence Pernel est parfaite en belle-fille douce et déchirée, Béatrice Agenin, impériale en belle-mère inflexible, Christiane Millet incarne une vicomtesse truculente, qui se pose en altruiste, prenant bien soin de ne jamais s’oublier. Emmanuelle Bougerol est juste, expressive, délicate comme toujours, dans son rôle de domestique. Coté masculin, Samuel Glaumé est un officier allemand, mélomane (jouant une musique signée Stéphane Corbin), déchiré, tout en retenue et Cédric Revollon un révolté, jaloux et bouillonnant. Deux personnages dont on sent bien qu’ils ont entamé un combat avec la mort dont ils ne sortiront pas vainqueurs. « Suite française » nous convie à un rendez vous avec l’intensité et l’émotion. Personne ne voudra le manquer !

Philippe Escalier

Théâtre du Balcon : 38, rue Guillaume Puy 84000 Avignon
Tous les jours à 19 h – 04 90 85 00 80

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Les Demoiselles du K-barré

Le OFF d’Avignon ne manque pas de pépites. Aussi inventif que festif, « Les Demoiselles du K-barré », un cabaret déjanté, imaginé par Pauline Uzan, a tout pour nous séduire. On a beaucoup aimé cette troupe de quatre artistes qui met, dans la douceur, le feu à L’Arrache-Cœur.

Pas simple de s’attaquer au thème du cabaret. Beaucoup y ont laissé des plumes ! Pauline Uzan a décidé de s’emparer du genre mais pour casser les codes. Mission accomplie. Avec « Les Demoiselles du K-barré », elle a créé un spectacle bourré d’humour, cravaché par une bonne dose de dérision, biberonné à la folie et charpenté par une construction irréprochable. Rien n’est laissé au hasard, ce spectacle, indubitablement pro, est galvanisé par une générosité incroyable : la troupe a visiblement décidé de donner le meilleur au public. Aux côtés de Vanessa Ghersinick et Roxane Merlin, Pauline Uzan, qui assure aussi la mise en scène, nous donnent une vision de la femme, séductrice, dominatrice, mais aussi fragile et surtout, délivrée des canons sévères et restrictifs de la froide beauté classique. Nous assistons à un festival de charme d’autant plus dévastateur qu’il est empli d’humour. Les quatre artistes se moquent de tout et surtout d’eux-mêmes. Au milieu de ces trois filles à fort caractère, jouant les aguicheuses comme personne, Harold Simon est loin d’être perdu ! Un peu tyrannisé au départ, (l’homme objet, quelle tentation !), il incarne le partenaire idéal. Sexy, souriant et dynamique, (visiblement doué et en rien, prisonnier d’un physique avantageux), le jeune comédien, si expressif, apporte sa part de fraicheur. Il joue le jeu avec autant de force et de ferveur que ses trois partenaires. Tous quatre sont parfaitement à l’unisson. La salle est le cinquième acteur de ce spectacle original et décoiffant. Elle participe et réagit tout du long et finit en envahissant la scène pour danser avec la troupe. Il n’est pas de spectacle réussi sans échange. Il est ici parfaitement au rendez-vous. Le public vote avec ses mains…et ses pieds, les trainant au maximum pour quitter la salle.

Texte et photos : Philippe Escalier

L’Arrache-Cœur : 13, rue du 58e R.I. 84000 Avignon
Jusqu’au 29 juillet 2018  à 22 h 20

Relâches les 18 et 25 juillet –  04 86 81 76 97

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La Machine de Turing

Dans cette pièce d’une belle intensité, l’auteur Benoît Solès donne vie au mathématicien Alan Turing. Lors de cette création au festival OFF d’Avignon 2018, le public est au rendez-vous, visiblement heureux de plébisciter un travail aussi enrichissant que passionnant.

Parmi les hommes auxquels l’Humanité est redevable, Alan Turing figure en bonne place. Ce mathématicien britannique génial (le mot est faible) est non seulement le père de l’ordinateur mais il est en outre celui qui contribua à casser Enigma, le code ultra sophistiqué utilisé par l’armée allemande durant la seconde guerre mondiale. Sans lui, le conflit eut été encore plus long et meurtrier. Il se trouve qu’après 1945, l’on ignora tout de ses mérites, le Secret Défense pesant comme une chape de plomb sur son travail et son incroyable exploit. En 1952, victime d’un cambriolage, une enquête de police met à jour son homosexualité. Un délit puni par la loi (il faudra attendre les années 2000 pour que disparaissent, outre-Manche, ces discriminations légales !). On place alors l’amoureux inconditionnel des chiffres, auquel pourtant la plus élémentaire gratitude aurait imposé d’élever des statues, devant un choix cruel : 2 ans de prison ou la castration chimique. Ne voulant pas être privé de ses livres et de ses recherches, il choisit la seconde option. Elle va détruire de l’intérieur ce grand sportif. Marathonien de haut niveau, Alan Turing se voit changer et décliner à grande vitesse. Pour fuir une vie qui ne pouvait que lui faire horreur, cet amoureux du film « Blanche-Neige » de Disney (qui l’avait tant marqué dans son enfance), choisit de croquer dans une pomme plongée au préalable dans du cyanure. La pomme et l’ordinateur, au passage, vous voyez le lien ? Ainsi finit l’un des plus grands cerveaux du XXéme siècle et il faudra attendre 2013 pour que la Reine le gracie à titre posthume.

L’objectif de réhabiliter Alan Turing au théâtre et de lui rendre hommage est hautement louable et nécessaire. Mais ce serait  insuffisant sans un texte précis et vivant, faisant revivre Alan Turing sous nous yeux, et l’interprétation forte et subtile qu’en font Benoît Solès et de son complice Amaury de Crayencour ni sans la mise en scène de Tristan Petitgirard. Ce dernier joue habilement avec les époques et les images, projetées ici dans des cases pouvant symboliser l’intelligence du héros malheureux ou encore un échiquier (qu’il connaissait bien) et sur lequel Turing n’a finalement été qu’une pièce majeure sacrifiée sur l’autel de l’Histoire. Le bond en arrière que « La Machine de Turing » nous propose de faire nous amène, non sans émotions, à réfléchir sur les aspects les moins reluisants de la condition humaine, heureusement compensés par la force de l’espoir et de l’esprit.

Philippe Escalier – photos © Fabienne Rappeneau

Théâtre Actuel : 80, rue Guillaume Puy 84000 Avignon
A 12 h 05 jusqu’au 29 juillet – 04 90 82 04 02

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Journée Olympique 2018 pour Paris 2024

Samedi 23 juin 2018, avait lieu une série de démonstrations sportives à Paris pour célèbrer et préparer les prochains JO à Paris. On pouvait voir, notamment sur le pont d’Arcole et le parvis de l’Hôtel de Ville, sous un soleil éclatant, Renaud Lavillenie, Vincent Clerc (qui donnait un cours de rugby aux tous petits), Tony Estanguet et également le jeune espoir perchiste, Jules Cyprès. En présence de la maire de Paris, Anne Hidalgo.

Un rapide résumé en photos (© Philippe Escalier, tous droits réservés) :

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Les Crapauds fous

Prendre un moment peu connu de la seconde guerre mondiale concernant les juifs de Pologne, en faire une comédie adossée à une réflexion sur le courage, l’objectif est ambitieux. Melody Mourey qui signe le texte et la mise en scène, n’a pas reculé devant la difficulté offrant un spectacle foisonnant et surprenant.
Nous sommes en Pologne en 1942. C’est en découvrant qu’un vaccin du typhus donne dans la foulée un test positif à la maladie (hautement contagieuse et mortelle) qu’un médecin, Eugene Lazowski, secondé par son meilleur ami, le docteur Stanisław Matulewicz, a l’idée de se servir de ce subterfuge pour placer sa ville en quarantaine et sauver 8 000 juifs, soit six fois plus qu’Oskar Schindler.
« Les Crapauds fous » (on vous laisse aller découvrir le pourquoi de ce titre), retrace cet épisode particulier avec une bonne dose d’originalité. Le résultat est très dynamique, avec quelques scènes assez irrésistibles, rendant le sujet attrayant malgré sa charge dramatique. Si l’équilibre entre comédie et émotion est, par moments, un peu difficile à trouver, du fait d’un jeu d’acteurs parfois trop poussé, (surtout au début), la pièce qui nous est proposée reste marquée par l’inventivité de la mise en scène qui permet à deux époques de se chevaucher et par la générosité des comédiens incarnant plusieurs rôles. L’Histoire et le spectacle vivant font ici un mariage heureux, qui, au delà du divertissement, rend hommage à ceux qui ont refusé de subir et qui sont sortis du rang, par altruisme et sens de l’honneur. Ce faisant, ils ont démontré que derrière les héros, se cachaient des gens ordinaires mais audacieux, prenant leur destin en mains, pour ne faire que leur devoir. Le spectateur est plongé dans ce passé récent et sombre par la meilleure des voies, celle où le rire est appelé en renfort pour décrire et combattre le pire.

Philippe Escalier

Théâtre des Béliers : 14bis, rue Sainte-Isaure 75018 Paris
Du mardi au samedi à 21h et dimanche à 15 h – 01 42 62 35 00

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