Homme encadré sur fond blanc

© Fabienne Rappeneau 017 HDPierric Tenthorey, magicien à l’état pur

Le spectacle de Pierric, « Homme encadré sur fond blanc » au Théâtre Tristan Bernard, par sa richesse, son originalité et son humour constitue une surprise de taille. La découverte de ce jeune artiste aux multiples talents et à la personnalité déjà très affirmée est propice à un véritable moment de grâce.

Il y a des films en 3 D. L’univers de Pierric pourrait entrer dans cette catégorie, tellement, avec lui, nous abordons plusieurs dimensions. D’abord la magie qu’il maitrise au point d’avoir été sacré champion du monde en 2015. Ensuite, une belle et réjouissante poésie avec laquelle il raconte une histoire, en nous faisant oublier des techniques de haut niveau, parfaitement maîtrisées, au service d’un lot d’absurdités, de moments drôles et surprenants. Avec lui, tout est suggéré, esquissé, rien n’est jamais surligné et règne en maître cet humour gestuel, omniprésent et subtil qui plonge le spectateur, heureux de tant de légèreté, dans un perpétuel ravissement.

Avec « Homme encadré sur fond blanc », nous entamons une balade loin des sentiers battus, où le noir et blanc caractérisent tout à la fois le fond et la forme. Car cet homme en costume sombre, enfermé entre des murs clairs, nous transplante quasiment dans un de ces anciens films sans paroles et ce ne sont pas les trois mots qu’il lâche qui vont contrarier cette impression. Le récit auquel nous assistons est fait de mimiques, de contorsions savantes et de gags, il serait plus juste de parler de trouvailles, qui nous renvoient au meilleur du septième art, du temps du muet, l’on pense au raffinement d’un Buster Keaton ou à l’inventivité et à la vivacité d’un Tex Avery. Combattant des réalités changeantes quoique répétitives, qui se jouent de lui, l’homme, comme en butte à un destin facétieux, se heurte à des parois, se bat avec des portes qui refusent de le laisser sortir, s’étonne face à des poignets qui apparaissent et disparaissent comme par enchantement. Le cinéma a recours à des effets spéciaux, ici c’est tout le talent de magicien de Pierric qui est appelé à la rescousse pour nous surprendre et nous mener au bout de cette curieuse histoire bien mouvementée. Et parmi les paradoxes d’un spectacle si riche qu’il est bien difficile à cataloguer, comment ne pas applaudir l’opportunité rare et jubilatoire qui nous est donnée de nous évader en assistant à un moment tout entier centré autour de l’enfermement ?

© Fabienne Rappeneau 028 HD
Le titre, l’affiche et la symbolique de la pièce de Pierric Tenthorey renvoie à l’art pictural, (nous pardonnera-t-il de l’appeler Le Tenthorey, même s’il est plus tourné vers Magritte que vers l’artiste vénitien de la Renaissance ?) tant son univers est précis et stylisé, ce qui n’exclut nullement nombre de facéties venant pimenter son show, dont celles de son corps rebelle, redoutablement souple, manifestant des velléités d’indépendance, refusant parfois de lui obéir.
Portant un chapeau, notre artiste n’en a pas moins plusieurs casquettes : comédien, magicien, contorsionniste, mime, c’est aussi un superbe clown, jamais triste. Car avec Pierric Tenthorey, on nage dans l’étonnement, dans l’absurde mais surtout et avant tout dans le bonheur.

Philippe Escalier

Théâtre Tristan Bernard : 64, rue du Rocher 75008 Paris
Jusqu’au 30 août 2019
Du mardi au vendredi à 21 h ; samedi à 18 h et 21 h
01 45 22 08 40 – http://www.theatretristanbernard.fr

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Interview Joseph Gorgoni alias Marie-Thérèse Porchet

photo portrait Joseph 2017Nathalie Rendu.La découverte, à Paris en 1999, de Joseph Gorgoni dans Marie-Thérèse Porchet, fait l’effet d’une bombe. Son spectacle coécrit avec Pierre Naftule, donnera lieu à 350 représentations mémorables suivies de 5 soirées à l’Olympia. Vingt ans après, «La truie est en moi» est à l’affiche de la Gaîté Montparnasse pour le plus grand bonheur du public visiblement ravi de retrouver, enfin, son personnage fétiche.

Joseph Gorgoni, avoir attendu vingt ans, était-ce pour créer un manque ? Si oui, c’est réussi !
Non (rires). D’ailleurs, J’imaginais bien qu’il y aurait des gens contents de me voir mais je n’imaginais pas un tel enthousiasme. C’est assez fou. J’ai toujours eu cette envie de revenir mais il fallait le théâtre adéquat, les bons partenaires. Trouver cette alchimie tout en travaillant beaucoup a demandé du temps.

Comment a été fait le choix de la Gaîté Montparnasse ?
Le directeur que je connais depuis longtemps était venu me voir, à l’époque, à Caumartin. Il n’avait déjà proposé son théâtre mais quand je suis revenu avec « Marie-Thérèse amoureuse », en 2003, la Gaîté étant trop petite, ce sont les Bouffes Parisiens qui nous ont fait le plaisir de nous accueillir. Ici aussi, je me sens très bien. J’adore ce théâtre, le public est vraiment autour de moi, je suis comme dans une bonbonnière. Je ne peux pas rêver meilleure ambiance, depuis le début, chaque spectacle se termine avec les gens applaudissant debout !

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C’était une évidence que ce retour se fasse avec « La truie est en moi » ?
Pierre Naftule me l’a suggéré en me disant que beaucoup ne l’avaient pas vue. Personnellement j’en avais pas trop envie, je craignais que le texte ait un peu vieilli, j’ai toujours été persuadé que l’humour se démodait. Je l’ai repris pour le relire et j’ai ri, alors j’ai dit banco !

On sent le côté un peu nostalgique avec un public qui connait bien le texte et ses meilleures réparties !
Oui, il y a des fans, et c’est un grand plaisir. Je ne dis pas cela par fausse modestie, mais je ne pensais pas que Marie-Thérèse serait restée autant dans l’esprit des gens, cela m’épate. Mais on a passé les deux premières semaines et ça commence à changer. Maintenant je sens que c’est plus mélangé, avec une partie plus importante de spectateurs pour qui c’est une découverte.

Marie-Thérèse revient avec les mêmes vêtements…
… Quasiment oui !

Question vache pour Marie-Thérèse : a-t-il fallu les ajuster ?
Je vais être tout à fait honnête : oui bien sûr, à l’époque, je dansais encore, j’étais une crevette. J’ai pris vingt ans quand même ! Mais à bien y regarder, pas tant que ça en fait. On a juste dû adapter quelques ceintures, le tablier pour que je sois à l’aise. La robe de fin est nouvelle. Pour le reste, les costumes ont l’âge du spectacle. Ils ont été bien conservés.

N’est-ce pas trop difficile quand on crée un tel personnage d’en être un peu prisonnier ? Vous avez dit un jour que vous aimeriez que Marie-Thérèse parle moins et vous un peu plus !
Non, je n’ai pas le sentiment d’être prisonnier. D’abord je n’ai aucun problème avec le fait que les gens m’appellent Marie-Thérèse dans la rue. Ensuite, j’ai écrit avec Pierre Naftule « De A à Zouc », où j’apparais pour raconter l’impact du personnage sur ma vie, un spectacle avec lequel nous avons décroché beaucoup de récompenses. Mais au final, ce n’est pas compliqué d’être Marie-Thérèse tout le temps. Je me suis un peu embarqué dans cette aventure sans faire de plan de carrière, c’est un accident heureux si je puis dire. Je ne vais pas m’en plaindre !

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Il y a eu plusieurs suites que vous avez jouées essentiellement en Suisse !
Oui, la dernière était « Marie-Thérèse Porchet, 20 ans de bonheur ! » pour les 20 ans en 2013. Je voulais raconter les deux décennies du personnage. On a rencontré un succès énorme, c’est un spectacle moins « dramatique » et plus en stand-up que je pourrais adapter à Paris. Des huit suites que nous avons faites depuis, c’est peut-être celle que je reprendrais, car je ne compte pas attendre vingt ans pour revenir !

Vous dites tellement de choses sur la Confédération, vous pourriez presque être la Marianne Helvète !
De la Suisse romande ! Ceci dit, j’ai fait plusieurs tournées, en Suisse alémanique, avec « Uf Düütsch ! » en bernois qui plus est, qui se sont très bien passées. Ils avaient juste un peu de mal à comprendre, les cinq premières minutes, pourquoi je me moquais d’eux et de leur langue tellement particulière, car eux, ne se moquent pas de nous, ils disent que nous sommes un peu fainéants, mais cela ne va pas plus loin. Comme nous, les francophones, sommes une minorité, on ne se moque pas des minorités !

On ne le dira jamais assez mais Marie-Thérèse est une aventure extraordinaire !
Oui, c’est fou, c’est un peu inexplicable même si nous avons beaucoup travaillé. Pourquoi ce personnage a fonctionné tout de suite, je n’ai pas la réponse, cela m’échappe un peu mais j’en suis très content.

C’est un personnage unique, n’y a pas tellement d’exemples, et puis toujours en duo, Marianne James, les Vamps, Catherine et Liliane.
Je crois que ce qui fonctionne c’est que l’on est dans une pièce, pas du stand-up, devenu un exercice très courant. Marianne quand elle faisait « Ultima Récital », c’est un peu la même famille, d’ailleurs, on avait la même production.

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La collaboration continue toujours avec Pierre Naftule ?
Oui, un peu ralentie parce que Pierre est assez malade. Mais c’est quelqu’un de très important, on ne le voit pas et pourtant il est la seconde moitié du spectacle. Je suis Marie, il est Thérèse !

Une question personnelle pour finir : peut-on travailler autant et avoir une vie sentimentale ?
Il faut croire que oui, je suis en couple depuis vingt ans avec Florian. Et tout se passe très bien. Il est comédien et nos occupations séparées nous aident à rester un couple soudé.

Propos recueillis par Philippe Escalier

Théatre de la Gaîté Montparnasse : 26, rue de la Gaîté 75014 Paris
Du mercredi au samedi à 21 h et dimanche à 16 h 
01 43 20 60 56 – http://www.gaite.fr

AFFICHE MARIE THERESE PORCHET

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OCD Love

Capture d’écran 2019-06-10 à 13.04.39L-E-V Dance Company présente à Chaillot jusqu’au 13 juin, OCD Love, la nouvelle création de la chorégraphe israélienne, Sharon Eyal, provoquant ainsi la rencontre avec ce que la danse contemporaine offre de plus troublant et de plus innovant.

Elle a collaboré avec de nombreuses compagnies (Batsheva Dance Company, Carte Blanche Dance de Norvège ou la ), avant de fonder la sienne en 2013, en collaboration avec son compagnon, le musicien Gai Behar, à propos duquel elle dit : « Mes créations les plus importantes sont celles qui ont été faites après ma rencontre avec Gai. Celles d’avant ne comptent pas ». Profondément connectée au monde qui l’entoure et s’intéressant aux troubles qu’il génère, Sharon Eyal est attachée au signifiant. Son œuvre est là pour ressentir, témoigner et transcrire.

OCD Love est inspiré par un poème du slamer américain Neil Hilborn qui en 2013 accapare l’intérêt de la planète, par le biais d’Internet, avec un texte puissant traitant des troubles du comportements, en l’occurrence les fameux Troubles Obsessionnels Compulsifs dont il est lui-même atteint et qui vont bouleverser une rencontre amoureuse essentielle : « La première fois que je l’ai vue…Tout s’est calmé dans ma tête.. ». Ainsi débute le récit d’un dysfonctionnement radical qui ne pouvait que parler au talent créatif de Sharon Eyal. Elle reconnait avoir été accaparée, hypnotisée par cette lecture. « Je ne pouvais m’arrêter de lire assure-elle, je voyais déjà ce texte comme une chorégraphie ou un moule dans lequel on pourrait verser son inspiration et une part de soi ». De fait, c’est une danseuse (Mariko Kakizaki )qui est au centre d’OCD Love dont elle assure les longues premières minutes introductives. Très lentement, presque au ralenti, elle entre sur scène, avec des mouvements cassés, saccadés, erratiques, on l’imagine prisonnière d’un démon intérieur ne lui laissant aucun répit et dont elle ne peut s’affranchir. Tout dans ses gestes exprime le mal-être. À l’écoute des tics-tacs binaires, envoutants et stridents d’une horloge bruyante, l’on voit se démener cet humain aussi inadapté à son monde que l’albatros de Baudelaire peut l’être au sien. Arrivent ensuite les cinq autres danseurs sur la musique du DJ Ori Lichtik, répétitive comme l’est par excellence la musique techno, à l’image des troubles, placés au cœur du sujet de cette chorégraphie.

La suite de l’article ici, sur le site de Un fauteuil pour l’orchestre :

OCD Love, L-E-V Dance Company, chorégraphie de Sharon Eyal, musique Ori Lichtik, Chaillot-Théâtre National de la Danse

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NEAR

IMG_2881.rdjpgLe riche programme des rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis se terminant le 22 juin 2019 a donné l’occasion au public de découvrir le ballet Cullberg, dans la première française de Near, signée Eleanor Bauer.

S’il fallait associer un chorégraphe à un peintre, sans nul doute, le nom d’Eleanor Bauer, installée à Stockholm depuis 2017, devrait être accolé à celui de Jérôme Bosch, tant son travail est dense, foisonnant, onirique et étonnant. Car ce qui préside d’abord à la vision de son œuvre, c’est la surprise au sens où rien de ce qui se passe n’est attendu et rien de ce que vous allez voir n’a déjà été vu. D’ailleurs, il n’est pas inutile de préciser d’entrée de jeu que la jeune chorégraphe, originaire du Nouveau-Mexique, est avant tout une performeuse. Ses tableaux, occupant généreusement la totalité de la scène sur laquelle est disposée un décor disparate, figurant une sorte de squat urbain, fait de bric et de broc, où la clarté obtenue par des tubes de néons incandescents parvient à gagner quelques espaces sur l’obscurité ambiante, font penser à des scènes de cinéma underground.

La suite de l’article sur :

Near, Ballet Cullberg, chorégraphie Eleanor Bauer, conception Eleanor Bauer et Jonatan Leandoer Håstad alias Yung Lean, MC 93, Bobigny

Near
Eleanor Bauer – Ballet Cullberg Conception Eleanor Bauer et Jonatan Leandoer Håstad/Yung Lean
Chorégraphie : Eleanor Bauer
Avec : Adam Schütt, Anand Bolder, Camille Prieux, Daniel Sjökvist, Eleanor Campbell, Gesine Moog, Giacomo Citton, Katie Jacobson, Mohamed Y. Shika, Suelem de Oliveira da Silva, Sylvie Gehin Karlsson, Unn Faleide
Musique : Jonatan Leandoer Håstad/Yung Lean en collaboration avec Frederik Valentin
Décors : Josefin Hinders
Création lumières : Jonatan Winbo
Création costumes : Pontus Pettersson
Répétitions : Lisa Drake
Assistant décors : Linnea Birkelund
Dans le cadre des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis.
www.rencontreschoregraphiques.com

Durée : 1 h

MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis
9, boulevard Lénine
93000 Bobigny
01 41 60 72 72
https://www.mc93.com/

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BRONX

de - Mise en scene - Decor - Lumieres - Costumes - Theatre - 2018 - avec :Nous ramenant dans le Bronx des années 60, Chazz Palminteri retrace le cheminement d’un gamin tiraillé entre le monde de la mafia et sa famille, à travers un récit riche en rebondissements que Francis Huster nous fait vivre au Poche Montparnasse avec une remarquable intensité.

La pièce autobiographique écrite par Chazz Palminteri est un petit bijou auquel personne n’a résisté, surtout pas Robert de Niro qui l’adapte au cinéma. En 1993, son « Il était une fois le Bronx » contribue à populariser l’histoire de Cologio, un jeune garçon témoin d’un meurtre mais refusant d’en dénoncer l’auteur, qu’il connait et qui le fascine. Sunny, le maffieux responsable du crime, chef de bande particulièrement puissant, prend alors le gamin sous son aile, le traite comme un fils, au grand dam de son père, chauffeur de bus italien, très à cheval sur les principes, ayant toujours refusé de se compromettre avec ses compatriotes vivant dans la facilité et la délinquance. Cologio sera alors partagé entre ces deux hommes jusqu’à ce que le destin vienne régler cet étrange conflit de paternité.

Les deux éléments constitutifs d’un inoubliable moment de théâtre sont ici réunis. D’une part, un texte brillant, imagé, plein d’humour, décrivant parfaitement le milieu des malfrats italiens, insistant sur le personnage principal, le truculent Sunny, capo di tutti capi. L’argent qui coule à flot, le respect et surtout la crainte qu’il inspire ne peuvent qu’éblouir son protégé, issu d’un milieu où l’argent manque cruellement. Au contact de ce père adoptif, il apprend que les ouvriers, comme son paternel, acceptant de tirer le diable par la queue, sont des tocards. Comme par enchantement, tout ce qui était compliqué devient d’une facilité déconcertante grâce à la protection soudaine dont il bénéficie. L’entourage du caïd, servile à souhait, à la fois sauvage pour la concurrence et fraternel avec les affidés, fait partie de son nouveau monde. Pour incarner ces personnages, il fallait, d’autre part, un acteur hors pair, capable de jongler avec les différents rôles, en donnant vie à ces figures diverses et hautes en couleurs, pouvant passer très vite du rire aux armes ! Francis Huster, avec cette facilité qui caractérise les très grands, campe magistralement les acteurs du drame, tout en recréant l’ambiance toujours tendue et atypique d’une banlieue gangrénée par la pègre où règne le droit du plus fort. Un geste, une pose, une intonation et il nous offre sur la petite scène intimiste du Poche Montparnasse toute la richesse du texte adapté par Alexia Perimony, mis en scène par Steve Suissa qui sait parfaitement illustrer ce récit par de délicates touches sonores ou lumineuses. Francis Huster porte son art à des niveaux insoupçonnés et nous plonge, avec une infinie délicatesse, dans ce monde de brutes d’où nous ressortons submergés de sensations et d’émotions.

Philippe Escalier

Théâtre de Poche Montparnasse : 75, boulevard du Montparnasse 75006 Paris
Du mardi au samedi à 21 h et dimanche à 17 h 30
01 45 44 50 21 – wwwtheatredepoche-montparnasse.com

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The importance of being earnest

DSC_8131De ce vaudeville génial et plein de panache comme Oscar Wilde savait si bien en écrire, Gérald Barry a fait un opéra-comique contemporain, sublimé par la mise en scène colorée et délicieusement exubérante de Julien Chavaz à l’Athénée théâtre Louis Jouvet.

« Il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéïenne », le triste adage romain n’a jamais parut plus adaptée qu’en 1895 quand Oscar Wilde triomphe avec ses deux dernières pièces, De l’importance d’être constant et Un mari idéal, immédiatement suivie par une déchéance complète née d’un procès pour atteinte aux bonnes mœurs qui le condamne à deux terribles années de travaux forcés. Avant cette déchéance, son verbe et son goût pour l’aphorisme saillant l’avaient propulsé à un degré de gloire rarement atteint, lui permettant de décrire avec un esprit mordant ces classes supérieures qui vont pourtant l’encenser, avant de le vouer aux gémonies. Et l’on retrouve ses thèmes de prédilection, l’hypocrisie de la bonne société, une frivolité cultivée comme un art de vivre et les inénarrables rapports homme-femme dans De l’importance d’être constant, ce vaudeville où deux jeunes hommes s’inventent chacun un alter ego imaginaire pour échapper à leurs obligations mondaines, avant de payer le prix de leur stratagème.
C’est principalement une commande du Philharmonique de Los Angeles et de son chef, Gustavo Dudamel qui entraine le compositeur irlandais Gerald Barry à composer la musique de cet opéra dont la pièce d’Oscar Wilde sert de livret…

La suite de cet article sur le site d’Un fauteuil pour l’orchestre :

The importance of being earnest, opéra-comique de Gérald Barry, d’après Oscar Wilde, mise en scène de Julien Chavaz à l’Athénée théâtre Louis Jouvet

Du 16 au 24 mai 2019
Mercredi, jeudi, vendredi à 20 h
1h 40
L’Athénée, théâtre Louis Jouvet
Square de l’Opéra Louis-Jouvet
7 rue Boudreau 75009 Paris
01 53 05 19 19
http://www.athenee-theatre.com

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La Boule rouge

Philippe_Escalier_DSC_7117Construite essentiellement sur un jazz band accompagnant une troupe nombreuse et talentueuse, « La Boule rouge » offre au public du théâtre des Variétés un moment original et agréable à découvrir.

Nous voici durant les années 20, cette période qualifiée de « folle » tant l’on mettait alors d’énergie et d’exubérance à vivre pour oublier les horreurs de la guerre. Charles de l’Arquebuse, (l’excellent Maxime Guerville), un jeune bourgeois émoustillé par une serveuse de cabaret, va pousser ses deux amis à l’imiter et à placer leurs économies dans la refonte de ce lieu en difficulté où l’on vient aimer, boire et danser. Passer de fils à papa à directeur d’une quasi boite de nuit n’est pas de nature à faciliter ses relations familiales, mais qu’importe si cette aventure lui permet de larguer les amarres et de rencontrer l’amour. Pour nourrir ce scénario assez classique, Constance Dollfus et Clément Henaut ont eu la bonne idée de faire appel à un jazz band de quatre musiciens et à une troupe de seize jeunes artistes, tous excellents.
La particularité de ce spectacle musical est de surprendre en mettant en décalage et en opposition la période de référence et les chansons venant raconter l’histoire en s’emparant de tubes bien plus contemporains (un bon demi-siècle les sépare) dont les paroles sont allègrement détournées. Parmi eux, on notera « I’m so excited », « Je suis malade » ou encore « Feeling good ». Cette opération de piratage, consistant à garder la musique mais à changer les paroles, une technique aux effets garantis, n’est pas, ici, toujours parfaitement réussie et la première partie en particulier donne lieu à quelques moments de flottement, le show prenant aussi un peu de temps pour se mettre en place. La seconde partie, plus dynamique, vient faire oublier ses petites imperfections. Après notamment un duo très drôle, dans le style années 40, interprété devant le rideau baissé et dans deux cercles de lumière par Rémi Palazy et Guillaume Sorel, la comédie musicale s’achève sur un feu d’artifice parfaitement chorégraphié par Eva Tesiorowski, éblouissant et euphorisant. Comme pendant tout le spectacle, la troupe, sans faiblesse aucune, avec une homogénéité, une énergie et un savoir-faire remarquables, donne le meilleur, accompagnée par quatre musiciens hors pair, menés par le pianiste Simon Froget-Legendre. Dans ces conditions, l’ensemble ne peut qu’atteindre son but, divertir musicalement et offrir de très beaux tableaux chantés et dansés, en présentant une brochette de jeunes artistes qui méritent notre soutien et votre visite.

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre des Variétés : 7 Boulevard Montmartre 75002 Paris
Jusqu’au 22 juin 2019, jeudi,vendredi et samedi à 20 h
01 42 33 09 92 – http://www.theatre-des-varietes.fr

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