Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée

Deux textes de trente minutes, l’un de Musset, l’autre écrit autour du poète romantique mêlent ironie et tendresse formant un beau moment théâtral d’une légèreté réjouissante.

Une pièce en un acte d’une demi-heure, écrite par l’un des grands noms du XIXe siècle, curieux diriez-vous ? L’on comprend mieux si le contexte est précisé : Musset, profondément mortifié par l’échec cinglant de sa « Nuit vénitienne » en 1830 décide de se consacrer au genre dramatique mondain et mineur basé sur une intrigue sentimentale légère à destination des salons parisiens, qui seront qualifiés de Proverbes.
C’est pour compléter cette courte comédie qu’Isabelle Andréani nous offre en prélude « La clef du Grenier d’Alfred »un texte pétillant, évocation pleine d’humour de l’univers amoureux et théâtral d’Alfred de Musset. L’enchainement des deux textes se fait le plus naturellement du monde, tant la symbiose entre les deux moments est parfaite. Nous abandonnons le « Grenier » et les échanges croustillants entre Musset et George Sand pour passer le pas de cette porte dont on ne se sait comment la laisser ! Entrouverte peut-être car le Comte a voulu passer une tête pour s’entretenir avec la Marquise et lui déclarer sa flamme, lui dont on sait pourtant qu’il court les danseuses et elle, qui parle de mariage avec un riche voisin.
Le Comte sur un ton léger, commence par complimenter sa belle Marquise. Mal lui en prend, badiner, il ne faut pas y songer : la dame déteste qu’on lui fasse la cour ! C’est si facile et là voilà de se plaindre, à juste titre, d’être rabaissée au rang d’objet décoratif dont on loue la beauté. Déconcerté, rabroué, le Comte attaqué dans son orgueil de mâle, fait mine de partir, revient, s’adoucit et finit par comprendre : il fait alors ce qu’elle attendait : une demande en bonne et due forme, la plus belle qui soit. Notre porte peut enfin se refermer.

Dans une mise en scène colorée et précise de Xavier Lemaire, abondante en décors, Agathe Quelquejay et Michel Laliberté, dans de beaux costumes d’époque, s’épanouissent dans leur deux rôles qu’ils incarnent à la perfection. Ils prennent visiblement autant de plaisir à jouer ce texte que nous à le voir et à l’entendre. Au fil de leur cheminement pour aller vers leur union, ils pourront nous faire songer à ce passage de « On ne badine pas avec l’amour » où Musset, qui a des comptes à régler avec le genre humain écrit, non sans excès : « Le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais s’il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. »
Si les êtres, selon Musset, sont « imparfaits et affreux », son théâtre, lui, est tout à l’opposé, capable de décrire dans un style si délicat, les délices de la passion. C’est dire qu’il ne faut pas se priver de respirer à pleins poumons cette bouffée de bonheur, véritable hymne à l’amour.

Philippe Escalier – Photo @Laurencine Lot

Théâtre Essaïon : 2, place des Carmes 84000 Avignon à 14 h 10 – 04 90 25 63 48

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Gay Pride Paris 26 juin 2021 – © Philippe Escalier, all right reserved

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Homosexuels et lesbiennes dans l’Europe nazie

C’est une première en France ! Sur la base de nombreux documents inédits, le Mémorial de la Shoah met en lumière les persécutions dont furent victimes les homosexuels et les lesbiennes sous le IIIe Reich, de manière chronologique et thématique. Florence Tamagne, maître de conférence en histoire contemporaine à l’université de Lille et auteure de la première thèse d’histoire contemporaine sur l’homosexualité, est le commissaire scientifique de cette exposition gratuite.

Il faudra de nombreuses années après la seconde guerre mondiale pour que l’on commence à parler de la Shoah. Il faudra plus de temps encore pour que les persécutions contre les femmes et les hommes homosexuels soient reconnues. En effet, après 1945, se déclarer homosexuel, c’est prendre le risque de tomber sous le coup du sinistre paragraphe 175 du code pénal allemand, toujours en vigueur :
« § 175 : Les actes sexuels contre nature qui sont perpétrés, que ce soit entre personnes de sexe masculin ou entre hommes et animaux, sont passibles de prison ; il peut aussi être prononcé la perte des droits civiques. »
Il ne sera aboli qu’en 1994 ! Il faut attendre les années 70 et le mouvement de libération gay et lesbien pour que le sujet puisse enfin être sérieusement abordé.

Le début du XXe siècle se présente plutôt favorablement avec un épanouissement d’une subculture homosexuelle dans les grandes capitales européennes comme Paris et Berlin qui vit des années folles assez exubérantes sous la République de Weimar, et ce, en dépit des violents préjugés homophobes ponctuant les discours religieux et médicaux, qui serviront de terreau au système répressif nazi. Après 1933, l’orientation homosexuelle n’est pas considérée comme un délit, c’est le comportement qu’elle induit nécessairement qui est réprimé. Ce que l’on appelle à l’époque une « prédisposition à l’homosexualité » peut être corrigée. Pour Himmler, qui a été le partisan le plus radical de la lutte contre l’homosexualité, cette population constitue en raison de son mode de vie une atteinte à l’utopie nationale-socialiste (un État dans l’État) ; leur « féminité » étant une menace pour l’idéal de « l’État viril » ; son comportement est enfin une atteinte à la natalité menaçant la survie de la race aryenne alors que celle-ci lutte pour la conquête de son espace vital. L’homosexuel, décrit comme lâche, menteur, irresponsable, déloyal, est un « objet idéal de pression », facilement manipulable par les ennemis de l’Allemagne. Toutefois, la phraséologie éliminationiste de Himmler visait la liquidation de l’homosexualité comme phénomène de « dégénérescence de la vie sociale », mais non le meurtre de chaque personnalité homosexuelle. Les nazis veulent différencier les cas minoritaires d’homosexualité supposée innée et définitive de la majorité de ceux qui pouvaient être ramenés à la normalité hétérosexuelle par divers « traitements » (emprisonnement, internement, travaux forcés, camp de concentration, traitement hormonal, castration).

La majorité des lesbiennes va pouvoir échapper à la répression, à la condition de rester discrètes et de ne pas subir de dénonciation, quand elles vivaient en couple. Certaines s’exilent, d’autres concluent des mariages blancs, parfois avec des homosexuels.
Bien que cela ait été envisagé à plusieurs reprises, l’homosexualité féminine n’a pas été criminalisée dans l’Allemagne nazie. Il est difficile de déterminer combien de femmes ont été poursuivies comme lesbiennes, mais sous d’autres motifs. On ne trouve enfin que des traces sporadiques de leur internement dans les camps. En revanche, en Autriche, une législation antérieure (paragraphes 129 et 130 du Code pénal, 1852), maintenue après l’Anschluss, rendait l’homosexualité féminine, aussi bien que masculine, passible d’une peine maximale de 5 ans d’emprisonnement.
Concernant les hommes, sur les 100 000 qui furent fichés, la moitié firent l’objet de condamnation, et entre 5 000 et 15 000 furent envoyés en camp de concentration où la plupart périrent.
En France, le gouvernement de Vichy a cherché, dans ce domaine aussi, à s’aligner sur les nazis, même si la persécution pour fait d’homosexualité a eu des effets moins systématiques qu’en Allemagne. Le 6 août 1942, Pétain signe une loi modifiant l’article 334 du Code pénal permettant une répression spécifiques des comportements homosexuels et réintroduisant, pour la première fois depuis la Révolution française, la notion d’acte contre-nature, qui ne sera abrogée que le …4 août 1982 !

Sur la base d’interviews et d’extraits vidéos, de documents administratifs, de livres et de destins particuliers ayant subis les horreurs des camps, l’exposition concentrée dans une seule grande pièce se révèle riche et d’une pédagogie exemplaire. Que ce soit pour le souvenir et la mémoire, pour battre en brèche certaines contre-vérités, cette exposition d’une grande clarté est d’une grande utilité, en particulier à un moment où, au sein même de l’Europe, certains états comme la Pologne ou la Hongrie tentent de mettre en place des politiques ségrégationnistes et alors même que les avancées en matière de liberté des mœurs sont toutes récentes, la condition des homosexuels restant alarmantes dans de nombreux pays à trois heures d’avion de Paris !

Mémorial de la Shoah : 17, rue Geoffroy-l’Asnier 75004 Paris
Tous les jours sauf le samedi de 10 h à 18 h
Nocturne le jeudi à 22 h
Entrée libre et gratuite

Texte et photos Philippe Escalier – Photos avec l’aimable autorisation de la Direction de la Communication du Mémorial de la Shoah

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EXIT à la Huchette

Conteurs de talent, Stéphane Laporte et Gaétan Borg nous présentent leur nouvel opus, Exit, une histoire originale, somptueusement mise en musique par Didier Bailly et interprétée avec virtuosité par Marina Pangos, Simon Heulle et Harold Savary au Théâtre de la Huchette.

Il fallait bien deux magiciens de l’écriture pour réussir un spectacle pétillant et léger comme un champagne millésimé en jouant autour des thèmes du libre arbitre, du Brexit, d’Aliénor d’Aquitaine et des relations tumultueuses entretenues par la France et le Royaume-Uni. Cet exploit, réalisé par Stéphane Laporte et Gaétan Borg passés maître dans l’art de nous divertir en finesse, est construit autour la théorie du choix, du libre arbitre et une subtile mise en parallèle entre des relations amoureuses contrariées et des événements historiques plus ou moins récents, prétexte à toutes les facéties. Cette comédie musicale s’avère être aussi un hymne à la liberté de la femme, célébré avec un humour omniprésent et des références innombrables ponctuées de quelques irrésistibles coups de griffes bien sentis : l’esprit et les traditions des deux pays rivaux que presque tout oppose, sont gentiment brocardés. Tous les ingrédients sont réunis pour que le spectateur jubile et se laisse captiver d’autant que la partition musicale de Didier Bailly, aussi entrainante que séduisante, est mise en valeur par les trois voix magnifiques de Mariana Pangos, Simon Heulle et Harold Savary.


Suite et fin de l’article ici :

http://www.tatouvu.com/w/wwa_FicheArti/public/7540/article-exit-a-la-huchette.html?fbclid=IwAR0UNJgXR63fPGKGCiraT7mrshyZtzsPy_f9bcnQ9wSHeMJM1WxjUt2loBA

Philippe Escalier

Photos © Fabienne Rappeneau

Théâtre de la Huchette : 23, rue de la Huchette 75005 Paris
Du mercredi au vendredi à 21 h 10 – samedi et dimanche à 15 h
http://www.theatre-huchette.com – 01 43 26 38 99

photo tous droits réservés Fabienne Rappeneau. Toute utilisation, diffusion interdite sans autorisation de l’auteur.
photo tous droits réservés Fabienne Rappeneau. Toute utilisation, diffusion interdite sans autorisation de l’auteur.
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Don Juan

Le Théâtre National de Chaillot ne pouvait pas mieux choisir pour sa réouverture que le Don Juan de Johan Inger, son nouveau ballet, magnifique et flamboyant porté par l’admirable Fondazione Nazionale della Danza – Aterballetto, d’Émilie-Romagne avec laquelle il collabore depuis 2013.

Toutes les fées se sont visiblement penchées sur le berceau de Don Juan, imaginé par le chorégraphe suédois Johan Inger, adepte de la réécriture des grands mythes fondateurs de notre culture. Après une femme fatale, Carmen, le voilà qui s’empare du plus célèbre des séducteurs, celui là même qui a enchainé mille et une conquêtes, sur les planches, au théâtre ou à l’opéra. Le serial lover impénitent qu’il a recréé est forcément bien différent, mais il rejoint les plus belles créations qu’il nous soit donné d’admirer, et cela grâce à la richesse de la pensée, du mouvement et au dynamisme d’une musique sur laquelle évolue une troupe remarquable. Foisonnante, l’œuvre offre au spectateur ébloui un véritable récit quasi onirique à la force narrative et à la dimension théâtrale peu communes.

Le Don Juan de Johan Inger est, à tous égards, exceptionnel. De part sa complexité, le personnage imaginé par Tirso de Molina, magnifié par Molière, est l’objet de toutes les interprétations. Sa quête ininterrompue et cynique a pu être assimilée à une homosexualité enfouie sous un machisme triomphant. Le chorégraphe n’a pas dû totalement oublier cette thèse, lui qui donne un rôle prépondérant à un personnage féminin tout à fait à part, la propre mère de Don Juan, qui va jusqu’à se substituer à la figure finale du Commandeur. Elle pourrait bien n’avoir été que le seul et unique amour du héros maudit et ce n’est pas la relation que ce dernier entretient avec son valet qui pousserait à penser le contraire. Ne connaissant pas la redoutable précision de l’écrit, le langage chorégraphique permet toutes les ambiguïtés, (surtout lorsqu’il est manié de façon aussi subtile par Johan Inger), laissant au spectateur seul la responsabilité et le plaisir de rendre son jugement, en dernier ressort.

La réussite de Don Juan doit beaucoup à la musique de Marc Álvarez et l’on comprend parfaitement durant le spectacle à quel point le chorégraphe, le dramaturge Gregor Acuna-Pohl et le musicien ont dû travailler de concert, tant le trio est à l’unisson. Rarement dans un ballet, musique et danse ont autant fait corps. Les sonorités de Marc Álvarez sont un mélange très rythmé d’électro et de mélodies plus traditionnelles, avec un clin d’œil final à Mozart. C’est donc une partition assez homogène (parfois un peu trop, l’on se prend à souhaiter, à certains moments, un peu plus de variation, ce sera notre seul bémol) qui accompagne ces mouvements de groupe, à la gestuelle variée, souple et imagée, sans conteste la plus grande réussite du ballet. Grâce à la scénographie très étudiée, signée Curt Allen Wilmer, si poétique notamment dans les instants intimistes, cette symphonie de mouvements généreux, balancés et expressifs sont un régal pour l’œil. Admiratifs, l’on ne manquera pas de songer aux grands aînés du chorégraphe que sont Jiri Kilian et Mats Ek. Les seize danseurs d’Aterballetto, énergiques et tellement expressifs, subliment, avec une déconcertante facilité, toutes les richesses d’une chorégraphie capable de multiplier les tableaux sous les formes les plus variés avec, notamment, un final étonnant, digne d’une scène de cinema. Installée à Reggio Emilia, ayant accédé rapidement au statut de meilleure compagnie de danse contemporaine italienne, Aterballetto a pu aborder les plus grands noms du répertoire grâce à la qualité de ses danseurs venus d’Italie et des quatre coins de l’Europe. Une fois encore, avec une homogénéité parfaite, ils se présentent en serviteurs incomparables d’une œuvre majeure, à classer dans les très grands moments de la danse contemporaine.

Philippe Escalier


Avec les 16 danseurs Fondazione Nazionale della Danza – Aterballetto : Saul Daniele Ardillo, Adrien Delépine, Martina Forioso, Estelle Bovay, Clément Haenen, Arianna Kob, Philippe Kratz, Ivana Mastroviti, Pighini Giulio, Sandra Salietti Aguilera, Minouche van de Ven, Thomas van de Ven, Roberto Tedesco, Hélias Tur-Dorvault, Serena Vinzio
Durée 1 h 30
Du 14 au 17 octobre 2020


Chaillot – Théâtre National de la Danse
1, place du Trocadero 75116 Paris
Réservations : 01 53 65 30 00 : du lundi au vendredi de 11h à 18h et le samedi de 14h30 à 18h. Fermeture les jours fériés http://www.theatre-chaillot.fr


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Le Petit Coiffeur

La dernière pièce de Jean-Philippe Daguerre, à l’affiche du théâtre Rive-Gauche, nous plonge à Chartres, dans les heures les moins glorieuses de la Libération. « Le Petit coiffeur » aborde le thème des femmes tondues pour avoir aimé des Allemands, à travers un texte intense et émouvant, porté par cinq comédiens remarquables.

Été 1944. Dans l’euphorie de la fin de la Seconde Guerre Mondiale commence une violente « épuration » rendue inévitable par les tragiques dérives de la collaboration. Mais sa forme très expéditive et mal contrôlée donne lieu à des exécutions sommaires et à de sordides vengeances. C’est dans ce climat survolté que furent brutalisées les femmes qui n’avaient eu que le tort de fauter avec des soldats ennemis, dans ce qui fut qualifié de collaboration horizontale ! La magistrature, disqualifiée par son allégeance à Vichy, était alors largement désorganisée. C’est la rue qui fait la loi, rumeurs et dénonciations haineuses tenant lieu de procès. Les amourettes inappropriées sont mises sur le même pied que les dénonciations de résistants ou de juifs. Jean-Philippe Daguerre, l’auteur de « Adieu Monsieur Haffmann », s’est inspiré de l’épisode de la tondue de Chartres, immortalisée par une photo de Robert Capa ayant fait le tour du monde, pour écrire ce texte aux accents humanistes, dénonçant l’injustice et la cruauté. Sortant des sentiers battus, faisant le constat que si la France avait perdu la guerre en 40, elle avait aussi en partie perdu la victoire en 45, son plaidoyer est particulièrement élaboré et percutant, sans jamais se poser en donneur de leçons. Il se déroule à travers les personnages attachants d’une famille soudée, nous laissant découvrir les déchirements de cette époque, ô combien tourmentée, sans rien cacher de la complexité des destins et des choix douloureux qu’elle génère. Le spectateur, tenu en haleine par une trame dramatique, dynamique et réaliste, va vivre passionnément ces quelques moments, embarqué par le talent d’une formidable troupe portée par la mise en scène tout à la fois pudique et terriblement efficace de l’auteur.

La suite de cet article est accessible gratuitement ici :

http://www.tatouvu.com/w/wwa_FicheArti/public/7419/article-le-petit-coiffeur.html

Philippe Escalier

Théâtre Rive Gauche : 6, rue de la Gaîté, 75014 Paris
Du mardi au samedi à 21 h ; dimanche à 15 h
01 43 35 32 31 – http://www.theatre-rive-gauche.com

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Boule de Suif

Qualifiée de chef-d’œuvre par Gustave Flaubert, cette nouvelle écrite en 1879 fera éclater au grand jour le génie du jeune Guy de Maupassant. « Boule de Suif » nous est proposée au Lucernaire dans une subtile adaptation de Sylvie Blotnikas et d’André Salzet qui l’interprète magistralement.

Nous sommes à Rouen, sous la neige, durant l’hiver 1870. Après Sedan, le Second Empire vient de s’effondrer, les Prussiens vont pouvoir proclamer le leur à Versailles. Pour fuir l’occupant, trouvent place dans une diligence, trois couples (aristocrate, bourgeois et commerçant), deux nonnes, et un citoyen républicain militant. Partis précipitamment, ils vont surmonter leur mépris pour la dernière passagère, Boule de Suif, prostituée de son état, seule à disposer d’un panier à provision, bien rempli de surcroit. Généreuse, elle propose le partage de ses victuailles aux autres passagers que la faim a rendu soudain plus accommodants. Quand ils finissent par trouver refuge dans une auberge occupée par les prussiens, c’est pour comprendre que l’officier ennemi responsable ne les laissera repartir que si la dame aux mœurs légères, qui a attiré son attention, se donne à lui. Devant la résistance de la jeune femme, nos fuyards se liguent pour la convaincre d’accepter l’odieux marché, seule chance pour eux de reprendre leur chemin. Elle finit par céder mais quand tous repartiront, elle sera payée d’une bien cruelle ingratitude.

Avec une plume sarcastique, d’une précision, d’une agilité et par moment, d’une férocité à nulle autre pareilles, Maupassant décrit les différences classes sociales, avec leurs préjugés, leur hypocrisie et leur égoïsme.

Vous pouvez lire l’intégralité de cet article ici :

http://www.tatouvu.com/w/wwa_FicheArti/public/7389/article-boule-de-suif.html

Lucernaire : 53, rue Notre-Dame des Champs 75006 Paris
Du mardi au samedi à 18 h 30 et dimanche à 15 h
01 45 44 57 34 – http://www.lucernaire.fr

Photo : © Michel Paret

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C-o-n-t-a-c-t ressuscite brillamment le spectacle vivant dans les rues de Paris

DSC_7544Le virus a mis à mal ce besoin de contacts qui nous caractérise. Pire, il a fermé nos théâtres en nous laissant orphelins de ce qui nourrit notre imaginaire et nos émotions. Au moment où nous retrouvons un peu de nos habitudes, quelques artistes ont mis en commun leur talent et leur inventivité pour nous proposer une autre déclinaison du spectacle, foncièrement nouvelle et adaptée aux contraintes sanitaires qui continuent à s’imposer. La réussite est au rendez-vous. C’est en effet une triple prouesse théâtrale, technique et sonore à laquelle les spectateurs vont assister dans des quartiers de la capitale, chaque jour différents.
Si l’idée originale revient à Gabrielle Jourdain, sa réalisation est le fruit de la nouvelle collaboration du duo complice et si talentueux que forment Samuel Sené (qui pilote concept et mise en scène) et Éric Chantelauze (auteur du texte). Petite révolution technologique à mettre au compte de Jean-Philippe Marie de Chastenay, l’on va vous demander, non d’éteindre vos smartphones, mais de les garder allumés. C’est en effet par le biais d’une application que musique et son stéréo, magistralement travaillés par Cyril Barbessol, vont parvenir à vos oreilles. Deux excellents comédiens, Inès Amoura et Jacques Verzier, interprètent, en silence tout en déambulant, deux personnages mystérieux à la source d’un texte riche en émotion, aux accents touchants. Si les quelques premières minutes sont un peu déstabilisantes, tous les sons se mélangeant, ceux de la ville et ceux, en stéréo destinés à vos oreilles, vous rentrerez vite dans cet objet théâtral nouveau et envoutant. Visiblement concentré, le spectateur suit le mouvement, bouge et se place comme il l’entend. Profitant de cette liberté inattendue, il s’approprie cette belle histoire aux différents niveaux de lecture, la fait sienne pour la vivre intensément. Cette concentration n’échappe pas à de nombreux passants, portant sur ce petit groupe mobile des regards interrogatifs et amusés.
Impossible de ne pas être touchés par la force et la créativité de Contact qui permet de se réapproprier le spectacle vivant et le pavé parisien. Plusieurs représentions journalières seront données, en petit comité, et ce, durant tout l’été. Une vraie bouffée d’oxygène à ne surtout pas rater : vous garderez longtemps en mémoire les émotions ressenties au cours de cette expérience d’un style nouveau que vous aurez probablement très envie de renouveler.

Application C-o-n-t-a-c-t sur vos smartphones pour les détails et les inscriptions.https://www.facebook.com/contact.experience.theatrale.distanciee/

Texte et photos : Philippe Escalier

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Valentin de Carbonnières

3B5A2050Voir jouer Valentin de Carbonnières, c’est forcément penser à ces mots de Victor Hugo dans Hernani : « Je suis une force qui va ! ». Depuis qu’il a choisi sa voie, ce comédien de trente-cinq ans n’a pas perdu son temps : deux écoles de théâtre avant le Conservatoire National, des rôles à la télé et surtout, les plus belles scènes, dans le public et dans le privé. Le Théâtre Edouard VII l’accueille à deux reprises avec Nina et Le vent dans les branches de sassafras en compagnie de François Berléand, avant de jouer le rôle titre dans Le portrait de Dorian Gray adapté par Thomas Le Douarec. 2019 sera l’année de la récompense avec le Molière de la révélation masculine pour Sept morts sur ordonnance au théâtre Hébertot où, il y a encore quelques semaines, il partageait l’affiche avec Francis Huster dans Transmission de Bill C. Davis.

Comment est arrivée la proposition de jouer Mark Dolson dans Transmission ?
Suite au Molière, Francis Huster a parlé de moi au metteur en scène, Steve Suissa. Dans le même temps l’équipe a organisé un important casting. Tout s’est très bien passé, notre contact, à l’image du travail qui a suivi, très humain mais aussi très direct, m’a rappelé ma rencontre avec Richard Berry, mon metteur en scène dans L’Ordre des choses de Marc Fayet. La décision a été prise rapidement, il a ensuite fallu que je m’adapte, nous avons eu peu de temps pour nous synchroniser, ce qui a généré un peu de tension et de fièvre, toutes choses profitables à la pièce.

Lorsque l’on a eu le plaisir de voir vos précédentes prestations et pu apprécier votre façon d’être à l’aise sur scène, l’on imagine qu’être seul face à Francis Huster n’a pas dû vous impressionner !
Pas du tout ! Je n’ai pas l’habitude de me laisser facilement déstabiliser. Ceci dit, tout le monde t’en parle, donc tu es obligé de ressentir, si tant est que tu puisses oublier, que tu es bien face à un monstre sacré du théâtre !

© Philippe_Escalier_DSC_5639 copie

2009, sorti du Conservatoire et 2019, Molière : les choses ne sont-elles pas allées trop vite ?
Pour ma part, ne prenant pas le Molière pour une consécration, je répondrais non ! Comme le Conservatoire, c’est un pass, un visa sur le passeport de résident au pays de la culture qui montre que l’on sait ce que tu fais et que ce travail est apprécié.

Quel regard portez-vous sur votre parcours ?
Je suis toujours très dur avec moi même. Mes deux parents sont comédiens, ils m’ont eu quand ils étaient en troisième année au Conservatoire National. Quand je suis arrivé au sein de ce même Conservatoire, il y avait en classe de masque, Mario Gonzalez qui m’a vu naître et qui, le premier jour, devant tout le monde, me lance (Valentin prend un irrésistible accent espagnol, ndlr) « Valentin de Carbonnières, je t’ai vu tu étais tout petit, j’ai travaillé avec ton père beaucoup ! ». À côté, je sentais que les autres élèves se disaient : « Mais c’est qui ce connard, on va le buter ! ». À cause de cela, il m’a fallu trouver ma légitimité, l’acteur que j’étais. C’était difficile et cette dureté je l’ai gardée. Je suis intransigeant avec ce que je fais, j’ai le souci de ne jamais prendre la grosse tête, d’avoir toujours à l’esprit la fameuse phrase de Boileau : « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ». Les artistes sont besogneux, je travaille comme un petit artisan. Un grand directeur de théâtre m’a dit un jour « Je conçois mon travail comme un ébéniste : une pièce pour moi, c’est comme construire une chaise, le meilleur moment c’est quand je m’assois sur cette chaise qui a fait son office, que le public est parti heureux et que je bois ma bière ! ». Il faut faire, refaire continuellement, trouver de nouvelles façons de travailler. Et pour revenir à la question précédente, j’ai pas l’impression que cela aille trop vite parce que j’ai une vraie gourmandise à jouer une pièce, tourner un film et je ne suis jamais content de moi !

Cette passion, car il s’agit bien de cela, est venue progressivement, au début, vous vouliez être archéologue, je crois ?
C’est vrai ! Adolescent, en observant mes parents, je ne voulais surtout pas être comme eux, à fleur de peau tout le temps, être chiant, parler de la vie comme si c’était un roman ! J’ai commencé à travaillé à seize ans dans le BTP, j’ai fait les marchés. J’ai appris à me débrouiller.

C’est de là que vient votre force ?
C’est de là que vient le côté brut de décoffrage, un peu besogneux, certainement !

En vous voyant jouer l’on ressent beaucoup de choses, mais certainement pas un côté besogneux ! L’on découvre un comédien avec une force incroyable. Où sont vos failles ?
Comme je le disais, cette peur de ne pas être à la hauteur, notamment de ce Molière. Les gens viennent te voir et tu sens le côté, « vas-y, fais-moi rêver ! ». De fait, je veux surprendre, donner du bonheur, si je vois dans l’assistance des regards troublés, je suis heureux, je me dis que j’ai gagné. Quand j’entends les gens applaudir poliment et partir vite, j’y pense toute la nuit et je me demande ce que j’ai raté !

Ça ne se soigne pas ?
Non (rires)… ! C’est juste atténué par l’amour que te donnent tes proches, ton enfant, ta femme, tes parents qui te disent : « on t’aime, calme-toi, tout va bien ! ». Mais je crois avoir ce que l’on appelle un énorme besoin d’amour. C’est un besoin constant : « Dis-moi que je suis bien ! ».

Revenons à votre parcours : par quoi avez-vous été le plus marqué ?
Il y a des aventures qui vous mettent en position de déséquilibre, avec beaucoup de doutes et j’aime beaucoup ! Dans le travail, il a toujours un moment où je me sens très mal, quand je n’ai pas atteint l’objectif. J’ai fait des spectacles où j’ai eu plus de mal à percevoir quelle était ma place, je pense à L’Avenir seulement, assez incroyable, que j’ai fait en sortant du Conservatoire, avec 388 scènes autour des lettres de Rosa Luxembourg, cette révolutionnaire qui a failli renverser le pouvoir juste après la Première guerre en Allemagne. Le spectacle devait changer tous les soirs. Les acteurs étaient décideurs des thèmes abordés, des personnages joués avec de la danse contemporaine autour de danseurs de William Forsythe. C’était superbe, il fallait dire les textes, danser sur des tableaux inspirés de van Dyck mais j’ai souffert. En prime, on faisait de longues séances de yoga (cela a duré neuf mois) ce qui a changé mon physique et ma réflexion sur le rapport au corps. Pour vous répondre plus globalement, tout ce que j’ai été amené à faire a été intéressant, enrichissant, en termes de rencontres notamment. J’ai appris à me réguler, à ne pas me mettre en jeu tout le temps, à gérer le travail avec des stars. À ce sujet, je pense à ce que m’a apporté François Berléand, capable de donner toute son intensité à un personnage avec autant de force que de subtilité ou encore Thomas Condemine qui m’a mis en scène dans Hetero au Théâtre du Rond-Point.
J’ai pu aussi me légitimer, c’est comme ça que je suis parti au Japon faire une thèse après quoi j’ai écrit une pièce La Boucherie rythmique arrivée en finale d’un concours du Théâtre 13. Une expérience qui a changé ma vision de la vie et du théâtre.
Parmi les choses marquantes, je dois bien sûr mentionner Miss Nina Simone jouée avec Jina Djemba (dans une super mise en scène d’Anne Bouvier) qui m’a apporté un surcroit de confiance en moi et que je reprendrais d’ailleurs, dés que possible.

Votre famille c’est votre repère, votre point d’équilibre ?
Le matin j’amène ma fille à la crèche, c’est mon meilleur moment. Je travaille toute la journée. J’ai la chance d’avoir une compagne exceptionnelle qui est dans un tout autre domaine que le mien. C’est important que l’on soit dans une vraie égalité des taches et une indépendance professionnelle et affective. On s’aime sans être dans le chantage affectif ou la jalousie. On est heureux quand l’autre est heureux !
J’aime bien cette phrase dite par Mark Dolson dans Transmission : « J’ai découvert que la constance devait venir de moi ». En d’autres termes, je décide en mon âme et conscience parce que je sais que c’est le bon engagement et je m’y tiens. Si tu ne crois pas en toi, tu ne pourras jamais croire en personne ! Et je crois totalement dans ma copine. Avec ma fille, ce sont mes deux femmes et je passe mon temps libre avec elles.

Après cette déclaration d’amour, revenons au travail : si vous aviez en face de vous un grand metteur en scène qui vous propose de choisir votre pièce, quelle serait votre réponse ?
(Moment de réflexion, ndlr)
Bonne et difficile question. J’ai tellement de pièces dans la tête. Il faut choisir, ce qui met en exergue mon indécision !

Pour votre copine, le choix a été plus rapide ?
(Rires) C’est elle qui m’a choisi et qui m’a dit : « Tu seras avec moi ». J’ai juste répondu « Oui » !
Pour vous répondre, j’ai lu Mathilde, une pièce d’un jeune auteur contemporain, Geoffrey Dahm qui a décrochée le prix du Centre National du Théâtre et j’aimerai beaucoup la mettre en scène.
Jouer dans L’Opéra de quatre sous est aussi un rêve. Et il y a des gens avec qui j’aimerai énormément travailler comme Julien Gosselin ou Léo Karmann qui a fait La dernière vie de Simon pour qui j’ai eu un incroyable coup de foudre. Enfin, je dois citer le jeune auteur, Quentin Laugier avec qui j’ai collaboré pour sa première pièce Les 400 coups de pédale, le comédien Jérémie Lippmann et le metteur en scène et scénographe, directeur du Théâtre de Gennevilliers, Daniel Jeanneteau.
J’ai, par ailleurs, très envie d’une forme seule, en rapport avec la poésie qui m’importe beaucoup. J’ai une énorme affection pour Paul Eluard et j’aimerai beaucoup créer quelque chose autour de Poésie ininterrompue projet sur lequel j’essaie de fédérer quelques artistes, musiciens notamment.

Vous êtes très présent au théâtre. Le cinéma vous attire ?
Oui beaucoup mais ce sont deux univers bien différents et les passerelles entre les deux ne sont pas toujours si nombreuses. Au théâtre, on vit ce stress permanent de toujours tout recommencer, de devoir être au top tous les soirs, de se demander si le public va aimer. Le cinéma, en comparaison, c’est une économie extraordinaire pour l’acteur, au sens où, le film fait, tu es visible tout le temps, n’importe où. En termes de placement de produit, il n’y a pas mieux. J’utilise ce mot car finalement, c’est un peu ma définition, je suis tout à la fois le produit, le financier, le distributeur, le directeur marketing. Un comédien est une PME à lui tout seul !
Après tout ce que je viens de dire, je dois tout de même ajouter que je suis très heureux de ce que je fais, de comment je le fais, de mon couple. L’envie de toujours faire mieux et plus ne m’empêche nullement d’apprécier ce que je vis !

Philippe Escalier pour http://www.artistikrezo.com

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Félix Radu dans « Les mots s’improsent »

FELIX RADU 1 Copyright Loris RomanoLa scène des Mathurins, avec Félix Radu, permet la découverte d’un humoriste-comédien de la nouvelle génération, tout en finesse, maître dans l’art de manier le verbe et de créer du rêve.

Il arrive sur scène, dans sa tenue irréprochable, chemise ajustée, pantalon seyant et coiffure parfaite. Grand, avec des allures de jeune premier, il débute par un discours aussi contrôlé que son allure vestimentaire. Mais on sent bien qu’avec lui, il ne faut pas se fier aux apparences. D’entrée, il prend la salle à témoins et des poses d’enfant intimidé, redevient adulte et sage avant de finir par un épisode assez déjanté, le tout sans jamais cesser de nous faire rire. Étonner semble être l’un de ses sports favoris. Et en effet, avec lui, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Dont celle de voir le raffinement s’acoquiner avec la drôlerie. Son dada est de jouer avec les mots et de susciter des rires d’une grande fraicheur. À la manière d’un Raymond Devos ou d’un Stéphane de Groodt, mais avec un style qui lui est bien personnel, il jongle avec le vocabulaire pour nous faire entrer dans son univers où la poésie et la dérision ne font qu’un. Il faut le suivre, activer ses neurones, chaque mot ou presque est trituré dans tous les sens, en appelle un autre qui subit alors le même sort. Et comme les grands maîtres, actuels ou anciens auxquels il nous fait penser, son but, parfaitement atteint, est de nous raconter des histoires et de nous inviter à partager son univers dont la magie et la simplicité aurait plu à Saint-Exupéry, mobilisé pour l’occasion. On salue les trouvailles, les associations d’idées et les jeux de mots qui s’enchainent sans un instant de répit, les côtés joliment absurdes générés par une imagination débridée. Petit péché de jeunesse, le spectateur, une fois ou deux, est sur le point de se perdre dans ce foisonnement verbal ébouriffant. Mais c’est un peu la règle du jeu et l’ensemble est d’une telle tenue, d’une maitrise si remarquable que l’on reste sous le charme de son exploit réalisé à partir d’une extraordinaire faconde parfaitement ciselée. Comme s’il avait fait de longues études de l’être, pour dépeindre des personnages touchants, il appelle à la rescousse des auteurs prestigieux. Son irrésistible résumé du mythe de Sisyphe d’Albert Camus est un délice tout comme le récit imagé et fleuri de la personne qui a su, l’espace d’un instant, le séduire pour ne rien dire de sa rencontre avec un étrange professeur de musique. Félix Radu a la culture joyeuse, jamais pédante, un humour facétieux qui parle des fleurs sans jamais être ras des pâquerettes, une capacité à nous amuser, en mettant la barre haut et en bannissant toute affectation. Ce jeune belge né à Namur est un parfait ambassadeur de la langue française avec laquelle il a scellé un mariage d’amour sous l’auspice d’une tonique originalité sous laquelle se cache une part de romantisme salvateur. Mis en scène avec beaucoup de finesse par Julien Alluguette, il nous tient, plus d’une heure durant, sous le charme de son verbe enchanteur. Parce qu’approcher un talent naissant appelé à marquer durablement le monde de l’humour est un plaisir qui ne saurait se refuser, il est, qui plus est dans les temps assez rugueux que nous connaissons, fortement conseillé d’aller à sa rencontre afin de savourer son spectacle aussi exceptionnel que revigorant.

Philippe Escalier

Théâtre des Mathurins : 36, rue des Mathurins 75008 Paris
Mardi et mercredi à 19 h – 01 42 65 90 00
http://www.theatredesmathurins.com

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