Pascal Nowak en concert au Zèbre de Belleville

DSC_8903Pascal Nowak est d’abord une voix, l’on en veut pour preuve ses nombreux doublages de grandes série comme Desperate Housewives, Game of Thrones ou de films dont le récent Mary Poppins de Walt Disney (rôle de Lin Manuel Miranda). En parallèle, la musique pop soul reste sa passion comme le montrent les concerts qu’il a donnés, notamment au cours des derniers mois. Le prochain, celui du 15 novembre 2019 sonne comme une récompense après une série de dates parisiennes. C’est aussi un nouveau départ avec un groupe légèrement réorganisé, composé de 6 artistes, un guitariste, un pianiste, un batteur, une basse et deux choristes, qui s’est consolidé avec l’arrivée de Stéphane Bertin, directeur musical et arrangeur. Ensemble, ils préparent un nouvel album d’une quinzaine de chansons, annoncé pour 2020 et suivi d’une tournée. Si l’on trouvera toujours ce qui est un peu sa marque de fabrique, de belles ballades, pimentées d’humour, répertoire idéal pour sa belle voix puissante et chaude, on notera une évolution vers des tonalités plus modernes et plus électro. Et toujours une écriture et des musiques sortant des sentiers battus, à la fois originales et percutantes, émanation d’une vraie personnalité artistique. Le concert du vendredi 15 novembre 2019 qui bénéficiera de la direction scénique du batteur Jean-Luc Dhayes et de la collaboration, à la fois ancienne et fidèle avec le guitariste auteur-compositeur Gérald Odile, débutera à 20 heures. En première partie, la chanteuse « Mill » sera accompagnée d’une guitare et d’un piano, le groupe Nowak prenant place vers 21 h. Pouvait-on rêver mieux que Le Zèbre de Belleville pour découvrir la bête de scène qu’est Pascal Nowak, ses nouveaux titres et son groupe ?!

Texte et photos : Philippe Escalier
Le Zèbre de Belleville : 63 Boulevard de Belleville, 75011 Paris
Vendredi 15 novembre à 20 h
01 43 55 55 55 – http://www.nowak-officiel.com

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L’Orchestre de Paris à la Philharmonie

Retour en images sur le concert du 6 novembre 2019, au programme Ravel et Rachmaninoff, avec le pianiste Nicholas Angelich et l’Orchestre de Paris sous la direction du chef Zu Zhong.

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La Machine de cirque

DSC_5632_RDMoment rare qui conjugue l’art circassien et l’humour le plus décoiffant, le remarquable spectacle donné par la jeune compagnie québécoise La Machine de cirque à La Scala tient le public en apesanteur pendant 1 h 30. Jubilatoire !

Des moments de cirque nous en avons vu pléthore ! Mais aussi passionnant, aussi abouti, aussi drôle et touchant, il faut convenir que c’est assez rare. Seul un travail d’équipe talentueuse, soudée et complice pouvait permettre d’atteindre un tel degré de réussite….

…Les quatre artistes assurant les performances scéniques (de tout premier ordre) ont aussi participé à l’écriture et à la mise en scène du show placé sous l’égide de Vincent Dubé. Tout à la fois acrobates, voltigeurs et jongleurs, Yohann Trépanier, Raphaël Dubé, Ugo Dario, Maxim Laurin et Elias Larsson vont nous offrir une série de numéros spectaculaires, mat chinois, trapèze, planche coréenne (à couper le souffle), monocyle, j’en passe et des meilleurs ! Pour cimenter leurs prestations, Frédéric Lebrasseur est appelé à la rescousse. Ce percussionniste, guitariste et bruiteur se charge de la musique tout en faisant partie intégrante du spectacle qu’il n’hésite pas à troubler avec espièglerie, quand bon lui semble. L’osmose entre eux est totale et la direction artistique de Vincent Dubé est un modèle du genre…

…Redevenus à leur contact de grands enfants, nous savourons ce moment léger, plein d’originalité aussi joyeux que techniquement impressionnant, en un mot : irrésistible !

Philippe Escalier

L’intégralité de cet article est à lire sur le site de Starter Tatouvu, libre d’accés :

http://www.tatouvu.com/w/wwa_FicheArti/public/6957/article-la-machine-de-cirque.html

La Scala Paris : 13, boulevard de Strasbourg 75010 Paris
Du mardi au samedi à 18 h 30, dimanche à 18 h
01 40 03 44 30 – https://lascala-paris.com/

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Un jardin du silence – Barbara

136A1068_1 copieL’évocation de Barbara proposée par Raphaëlle Lannadère, accompagnée par le pianiste Babx, mis en scène par Thomas Jolly dans Un jardin du silence à La Scala est une délicate conversation musicale laissant apparaitre la chanteuse dans sa plus profonde authenticité.
Barbara dans toute sa splendeur, c’est avant tout Barbara dans toute sa pudeur, sa sensibilité et sa sincérité. Barbara, belle, charismatique mais surtout d’une touchante simplicité. Bien loin d’une forme de biopic, sans aucune intention d’imiter ni de tomber dans la facilité émotionnelle que pourrait générer l’écoute de ses plus grands succès, Raphaëlle Lannadère et Thomas Jolly nous offrent un spectacle profondément original, fruit de leur vision très personnelle de la chanteuse. En nous livrant leur vérité, ils nous donnent à voir la Dame en noir, telle qu’en elle même, grande artiste engagée, figure magique et mystérieuse s’il en fut, fuyant le star-système et désireuse de préserver de son hyper sensibilité. Quelques extraits de chansons pour rappeler son univers, des bribes d’interviews pour laisser apparaitre la femme, la mention de ses actions courageuses et militantes comme son combat contre le sida notamment, cette générosité toujours passée sous silence et puis et surtout, l’humour de Thomas Jolly venu apporter un regard extérieur et un grain de folie pendant que la voix de L. chante à l’oreille de chacun d’entre nous avec une infinie délicatesse.
C’est une rencontre inopinée en 2014 entre Raphaëlle Lannadère (qui nous a offert en 2018 Chansons, son dernier album) et Thomas Jolly, le surdoué de la mise en scène (créateur de Thyeste au festival d’Avignon en 2018, salué et reconnu pour son extraordinaire travail sur Shakespeare notamment) qui va donner naissance à ce spectacle créé au festival Les émancipés de Vannes. Dans un magnifique jeu de lumières, un décor fleuri dont le côté un peu kitsch se perd dans une semi-pénombre, accompagné au piano (noir) par les doigts magiques de BabX, Raphaëlle Lannadère reste fidèle à elle-même et pourtant, Barbara est bel et bien là. Une interprétation si réussie que l’on ressent la magie de sa présence reliant les spectateurs comme par un fil invisible.
Un jardin du silence est l’expression de histoire d’amour de L. pour la chanteuse qui a marqué la scène française pendant quarante ans et l’on s’amusera à constater que le début de sa carrière a été marqué par la remise d’un Prix Barbara par le Ministère de la Culture en 2011. Dans une forme de mise en abime, L. se dépeint en creux, en même temps qu’elle laisse entrevoir ses liens avec sa magnifique aînée avec qui elle partage cette passion pour les mots et cette poésie qui leur permet de magnifier la vie.
Un jardin du silence, spectacle musical théâtralisé tout à l’opposé d’un hommage calculé et mercantile est le plus beau salut que l’on puisse adresser à l’une des nos plus grandes chanteuses, qui a toujours voulu donner, sans tricher, le meilleur d’elle-même. Il nous permet aussi de retrouver sur scène trois artistes merveilleux.

Philippe Escalier

La Scala Paris
13, boulevard de Strasbourg
Paris, 75010
Jusqu’au 3 novembre 2019, du mardi au samedi à 21 h ; dimanche à 15 h
Relâche les 29 et 31 octobre 2019

Réservation : +33 (0)1 40 03 44 30
billetterie@lascala-paris.com

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Helsingør, château d’Hamlet

HAM COM PHOTO Camille Delpech et Laurent Labruyère ©Mélanie DoreyC’est à une expérience terriblement originale que nous convie la compagnie A2R avec cette mise en espace d’une adaptation d’Hamlet signée Léonard Matton et donnée au château de Vincennes.

Il est notoire que plus un ouvrage est célèbre et plus l’on a le sentiment d’en être proche sans qu’il soit besoin de s’y intéresser vraiment. Hamlet de Shakespeare obéit à cette règle d’autant plus qu’il s’agit de la pièce la plus connue, la plus longue écrite par le dramaturge anglais avec cinq actes et plus de vingt-cinq personnages. L’immensité de l’œuvre donne toute sa saveur à l’idée d’une adaptation ayant pour particularité de se focaliser sur les scènes principales et surtout de les faire jouer en déambulant dans un lieu historique (ici le donjon, la cour et la chapelle du château de Vincennes). Les spectateurs évoluent à leur guise, tout en suivant le mouvement général donné par la troupe de dix comédiens, éparpillée dans diverses salles ou réunie pour les grandes scènes. Cette idée remonte à loin comme nous l’a confié le jeune metteur en scène Léonard Matton : « Le projet a germé en voyant le Théâtre du Soleil, ces différents espaces. J’ai eu envie que le spectre apparaisse et de faire partie intégrante de cette cour, il y a douze ans environ. Puis j’ai entendu parler de Sleep no More (production new-yorkaise d’une œuvre théâtrale créée par la troupe de théâtre britannique Punchdrunk, essentiellement basée sur Macbeth,) et je me suis demandé si l’on pouvait conserver le texte en ayant une architecture en arborescence. Il y a cinq ans je me suis lancé dans l’adaptation. Pendant trois ans j’ai cherché le lieu. »
De fait, l’idée fonctionne merveilleusement. Le cadre est des plus adaptés, les comédiens jouent au milieu des spectateurs, parfois même avec eux, leur donnant l’impression de faire corps avec le drame, voire d’y participer directement. Ce ressenti est encore accentué par la qualité de la troupe qui vit la pièce avec une intensité remarquable, comme galvanisée par ce public qui l’entoure et bouge avec elle à l’intérieur du château. Par une sorte de mimétisme, le public, comme pris de frénésie, monte les étages, court sur le grand pont de bois, se précipite à la chapelle avant de se réunir dans la cour où se joue le duel final. Aucune salle ne peut donner cette sensation prenante de véracité et d’émotion que l’on ressent alors au plus haut point.
Avec Helsingør, château d’Hamlet, l’on retrouve la qualité du travail de la compagnie A2R compagnie-Antre de Rêves, créée en 2003, très attachée aux textes et à la transdisciplinarité. À quoi il faut ajouter l’excellence de l’interprétation et il serait injuste de ne pas citer l’intégralité des comédiens jouant en alternance : Gaël Giraudeau, Stanislas Roquette, Loïc Brabant, Roch-Antoine Albaladejo, Zazie Delem, Claire Mirande, Jean-Loup Horwitz, Dominique Bastien, Marjorie Dubus, Camille Delpech, Jérôme Ragon, Hervé Rey, Cédric Carlier, Laurent Labruyère, Thomas Gendronneau, Anthony Falkowsky, Mathias Marty, Matthieu Protin, Jacques Poix-Terrier, Michel Chalmeau. Témoin parfait de la qualité de leur jeu, ce qu’ils nous donnent à voir et à partager suscite chez nous l’envie irrépressible de revoir Hamlet. Que ce soit dans un château ou dans un théâtre.

Philippe Escalier

Château de Vincennes
1, avenue de Paris
94300 Vincennes

Tous les jeudis, vendredis, samedis et dimanches à 19 h 30
Jusqu’au 27 octobre 2019.

Durée : 1h25

Billetterie-boutique : 01 48 08 31 20 – http://www.chateau-de-vincennes.fr

INFORMATIONS IMPORTANTES

– L’entrée se fait obligatoirement entre 19 h et 19 h 40 par le 1 avenue de Paris, 94300 Vincennes.

– Toute arrivée après 19 h 40 se verra refuser l’entrée pour des questions de contrôle de sécurité.

– Le lieu ne permet malheureusement pas l’accès aux personnes à mobilité réduite

– Il est conseillé de se chausser confortablement

– Les valises, vélos, trottinettes et autres objets encombrants ne pourront pas être stockés au vestiaire, ni acceptés au spectacle.

– Les téléphones portables seront consignés à l’entrée et mis sous clef durant la durée du spectacle.

Affiche Vincennes

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Wilde-Chopin

DSC_3427© Philippe_EscalierL’un des derniers écrits d’Oscar Wilde, l’émouvant De Profundis, nous est proposé au Ranelagh, pour neuf exceptionnelles, dans une lecture musicale faite par Michel Voletti accompagné du pianiste Mickaël Lipari-Mayer. Une redécouverte d’un grand texte qui donne lieu à un moment d’une incomparable intensité.

Rien n’aura été épargné à Oscar Wilde, ni le succès le plus insolent, ni la dégringolade la plus douloureuse, la seconde ayant brutalement succédé à la première en l’espace de quelques jours à peine. Le dandy, l’auteur de pièces à succès, célèbre pour son style, ses réparties et ses aphorismes est la coqueluche de Londres en 1895. Il est aussi l’amant de Lord Alfred Douglas, un jeune homme issu d’une famille aristocratique écossaise assez familière avec le malheur. Son père, le marquis de Queensberry, est un homme inculte et violent, uniquement attiré par la boxe, à l’origine des règles qui portent son nom et qui régissent toujours ce sport. Il a perdu son  aîné, dont on dit qu’il fut l’amant du premier ministre anglais, dans un sombre accident de chasse. Pas évident pour quelqu’un dont la tolérance vis à vis de l’homosexualité est à peu près aussi grande que sa culture ! Il se déchaine quand il apprend que son autre fils vit ouvertement avec Oscar Wilde contre lequel il dépose, à son club, un bristol injurieux, le traitant de « somdomite » (avec une faute d’orthographe restée célèbre). Alfred Douglas, qui déteste son père, va alors tout faire pour que son amant dépose une plainte, ce qu’il fera, accomplissant l’acte inconsidéré à l’origine de son malheur. En effet, l’avocat du terrible marquis va contre-attaquer et prouver que l’auteur du Portrait de Dorian Gray est homosexuel, ce qui est puni, depuis une loi de 1885, par le code pénal britannique, d’une peine de travaux forcés de deux ans. Peine qui sera prononcée et exécutée jour pour jour et qui détruira tout à la fois la réputation, l’inspiration et la santé de l’auteur irlandais. C’est durant son incarcération, après quatorze mois terribles qu’il fait l’objet d’un transfert lui permettant d’avoir un directeur de prison plus compréhensif (mettant à la disposition d’Oscar Wilde de quoi écrire) que ce dernier rédigera De Profundis, une lettre dans laquelle il fait le bilan de sa désastreuse relation avec Alfred Douglas, réfléchit sur ses propres faiblesses et regrette, avec lucidité, de ne pas avoir consacré sa vie à son art et à des personnes dignes de lui.  De Profundis est un bilan attristé plus qu’un règlement de compte, fait en finesse, sans violente animosité et avec le style classique et sérieux d’un personnage qui ne joue plus. Car enfin, même si c’est avec la manière, les choses sont dites, et clairement.

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Michel Voletti a voulu nous faire entendre ce texte dont on peut penser qu’il est le plus beau jamais écrit par Oscar Wilde. C’est à la fois une mise en accusation, un bilan, un cri de souffrance et un superbe plaidoyer (non dépourvu d’auto-critique) pour un homme fini qui pourtant, entend garder encore un peu de sa légendaire fierté. C’est surtout une lettre d’une immense beauté, d’une sensibilité incomparable. Michel Voletti a évidemment choisi de nous la faire entendre dans toute sa pureté, avec une mise en scène totalement épurée, quasi monacale, en phase avec le thème de la réclusion. Le pianiste Mickaël Lipari-Mayer, avec talent, transforme le monologue en dialogue et nous fait entendre, en écho à la beauté des mots, celle, non moins grande, des sons. Le répertoire musical qui va de Bach à Chopin, en passant par Grieg et Ravel, fait, dans sa tonalité, parfaitement corps avec le texte, la symbiose est parfaite. La belle voix de Michel Voletti alterne avec les notes de Mickaël Lipari-Mayer. Comme envouté, le spectateur écoute, attentif, sans perdre une miette du petit miracle qui se passe sur scène, la rencontre magique et troublante entre un immense écrivain, un magnifique pianiste et un grand acteur.

Texte et photos © Philippe Escalier

Théâtre Ranelagh : 5, rue des Vignes 75016 Paris
Tous les lundis à 20 h 30 jusqu’au 2 décembre inclus
01 42 88 64 44 – https://www.theatre-ranelagh.com/

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Tempête en juin

fd9116_815a946880c441c69e437872d9114b02_mv2.jpegAdapté par Stéphane Laporte et Virginie Lemoine, le premier roman posthume Irène Némirovsky consacré à la seconde guerre mondiale donne lieu, au théâtre La Bruyère, à un spectacle d’une incroyable force porté par l’interprétation virtuose de Franck Desmedt.

Irène Némirovsky, nait en 1903 à Kiev. La révolution russe la pousse, avec sa famille, vers l’exil. Baignée de culture française depuis son enfance, elle finit par s’installer à Paris, s’inscrit à la Sorbonne avant de publier ses premiers livres. Déportée en 1942 à Auschwitz où elle meurt du typhus, elle détient la particularité d’être le seul écrivain à recevoir un Prix, (le Renaudot) à titre posthume. Son premier opus, Tempête en juin, retrace le cataclysme que furent la défaite de 1940 et l’exode qui s’en suivit, considéré comme l’un des plus importants mouvement de population en Europe au XXème siècle.
Il est difficile aujourd’hui de réaliser l’ampleur du traumatisme que fut la capitulation de 1940. La France s’effondre en trois semaines. La percée allemande, aussi rapide que fatale, met des millions de français, belges et néerlandais en fuite, sur les routes. Irène Némirovsky décrit l’événement à travers les vicissitudes traversées par trois familles, celle d’un grand bourgeois, conservateur de musée, le duo formé par un auteur célèbre et sa compagne et enfin, un couple d’employés de banque. Avec eux, nous allons vivre l’émoi, l’urgence, la désorganisation et la fuite. Les routes sont encombrées, les avions bombardent, l’essence et la nourriture font défaut. Le talent de l’écrivain consiste à nous retracer l’épopée avec un mélange de détails, historiques et psychologiques, et un art consommé de toujours laisser poindre le côté désopilant que ces situations, aussi dramatiques soient-elles, laissent parfois apparaitre. Si l’écriture est toujours légère, la précision et le sens ne font jamais défaut. Quelques mots suffisent à Irène Némirovsky, qui va toujours à l’essentiel, pour camper un personnage ou rendre bien vivantes ces heures bouleversantes.
Stéphane Laporte et Virginie Lemoine, adaptateurs et metteurs en scène, ont fait un travail tout aussi remarquable. Ils ont su conserver la qualité littéraire mais aussi la force et l’extrême tension dont le texte est imprégné, en nous permettant de revivre, comme en direct, l’épouvantable débandade. Ne manquait plus alors que le brio d’un comédien pour donner vie à la quarantaine de personnages, ce que Franck Desmedt fait avec une vérité, une maestria étonnantes. Avec quelle facilité déconcertante passe-t-il, en un instant, d’un personnage à l’autre, tantôt la mère de famille inquiète mais responsable, le vieillard impotent, l’adolescent attiré par le danger ou encore l’écrivain plein de morgue ! Avec lui, nous traversons tous les stades de l’émotion sans rien perdre de cet humour si particulier qui caractérise le style pétillant d’Irène Némirovsky. Devant ce travail d’orfèvre, le spectateur est happé, séduit, surpris. L’espace d’un moment, nous oublions que nous sommes sous les bombes pour nager dans le bonheur !

Philippe Escalier

Théâtre La Bruyère : 5, rue La Bruyère 75009 Paris
Du mardi au samedi à 19 h ; matinée le samedi à 15 h
http://www.theatrelabruyere.com – 01 48 74 76 99

À noter que Tempête en juin est suivie d’une seconde représentation consacrée au second opus de l’œuvre, Suite Française qui se joue à 21 h. Le 17 octobre 2019 aura lieu, à l’issue des deux représentations, une rencontre avec les comédiens, les adaptateurs et metteurs en scène.

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Tant qu’il y aura des coquelicots

Tant qu'il ya aura des coqueli cots2 Crédit Cédric OlivanC’est à une belle et douce ballade sur les chemins de la curiosité et de l’amour des livres que nous invite Cliff Paillé à l’Essaïon. En compagnie de Pauline Phélix, son histoire est écoutée et vécue par le spectateur avec curiosité et gourmandise.

Si la lecture est à l’esprit ce que l’exercice est au corps comme l’a dit un écrivain britannique, Paul semblait beaucoup plus fait pour pour courir après un ballon que pour effeuiller des ouvrages. Élevé dans un foyer divisé, en proie aux disputes, où les livres étaient inexistants, entouré de copains dotés d’une appétence pour l’écrit proche de zéro, il ne doit sa dévorante passion pour les romans qu’à une institutrice pédagogue et convaincante et une grand-mère, mamie Louise, aimante, protectrice et dévoreuse de bouquins. C’est ce basculement progressif vers la chose livresque (que l’on imagine assez autobiographique) que Cliff Paillé entreprend de nous narrer. Il nous entraine pour ce faire, sur les traces de Paul, âgé de dix ans quand le hasard d’un remplacement lui présente une maîtresse qui redouble d’inventivité pour lui parler du plaisir de lire, utilisant une méthode ludique, proche de la maïeutique. Car il fallait un remarquable savoir-faire pour surmonter le sempiternel et rédhibitoire « j’aime pas ! » habituellement lancé comme fin de non recevoir par les plus jeunes. Syntaxe, grammaire, allégorie, sens caché, vocabulaire, questionnaire, tout est bon pour que notre jeune réfractaire, subitement sollicité, subtilement stimulé réponde à l’appel, s’intéresse enfin avant de finir boulimique, enchaînant livres sur livres. Plus jamais terra incognita, la lecture devient pour lui, aventure, machine à nourrir l’imaginaire et fenêtre ouverte sur le monde.
C’est dire que Tant qu’il y aura des coquelicots raconte une bien belle histoire, de celle que l’on aurait envie de lire, (justement!) bien au chaud dans un grand fauteuil, armé d’une simple tasse de thé. Ici, le récit nous est servi par l’auteur, Cliff Paillé, (avec une dizaine de pièces à son actif, il prouve qu’il n’est pas que lecteur), incarnant le jeune héros et passant allègrement de l’adulte à l’enfant. Face à lui, Pauline Phélix nous séduit par la richesse et la grâce de son jeu. Le duo fonctionne parfaitement, et l’on écoute avec plaisir ce dialogue aux qualités assez protéiformes : à la fois simple, naturel, porteur de messages, didactique sans être pesant, il nous donne ce que l’on aime trouver au théâtre, un beau récit plein d’originalité. Si l’on y ajoute l’hymne au plaisir de lire et les références à la littérature ou à la chanson à texte savamment saupoudrées, l’on comprend qu’il n’y a aucune raison de bouder son bonheur.

Philippe Escalier

Essaïon : 6, rue Pierre au Lard 75004 Paris
Jusqu’au 23 novembre : jeudi, vendredi et samedi à 19 h 30
http://www.essaion.com – 01 42 78 46 42

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Looking for Beethoven

LOOKING FOR BEETHOVEN photo 1 by Christian VisticotL’histoire des principales sonates de Beethoven par le pianiste Pascal Amoyel au Ranelagh est un pur enchantement. Car ce récit musical palpitant, loin des sentiers battus, est aussi l’occasion de découvrir un authentique portrait, subtil, émouvant et terriblement attachant du compositeur. Un moment d’une rare intensité !

Looking for Beethoven est avant tout une histoire d’amour. Un amour profond qui a pourtant failli ne jamais exister. Peut-être parce qu’aimer le maître de Bonn était une chose trop évidente, Pascal Amoyel au début de sa carrière, songe d’abord à s’en éloigner quelque peu pour se consacrer à d’autres compositeurs. Quand le hasard lui fait entendre un jour une mélodie légère, d’une infinie beauté qui le trouble, il découvre, à sa grande surprise, qu’elle est de Beethoven. Désireux de tout connaître de lui, il décide alors de se plonger à corps perdu dans les partitions et dans les livres pour effectuer un véritable travail de détective afin de découvrir toutes les clés de sa musique et de son existence. Le spectacle qu’il nous offre est le résultat d’années de travail, de recherches et de passion.

Grand pianiste, Pascal Amoyel l’est assurément. Ce que Looking for Beethoven nous fait découvrir maintenant, c’est qu’il est aussi un immense comédien venu, avec sa douceur, sa simplicité et sa sincérité, nous dire quel homme était le père des trente-deux sonates et des neuf symphonies. Sa proximité avec lui est telle qu’il peut nous en parler comme d’un ami ayant partagé sa vie ! Les innombrables détails factuels et sonores apportés vont nous permettre de construire le portrait le plus précis et le plus intime du compositeur, nous allons entendre que le grand homme que l’on disait colérique, asocial (et il l’était) s’avère avant tout un profond humaniste, marqué d’abord par une enfance malheureuse puis par la pire calamité qui pouvait le frapper, sa surdité. Le récit qu’entreprend pour nous Pascal Amoyel, entrecoupé d’extraits musicaux interprétés avec virtuosité, nous fait découvrir toute la profondeur de l’homme marqué par le génie, qu’un feu sacré habitait. Sa vie, tous ses espoirs et ses douleurs sont exprimés dans sa musique, chaque note est porteuse de sens. Mozart chantait, Beethoven pensait nous murmure Pascal Amoyel venu démontrer, avec son piano, que le génie, tout handicapé qu’il était, vivait dans son siècle, passionnément, voulant plus que tout mettre son œuvre au service du triomphe des Lumières et de la liberté.

Dans la magique salle boisée du Ranelagh, le public, envouté, subjugué, suit cette merveilleuse évocation dans un silence religieux. Pascal Amoyel lui présente « son » Beethoven et la magie opère au point qu’il devient aussitôt le notre. Nous voici emportés dans un maelström d’émotions fortes. Comment rester de marbre en entendant que l’auteur de Fidélio, pourtant habitué à la solitude et au malheur, n’a jamais songé qu’à une chose : créer de la joie pour la faire partager aux hommes ? Cette joie dont l’hymne est devenue celle de tous les européens ! Et lorsque qu’arrive le dernier mot et la dernière note, il nous faut de longues minutes pour nous résigner : le spectacle et, plus encore, cette rencontre, viennent de prendre fin. Mais Looking for Beethoven, ce moment unique, restera longtemps gravé dans nos mémoires !

Philippe Escalier

Théâtre Ranelagh : 5, rue des Vignes 75016 Paris
Du mercredi au samedi à 20 h 45 et dimanche à 17 h – 01 42 88 64 44

LOOKING FOR BEETHOVEN Paris Ranelagh affiche déf.

 

 

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Entretiens d’embauche et autres demandes excessives

 

AFF ENTRETIEN HD webSur le thème de la quête d’emploi, Anne Bourgeois a écrit un spectacle original qu’elle met en scène, interprété avec beaucoup de sensibilité par Laurence Fabre. Ensemble, à l’Essaïon, les deux artistes nous offrent un moment drôle et émouvant.

Tout a été dit sur ce thème : qu’il soit synonyme de corvée (« l’homme qui travaille perd un temps précieux » Cervantès) ou d’épanouissement (« La vie fleurit par le travail » Rimbaud), le labeur reste une valeur cardinale, celle qui donne un sens à toute vie. Pour certains, la recherche d’une entreprise peut être longue, douloureuse, voire tourner au cauchemar. Pour décrire les tourments de ceux pour qui chercher un emploi est un job à plein temps, Anne Bourgeois a écrit ces saynètes pleine de dérision, si bien jouées par la comédienne Laurence Fabre.

Pour bien comprendre à quel point cette obsession vient de loin, Entretiens d’embauche et autres demandes excessives débute par les questions rituelles posées à un enfant, en l’occurence ici, une petite fille : que veux-tu faire plus tard ? Le ton est donné mais, très vite, nous allons dépasser Pole Emploi pour aller vers une vision des rapports employeurs-employés, sous l’angle de la lucidité, de l’âpreté et de l’hilarité. Laurence Fabre, à mesure qu’elle avance dans sa démarche pour décrocher un poste, change de comportement, de tenue. Elle subit, se rebelle parfois, mais surtout désespère de ne se voir opposer que des refus. Avec elle, l’on décrypte le langage anglo-barbare de l’entreprise, l’on ressasse les codes et les expressions les plus à même de séduire le recruteur. L’on passe de l’univers du coach d’entreprise et de ses conseils avisés « dynamique, mais pas hystérique, motivée, mais pas affamée, émue mais pas cucul ! » à la déprime de la jeune femme trop tendre qui s’enfonce par ses réponses maladroites aussi fatalement que dans des sables mouvants. Pire encore, il lui arrive de s’ émouvoir à l’idée de prendre un job qui fera défaut à une autre. L’on assiste à de croquignolesques extraits d’entretiens, reconnaissant au passage le journaliste de France-Inter, Fabrice Drouelle qui a prêté sa voix chaude et familière, à l’invisible recruteur retors. La comédienne excelle à dépeindre son personnage tout en naïveté, victime de désillusions placées sous la dominante de la maladresse et du refus du cynisme ou du carriérisme. Et en même temps que nous suivons son parcours du combattant en quête d’un salaire, nous assistons à une critique en règle mais subtile du monde de l’entreprise. Seul petit bémol, ces deux thèmes majeurs se concurrencent un peu l’un l’autre. Néanmoins, le texte savoureux comme l’interprétation magistrale et pleine d’humanité de Laurence Fabre emportent l’adhésion. À défaut d’un boulot, nous aurons trouvé, avec ce spectacle, de la tendresse et beaucoup d’humour, en clair, tout ce que le monde du travail ne pourra jamais nous apporter !

Philippe Escalier
Essaïon : 6, rue Pierre au Lard 75004 Paris
Les lundis et mardis à 21 h
http://www.essaion.com – 01 42 78 46 42

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