Camping Atlantic

 

Ne pas se fier au titre, Ariel Kenig ne nous a pas livré un panaché de souvenirs de vacances. Son premier roman (si surprenant, si prometteur pour un auteur âgé de 22 ans) nous plonge dans l’intimité d’une relation fraternelle à la saveur toute particulière. Études de mœurs aux connotations sociales, on n’ira pas plus loin dans le résumé de l’essence de ce livre, par crainte de lui faire perdre un peu de son charme. A-t-il voulu faire sienne la belle citation de Marcel Proust : « L’ironie est quelquefois l’enseigne mensongère d’un arrière-fond très tendre » ? Toujours est-il que l’auteur a su manier le réalisme, la dérision, et un certain cynisme, le tout enrobé d’une bonne couche de tendresse pour retracer l’été d’Adonis. Comme tous les ans, le jeune adolescent pourvu de la beauté que laisse présager son prénom, passe une partie de l’été dans la caravane des parents. Entre eux et ses voisins de tente, aucune possibilité de salut, c’est l’ennui absolu, que Nicolas en débarquant va rapidement dissiper. Toujours tenu à distance, ce grand frère qu’il connaît mal, Adonis le découvre soudainement. Face à l’admiration réciproque, la complicité s’installe, elle ira aussi loin qu’elle peut aller. Tous deux vont décider de faire corps et d’atomiser le quotidien vulgaire qui les entoure. Avec son style capable de capter par sa précision l’attention du lecteur dès les premières lignes, Ariel Kenig, dans cet hymne à l’amour et à la différence, s’est emparé de thèmes difficiles qu’il a su magnifier.

 

Philippe Escalier

 

Camping Atlantic est publié aux éditons Denoël – 191 pages – 15€

Éric-Emmanuel Schmitt

Vers l’épure

 

Classé parmi les auteurs francophones les plus lus dans le monde, Éric-Emmanuel Schmitt (EES) avec une vingtaine de pièces (jouées par les plus grands) et quelques essais à son actif, est devenu un homme très demandé. Dans un restaurant tout proche de France 2 – il vient de participer au journal de 13h – il nous dit, autour d’un gâteau au chocolat (son péché mignon), avec quelle gourmandise il savoure cette consécration.

 

 

 « Ce n’est pas une première ! » Cette situation rêvée, voir trois de ses pièces à l’affiche, « L’évangile selon Pilate » avec Jacques Weber, « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » et « La Nuit des Oliviers », il l’a déjà vécue. En 1998, Paul Belmondo jouait « Frédérick », Alain Delon avec Francis Huster reprenaient « Variations énigmatiques » et « Le Visiteur », sa pièce aux trois Molières, triomphait.

 

Face au succès venu à lui sans résistance, le normalien agrégé de philosophie réagit avec détachement. Il le vit en s’éloignant. « Je suis fier que mes sujets plaisent, qu’ils soient ou non joués par des têtes d’affiche. C’est la récompense du respect du public. » Et d’ajouter, « pour moi, ce qui est important c’est de préserver la rêverie, les pièces futures. Le fait de vivre à Bruxelles est une protection supplémentaire ! »

 

Son écriture a évolué. EES reconnaît qu’à ses débuts, sa plume était celle d’un normalien. « J’ai commencé à écrire avec mon intelligence, aujourd’hui, j’ai fait disparaître toute trace de cuistrerie, le cœur a pris le relais. » Ainsi, pour prendre le contre-pied de Gide, on peut faire de la bonne littérature avec des bons sentiments ! « Certainement, sinon, vous savez, s’il suffisait de mauvais sentiments, les auteurs foisonneraient ! » Puis, retrouvant son sérieux, il explique que son écriture est née du traumatisme du siècle précédent, où la nation la plus cultivée du monde a pu se montrer la plus barbare. « C’était bien la culture du cœur qui manquait ! » De fait, dans ses pièces, les coups de théâtre opèrent comme des fractures émotives emmenant le public ailleurs pour lui enlever des préjugés et l’amener à sympathiser avec « l’autre ».

 

Une fois la pièce achevée, EES a toujours une idée d’interprète derrière la tête. Pour « Petits crimes conjugaux », par exemple, c’était Charlotte Rampling. Ensuite, il fait confiance au metteur en scène (s’en avoir à s’en plaindre la plupart du temps). Son pêché mignon est de venir découvrir le spectacle quelques jours avant la première, tranquillement installé, seul dans la salle. 

 

Pourfendeur d’idées reçues, « la vraie place de la philosophie n’est ni dans les livres ni à l’université mais dans la vie ou dans les arts qui la reproduisent comme le roman ou le théâtre », EES n’a pourtant jamais abordé l’homosexualité frontalement. Il reconnaît avoir une façon « spéciale » d’en parler. « Je tache de mettre en avant un amour complet qui n’a rien à voir avec le désir ». Puis, avec un sourire, il précise n’avoir jamais écrit sur ce thème, « mais pas davantage de l’hétérosexualité ! » Le monsieur est joueur, il faut le pousser dans ses retranchements. Rapidement il concède : « Vous avez raison, je n’en ai vraiment jamais parlé, sauf…dans mon prochain livre ! » Un ouvrage qui abordera la vie amoureuse de 25 personnages, toutes sexualités confondues. Livre que nous attendons de pied ferme !

 

Philippe Escalier

Steve Suissa se lance dans la mise en scène théâtrale

 

Acteur, metteur en scène, cinéaste et producteur, Steve Suissa ne renierait pas la formule selon laquelle on ne voit bien qu’avec le cœur. Pour s’en convaincre, rendez-vous est pris le 6 septembre au Théâtre Marigny où il met en scène Pieds nus dans le parc de Neil Simon.

 

 

Au cinéma vous avez tourné L’Envol, Cavalcade (avec Titoff, Richard Bohringer, Marion Cotillard), Le Grand Rôle (Stéphane Freiss, Bérénice Bejo, Peter Coyote). Par contre, au théâtre, il s’agit de votre première mise en scène. Qu’avez-vous voulu faire ?

 

J’ai envie de travailler comme un artisan, de façon minutieuse. Avec les comédiens (Olivier Sitruk, Béatrice Agenin, Sarah Biasini, Thierry Bosc et Denis Sebbah, ndlr), nous échangeons en permanence. Ce travail sur les êtres humains est passionnant ! Ce que je veux amener, c’est le vrai sens de la comédie romantique tout en stimulant le goût d’aller au théâtre.

 

C’est plutôt difficile de trouver sa place au cinéma ? Comment faites-vous ?

 

Je me bagarre ! J’ai 34 ans, j’ai fait deux arrêts cardiaques et un ulcère. En effet, c’est devenu très compliqué de faire du cinéma. Il y a trop de films faits pour de mauvaises raisons : on prend des vedettes sans se préoccuper des scénarios ou de la teneur des dialogues.

 

Comment pourriez-vous parler de la pièce en quelques mots ?

 

Deux jeunes mariés viennent de s’installer ensemble, c’est le moment où il faut accepter l’autre. On se retrouve dans un univers rappelant Capra ou Lubitsch. La pièce est très vivante, ce n’est pas pour rien qu’elle est devenue rapidement un film interprété par Jane Fonda et Robert Redford !

 

 La derniière fois qu’elle a été jouée…

 

C’était en 1963 à la Madeleine dans une mise en scène de Pierre Mondy avec Jean-Pierre Cassel, Mireille Darc, Michel Galabru, Rosy Varte.

 

Pourquoi l’avoir choisie ?

 

Après avoir réalisé plusieurs films, je souhaitais monter une comédie. J’ai trouvé celle-ci bien écrite, parlant de choses qui me touchent, avec un humour constant.

 

Votre parcours, comment le résumeriez-vous ?

 

Je suis né dans un quartier que j’ai jamais quitté, rue du Faubourg Montmartre, au moment où ma mère faisait la queue pour voir Au nom de la loi avec Steve McQueen, d’où mon prénom. À 15 ans, je bossais à Rungis et rêvais d’être acteur, sans pouvoir l’avouer à mes parents. J’ai fini par me présenter au cours Florent avec une scène du Parrain que je connaissais par cœur. Je portais un flingue pour me donner plus de consistance. Francis Huster et François Florent ont commencé à parler, ce que j’ai pris pour un manque de respect : j’ai sorti mon flingue et mis deux balles dans le parquet. J’ai décroché ma classe libre comme ça ! Avec Huster, nous sommes devenus copains, il m’a fait beaucoup travailler. J’ai fait une foule de téléfilms. L’Envol avec Isabelle Carré et Clément Sibony a été mon premier film. Aujourd’hui, j’ai ma propre boîte de production.

 

On est riche quand on est producteur ?

 

Non ou alors quand on a la chance de faire des films tout le temps. En tout cas, je n’ai pas de problèmes avec l’argent, j’aime en gagner pour réaliser mes projets.

 

Jouer à la rentrer, c’est être privé de vacances !

 

Afin de présenter mes deux derniers films, j’ai sillonné une quinzaine de pays à chaque fois, pour moi, les vacances c’est ça !

 

 

Philippe Escalier

 

 

Théâtre Marigny salle Popesco : Carré Marigny M° Champs-Elysées-Clémenceau 75008 Paris – du mardi au vendredi à 21h, matinées samedi & dimanche à 16h – 01 53 96 70 20

 

Pierre Notte

 

Journaliste et écrivain, Pierre Notte est à l’affiche de la Pépinière Opéra avec Moi aussi, je suis Catherine Deneuve, pièce récemment auréolée du prix Lucien Barrière. L’occasion rêvée de lui poser la question : qui êtes-vous Pierre Notte ? 

 

D’une voix retenue, un peu étouffée, il s’exprime avec une assurance contrastant avec des regards ou des attitudes qui pourraient faire songer à un adolescent intimidé. Né le 21 septembre 1969 à Amiens, Pierre Notte est loin d’avoir effectué un parcours classique. « Les conventions sont pour moi des codes que je ne peux pas déchiffrer » dit-il pour expliquer son statut d’autodidacte pour qui l’écriture a été très vite une nécessité. « Quand une chose doit être écrite, cela devient une obsession devant laquelle tout doit plier. » À 19 ans, son premier roman La Chanson de Madame Rosenfelt est publié par Maurice Nadeau. C’est l’époque où on lui propose de tenir une rubrique télévision au Nouvel Observateur allant ainsi à la découverte du monde la presse dont il ignore tout : « Au début, j’avais le sentiment d’être un usurpateur ! » Son passage à L’Événement du jeudi puis ses collaborations à Epok et au magazine Théâtres dont il est devenu rédacteur en chef, ont dû, depuis, effacer ce scrupule. Sans une certaine discipline, impossible de se consacrer à ses textes, parmi lesquels un second roman, La Nuit irrésolue, ou encore Les couteaux dans le dos écrit pour ses élèves du lycée de Viry Chatillon dont il est intervenant artistique.

 

La double casquette, critique et auteur dramatique n’est pas facile à porter, il en convient : « Compte tenu de mon métier de journaliste, je me suis toujours tenu à carreau. Il m’a fallu du temps pour être sûr de moi et commencer à envoyer mes pièces. Dans un premier temps je n’ai pas été noyé sous les réponses positives! M’ont soutenu, Jacques Gamblin (sa lecture radiophonique de Clémence à mon bras a contribué à faire connaître la pièce, ndlr) et Jean-Claude Cotillard qui a découvert ma pièce par le biais de l’Association Beaumarchais. Son directeur, Paul Tabet, me défend de manière exceptionnelle. Il a notamment permis une lecture à Alfortville de Moi aussi je suis Catherine Deneuve, ayant aboutie, grâce à Vincent Serreau, dans le théâtre d’Edy Saiovici. » Une pièce qu’il résume en parlant de « véritable farce méchante » racontant des intimités dévastées. Quand il est question de choses simples et graves, le rire s’impose comme la solution salvatrice. Un humour aux tonalités musicales agrémentées d’une quinzaine de chansons de sa composition.

 

 Après La maman de Victor qui lui permet d’être joué pour la première fois, L’Ennui d’Alice devant les arbres est montée à l’Européen. « Je pourrais presque dire que je suis un plagiaire tellement je suis influencé par certains auteurs. C’est une chose que j’assume et qui me nourrit. Je ne pense pas que cela empêche la création de son propre univers, bien au contraire !» dit-il à propos de son style. Au moment où L’État de Gertrude spectacle cabaret, est en train de se finaliser pour Radio France et quand la Pépinière Opéra le met à l’honneur, Pierre Notte pourrait, avec beaucoup humour, avoir la tentation de nous provoquer avec un : « Moi aussi je suis William Shakespeare ! »

 

Philippe Escalier

 

Pépinière Opéra : 7 rue Louis le Grand 75002 Paris M° Opéra – à partir du 19 août, du mardi au samedi à 21h & matinée samedi à 18h – 01 42 61 44 16

 

« Torch Song Trilogy » en création française au Vingtième Théâtre

 

Jouée des années durant à Broadway, "Torch Song Trilogy" d’Harvey Fierstein marque le grand public lorsque son auteur la porte à l’écran en 1988. Amoureux de cette pièce sensible et réaliste, « l’une des plus belles pièces gays jamais écrites », Christian Bordeleau la traduit et l’adapte. Son travail décide le Vingtième Théâtre à la programmer début septembre, avec une distribution prometteuse.

 

Après avoir donné notre sentiment, interviews et portraits pour présenter l’auteur et les  protagonistes principaux de cette création attendue.

 

Notre avis : 

 

Une pièce à ne surtout pas rater !

 

Avec ses personnages, ses périodes et ses lieux divers, « Torch Song Trilogy » convenait parfaitement au cinéma. Au théâtre, c’est une autre paire de manche. On mesure toute la difficulté d’une adaptation, quand on sait que la pièce, à l’origine très longue, comporte, en outre, une première partie assez musicale. Malgré ses obstacles, Christian Bordeleau a réussi son pari. Les indispensables coupures ont rendu la pièce plus nerveuse, sans en atténuer la portée émotionnelle. Entre tendresse et vacheries, l’on est toujours surpris de l’écriture incisive et sans défaut de cette pièce dont les réparties font mouche. L’intérêt profond que ressent le public aurait forcément été moindre avec une autre distribution. L’on est frappé par la facilité avec laquelle Eric Guého donne au personnage principal, langue de vipère, intransigeant au grand cœur, ses différentes facettes. Avec lui, Frédéric Chevaux (Ed), Firmin David qui reprend l’un des meilleurs rôles rôle de Matthew Broderick, Rosine Cadoret (excellente dans ses habits de mère juive), Brigitte Guedj, Thomas Maurion et  Jean-Philippe Maran, savent donner à cette pièce toute son intensité. On en sort heureux et ému !

Éric Guého : Arnold

 « Je suis un jour monté sur scène et sans que je ne fasse rien, la salle a commencé à rire. J’ai compris qu’il se passait quelque chose. » Avec une voix mesurée, Éric Guého explique la découverte d’une vocation l’ayant entrainé vers l’Actor Studio et les Cours Simon, en prélude à une série de pièces venues consacrer son talent comique. Paradoxalement, son rôle marquant est celui, assez atypique, d’ange de la mort dans La Valse du hasard de Victor Haïm dont il garde un souvenir tout particulier. Les débuts de Pink TV lui donnent l’occasion de faire les siens au petit écran, en présentant, tous  les soirs à 20h40, un chronique humoristique. Tournée en extérieur, Bonheur-Bonheur pose sur les sujets les plus variés un regard plein d‘humour.

Gentil, généreux mais aussi intolérant, Arnold est bien le personnage fort et contrasté qu’il rêvait de jouer « Cette pièce ne parle pas uniquement d’homosexualité. Rapports avec la mère, manque de communication, désir d’adoption, elle aborde des thèmes multiples toujours d’actualité. » Au moment de sa sortie, le film Torch Song Trilogy a beaucoup marqué les esprits. « Les spectateurs vont avoir en tête Fierstein et ils vont voir Guého… ! » dit-il modestement.  « Il va me falloir asseoir mon personnage, forcément très différent. Ce qui est intéressant, sont les rapports que nous allons avoir entre nous, sur scène et l’ambiance qui va s’en dégager. Dans l’équipe, tout se passe bien, on est heureux de jouer ensemble. Ce bonheur devrait être contagieux. » Pour ceux qui l’ont déjà vu sur scène, le doute n’est pas de mise, Eric Guého devrait être un grand Arnold.

 

Firmin David : Alan

 

Malgré son air assuré et calme, rien ne trahit dans son visage le virage de la trentaine, mis à part son CV où l’on découvre un parcours aux expériences multiples. Au théâtre, son dernier rôle était à la Comédie Française, dans Le Marchand de Venise. « Moi qui étais prêt à faire un arbre, au fond à gauche, quand j’ai appris que j’étais retenu pour le messager, j’étais fou de joie.» Auparavant, il a joué aussi Tremblay et Cocteau dont l’univers et les textes le fascinent : « J’aimerais interpréter Stanislas dans L’aigle à deux têtes ».

Formé aux Cours Simon puis avec Jean Darnel, Firmin David s’est installé durant un an et demi à Londres pour y prendre des cours de chant qu’il met en pratique dans Mickey’s Winter on Ice. Pour le reste, il a l’habitude de combler ses moments creux par des feuilletons policiers. « Je ne suis pas encore en mesure de refuser trop de choses !» Par contre, il accepte sans réticence aucune le rôle que Caroline Huppert lui propose dans son prochain téléfilm pour France 2. « J’aime beaucoup son travail » dit-il avant d’ajouter qu’au cinéma, il a souvent joué des rôles de jeunes auxquels on aurait donné le bon dieu sans confession : « En fait, c’était de vraies pourritures, c’est ce qu’il y a de plus intéressant ! ». Puis, vient le cri du cœur : « Il me tarde de pouvoir jouer des personnages plus matures. » En attendant, il reprend dans Torch Son Trilogy, le rôle incarné par Matthew Broderick. « Dans le film, il était calme, on a voulu le rendre plus énergique. Mon personnage est très sensuel et sexuel. Il faut savoir qu’Alan débarque à New York à 14 ans où il fait le trottoir pour survivre avant de devenir mannequin. » Et de conclure : « Dans la vie, je suis à l’opposé de ce genre de personnage. Il a fallu que je me libère ! »

 

Rosine Cadoret : M’man

 

Quel était votre dernier spectacle ?

Il s’agit de L’homme en question, la pièce de Félicien Marceau, jouée avec Michel Sardou à la Porte Saint-Martin, puis en tournée, dans une ambiance très sympa. Je jouais une femme qui draguait tant et plus Michel Sardou dans les ascenseurs !

Ça marchait ?

Oui ! J’avais pas essayé avant, je n’ai pas tenté depuis, mais sur scène, ça marchait   (rires) !

Sinon, on vous a souvent vue sur le petit écran !

J’ai joué, en effet, dans un grand nombre de séries, avec des rôles conséquents, parfois des tournages longs, comme les 200 épisodes de Rue Carnot. Je suis également partie en Nouvelle-Zélande pendant 6 mois pour « Port Cook » tournée en anglais. Dans Une famille pour deux, j’étais la mère d’Éric Métayer.

Visiblement, on commence à vous donner des rôles de maman !

Oui, c’est un tournant, en attendant de jouer les grands-mères ou (puisque l’espérance de vie augmente) la ménagère de moins de cent ans !

Qu’est ce que vous séduit le plus dans votre métier ?

J’aime les choses qui commencent. J’ai adoré ouvrir le théâtre Présent de la Villette avec les frères Jolivet et ensuite le Café d’Edgar avec Marc Jolivet dans Les Concierges de l’espace. J’ai aussi fait partie, au début, de la Compagnie du Pallium de Jean-Michel Ribes qui était venu me chercher quand je prenais des cours d’art dramatique.

Avec la mère d’Arnold, vous sortez des rôles « gentils » que l’on vous a souvent confiés !

En effet, ce qui me plaît, c’est qu’elle soit un peu méchante…ça va me faire beaucoup de bien ! Elle balance des trucs durs, dit ce qu’elle pense, parfois avec de l’humour, mais le plus souvent sans prendre de gants. Elle n’arrive pas à accepter l’homosexualité de son fils et surtout le fait qu’il ne lui dise jamais rien de sa vie. En tous cas, c’est une sacrée bonne femme et pour moi c’est un beau personnage.

 

Frédéric Chevaux : Ed

 

Parler de son travail, c’est un peu faire le tour de France. Habitué à des rythmes d’enfer, Frédéric Chevaux avoue ne pas savoir dire non, « surtout lorsqu’on me propose un rôle comme Ed ». À peine de retour de Martinique et de Guadeloupe où il s’est produit avec Des équilibres , spectacle mis en scène par François Berdeaux mêlant danse, cirque, théâtre, hip-hop et acrobatie, il attaque de front les répétitions de deux spectacles. à la sueur de mon front est aussi au programme. Ce théâtre-réalité où les comédiens restituent des témoignages recueillis par une journaliste doit se jouer en province dans quelques mois.

Arrivé à Paris à dix-huit ans, Frédéric Chevaux fait les Cours Florent. J’ai rencontré les profs qu’il fallait ainsi que d’autres comédiens avec qui j’ai travaillé. Le travail de la chanson est venu un peu moins naturellement. « Au départ, j’étais complètement bloqué. Un jour, un metteur en scène m’a dit que mon rôle dans La Nuit des Rois comportait trois chansons. C’était hors de question….il a insisté un moment et j’ai fini par céder. Maintenant, je me régale. » Un plaisir évident pour qui l’a vu, il y a peu, dans Oliver Twist au Trianon. Enfin, le résumé de son parcours serait incomplet sans les rôles qu’il a tenus dans trois Shakespeare montés par la dynamique Compagnie Casalibus. Parmi eux, Le Songe d’une nuit d’été est toujours en tournée.

Qui en douterait ? Son rôle dans Torch Song Trilogy le comble d’aise. « Je n’ai encore jamais joué un personnage dans un texte contemporain. Il va me falloir trouver le rythme théâtral, tout cela va être passionnant à faire. » 

 

 

L’auteur : Harvey Fierstein

 

Né à Brooklyn en juin 1954, il commence sa carrière en 1971 dans  Pork , l’unique pièce d’Andy Warhol. La consécration viendra rapidement, avec Torch Song Trilogy, récompensée par deux Tony Awards – Meilleur Acteur, Meilleur Auteur. Il a aussi écrit le livret la comédie musicale La Cage aux Folles qui connaitra le succès malgré le côté militant qu’il avait su lui donner. Il a tourné notamment dans Independence Day, Mrs Doubtfire , a joué pour la série Cheers et triomphé dans la comédie musicale Hairspray.

 

La pièce : 

 

Constituée de trois grandes « chansons réalistes » (Torch Song), cette pièce retrace 6 ans de la vie d’Arnold, un drag queen professionnel haut en couleurs, au moment de sa rencontre avec Ed, un prof de lycée cachant ses lâchetés sous un statut de « bi ». Une situation impossible à vivre pour Arnold qui rompt avant de croiser le chemin d’Alan, un jeune homme attachant, arrivé très tôt à New York pour y commencer une carrière de mannequin et occasionnellement de gigolo. S’ouvre alors une période heureuse qui s’achèvera dans le sang d’Alan battu à mort par une bande de pauvres types homophobes. C’est le moment que choisit Ed pour quitter sa femme et retrouver Arnold devenu le père adoptif d’un garçon de 15 ans. Malgré ce contexte, les retrouvailles d’Arnold et de sa mère continuent de faire des étincelles.

 

 Trois questions à Christian Bordeleautraducteur, adaptateur et metteur en

 

Pourquoi cette pièce n’a-t-elle jamais été montée en France ?

Réunir les bonnes personnes autour d’un projet n’est jamais chose facile. Je sais que Jean-Michel Rouzière, défunt directeur du Théâtre du Palais Royal, s’y est essayé deux fois. Mais à l’époque, la scène de la backroom a refroidi les têtes d’affiche à qui l’on a proposé le rôle d’Arnold. Après, il y a eu le film…

 

Comment s’est passée l’adaptation ?

Un bonheur ! Même s’il a fallu couper les redites : les trois pièces ayant été écrites et jouées une à une, avant d’être réunies sous le titre Torch Song Trilogy, il y avait chaque fois des rappels. J’ai aussi inséré quelques clins d’œil au film, dont la structure diffère quelque peu des pièces d’origine.

 

Heureux d’être enfin arrivé à votre objectif ?

Et comment ! D’autant que cette pièce n’a pas pris une ride. À la fin des années soixante-dix – c’est de la prémonition – Fierstein abordait alors des sujets faisant aujourd’hui la une des journaux, comme l’adoption par les gays.

 

Philippe Escalier

 

Vingtième Théâtre : 7 rue des Plâtrières 75020 Paris M° Ménilmontant – à partir du 7 septembre jusqu’au 30 octobre : du mercredi au samedi à 21h30 & dimanche à 17h – 01 43 66 01 13

 

Hervé Devolder, l’homme qui porte « Chance! »

 

NOTRE AVIS SUR «CHANCE!»

 

Succès étonnant inscrit dans la durée, la comédie musicale «Chance!» se joue depuis juillet 2001. Après avoir fait partout salle comble, le spectacle a repris, début août, au Méry. Ne serait-il pas temps pour vous d’aller rejoindre le camp des fans !  

 

Enterrées les grosses super productions ! «Chance!» n’a profité d’aucune promo, ni couté des millions d’euros ! En écrivant cette petite comédie musicale se déroulant dans un cabinet d’avocats où rien ne se passe comme ailleurs, Herve Devolder n’imaginait pas détenir la bonne recette, celle qui l’empêcherait de décoller de l’affiche pendant des mois. Une succession d’airs s’enchainent, tous désarmants de simplicité et marqués par une vraie joie de vivre, le tout sans micro, sans sono et sans parole, juste accompagnés par un pianiste et un guitariste. Une sorte de spectacle bio !

 

D’entrée, on se laisse bercer par les mélodies, on rentre dans cet univers d’une formidable fraicheur. On en oublie toutes les références dont l’auteur a fait son miel pour ne retenir que son originalité. Le sujet ? Sachez juste (vous apprendrez le pourquoi du titre, en direct live) que l’important, comme dans toute bonne comédie musicale, est moins ce que l’on raconte que ce qui se déroule sur scène. Et là, on reste baba devant la brochette de pros ! Pratiquement une trentaine, impossible de les citer tous, mais tous valent le déplacement. Pourquoi une équipé aussi étoffée ? Quatre titulaires par rôles sont nécessaires pour tenir sur la durée sans risque d’annulation. Du coup, pour ceux qui retournent voir le spectacle, et ils sont nombreux, c’est la certitude de ne jamais entendre la même distribution. Car comme cet article, les réactions du public sont dithyrambiques. Si vous en doutez, aller vérifier vous-mêmes !

 

Théâtre Le Méry : 7 place de Clichy (17e) – M° Place de Clichy – du mardi au samedi à 21h30, dimanche à 17h – 01 45 22 03 06 ou http://www.sortirautrement.com – le site de Chance! : http://www.chancelespectacle.com

 

Rencontre avec son créateur, pianiste et metteur en scène, l’homme-orchestre Hervé Devolder.

 

 Comment s’organise-t-on pour jouer une comédie musicale sur quatre ans ?

C’est du boulot ! Au départ, au Lucernaire, on ne pensait pas que cela durerait si longtemps. Il faut des équipes étoffées (quatre ou cinq par rôle) pour que chacun puisse tenir ses engagements par ailleurs. En seize mois, on n’est tombé en rade que deux fois ! Cette alternance m’a appris deux choses : la fraîcheur qu’elle apporte permet de tordre le coup à la lassitude ; le spectacle étant très calé par «le metteur en scène-tyran» (rigueur égale liberté), les remplacements se font sans difficulté !

 

Avec Chance, vous avez vraiment eu un public de fans !

Oui, très fidèle. Beaucoup de spectateurs sont venus nous voir huit ou dix fois. On a même un cas ayant atteint le score de cent quatre-vingt ! C’est un passionné, connaissant tout par cœur, on n’a pas intérêt à se tromper quand il est là !

 

Vous avez décroché la médaille de meilleure comédie musicale en janvier au Festival de Béziers. Cela vous donne envie de récidiver ?

J’écris en ce moment un gros spectacle avec dix-huit personnages. Cela se passe en 1789… avant Jésus-Christ !

 

Peut-on dire qu’en France, la comédie musicale soit en train de connaître une seconde jeunesse ?

Oui, et c’est tant mieux car on a oublié que c’était vraiment une invention «franchouille». Au début du XXe siècle, les Américains venaient même nous piquer nos artistes. Dans les années 50, on est tombé dans la ringardise et les Yé-Yé ont tout balayé. Il aurait fallu que le rock envahisse l’opérette ! Heureusement, le succès de Notre-Dame de Paris est venu relancer la machine.

 

Et dans tout ça, que devient le théâtre ?

Je crée une pièce, La Poule et le Blaireau. Elle va se roder en tournée à partir d’octobre et, normalement, en janvier, se jouer à Paris avec Stéphanie Caillol. Elle interprète Nina Fleury dans Chance, c’est une actrice comme on en rencontre peu.

 

De quoi s’agit-il ?

On assiste à une rencontre un peu par hasard dans une chambre d’hôtel, entre un voyageur de commerce et une prostituée qui a besoin de parler, deux personnes pas faites du tout pour ce qu’elles font !

 

Écrivain, metteur en scène, acteur, tout cela n’est pas trop pour un seul homme ?

Au début, on se demandait pour qui je me prenais ! Ce n’est pas du tout de la prétention ou le résultat d’un ego surdimensionné. En fait, lorsque j’entame une création, j’ai dans ma tête une idée du spectacle fini. J’adore toutes les étapes, toutes les facettes de ce métier, que ce soit un enregistrement, une mise en scène, un travail d’acteur ou un one-man-show. Je suis prêt à continuer à dévorer la vie !

 

Philippe Escalier

 

Théâtre Le Méry : 7 place de Clichy 75017 Paris – M° Place de Clichy – du mardi au samedi à 21h30, dimanche à 17h – 01 45 22 03 06 ou http://www.sortirautrement.com – le site de Chance : http://www.chancelespectacle.com

Charlotte Corday

 

Sur la base du procès de l’arrière petite-fille de Corneille, Daniel Colas aborde les thèmes de la liberté, de la peine de mort, du fanatisme et la condition féminine dans une pièce passionnée.

 

Abandonnant son Calvados natal, Charlotte Corday arrive pour la première (et dernière) fois à Paris durant l’été 1793 en pleine tourmente révolutionnaire. La veille du 14 juillet, elle se rend chez Marat, qu’elle juge responsable de la Terreur et le poignarde dans son bain. Quatre jours plus tard, la jeune femme est guillotinée en place publique. Charlotte Corday que l’imagerie révolutionnaire de l’époque fait passer pour une enragée royaliste, s’est sacrifiée pour son idéal républicain.

 

Le texte de Daniel Colas décrit bien cette toute jeune femme ne connaissant encore rien de la vie, supportant mal de voir la République transformée en dictature sanglante. Face au député Roche tombé sous le charme, désireux de tout mettre en œuvre pour la sauver, elle refuse de plaider la démence et, digne héritière de son illustre aïeul, marche vers la mort avec une superbe assurance.

 

En retraçant les derniers jours de Charlotte Corday, Daniel Colas théâtralise un débat d’idées en lui donnant de fougueux accents romantiques. On oublie les petits défauts pour se laisser emporter par le rythme, séduits que nous sommes par ce personnage principal qu’incarne Coralie Audret. Claude Giraud, Yvan Varco, Georges Teran, Thomas Deshays et Xavier Lafitte sont les autres participants à cette leçon d’histoire particulièrement divertissante.

 

Philippe Escalier

 

Petit Hébertot, 78 bis, rue des Batignolles 75017 Paris M° Villiers ou Rome – du 6 septembre au 1er octobre, du mardi au samedi à 21 heures – 01 43 87 23 23

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