Bruno Perroud

Depuis 1989, sans jamais oublier le monde du spectacle, Bruno Perroud se consacre à la peinture. Ses expositions ont montré des dispositions peu communes pour cet art, devenu rapidement une passion. Dans son travail, exprimant délicatesse et douceur, il est impossible de ne pas le reconnaître. De ses tableaux se dégagent une impression et une ambiance toutes particulières que Suzanne Flon a ainsi résumées : « Je suis très sensible à ses couleurs et à ses personnages. Ils ont un mystère, ils posent des questions. J’aime aussi ses paysages délicats, poétiques et subtils. » Sa nouvelle exposition – du 26 mai au 5 juin – comporte quarante de ses huiles et pastels. Au milieu de paysages divers, une quinzaine de toiles sont consacrées aux nus masculins dont on pourra découvrir la beauté, la force et la sensualité. Au passage, vous pourrez aussi faire connaissance avec l’artiste, présent sur les lieux.

 

Philippe Escalier

 

La Compagnie des Arts : 10 rue Marie-Stuart Paris 75002 Paris – M°Etienne Marcel – du 26 mai au 5 juin, du mardi au jeudi 17h/21h & samedi dimanche 14h/20h – 06 89 37 37 21

http://www.brunoperroud.com/

L’Amant d’un jour

La compagnie des Ballets Temps d’Aime réussit un spectacle musical basé sur des chansons d’Edith Piaf. Une chorégraphie inventive et un enthousiasme contagieux expliquent son succès.

Dans la France occupée, Lola, une tenancière de bar (Marie-Cécile Corre émouvante, toute en retenue), succombe aux charmes d’un officier allemand (Benoît Maréchal )sous l’œil réprobateur de ses clients. Prétexte, l’Histoire est ici sans parole. Interprétées par Antonella Colapietro (la seule à ne pas danser, mais quelle voix !) et l’étonnant Sylvain Mathis, les chansons mythiques de Piaf sont chorégraphiées avec une exceptionnelle vigueur par Vincent Ansart. Elles nous plongent dans un univers où règnent les filles de joies, les titis parisiens et les amours exaltées mais éphémères. Un milieu interlope où Marlène Dietrich fait deux apparitions, l’une burlesque avec Muriel Heisch, l’autre , plus douce, par la voix de Benoît Maréchal qui avec sa chevelure blonde et ses yeux bleus rend l’ennemi moins détestable ! Autour de lui, sept autres danseurs (parmi eux, Mickaël Cassan révèle un charisme certain) apportent une énergie et un rythme faisant vite oublier les quelques petites imperfections du spectacle. Dirigés par Bérangère Basty Marion Caranobe, Dorine Legros, Estéban Olives et Julia Spiesser complètent cette troupe s’exprimant sur scène avec dynamisme et générosité. Souhaitons-leur de vivre avec le public une histoire d’amour d’une grande fraicheur que la nouvelle climatisation du Sudden saura préserver !

 

Philippe Escalier

 

Sudden Théâtre : 14bis rue Ste Isaure 75018 Paris – M° Jules Joffrin – jusqu’au 26 juin du mardi au samedi à 19h – 1h05 – 01 42 62 35 00

 

Photos : Alain-Philippe Baudry-Knops

Rainier III de Monaco

Après la fausse interview de Coluche, l’envie de récidiver est apparue. Quelques questions à Rainier de Monaco, et les réponses qui vont avec, le tout avec un esprit "prince sans rire" évidemment !

Monseigneur…

Décidemment, même ici, on n’est jamais tranquille….j’aimerais que vous vous adressiez à Albert maintenant !

C’est à vous que je souhaitais parler ! Si vous permettez, comment s’est passée votre arrivée ?

En douceur ! Le Ciel m’a rendu Grâce….qui trouvait que je tardais vraiment à venir la rejoindre. Mais on ne choisit pas le moment de son départ.

Vous ne devez pas être trop dépaysé puisque vous venez…d’un paradis fiscal !

Vous devez être un élève de Philippe Geluck, je suppose ? Eh bien, quand on est un petit pays, il faut bien attirer les investisseurs ! Et puis chacun sa spécialité, vous en France ce sont les impôts !

Vous avez agrandi le rocher en gagnant sur la mer ! Un raz de marée et c’est l’Atlantide ?

Les seuls ouragans que connait la Principauté sont en chansons, vous le savez bien !

Restons en famille ! Avant de partir, avez-vous trouvé une solution pour votre beau-fils Ernst-August ?

En effet, Caroline a fait transformer tous les réfrigérateurs et surtout les bars du Palais en coffres-forts ! Impossible de boire un coup sans la combinaison !

Juste entre nous, étiez-vous au courant au sujet du fils caché d’Albert ?

Vous connaissez l’adage : «Pour vivre heureux, vivons cachés !» Alors, ne comptez pas sur moi pour en dire plus. En tous cas, je le préfère avec une hôtesse de l’air plutôt qu’avec un steward ! Et puis, vous savez, avec la presse, on n’est jamais trop prudent ! D’ailleurs, ici nous n’avons ni paparazzi, ni journaux : c’est le paradis !

Quel va être votre emploi du temps là-haut. On prétend que l’éternité c’est long….surtout vers la fin !

La Princesse et moi allons continuer à organiser des galas de bienfaisance. Le premier sera donné au profit des AAA, Anges Alcooliques Anonymes. Par contre, je vais être privé de cirque. Comme on me l’a dit, le cirque ce n’est pas ici, c’est sur terre !

Et pour le Grand Prix de Monaco, avez-vous pu le suivre ?

Maintenant que j’ai retrouvé Grâce, vous ne croyez tout de même pas que je vais lui imposer de regarder des courses… de voitures !

Il y a une course que vous avez perdue, celle avec votre ami Jean-Paul II ?

Voilà une formule douteuse qui devrait vous mettre hors circuit ! Sachez, jeune homme, que vous n’avez pas le monopole de l’humour. Lorsque je l’ai croisé, je lui ai fait remarquer que sa dernière bénédiction n’avait porté chance, ni à l’un ni à l’autre. Il était mort de rire !

Philippe Escalier

Le Mandat

Un spectacle étonnant, comme on aimerait pouvoir en découvrir plus souvent !

Déjantée et comique, cette comédie de Nikolaï Erdman est fondée sur une critique acerbe de l’individu (dont les appétits de pouvoir et les envies de compromission n’ont aucune limite) et de la société soviétique naissante. Dans la banlieue de Moscou, en 1924, deux familles bourgeoises, toujours attachées au Tsar, se démènent pour être bien vues par le nouveau régime. Mariage arrangée, ("ma fille contre un communiste!"), situations invraisemblables, le monde d’Erdman est fou, irrésistiblement drôle mais, au final, tellement vrai. Cet auteur (exilé en 1933), dont la seconde pièce, «Le suicidé» a été censurée en 1928, prouve qu’il n’est nul besoin de plonger le spectateur dans un océan de complexité pour ébaucher une critique sociale féroce et pertinente..

Pour «Le Mandat», il fallait une mise en scène qui aille franchement dans le burlesque en se gardant des excès. Stéphane Douret, assisté d’Olivier Fredj, ont apporté des idées, une fantaisie stylée et tonifiante mais aussi beaucoup de tenue. Grâce à eux, douze comédiens (dont Antoine Rosenfeld faisant de brillants débuts) peuvent donner le meilleur d’eux-mêmes. Ils nous offrent deux heures inoubliables, jouées avec une maestria rare. Ce spectacle sur le totalitarisme peut se prétendre totalement réussi. Il reste encore quatre représentations. Un conseil : précipitez-vous !

 

Philippe Escalier

 

Théâtre du Nord-Ouest : 13 rue du faubourg Montmartre (9e) M° Grands Boulevards – 22 mai à 14h30, 8 & 10 juin à 14h30, 11 juin à 20h45 – 01 47 70 32 75 – réservations par mails : lomnibus@noos.fr, ou sur les sites www.lemandat.fr et www.mesbillets.com

Sonia Vollereaux, une grande actrice au Petit Marigny

Cette passion qui vingt ans après se reconstitue à travers des retours en arrière ludiques donne lieu, au Petit Marigny, à un spectacle qu’il ne faut surtout pas laisser passer !

 

 

Pierrot vit avec ses livres. Cet écrivain prof de fac, devenu un peu sauvage, voit débarquer à l’improviste son premier amour. Adieu la tranquillité ! Bénédicte n’est pas du genre reposante. Elle vient semer le désordre dans une vie rangée juste pour s’excuser de s’être enfuie autrefois. Elle réclame une journée pour faire amende honorable. Ce que femme veut… ! À travers les jeux de rôles qu’il accepte de jouer avec elle, Pierrot voit les vérités remonter à la surface, avec elles, leurs lots de surprises, de frustrations mais aussi d’espoir.

 

Le texte que Pierre-Olivier Scotto a écrit avec sa compagne, Martine Feldmann (avant sa disparition) est d’une tonicité aromatisée d’une forte dose de tendresse. Certes, l’histoire, au fond, est assez banale. Mais racontée avec cette faconde, elle devient appétissante. Lorsque Sonia Vollereaux prête ses charmes et son talent à Bénédicte, il serait vain de vouloir résister. Cette diablesse mise ne scène par Marion sait, mieux que personne, jouer sur tous les registres avec un égal bonheur. Elle nous donne avec sa simplicité et sa sensibilité habituelles, une magistrale leçon d’interprétation. À la voir sur scène, difficile de ne pas devenir fan. Face à elle, Pierre-Olivier Scotto donne belle consistance à son personnage. Allez y voir, vous m’en donnerez des nouvelles.

Philippe Escalier

Petit Marigny : Carré Marigny M° Champs-Elysées-Clémenceau 75008 Paris – du mardi au samedi à 21h et dimanche à 16h – 01 53 96 70 20

INTERVIEW DE SONIA VOLLERAUX

Dix ans après «Les Palmes de monsieur Schultz», Sonia Vollereaux revient au Petit Marigny. Depuis le 12 mai, mise en scène par Marion Sarraut, elle y interprète «Jeux d’rôles» en compagnie de Pierre-Olivier Scotto, coauteur de la pièce. Cette comédienne au charme inné, sensible et spontanée, sur scène comme dans la vie, est tout simplement éblouissante !

Sonia, que se passe-t-il dans «Jeux d’rôles» ?

Une femme débarque dans la vie d’un homme. On va apprendre au fil des jeux de rôles qu’elle lui fait jouer, son identité et les raisons de sa présence. C’est un thriller à la Woody Allen, très tendre, très drôle, où l’on dit des choses profondes sur un air de comédie.

Chez vous, la scène a toujours eu la priorité ?

Oui, j’ai refusé des projets pour me consacrer au théâtre. L’an dernier, on m’a proposé de devenir à l’écran la femme de Johnny Hallyday. Je n’ai pas pu le faire car c’est un homme qui commence à tourner tard et j’avais les contraintes de «Lunes de miel» (avec Pierre Arditi et Évelyne Bouix, ndlr).

Vous n’avez eu que des joies au théâtre ?

Le seul moment difficile c’est lorsque j’ai perdu mon père, en 1997. Je jouais « Ma petite fille, mon amour» avec Danielle Darrieux et Jacques Dufilho, une rencontre qui m’a beaucoup marquée. La pièce ne parlait que de la fille et du père, un mot que je disais au moins trente-sept fois par soir ! À un moment donné – le père aime tellement son enfant qu’il l’étouffe –, je disais : «Papa, je voudrais que tu meures.» C’est le moment où le mien décède d’une rupture d’anévrisme ! J’ai arrêté le théâtre pendant un an.

Pour revenir à vos débuts, vous avez fait un passage éclair à la Comédie-Française !

C’est un choix, je n’aimais pas du tout l’ambiance ! Je me suis dit que si je restais, j’allais crever ! Un jour, j’ai regardé ma voisine en lui annonçant : «Là, tu me vois, mais demain je ne suis plus là !» Même si ce n’est pas facile de quitter une telle maison.

Comment avez-vous découvert votre amour du théâtre ?

À la crèche ! (Rires.) On faisait une crèche vivante. J’étais haute comme trois pommes. Je jouais saint Joseph et je me suis vraiment prise au jeu !

En vous voyant sur une scène, on a le sentiment que tous les rôles vous sont permis comme dans «Lapin, lapin» où en petit garçon, vous avez obtenu un Molière en 1996 !

C’est gentil, en tout cas, j’aime tous les personnages, les rois, les clochards, les travestis, les gentils, les pervers. Tout m’intéresse. La passion des autres me taraude depuis l’enfance. Je suis quelqu’un qui observe. Il m’est arrivé un nombre de fois incalculable de rater des métros ou des bus parce que je venais de voir une personne qui m’intriguait. C’est instinctif. Je sais comment sont les autres, je ressens, je capte et je comprends. Du coup, j’ai dû apprendre à me protéger car certaines choses me font vraiment très mal. Même si j’ai une grande tolérance.

Vous auriez pu faire de l’humanitaire ?

Oui, vraiment. J’aurais pu être médecin, m’occuper des autres. Depuis quelques années, je donne de mon temps à une association, «La Maison du soleil»*, qui récolte de l’argent pour les enfants atteints du sida. C’est important !

Philippe Escalier

Petit Marigny : Carré Marigny M° Champs-Elysées-Clémenceau 75008 Paris – du mardi au samedi à 21h et dimanche à 16h – 01 53 96 70 20

*La Maison du soleil : Aides, 11 rue Régale, BP 183, 30012 Nîmes Cedex 04.

Alan Turing : L’homme qui a croqué la pomme

Mathématicien génial, père de l’ordinateur, né le 23 juin 1912 à Londres, Alan Turing à grandement contribué à la victoire contre les nazis en brisant Enigma, leur fameuse machine à coder. Un exploit qui, à lui seul, aurait dû l’élever au rang de héros national. Au lieu des lauriers qu’il méritait, sa patrie mis sur son chemin des embuches qui finirent par avoir raison de lui. Cet esprit remarquable, l’un des plus brillants de son époque, avait le tort d’être homosexuel. Victime d’un cambriolage, la plainte qu’il doit déposer va mettre sa vie privée (pourtant peu mouvementée) en lumière. Pour éviter la prison, (l’homosexualité est longtemps restée un crime outre-Manche), il est tenu de suivre un traitement chimique castrateur. Une décision indigne qui le pousse au suicide. Un soir de juin 1954, cet homme que la découverte de « Blanche-Neige » avait fasciné lorsqu’il était enfant, croqua dans une pomme imbibée de cyanure. Une image forte dont les deux fondateurs d’Apple se souviendront au moment de choisir l’emblème de leur marque, même si, par la suite, ils trouvèrent des explications moins dramatiques et plus politiquement correctes.

Le destin étrange et romanesque d’Alan Turing peut se rapprocher, par bien des points, de celui d’Oscar Wilde. Doté, comme lui, d’une intelligence fulgurante, il eut une vie brève, victime d’une société ayant toujours préféré la crétinerie bien pensante au génie remuant et sexuellement « non-conforme ». L’homme a pourtant de quoi fasciner : ses travaux sur l’intelligence artificielle ont été essentiels au développement de l’informatique, sans compter la liberté dont le monde occidental lui est redevable, en partie. En venant à bout du code utilisé par la marine allemande, sur lesquels les experts, les uns aprés les autres s’étaient cassés les dents, il permet (épaulé par une équipe d’ingénieurs) de gagner la bataille de l’Atlantique. Grâce à lui, les sous-marins qui menaçaient d’asphyxier la Grande-Bretagne furent localisés et détruits. Un livre et une pièce de théâtre lui ont déjà rendu hommage. Le livre que Laurent Lemire lui a consacré se lit d’une traite. Très synthétique et bien documenté, il contribue à braquer les projecteurs sur une vie exceptionnelle qu’il était urgent de sortir de l’ombre.

Philippe Escalier

Alan Turing, L’Homme qui a croqué la pomme est publié aux Editions Hachette Littératures – 17,50€

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