Anniversaire d’Elisabeth II

 

Derrière les images d’Épinal, les idées préconçues, les photos des tabloïds, il reste une réalité : le métier de Reine est le plus dur qui soit. Bien sûr, cette affirmation fera sourire ceux qui ont du mal à trouver du travail ou à boucler les fins de mois, c’est-à-dire pas mal d’entres-nous, mais elle reste vraie. D’ailleurs qui changerait sa situation, même la plus précaire pour ce véritable esclavage, et pour plus d’une semaine… ?

 

La Reine d’Angleterre, Élisabeth II, fête ses quatre-vingt ans le 21 avril. On pensera de la personne ce que l’on veut, on l’imaginera, peut-être, plus chaleureuse, meilleure mère de famille, que sais-je… mais on reconnaîtra qu’elle remplit son métier avec un sens du devoir et du sacrifice, une régularité, une impartialité qui imposent le respect.

 

Un journaliste anglais déclarait l’admirer avant d’ajouter qu’il ne pensait pas qu’elle resterait comme une grande Reine. Curieuse affirmation ! Affirmation gratuite pour rester gentil. Ce serait quoi aujourd’hui, pour ce Monsieur, une grande Reine… ? Un Chef d’État qui déclarerait la guerre à la France et la gagnerait (!), qui multiplierait les frasques sentimentales… qui ferait de grands sourires à des journaux en portant des tenues sexy ! Pourrait-on être sérieux plus d’une minute ?

 

Quand on assume cette fonction pendant cinquante ans, d’une telle manière, sans jamais avoir prêté, de son propre fait, le flanc aux scandales ou aux rumeurs, en étant, depuis cinquante ans et sans discontinuer, malgré ce que disent certains "journalistes du dimanche", la personnalité la plus aimée de son pays, que l’on ne dispose d’aucun pouvoir législatif mais que l’on incarne, par sa fonction et le prestige que l’on a su lui conserver, un  élément unificateur d’un pays toujours sensible aux divisions, on est, que cela plaise ou non, une très grande Reine.

 

Bonne Anniversaire Ma’am

 

Philippe Escalier

Les effets spéciaux

  

Enfants de la révolution informatique, les effets spéciaux, nés avec l’apparition du septième art, viennent de connaître, ces quinze dernières années, des avancées prodigieuses, mises en valeur par le cinéma mais aussi la pub et les clips. Dans ce qui est devenu une véritable industrie, la France fait preuve d’un exceptionnel savoir-faire, porté par quelques sociétés œuvrant pour de très grands films dont certains ont été distingués par la sélection cannoise.

Historique et état des lieux d’un secteur primordial en plein essor

 

 

 

1898 : un mauvais fonctionnement de sa caméra à manivelle permet à Georges Méliès de découvrir qu’il est possible de superposer des images. Ingénieux, celui qui est considéré comme le père des effets spéciaux n’en reste pas là et met au point les ralentis et les accélérés que le cinéma utilise toujours. Il invente d’autre part la seconde grande catégorie d’effets, ceux liés, non plus à la caméra mais aux décors. Ces derniers sont soit projetés sur un écran (« transparence »), soit rajoutés après tournage (« Matte shot »), soit mélangés à des décors construits et peints (« glass shot »).

 

Ces techniques présentent la double utilité de permettre la réalisation de films fantastiques, mais aussi d’amoindrir les coûts et d’assurer la sécurité des comédiens. En son temps, Griffith se déclare hostile à tout trucage mais les utilise pourtant, les décors d’Intolérance ayant failli le ruiner ! Le terme « effets spéciaux » apparait pour la première fois au générique du film de Raoul Walsh What price glory en 1927. La grande crise qui survient deux ans après et qui resserre les budgets, leur fera faire un bond en avant.

 

C’est naturellement à la fin des années soixante que l’informatique révolutionne le genre. 2001 l’Odyssée de l’espace en 1968 en sera un bel exemple, suivi en 1977 par le premier épisode de Stars War. En baptisant sa firme Industrial Light and Magic, George Lucas ne pouvait mieux dire à quel point l’art des effets spéciaux s’apparente à cette magie qui fait partie intégrante du cinéma. De fait, aujourd’hui, ils sont partout, certains films ayant été réalisés intégralement en images de synthèse comme Final Fantasy, film où la prouesse reste davantage technique qu’artistique ! En l’occurrence, une surenchère semble se faire jour entre un public toujours plus gourmand et des techniques toujours plus sophistiquées. De fait, l’utilisation d’effets spéciaux touche toutes les catégories de films, la programmation de Cannes en est le meilleur exemple.

 

Face à cette tendance quasi incontournable, des mouvements de résistance se sont organisés. En 1998, Thomas Vinterberg en présentant sur la Croisette Festen avec lequel il obtient le Prix du Jury ex-æquo, a signé avec Lars von Trier un document solennel, le Dogma 95. À cette occasion, les deux réalisateurs s’engagent à respecter « des vœux de chasteté » : tourner en extérieur, ne pas produire un son séparé et filmer caméra sur l’épaule font partie des « commandements » que Lars von Trier mettra en application, de son côté, avec Les Idiots. Reste que l’emprise du numérique est irrésistible, et que Sony n’a pas hésité à profiter du festival de Cannes pour annoncer le lancement de la haute définition numérique.

 

Des sociétés et des hommes se cachent derrière les réalisations époustouflantes chargées d’éblouir le spectateur. Parmi elles, Buf et Duran Duboi, deux noms français, à la pointe de leur spécialité. Doit s’y ajouter un incontournable, un mythe vivant, Stan Winston.

 

 

Les exceptions françaises

 

Buf a bâti sa renommée sur ses capacités créatives et l’animation en 3 D. La société travaille sur deux sites en région parisienne et dispose d’un bureau sur Los Angeles. Ses effectifs en constante augmentation, oscillent entre 200 et 250 personnes. Seule boite capable d’assumer l’ensemble des effets spéciaux d’un film, Buf, pour Angela de Besson, a réalisé entre 120 et 150 plans ce qui est considérable quand on sait, qu’en moyenne, un film se compose de 1200 plans. Il a fallu pour cela des semaines de travail occupant plus d’une dizaine de personnes. Privilège rarissime, la société est associée à de très grandes productions anglo-saxonnes, (Harry Potter, Batman, 2046…) et ce, malgré le handicap conjugué de la langue et des couts de production, où la France se distingue également ! Ce qui n’empêche pas les grands studios américains de venir frapper à la porte de Buf, souvent poussés par les réalisateurs, comme cela a été le cas récemment avec Oliver Stone pour Alexandre.

 

Membre de la société Duran, créé en 1983 par Pascal Hérold et Benoît Maltaverne à un moment où l’on reste encore sceptique sur l’influence de l’ordinateur sur le septième art, Duboi s’est spécialisée dans les effets spéciaux. Dans un premier temps, son domaine d’action reste très européen mais s’est élargi à l’international, depuis l’arrivée en son sein de Quinta Industries. À son actif, quelques grands films français comme Jeanne d’Arc, Astérix et Obélix, Taxi2 et l’Alien de Jeunet. Avec ce réalisateur, c’est une longue histoire d’amour commencée avec le tournage de Delicatessen en 1990 et dont Un long dimanche de fiançailles constitue le dernier épisode en date.

 

 

Stan Winston : une légende

 

Celui qui restera dans l’histoire du cinéma comme le spécialiste des effets spéciaux, couronné dans sa catégorie par quatre Oscars, débarque à Hollywood en 1968 pour y entamer une carrière de comédien qui n’aura guère de succès. Il entre alors chez Dysney comme apprenti maquilleur où il se découvre un goût pour la fabrication de créatures effrayantes. James Cameron lui confie le maquillage de Terminator 2. Jurassik Park, où il donne aux dinosaures numériques des allures réalistes et où il parvient à mélanger images de synthèses et images réelles, lui apporte un succès « monstre ». Des prouesses lui valant de collaborer avec le Massachusetts Institute of Technology (MIT) sur le projet d’ordinateur le plus « intelligent » de tous les temps.

 

 

Basées sur des logiciels construits sur mesure pour des ordinateurs spéciaux parfois installés dans des pièces réfrigérés, la technique des effets spéciaux a proprement révolutionné le cinéma. Pourtant, on ne peut s’empêcher de songer que les horribles créatures qui ont, naguère, terrorisé des générations de spectateurs, étaient fabriquées avec trois fois rien. La peur qu’elles suscitaient, nourrie par une ambiance kitch si particulière, avait l’avantage de leur donner des allures presque réelles. Une évidence (teinté d’une certaine nostalgie) qu’avec ses mots Tim Burton a bien résumé : « Ironiquement, plus les effets numériques s’approchent du réalisme, moins ils sont réalistes. »

 

Photo Orly Films

 

Philippe Escalier

 

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