Comédiens !

Au théâtre de la Huchette, « Comédiens ! » nous offre un voyage tragi-comique à travers un show théâtral et musical original, parfaitement huilé et réussi grâce au talent de ses trois créateurs et de ses trois interprètes, à la fois comédiens, musiciens… et magiciens, si l’on en juge par l’effet qu’ils produisent sur le public.

Samuel Sené, concepteur de « Comédiens! », aime le mélange des genres. Opéra, théâtre, comédie musicale, ce metteur en scène cuisine tous les ingrédients du spectacle en virtuose. Il se joue de son auditoire avec une dextérité rare, ne dévoile ses intentions que progressivement. C’est en nous faisant beaucoup rire qu’il avance ses pions, un vaudeville échevelé laissant peu à peu la place au drame, toujours avec des scènes bien écrites, bien chantées et admirablement jouées.
Au départ, nous sommes censés assister, dans un petit théâtre, à la répétition d’un spectacle qui doit se jouer dans quelques heures. Définition même de la mise en abime : la pièce que les comédiens sont en train de préparer, à la hâte et assez maladroitement, est la représentation exacte de leur existence. Ce qui provoque de multiples interactions, nous faisant passer de surprise en surprise, jusqu’à découvrir que nos éclats de rire cachent un drame, celui de la jalousie. Cette jalousie insidieuse, qui brule et consume. Pour la décrire, on pourrait plagier ce que Rossini dit de la calomnie : « Elle glisse, elle rôde, s’introduit dans les têtes et les cervelles ». Et n’attend qu’un prétexte pour exploser.
Samuel Sené, en mélomane assumé, a imaginé une sorte de remake de l’opéra italien « Paillasse », telle fut sa base de départ, mais nul besoin de connaître ce bijou du XIXeme pour être happé par un spectacle, qui, disons-le, décoiffe, grâce aussi aux dialogues et aux paroles d’éric Chantelauze et à la musique de Raphaël Bancou. Un parfait et subtil canevas construit sur mesure pour un trio de choc. Marion Préïté Fabian Richard et Cyril Romoli excellent. Chacun dans son registre est parfait. Si le public averti sait les miracles que les deux acteurs sont capables de réaliser, il ne manquera pas de remarquer le talent de Marion Préïté, que beaucoup vont découvrir à la Huchette. Tous trois vont nous embarquer dans une histoire prenante, surprenante et nous laisser, à la toute fin, sans voix. Mais non sans un tonnerre d’applaudissements, car c’est ainsi qu’il convient de saluer un tel spectacle et de tels comédiens !

Texte et photos : © Philippe Escalier

Théâtre de la Huchette : 23, rue de la Huchette 75005 Paris
Du mardi au samedi à 21 h – matinée samedi à 16 h
01 43 26 38 99

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Orphée et Eurydice

Quand la beauté de la musique de Gluck, dirigée par le merveilleux Thomas Hengelbrock, rencontre la mise en scène chorégraphiée de Pina Bausch dans l’écrin du Palais Garnier, on touche au sublime.

Dans la fosse, l’orchestre, le Balthasar-Neumann-Chor & Ensemble, avec son époustouflante sonorité, d’une précision et d’une douceur inégalée, assure la partie musicale. Sur la scène, le corps de ballet de l’Opéra de Paris se mêle aux deux cantatrices interprétant les rôles titres. La chorégraphe allemande a su faire dialoguer les deux chanteuses et les deux étoiles incarnant les deux protagonistes de l’opéra, comme si ces quatre artistes faisaient partie de la partition originelle. L’interaction magique nous montre à la fois un double, un jumeau mais décrit aussi une présence amie, réconfortante, compatissante. Stéphane Bullion, marmoréen, danse Orphée, en miroir avec la cantatrice Maria Riccarda Wesseling, Marie-Agnés Gillot, est l’incarnation parfaite de la voix de Yun Jung Choi. Un quatuor d’une profonde vérité donnant naissance à une fusion entre le chant et la danse qui n’aura jamais été aussi accomplie, aussi exaltante. Dans une mise en scène très épurée, d’une densité profonde, les couleurs blanc, noir et rouge portent messages et participent à l’harmonie de l’ensemble. Beauté, légèreté, noblesse, tout dans les mouvements du corps de ballet exprime et sublime la musique de Gluck, dans un esthétisme exceptionnel, d’une pureté infinie qui permet de comprendre pourquoi ce ballet est considéré comme l’un des plus aboutis de Pina Pausch. Jamais son cri « Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus ! » n’aura été plus vrai. L’émotion qu’elle nous donne à travers cette œuvre (crée en 1975 et entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris en 2005), est si forte qu’elle l’inscrit dans l’éternité !

Texte et photos des saluts : © Philippe Escalier

http://www.operadeparis.fr

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Le Jardin d’Alphonse

En nous offrant un huis-clos familial à la fois drôle, tendre et tourmenté, Didier Caron signe une pièce pleine de vitalité et de subtilité. Portée par une troupe exceptionnelle de neuf comédiens, ce « Jardin d’Alphonse » est un magnifique moment de théâtre.

« Il faut cultiver notre jardin » a fait dire Voltaire à Candide. Didier Caron a eu bien raison de cultiver le sien. Rarement spectateur se sera senti si à l’aise, si heureux de se laisser conter une histoire. Nous sommes après un décès. Une famille se retrouve, avec les très proches, rassemblée pour un ultime adieu à son patriarche. Mais comme dans beaucoup de famille, c’est aussi l’instant où remontent les jalousies, ou se font les bilans et où parfois, émergent des secrets de famille. Didier Caron, a qui l’on doit notamment « Un Vrai bonheur » a montré tout l’art qui était le sien de raconter et décrire les sentiments, les situations les plus personnelles, sans jamais tomber dans la caricature. Autour d’évènements et de personnages ayant quelque chose d’intime et d’un peu universel à la fois, ces instantanées sont précis, cruels par moments, mais toujours emplis de tendresse et d’une grande drôlerie. S’il porte la plume là où ça fait mal, il sait aussi déclencher l’hilarité et désamorcer les situations trop tendues. Résultat, le public est aux anges et ne cache pas sa joie. D’autant que l’on serait bien en peine de faire la moindre critique à une troupe au diapason, dirigée par l’auteur et Véronique Viel. Chacun sur scène a un rôle original, plein et entier à défendre et chacun le fait magistralement. Karina Marimon nous offre un grand numéro d’actrice en épouse juive d’une drôlerie irrésistible et touchante. Julia Dorval, toute en subtilité, en belle blonde croqueuse d’hommes, fait apparaitre des défauts qui cachent mal ses blessures. Jérémy Malaveau et Romain Fleury incarnent, dans des registres différents, mais avec une égale réussite, les deux frères que la vie tente d’opposer. Sandrine Le Berre, avec sa sensibilité, apporte sa voix et sa dégaine fragiles à la fille de la maison qui vit avec sa copine, une originale incarnée avec brio par Gaëlle Lebert. Bernard Fructus dans le rôle du mari cardiologue, tout en finesse, nous donne une leçon d’interprétation. Michel Feder avec beaucoup de vérité, incarne, lui, un père et un mari, sinon comblé, du moins présent et aimaint, face à Christiane Ludo, toujours juste en épouse discrète. Le Jardin d’Alphonse » est une pièce chorale parfaitement accomplie. Retenue, à juste titre, pour les Molières, elle mérite amplement votre visite.

Philippe Escalier

Photos © Franck Harscouet – Saluts : © Philippe Escalier

Théâtre Michel : 38, rue des Mathurins 75008 Paris
Les jours et les horaires sur le site : http://www.theatre-michel.fr
01 42 65 35 02

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Exposition Jean-Pierre Plundr à l’EBI

A Cergy, l’EBI Ecole de Biologie Industrielle – Ingénieurs Bioindustries va avoir le privilège d’exposer des toiles de Jean-Pierre Plundr. Né en 1957, vivant à Auvers-sur-Oise, on dit de son travail, qui va de l’abstraction à la figuration, que c’est de la poésie écrite à la peinture.
Ouvert à tous, le vernissage le 10 mars 2018 à 17 h de « Passages colorés » permettra aux élèves et aux nombreux participants d’entendre l’artiste parler de son œuvre.

C’est un moment unique que l‘on ne manquera pas.

Jusqu’au 31 mai 2018

Ecole de Biologie Industrielle
49 avenue des Genottes
95895 CERGY CEDEX

Photos © Philippe Escalier

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TINTORET, naissance d’un génie

A l’occasion du 500e anniversaire de la naissance du Tintoret, le Musée du Luxembourg célèbre l’un des plus fascinants peintres de la Renaissance vénitienne.
L’exposition se concentre sur les quinze premières années de sa carrière, période décisive et déterminante pour comprendre comment il se construit. Elle propose ainsi de suivre les débuts d’un jeune homme ambitieux, pétri de tradition vénitienne mais ouvert aux multiples nouveautés venues du reste de l’Italie, décidé à renouveler la peinture dans une Venise cosmopolite. Peinture religieuse ou profane, décor de plafond ou petit tableau rapidement exécuté, portrait de personnalité en vue ou d’ami proche, dessin ou esquisse… les œuvres rassemblées rendent compte de la diversité du travail de Tintoret et de sa volonté de frapper l’œil et l’esprit par son audace.
L’exposition retrace en définitive l’ascension sociale d’un homme d’extraction modeste, fils de teinturier, qui, grâce à son talent, parvient à s’élever dans la société, à s’imposer et à se faire un nom sans rien oublier de ses propres origines.

Photos : © Philippe Escalier

Musée du Luxembourg  : 19 rue de Vaugirard 75006 Paris  –  01 40 13 62 00
Jusqu’au 1er juillet 2018
Du lundi au jeudi de 10 h 30 à 18 h
vendredi, samedi, dimanche et jours fériés de 10 h 30 à 19 h
fermeture le 1er mai
(pas de jour de fermeture hebdomadaire)

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« Montgomery Clift » L’enfer du décor de Sébastien Monod aux Editions LettMotif

A travers la filmographie de Montgomery Clift, Sébastien Monod nous retrace la vie très tourmentée de l’une des plus grandes stars du cinéma américain des années 50 qu’il serait injuste d’oublier.

Montgomery Clift, que ses amis surnommaient affectueusement Monty, est né le 17 octobre 1920 dans le Nebraska. Sa mère, issue d’une famille patricienne qui ne l’a jamais reconnue, n’aura de cesse de faire réussir ses trois enfants, Montgomery ayant un frère aîné et une sœur jumelle. Très tôt séparée de leur père, si elle leur donne une éducation soignée, assez élitiste, elle les fait aussi beaucoup voyager, faisant d’eux des déracinés.
Attiré par les planches, il fait ses débuts au théâtre à douze ans. Il est tout de suite décrit comme beau et intelligent.
Sa première rencontre amoureuse a lieu à 18 ans. Pour ce garçon cultivé et secret, mais n’aimant pas le mensonge, il est vite évident que son homosexualité va être son handicap majeur.
Ses véritables débuts ont lieu en 1944, quand Kazan, très homophobe, accepte enfin de le rencontrer. Ses premiers succès auront lieu au théâtre mais dès 1945, il passe des essais à Hollywood qui débouchent sur son premier film, un superbe western, « La Rivière rouge » d’Howard Hawks. Son côté perfectionniste apparait déjà et il travaille beaucoup pour être à la hauteur de ce premier grand partenaire qu’est John Wayne. Son physique d’exception et son talent font de lui l’acteur le plus prometteur de sa génération.
1949, il tourne « L’Héritiére » avec Olivia de Havilland. Il travaille sous la direction d’une actrice, Mira Rostova. Leur relation, sur le plan professionnel, est quasi fusionnelle au point de nuire aux tournages, la présence de Mira faisant parfois de l’ombre au réalisateur et les partenaires féminines de Montgomery se plaignant de passer au second plan.
Cette même année marque sa rencontre avec Elizabeth Taylor qui sera un peu la femme de sa vie. Ensemble, ils tournent « Une Place au soleil », film qui fait de lui une star.
Toujours exigeant, recherchant des rôles qui lui conviennent, désireux de toujours être parfaitement préparé, il refuse certains contrats, faisant, au passage, quelques erreurs majeures comme avec les mythiques « Sunset boulevard » et « A l’est d’Eden » qu’il décline.
Il tourne avec Alfred Hitchcock « La loi du silence » qui sort en 1953. A cette époque, s’il boit beaucoup, il parvient à rester à peu près sobre sur les plateaux. Pourtant, ses rapports avec le maître du suspens ne seront pas bons, les deux hommes ne se comprenant pas. Mais cette année sera un excellent millésime puisqu’il tourne avec Vittorio De Sica puis avec Fred Zinnemann dans le célèbre « Tant qu’il y aura des hommes » pour lequel il ratera de peu l’Oscar en mars 1954. Reconnaissant, le réalisateur lui dédit celui qui vient de lui être décerné.
Dans la vie de Montgomery Clift qui ressemble, malgré tous ses succès, à une lente chute vers l’abime, il y aura un avant et un après. Ses difficultés avec sa sexualité, ses abus d’alcool et de tranquillisants, qui le transforment parfois en homme violent et sadique, notamment dans sa vie sentimentale, le torturent et le détruisent. Le 12 mai 1956, l’année ou sort « L’Arbre de vie » d’Edward Dmytryk, un accident de voiture dû à l’imprudence, qui aurait pu lui être fatal, va le défigurer. Elizabeth Taylor, chez qui il passait la soirée, se précipite sur les lieux de l’accident et lui sauve la vie en lui enlevant les deux dents arrachées qui menaçaient de l’étouffer.
Devenu de plus en plus difficile à gérer sur les plateaux, les propositions se font plus rares. Deborah Kerr saluant son immense talent, « tout en sensibilité et en non-dit », se demande « quels démons le poussent autant vers la destruction ? ». Il est pourtant retenu pour « Le Bal des maudits » (un titre qui pourrait presque servir de sous-titre à sa vie !), en 1957, où il joue aux côtés de Marlon Brando, qui devient un ami, malgré la concurrence dans laquelle les grands studios les avaient placés et qui essaie de l’aider à surmonter ses problèmes d’alcoolisme. L’année suivante, Elizabeth Taylor impose sa présence dans « Soudain l’été dernier ». 1960 sera son chant du cygne avec le tournage des « Misfits » qui marque sa rencontre avec Marilyn Monroe, écorchée vive comme lui et qui dira à son propos : « Il est le seul être qui soit encore plus perdu que moi ». Après ce qui restera comme son plus grand film, John Huston lui demande d’ incarner le célèbre psychanalyste dans « Freud, passions secrètes » qui sort en 1962. Les rapports entre les deux hommes, difficiles, vont s’envenimer jusqu’à devenir exécrables. Monty sera même blessé à l’œil durant le tournage et les comédiens se divisent entre ses partisans et ceux de Huston qui n’a jamais supporté l’homosexualité de l’acteur. Le clap de fin sera accueilli comme une délivrance, mais l’expérience aura été si difficile que Montgomery devra prendre du champ durant quelques années. Il faudra un peu de temps à John Houston pour reconnaître toutes les qualités de l’acteur.
Montgomery Clift revient au théâtre mais son état mental et physique, tout comme la nouvelle génération d’acteurs qui émerge, lui donne le sentiment cruel d’être fini. Il tourne dans son dernier film « L’Espion » du français Raoul Levy qui sort en 1966. Définitivement épuisé, il ne quitte plus son domicile new-yorkais où son compagnon le trouve mort d’une crise cardiaque, le 23 juillet 1966. Elizabeth Taylor qui avait réussi à l’imposer dans « Reflets dans un oeil d’or » devra tourner en l’absence de son cher Monty !

Philippe Escalier

« Montgomery Clift »
L’enfer du décor de Sébastien Monod aux éditions LettMotif
http://www.edition-lettmotif.com

 

Couverture Montgomery Clift - L'enfer du décorCapture d_écran 2017-09-15 à 21.55.57 copieCapture d_écran 2017-09-15 à 22.01.32Montgomery Clift - Photo de la couverture de Life 1948 (Public Domain) copieMontgomery Clift livres 01

 

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