Un chapeau de paille d’Italie

Avec cette adaptation d’Eugéne Labiche au Lucernaire, la compagnie de l’Éternel Été démontre une nouvelle fois sa capacité à rajeunir les grandes pièces du répertoire. La folie et le comique de ce vaudeville sont nourris par une mise en scène pleine de surprises.

C’est peu dire que ce « chapeau de paille d’Italie » décoiffe. Un chapeau de paille d’Italie et Benoît Gruel l’ont adapté avec un double parti pris : en faire un moment « électro-onirique » et lui donner des allures très modernes, loin des portes qui claques (il n’y a pas de portes !) où l’on pourra constater que l’adulte n’est rien d’autre qu’un grand enfant. Le mariage est-il chose sérieuse ? Faut-il y voir un rêve ou un cauchemar, en particulier quand votre future belle-mère est un « porc-épic » ne rêvant que de rompre cette union ? Adieu le mobilier Second Empire, les spectateurs vont découvrir un décor fait de matelas et d’oreillers (mais rassurez-vous personne ne s’endort, ni sur scène et encore moins dans la salle !) et un texte dépouillé de ses aspects sexistes et racistes pour me laisser place qu’au comique, au rythme endiablé et au génie de la construction de Labiche. Le vaudeville traditionnel est franchement dynamité au profit d’un récit rajeuni et construit à la manière d’un cartoon. Le défi est de taille, mais il est relevé haut la main, notamment grâce au fourmillement d’idées et à une distribution hors pair qui prend visiblement plaisir à cet exercice original, sur vitaminé et très physique. Face à Emmanuel Besnault dans le rôle de Fadinard, le futur marié, Sarah Fuentes est parfaite en belle-mère névrosée, Mélanie Le Duc interprète avec brio la femme adultère tout comme Guillaume Collignon, l’amant très agité et susceptible. Victor Guez (le cousin) complète parfaitement cette troupe qui, durant une heure quinze, vient étonner et ravir les spectateurs du Lucernaire.  

Philippe Escalier – Photo © Philippe Hanula

Blanche-Neige et les Sept Nains

Avec son dernier spectacle musical jeune public consacré à l’un des plus célèbres contes des Frères Grimm, Olivier Solivérès démontre une nouvelle fois, au Théâtre de la Gaité Montparnasse, sa capacité à écrire et mettre en scène un spectacle réussi, à destination des grands comme des plus petits.

Faire un spectacle très visuel, avec les moyens que nous donne la technologie aujourd’hui, mais sans en abuser, avec une écriture tonique, pleine d’humour, truffée de références (notamment à la chanson) et d’anachronismes hilarants, le tout porté par une excellente troupe, telle est la recette qui a permis à Olivier Solivérès d’être plébiscité par le public et par deux fois nommé aux Molières pour « Le Bossu de Notre-Dame » et « Blanche-Neige ». D’entrée, le ton est donné et avant l’ouverture du rideau, les enfants sont appelés à réagir (ils le feront d’ailleurs abondamment, tout au cours du spectacle) face à une reine qui n’est pas encore apparu mais qui manifeste déjà son cruel despotisme. La résistance s’organise dans la salle qui prend naturellement le parti de la malheureuse princesse et de son vaillant Prince Charmant en leur apportant un constant soutien très sonore.

Une représentation sur scène de Blanche-Neige interagissant avec une sorcière qui lui tend une pomme rouge.

Le jeu remarquable des comédiens est indispensable pour capter l’attention des enfants et s’assurer de leur participation. Le résultat dépasse les attentes. Marion Belham une magnifique et exubérante reine. Il est bien difficile de résister à ses effets comiques qu’elle partage avec son valet Victor, l’irrésistible et bouillonnant Thomas Langlet. Clara Hesse qui fait d’excellents début dans le rôle-titre, est parfaite en princesse martyrisée avant de s’épanouir en compagnie des sept mineurs lui offrant l’hospitalité. Le sort tragique que la jalouse et narcissique reine lui réservait sera heureusement contrarié par l’amour du jeune prince auquel Hadrian Levêque Di Savona apporte toutes ses qualités de chanteur et d’acteur, à quoi il faut ajouter une belle prestance (son duo de début avec la reine qui voudrait bien en faire son quatre heure est assez piquant). Cette belle distribution ne serait pas complète sans la présence de Alice Fleurey et Léa Grignon très efficaces sous les costumes et masques de nains.

Un prince en costume élégant s'incline sur une princesse endormie, habillée en jaune et bleu, sur un socle décoratif, entouré de lumière tamisée.

Ce jeu irréprochable vient porter haut de savoureux dialogues à l’humour très efficace à destination des adultes qui ne sont pas les derniers à s’amuser et à rire. « Blanche-Neige et les Sept Nains » est une joyeuse invitation à découvrir le spectacle vivant et à rester de grands enfants dans un monde où tout fini bien. Un tel plaisir ne se refuse pas !

Texte et photos Philippe Escalier

Alex Ramirès revient avec « Panache »

Après une tournée commencée début novembre, Alex Ramirès joue son nouveau et quatrième spectacle à la Comédie de Paris. Rencontre avec un humoriste qui continue à s’affirmer et à nous séduire.  

Alex, pourquoi une pré-tournée ?

Cela sert à roder le spectacle. J’écris un texte mais c’est avec les spectateurs que se font les ajustements. De plus, je voulais aller à la rencontre de mon public, ce qui m’a permis de faire plusieurs dates à Lyon d’où je suis originaire.

Comment écrivez-vous ?

Dans mon spectacle il y a des sketches centrés autour d’un personnage que j’écris devant mon ordinateur, en parlant à voix haute, c’est pourquoi il est bon pour mon entourage que je m‘isole et du stand-up où j’aborde des thèmes que je teinte d’humour. Je fais des sessions d’une semaine, dans des lieux plutôt agréables, j’en ai fait quatre pour ce spectacle, même si j’ai mis un an pour l’écrire. Ensuite je lis à des personnes de confiance et bien sûr à ma metteuse en scène, Alexandra Bialy qui est une amie proche. On a beaucoup de plaisir à travailler ensemble. 

 « Sensiblement viril » qui marque votre première collaboration avec Alexandra Bialy, a été un énorme succès. Vous parliez de votre homosexualité, très éloignée des clichés. Quel est le sujet de « Panache » ?

Pour moi, chaque spectacle doit avoir une problématique. Dans « Panache » j’aborde le problème de la confiance. Comment trouver le bon équilibre entre l’égocentrisme et le doute, être heureux sans écraser les autres, ce qui me permet de donner vie à des personnages drôles qui sont en représentation et qui se mentent parfois à eux-mêmes. C’est un peu ma recherche : comment s’affirmer mais pas trop pour ne pas être imbuvable, sachant qu’entre confiant et connard, il n’y a que 3 lettres de différence !

Finalement dans « Sensiblement viril » vous vous êtes éloignés des clichés pour y revenir et en rire, plus librement, après avoir affirmé haut et fort qui vous étiez !

Oui, en effet, je d’abord voulu m’assumer en ne me reconnaissant dans aucun cliché et maintenant je peux embrasser un peu plus ce qui me plait vraiment. C’est une démarche faite par choix et non parce qu’on m’y aurait cantonné. Aujourd’hui, je suis ce que j’ai envie d’être : le spectacle commence par un défilé de mode, je travaille avec une costumière de Drag Race France. Le « Panache » c’est assumer un peu de folie. J’avais envie de me rapprocher du côté festif, queer et fabuleux, c’est ce que je fais !

Vous avez rejoint récemment une grande boite de production !

Oui, j’ai la chance de travailler avec Thierry Suc Productions. Je suis allé frapper à leur porte, j’avais envie de les rencontrer. J’aime beaucoup ce qu’ils font, c’est une équipe qui me correspond bien. Je suis ravi de cette nouvelle collaboration.

Que faites-vous pour vous détendre dans les périodes où vous jouez ?

Je vais pas mal à la salle de sport. J’en avais fait un sketch dans le précédent spectacle, je suis devenu ce cliché là (rires) ! L’écriture, les amis et les soirées quand je ne suis pas trop fatigué. J’apprécie aussi de me réfugier dans mon appartement pour faire mes petites bricoles. Cela m’évite de me frotter au monde trop souvent.

Philippe Escalier

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