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Hadrian Lévêque di Savona, un comédien sur tous les fronts

Du Prince Charmant à l’opérette : portrait d’un artiste pluriel

À trente-neuf ans, ce Parisien aux racines bretonnes et corses ne tient pas en place : on l’a vu sur la scène de l’Opéra-Théâtre de Metz dans Titanic à l’hiver 2023, retrouvé un an plus tard sur la même scène en réalisateur joliment caricatural dans Le Chanteur de Mexico. Il endosse encore aujourd’hui les habits du Prince Charmant dans Blanche-Neige et les 7 nains mis en scène par Olivier Solivérès au Théâtre de la Gaîté Montparnasse. Cette capacité à passer d’un registre à l’autre, du conte familial à l’opérette à grand spectacle, du ballet de Garnier au plateau de cinéma, n’est pas le fruit du hasard : elle prolonge un parcours rare, nourri d’une formation délibérément pluridisciplinaire.

Des amphithéâtres de Nanterre aux planches de Los Angeles

L’aventure commence sagement, par une licence d’Histoire de l’Art et Archéologie à l’Université Paris X — Nanterre, qu’Hadrian Lévêque di Savona mène à son terme entre 2004 et 2007. La curiosité intellectuelle ne suffit cependant pas à contenir une vocation déjà bien ancrée : il intègre dans la foulée les Cours Cochet-Delavène, école parisienne réputée pour sa rigueur dans le travail du verbe et du jeu classique.

Désireux de prendre le large, il s’envole en 2008 pour la Californie et s’inscrit au prestigieux Lee Strasberg Theatre and Film Institute de Los Angeles, où il bénéficie de l’enseignement de Francesca Ursone. La vie l’autorise alors quelques bonheurs annexes : cours de théâtre le matin, castings l’après-midi, et même quelques visites sur les plateaux de Heroes, la série culte de Tim Kring. Les frilosités de l’administration américaine en matière de Green Card finissent par le rapatrier sur le sol français.
Sans amertume : il y rejoint l’École de Comédie Musicale de Paris (ECM), alors fraîchement reprise en main par Guillaume Bouchède. Trois années à l’ECM (2009-2012) lui forgent cette triple discipline que les Anglo-Saxons nomment volontiers triple threat : la danse, le chant et le théâtre. Issu d’une famille de musiciens – son père est le pianiste, chef d’orchestre et compositeur Yves Lévêque -, il y ajoute une solide pratique du piano, du saxophone alto et de la basse, héritée du conservatoire.
La scène est une passion qui ne le quitte pas et le public a pu découvrir ses talents, notamment en 2019 dans Célestine et la Tour des nuages, spectacle familial qui réinvente avec beaucoup d’imagination la construction de la Tour Eiffel dans le style Steam Punk.

Du ballet classique au plateau lyrique

Sa silhouette de danseur, 1,86 m, athlétique, n’échappe pas à son professeur de l’ECM, qui lui ouvre les portes de la figuration à l’Opéra national de Paris pour les grands ballets. C’est dans ce cadre qu’il décroche sa première intermittence et goûte à la magie singulière du Palais Garnier, où il a notamment été aperçu dans Giselle en mai 2024. Une expérience qu’il prolonge depuis sans relâche, (après La Dame aux Camelias à Garnier, il enchaîne avec La Bayadère à Bastille, en parallèle de ses propres engagements de comédien-chanteur.

Titanic à Metz : la rencontre décisive avec Vincent Heden

C’est par une heureuse chaîne d’amitiés que le public lyrique fait sa connaissance. Donnant des cours de chant à l’École Perimony et à l’Association ActeVoix, il y croise Vincent Heden qui devient l’un de ses professeurs avant de lui proposer de reprendre un rôle qu’il avait lui-même tenu quelques années auparavant. Ce sera Titanic de Peter Stone et Maury Yeston, mis en scène par Paul-Émile Fourny à l’Opéra-Théâtre de Metz pour les fêtes de fin d’année 2023.

L’artiste en garde un souvenir lumineux : « C’était une formidable aventure. Nous étions soixante-cinq sur scène, plus trente-cinq musiciens, tous âges confondus. Il y a eu une entente collective immédiate qui, pour nous aussi, a rendu ce spectacle unique. » L’aventure messine va faire des petits.

Le Chanteur de Mexico : un triomphe pour les fêtes 2024

Paul-Émile Fourny le rappelle pour sa nouvelle production phare, Le Chanteur de Mexico de Francis Lopez, donnée du 20 décembre 2024 au 1ᵉʳ janvier 2025. Le directeur de l’Opéra-Théâtre, qui signe une mise en scène en forme de mise en abyme, (on y tourne un film, façon clin d’œil à La Nuit américaine de Truffaut), confie à Hadrian Lévêque di Savona le personnage savoureux du réalisateur, alias Pablo Proporciona. Un rôle parlé-chanté, central dans la dramaturgie, qu’il partage avec une distribution éclatante : Amadi Lagha en Vincent Etchebar, Perrine Madoeuf en Eva Tornada, Régis Mengus en Bilou, Apolline Hachler en Cricri. La production, saluée par Forum Opéra et Première Loge, réunissait cinquante-cinq musiciens dans la fosse sous la baguette du jeune chef Victor Rouanet Pour le comédien, qui suit depuis plusieurs mois des cours de chant lyrique, c’est une étape importante vers le répertoire de l’opérette qu’il entend désormais arpenter méthodiquement.

Blanche-Neige à la Gaîté Montparnasse : un succès qui dure

Entre deux escapades messines, c’est le Prince Charmant de Blanche-Neige et les 7 nains qui occupe ses week-ends. La nouvelle adaptation d’Olivier Solivérès, où l’on retrouve hologrammes et mapping, une première en France pour un spectacle jeune public, joue à guichets fermés à la Gaîté Montparnasse. L’affiche est tenue jusqu’au 25 mai 2026, avant une nouvelle saison annoncée du 3 octobre 2026 au 30 mai 2027. Oliviers Solivérès, déjà nommé aux Molières 2022 pour son Bossu de Notre-Dame, signe là un quatrième succès jeune public consécutif après Ados, Chevaliers, Princesses et Dragons et Au Pays du Père Noël.

Une vision exigeante et altruiste du métier

Au fil de l’entretien, c’est une éthique de l’interprète qui se dégage, davantage qu’une stratégie de carrière. « Comédien, je me sens investi d’une mission : partager, avec le public, bien sûr, mais aussi avec ceux qui sont sur scène avec moi, dans le but de servir au mieux les auteurs. » Cette générosité explique sans doute la vivacité de ses activités pédagogiques, cours de chant à l’École Perimony, à ActeVoix, ateliers de théâtre musical, et la fidélité de ses collaborations.

Reste un rêve, qu’il avoue volontiers : donner vie un jour à Don Quichotte, ce personnage qui lui parle au plus haut point par ses aspirations idéalistes confortées par une lucidité aiguë, et résolu à se battre pour ses convictions. L’Homme de la Mancha attend son chevalier ; on parierait volontiers que la suite saura nous le donner. Quels que soient les rôles que la scène et l’écran lui réserveront dans les mois à venir, Hadrian Lévêque di Savona figure désormais parmi ces interprètes patients et complets dont on ne se lasse pas de suivre la trajectoire.

Philippe Escalier – Photos © Margaux Rodrigues

Article réactualisé en juin 2026

Un homme souriant avec des cheveux bruns, portant une veste grise et un sweat à capuche bleu, se tenant dans un environnement lumineux.

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