Les Amazones

Ton enlevé et formules chocs, « Les Amazones » de Jean-Marie Chevret sont de retour pour noyer le spleen de la maturité et du célibat dans la comédie.

Trois femmes dans la quarantaine et un jeune homme cohabitent tranquillement. Martine (Sonia Dubois) vient de se faire larguer pour « un fil de fer décoloré de 22ans ». Loïc, (Guillaume Delorme) le jeune gay louant la chambre au dessus de son appartement, tente de lui remonter le moral aidé de Micky (Fiona Gélin) autre colocataire, business woman, célibataire endurcie. Sur ce, Annie (Chantal Ladesou) vient demander l’asile à ses copines après avoir perdu son boulot au Club Med. Comme il y a plus de 20 ans, voilà reformé l’ancien groupe des Amazones. Mais les temps ont changé : l’heure n’est pas à la tendresse pour les mecs qui ont (presque) disparu de leur vie. C’est alors que débarque Guillaume (Olivier Bénard), fils d’une ancienne amazone, venu de province oublier une peine de cœur. L’arrivée de ce beau brun athlétique un peu naïf réveille les appétits sensuels des trois femmes subitement transformées en lionnes affamées. Adieu la solidarité, c’est le « chacune pour soi » pour ce morceau de choix. De son côté, Guillaume partage de plus en plus de temps avec Loïc.

Bien construite, la pièce de Jean-Marie Chevret, doué pour les dialogues vifs et drôles, est remarquablement interprétée par Chantal Ladesou. Elle fait un véritable festival dans ce rôle taillé sur mesure, au point que ses partenaires ont parfois bien du mal à garder leur sérénité. On notera aussi  Guillaume Delorme qui reprend le rôle d’Aurélien Wiik. Mis en scène par Jean-Pierre Dravel et Olivier Macé, ce spectacle fonctionne à merveille. Pour ceux qui se sentent moroses ou flagada, voici le bon remède !

Philippe Escalier

Bouffes Parisiens : 4 rue Monsigny 75002 Paris M° Quatre Septembre – du mardi au samedi à 21h & dimanche 15h – 01 42 96 92 42

Photos Serge Kadoche

Dis à ma fille que je pars en voyage

Deux femmes que tout oppose sont amenées à partager une cellule de prison. Le texte de Denise Chalem tout autant que l’interprétation, constituent deux surprises de premier ordre.

Lorsqu’elle entre dans sa cellule, perdue et terrorisée, le choc est rude. Menue, bien habillée, Caroline se retrouve coupée de tout. Pire, elle va cohabiter avec une détenue aux allures frustes et a priori indifférente. Dominique, visiblement habituée à l’endroit, regarde cette femme obsédée par la propreté, refusant la nourriture et portant des souliers en daim, comme la Joconde accrochée sur les murs d’un immeuble squatté du 9-3 ! Caroline a été condamnée pour abus de biens sociaux. Elle servait de maitresse et de couverture à un dirigeant d’entreprise fricotant avec un Chef d’État africain, une sorte de Christine Deviers-Joncours à laquelle Denise Chalem fait aussi penser physiquement. « Je n’ai jamais su compter les petites sommes », dit-elle à moment donné, prouvant que même dans l’adversité, la femme d’affaires reste ce qu’elle est. Face à elle, Christine Murillo, en détenue peu évoluée, ayant trouvée dans la prison une protection contre le monde extérieur, est phénoménale de vérité. Sa nomination au Molière de la meilleure comédienne ne doit rien au hasard. Peu à peu, Caroline va s’habituer, apprendre à lutter, s’endurcir. Entre les deux femmes, le courant va passer, une véritable amitié va se nouer.

Denise Chalem a écrit un texte surprenant où elle exprime parfaitement la détresse liée en l’enfermement, ses aspects humiliants, le danger lié aux longues peines. L’univers carcéral où tout se deale est fort bien décrit avec une plume trempée dans un humour toujours cinglant, ne s’estompant que pour laisser la place à des instants poignants. Ce tête à tête entre deux femmes, – sans oublier Christine Guerdon dans ses deux rôles de gardienne – par son humanisme, sa drôlerie et sa sensibilité, nous a profondément touchés.

Philippe Escalier 

Théâtre de l’Œuvre : 55, rue de Clichy 75009 Paris M° Place de Clichy – du mardi au samedi à 21h, matinée samedi18h – 01 44 53 88 88

Maurice Béjart : l’amour, la musique et la danse

INTERVIEW

 

Avec une curiosité insatiable, Maurice Béjart, à travers ses nombreux ballets, a abordé des thèmes universels, s’intéressant à toutes les formes de culture. Qu’il donne vie au « Sacre du Printemps » de Stravinsky  – un sacre qui sera aussi le sien en 1959 – ou crée des passerelles entre la musique de Mozart et celle de « Queen », qu’il revisite le mythe de « Roméo et Juliette » ou les chansons de Brel et Piaf, qu’il rende hommage à Fellini ou au Kabuki, ce jeune homme de 79 ans a su donner à la danse un retentissement qu’elle n’avait jamais eu avant lui. À la tête d’une école et d’une compagnie implantées à Lausanne, il donne 120 représentations par an, dans tous les pays de la planète.

Depuis 2003, il n’était pas revenu à Paris. Durant sa tournée en France, il nous offre, au Palais des Sports, quelques moments tirés de ses œuvres les plus marquantes nous donnant ainsi l’occasion d’une rencontre que nous ne pouvions laisser passer. Micro accroché à sa éternelle écharpe rouge, l’interview peut commencer.

 

La programmation du Palais des Sports cette année est un peu spéciale : elle ne comprend que des extraits de ballets. Êtes-vous devenu un adepte des Best of ?

Pour tout vous dire, c’est un mot que je n’aime pas ! Je préférerais parler des meilleurs moments. En vérité, j’ai fait un ballet nouveau à partir des anciens. J’ai pris des scènes que j’aimais, je les ai retravaillées. J’y ai inséré trois pièces entièrement nouvelles, en faisant voyager à travers tout le spectacle un couple, Roméo et Juliette symbole de l’amour par excellence. Mon objectif est d’amener les gens dans une promenade qui débute avec le final du « Sacre du Printemps ». La chance de la danse c’est que les anciens ballets sont servis par de nouveaux interprètes, ce qui change tout ! Le travail avec des jeunes me donne un autre angle de vue. Mes chorégraphies gardent leurs qualités et leurs défauts, mais elles vibrent différemment.

Les choix ont dû être difficiles à faire. Savez-vous combien de ballets vous avez chorégraphiés ?

Plus difficile que vous ne le pensez ! Sinon, j’ai avec la mémoire une relation un peu curieuse, car je n’ai pas la notion du temps. Ma mémoire est un peu comme un grand sac, tout est à l’intérieur, mais je ne sais pas trop ce qui est au fond ou au dessus !  

Quelles différences voyez-vous entre les danseurs d’aujourd’hui et ceux d’hier ?

Il y a davantage de points communs que de différences. Le métier est resté le même, malgré ses évolutions. Par contre, les corps ont changé ! Les femmes ont beaucoup grandi, c’est une différence notable. Alors il faut que les hommes soient à la hauteur !

Vos échanges avec les danseurs, eux, ont-ils évolué ?

Les relations humaines sont basées sur l’amour et il n’a pas changé…Dans l’amour, il y a beaucoup de choses, notamment des conflits. Entre un danseur et son chorégraphe, il peut y avoir des tensions, des contestations, comme dans un couple ou dans une famille. Ce n’est pas gênant, au contraire, cette vitalité est importante. Pour ma part, je les aime tous, à des niveaux différents. Il y a les forts, les violents, les timides, les fragiles. Il faut savoir trouver le langage qui correspond à chacun. Vous savez, dans un ballet, l’interprète compte beaucoup. J’ai écrit certains ballets pour Sylvie Guillem, sans elle, ils n’auraient pas vu le jour, du moins, pas sous cette forme.

Vous êtes sensible aussi à leurs défauts ?  

Oui, bien sûr, ils sont même importants. Comme pour un peintre, les défauts sont toujours plus excitants. Ils vous obligent à trouver comment faire pour les estomper. Ils poussent à l’invention.

Quels sont les vôtres ?

C’est à vous de le dire… ! Disons que j’aime trop le travail, beaucoup trop !  

Quel grand danseur aimeriez-vous faire danser aujourd’hui ?

Je suis sensible aux gens qui demandent, qui expriment une attente, un besoin. C’est l’envie qui donne le plaisir. Sylvie Guillem voulait danser au concours de Varna « La Luna ». Elle m’a demandé au téléphone la permission, mais je ne pouvais pas lui dire oui, puisque j’avais écrit ce solo pour une autre danseuse. Elle l’a dansé quand même et quand elle a eu le premier prix, elle m’a attrapé par la main, m’a fait asseoir et m’a dit : « Je vais vous montrer « La Luna » et vous me direz si j’ai eu raison ! » Il fallait le faire tout de même ? Résultat, j’ai tout de suite voulu travailler avec elle….comme quoi, c’est très bien les gens qui vous résistent !

En toute logique, la musique a tenu, dans votre vie, beaucoup de place ?

En effet, j’ai surtout collaboré avec des musiciens, (Pierre Boulez, Luciano Berio, Pierre Henry, Karlheinz Stockhausen, Nino Rota), mais aussi avec des sculpteurs. La peinture c’est plus délicat. Personnellement, cet art que j’admire n’a pas nourri mon inspiration. Par contre, la musique est essentielle, c’est mon matériau. Sans elle, je ne peux pas vivre !

Quelle est la personne qui vous a le plus étonné ?

Dali ! Oui, paradoxalement c’est un peintre ! Il a été un moment à part dans mon existence, un être qui m’a fasciné, sur lequel je pourrais écrire plusieurs livres. Un impresario voulait monter un opéra ballet italien à la Fenice (l’Opéra de Venise, ndlr) avec ma chorégraphie et des décors de Salvador Dali. J’étais jeune, je ne le connaissais pas du tout. Je suis parti chez lui, ensuite nous avons travaillé un mois ensemble. C’était un être extraordinaire. On garde de lui une image caricaturale d’excentrique, vraie au demeurant, mais c’était surtout un génie. Il avait une idée par seconde. Après le spectacle à la Fenice, il avait fait pour la ville de Venise un tableau qu’il devait dédicacer. C’était une œuvre avec des lignes abstraites. Arrive le moment de la signature. Il voulait que je tienne le tableau. Dali est arrivé avec deux œufs à la main, l’un doré, l’autre noir, chacun contenant de la peinture. Le voila parti au fond de la salle pour projeter un œuf sur le tableau. Son geste a produit des éclaboussures dorées d’une grande beauté. Les gens ont applaudi. Puis il a lancé le second, a visé tout aussi bien et…je l’ai reçu en pleine gueule. J’étais noir et signé Dali !

L’une des choses qui peut vous caractériser, c’est que vous avez su préserver vos exigences artistiques tout en faisant rentrer la danse dans des milieux populaires où elle n’était pas attendue !

Si c’est vrai, cela me fait très plaisir. J’ai voulu faire sortir la danse des théâtres. Quand j’ai fait la « Neuvième Symphonie » de Beethoven, toujours avec l’orchestre et les chœurs, nous l’avons donnée dans des stades. Le plus grand c’était à Mexico City et devant 25 000 personnes.

En 1987, les Ballets du XXe Siècle deviennent le Béjart Ballet Lausanne. Pourquoi ne pas avoir choisi de vous installer en France ?

Ce n’est pas un choix, j’ai eu des petits problèmes à Bruxelles, où j’ai tout de même passé 25 ans. Toujours est-il que j’ai eu envie d’en partir et je voulais venir en France. Là, on m’a répondu que j’aurais ce que je voulais mais il fallait un an de préparation pour m’accueillir. Alors, je leur ai dit « au revoir, parce que dans un mois, il me faut payer mes danseurs ! » 

Propos recueillis par Philippe Escalier 

 

50 ans de ballets, ça se fête ! Pour l’occasion, au Palais des Sports, les parisiens sont invités à une balade dans l’œuvre de Maurice Béjart, à travers des extraits de quelques-uns de ses ballets préférés.

 

Au programme :

 

Le presbytère célèbre un mariage heureux mais inattendu entre la musique de Mozart et celle du groupe Queen. Double hommage émouvant à Freddy Mercury et Jorge Donn, tous deux morts du sida.

Le sacre du printemps, l’œuvre mythique qui, en 1959, fut à l’origine d’une incroyable carrière.

Roméo et Juliette est un poème chorégraphique où l’amour et la haine ne parviennent pas à divorcer. Berlioz et de Shakespeare unis par la musique et la danse.

Brel et Barbara, ces deux grands chanteurs souhaitaient que leur ami commun les réunisse dans un ballet. L’Aigle noir retrouve l’Homme de la Mancha.

Boléro, revisite la trop célèbre musique de Ravel sur un mode intimiste et cérébral. La mélodie centrale prend les traits, tantôt d’un danseur, tantôt d’une danseuse.

Sept danses grecques où le corps masculin s’exprime avec force et noblesse. Ces sept danses concrétisent ici l’amour de Béjart pour tous les arts traditionnels, dont toute son œuvre est imprégnée.

 

Parmi les interprètes

 

Le Béjart Ballet Lausanne (BBL) est de retour à Paris où il n’était pas revenu depuis 2003. Au sein de cette troupe où toutes les nationalités se mêlent allégrement, se trouvent plusieurs fidèles. Parmi eux, Gil Roman, directeur-adjoint de la compagnie depuis 15 ans, révélé par le personnage principal de Messe pour le temps futur, Elisabet Ros, originaire de Barcelone, ayant intégré la compagnie en 1997 où depuis, elle danse tous les grands solos féminins et enfin Julien Favreau. Né en 1977 à La Rochelle où il étudie à l’école Nationale de Danse sous la direction de Colette Milner, il intègre, en 1994, l’Atelier Rudra-Béjart à Lausanne. Remarqué très tôt par le chorégraphe, Julien Favreau rejoint le BBL l’année suivante. Là, en tant que soliste, il participe aux créations de MutationX ou La route de la soie et reprend les rôles majeurs du répertoire tels l’Élu du Sacre du Printemps, Freddy, dans Ballet for life, le grand Pas de Deux dans Casse Noisette ou encore le Tsadik, rabbin miraculeux du Dibouk.

 

Palais des Sports : Porte de Versailles 75015 Paris – Le Best of de Maurice Béjart entre le 26 mai et le 5 juin 2005 – du mardi au samedi à 20h30, dimanche 16h – 0 825 038 039 (0,34€/mn)

 

DVD « Béjart, vous avez dit Béjart ? »

 

Serge Korber a réalisé ce documentaire pour retracer l’existence du chorégraphe, à commencer par ses origines et sa petite enfance à Marseille, sa formation classique à la dure école russe où l’on distribuait les coups assez généreusement, ses débuts dans la compagnie suédoise de Birgit Cullberg. Tout ce qui a façonné le fils du philosophe Gaston Berger, comme la mort de sa mère en 1934 est mis en parallèle avec son œuvre, éclairée ainsi d’un jour nouveau. De nombreux extraits de ballets, d’interviews de ses danseurs fétiches ou d’auteurs comme Ionesco, donnent à l’homme aux 250 ballets, son vrai visage.

Qu’il retrace sa toute première rencontre avec Dali qui refuse de lui ouvrir sa porte car il a rêvé la nuit précédente qu’il serait assassiné par un homme brun aux yeux bleus, où qu’il chorégraphie la musique germanique qu’il adore, Maurice Béjart apparaît comme un être généreux, toujours en ébullition, pétri de culture. « Avec lui, tous les danseurs ont eu leur chance » dit Jorge Donn ayant tout abandonné pour entrer dans sa compagnie avant d’en devenir le premier danseur, puis de disparaître emporté par le sida. Sortant au moment où le Béjart Ballet Lausanne a rendez-vous avec les parisiens aux Palais des Sports, ce DVD construit sur des commentaires de Jean-Louis Trintignant se regarde comme un film. Celui d’une vie !   

Ph. E.  

DVD France Télévisions Distribution – sortie le 23 mai 2005 – 19,99 €

Crédit photos : BBL François Paolini   

 

Le Cirque du Soleil : 7 semaines pour éblouir Paris

Son arrivée à Lille, en novembre 2004, a fait des envieux. Paris peut aujourd’hui admirer ce cirque hors du commun qui avec « Saltimbanco » nous entraîne vers un univers spectaculaire et inattendu, difficile à oublier.

Vous allez en voir de toutes les couleurs ! Bien loin des chapiteaux d’antan, il n’est nullement exagéré de prétendre que vous n’avez jamais connu pareil cirque ! Celui-ci est né il y a vingt d’ans, à Baie Saint-Paul, près de la ville de Québec, de la rencontre de quelques saltimbanques passionnés par les spectacles de rues, sous l’égide de son directeur actuel, Guy Laliberté. La troupe a grandi avec ses succès – considérables – et comporte aujourd’hui, toutes catégories confondues, plus de 3600 personnes.  Plusieurs « Cirque du Soleil » différents se produisent, en même temps, sur tous les continents. Inhabituelle, cette organisation ne l’a pas empêché de conserver intacte la magie de l’art circassien, en faisant la part belle à une présentation très haute en couleurs, où la musique (l’orchestre est présent sur scène) et le rêve règnent en maître.

 

Dans un grand show à l’américaine, 55 artistes venus de 15 pays différents proposent des numéros de voltiges ou d’acrobatie à couper le souffle. Le spectaculaire (le duo d’acrobates masculins – deux jumeaux polonais – ou encore les sauts périlleux d’une toute jeune fildefériste, sont sidérants, mais il faudrait les citer tous pour être juste !) alterne avec le comique. La soirée commence par des éclats de rire qui resteront présents tout au cours de la représentation. La mise en scène, toujours surprenante, inventive, avec des costumes fabuleux aux couleurs bariolées, sait provoquer les émotions les plus fortes. Créé il y a dix ans, « Saltimbanco » a été vu par plus de 7 millions de spectateurs. Cette ode à la vie, débordante de joie et d’optimisme, bourrée de fantaisie et de poésie, est vraiment un moment unique. Sous l’immense chapiteau, les spectateurs debout saluent cette féerie novatrice et audacieuse, qu’il ne faut rater sous aucun prétexte !  

Philippe Escalier    

Chapiteau Cirque du Soleil : Rue Yves Kermen, 92 Boulogne Billancourt – M° Billancourt – jusqu’au 26 mai à 20h30 du mardi, au samedi, matinées vendredi, samedi 16h30 & dimanche 13h & 17h – 2h50 avec entracte – 0 892 705 105 (0,34€/mn)

Toi zé Moi

Avec la reprise de leur spectacle de choc à la Comédie-Caumartin, ils s’affirment comme le couple comique de l’année !

Elle est brune et bien roulée, il est châtain plutôt bo gosse : Marie Blanche et Alain Chapuis forment un duo modèle. D’où l’idée de se glisser dans la peau d’autres couples placés dans des situations de la vie quotidienne, un jour de grève nationale. Le résultat est surprenant : chaque sketch est un moment privilégié. Savoureux, les deux grévistes promettant devant une banderole, d’ouvrir un nouveau millénaire «qui dure des décennies» ! Hargneux et vicieux, Jonathan et Mareva, présentateurs ratés d’émissions nulles faisant passer un casting de sosies. Pouilleux, les deux clochards anciennes vedettes oubliées d’un loft débile, prêts à tout pour revoir le bout d’une caméra. Peu chaleureux, le pédicure gay préférant prendre son pied plutôt que celui de sa cliente ! Vaniteux, ce père apprenant l’anglais à sa gamine pour en faire une pro de Windows : «Mais enfin, elle n’a que 27 mois !» Merveilleuse, cette traduction simultanée dans un anglais, d’abord approximatif, puis totalement délirant, permettant de finir le spectacle en beauté.

Il n’y a pas à tortiller : leurs textes construits font mouche grâce à un humour explosif bâti sur un sens aigu de l’observation. En bons Lyonnais, Marie Blanche et Alain Chapuis savent ne pas pousser le bouchon trop loin (!) et leur art de la caricature reste empreint de finesse. Avec une insolente facilité, ils entraînent la salle dans une série de fous rires immédiats et sans interruption. Durant une heure vingt, l’ambiance est celle des grands jours. De vous à moi, les Toi zé Moi vont vous doper le moral pour les trois mois à venir. Ils sont à découvrir de toute urgence !

Comédie Caumartin : 25 rue Caumartin 75009 Paris M° Havre Caumartin – du mardi au samedi à 21h30, matinée samedi 17h – 01 47 42 43 41

L’interview flash

Ils étaient visiblement faits pour se rencontrer : tous deux débutent dans les années 90 à Lyon où ils créent leur propre café-théâtre, avant d’aller jouer les aventuriers en France et à l’étranger. Ils ont aussi participé à quelques films et animé des émissions de télé ou de radio.

Quel a été votre parcours ?

Un sans-faute ! Et Dieu sait si le terrain n’est pas favorable ! On vient directement du Théâtre en passant par la Comédie au carrefour de l’Humour en direction du Rire ! Et sans GPS, tout au pif !

Comment vous êtes-vous rencontrés ? Dans une manifestation ?

Effectivement sur une barricade en 1871, pendant la Commune de Paris ! Ah, on savait revendiquer à cette époque ! Ensuite, échanges de regards pendant les grèves de 1936, tentatives de rapprochements lors des accords de Grenelle en 68, premier baiser en 86 lors des manifs étudiantes, déclaration d’humour en 95 et depuis le mouvement se durcit tous les jours !

Quels autres projets, mis à part payer moins d’impôts, le succès du spectacle vient-il nourrir ?

Payer plus d’impôts, on est partants ! Mais on caresse aussi le projet de monter un nouveau spectacle à deux… sur les bobos ! Oui, c’est un peu nous finalement, on dépeint bien que ce que l’on connaît bien ! Le titre provisoire serait « Bobos et cons à la fois ! » Tout un programme !

Philippe Escalier 

www.toizemoi.com

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