La Framboise frivole fête son centenaire

Après des années passées à nous fait rire en musique, La Framboise frivole a démontré qu’elle savait se renouveler, garder la même énergie, une virtuosité intacte et un sens de la dérision inoxydable dont les grands compositeurs et les tubes de la chanson font les frais ! DSC_0464 Trois décennies de métier font-elles un centenaire ? Restons circonspect, la Framboise frivole mélangeant tout, les chiffres comme les notes. Car c’est bien à un ouragan musical auquel nous sommes conviés au théâtre Fontaine. Ses changements de registre se font sur le mode des boites de vitesses des grosses cylindrées : c’est instantanée et fulgurant ! D’ailleurs, les associations musicales proposées sont tellement riches que l’on pourrait penser à ces géniaux travaux de variation auxquels nombre de grands musiciens classiques nous ont habitués. Partir d’un thème et broder. En musique bien sur, mais en nous racontant une histoire. Forcément délirante. Nos amis Belges démarrent, cette fois, sur le récit du mariage royal de leur souverain actuel, avant de bifurquer, sans prévenir, sur Léonard de Vinci et ses inventions. Les meilleurs musiques, allègrement déformées et transformées, sont convoquées pour servir de support à ce récit, comique plus qu’historique, nourri d’une nuée de calembours toujours surprenants et souvent efficaces. Peter Hens n’a pas son pareil pour mélanger délire, rire et virtuosité. Avec lui, le spectateur retombe presque en enfance, tout prêt à écouter une histoire pleine de fantaisie et son ébouriffante transcription musicale, baignée dans un jeu savant de lumière dont il convient de souligner l’efficacité. En duo avec son complice, l’excellent pianiste Bart Van Caenegem, il nous offre les mix les plus savoureux. L’on commence avec Carl Orff et ses « Carmina Burana », l’on enchaîne avec les mélodies martiales de Gustav Holst en passant par Queen ou Jacques Brel, pour n’en citer que quelques-uns. L’ensemble servant de base à toutes les folies que vous allez entendre et les facéties auxquelles vous allez assister. La Framboise, avec frivolité et témérité, mais sans jamais démériter, nous démontre que l’on peut aimer les musiques les plus variées, qui toutes, de Haendel à Dalida, se marient avec bonheur et dans une inaltérable bonne humeur. Alors, ne résistez pas à cette invitation musicale : elle aura le grand mérite de vous réjouir et de vous faire changer d’air !

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre fontaine : 10, rue Pierre Fontaine 75009 Paris
Du jeudi au samedi à 19 h sauf le samedi 30 mars à 20 h 30
01 48 74 74 40 – http://www.theatrefontaine.com

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Les Grands rôles

Ils pourraient être accusés de détournement de textes mais, au Lucernaire, Les Mauvais Élèves sont tellement brillants et drôles qu’ils sont acquittés avec les félicitations et les applaudissements du jury.

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Avec eux, il y a textes et prétextes, les très sérieux premiers servant de terreau aux délirants seconds. Le spectateur, qui dés le départ, se demande à quelle sauce il va être mangé, s’attend à être surpris : il ne sera pas déçu ! Joyeusement, il va d’étonnement en étonnement. Les plus grands, dont Shakespeare, Hugo, Rostand, Giraudoux, Anouilh ou Molière ont été mobilisés pour participer à cette ébouriffante farandole. Faut-il bien connaître son art pour nous présenter une si folle et si brillante scène de la bataille du Cid où vous verrez Corneille par le prisme d’un jeu vidéo, pour ne citer que cet exemple là. Car, au delà d’un humour décapant, Les Mauvais Élèves démontrent leur parfaite maîtrise des grands rôles ici détournés avec brio. Les vers que vous allez entendre sont présentés comme jamais, dans un esprit totalement déjanté, où la farce le dispute au loufoque. Le but (largement atteint) est de nous faire rire, et ce, par tous moyens. Au delà des idées dont le spectacle regorge, les veines comiques exploités étant innombrables, l’exploit réside dans le fait d’être dans la folie sans jamais dépasser la ligne jaune et de laisser libre cours à des facéties qui ne ratent jamais leur but. Ici, l’abondance ne nuit pas au goût, tout est d’une haute tenue et chaque séquence fonctionne à merveille. Cet exercice de dérision et d’autodérision ne serait pas si réussi sans le concours de ces quatre acteurs remarquables que sont Valérian Behar-Bonnet, Élisa Benizio, Bérénice Coudy et Antoine Richard. Si vous pensiez voir un quatuor de débutants, (certes, ils sont jeunes), détrompez-vous, outre qu’ils savent revêtir toutes les allures et toutes les apparences, donnant l’impression d’être vingt sur scène, ils jouent comme s’ils avaient déjà trente ans de métier. En totale symbiose, Shirley et Dino signent la mise en scène et apportent la touche de leur délire personnel, contribuant à rendre cet ensemble parfaitement achevé et véritablement unique.

Texte et photos Philippe Escalier

Le Lucernaire, 53, rue Notre-Dame des Champs 75006 Paris
Du mardi au samedi à 21 h et dimanche à 18 h – 01 45 44 57 34
http://www.lucernaire.fr

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Le Tour du monde en 80 jours

Quand Jules Verne est adapté avec mille facéties et un humour irrésistible, l’on obtient un spectacle décoiffant et hilarant, brillamment interprété, actuellement à l’affiche du théâtre de la Tour Eiffel.

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Monsieur de la Palice aurait pu affirmer qu’un spectacle parfait était un moment faisant l’unanimité ! À l’image de ce « Tour du monde en 80 jours » déjà largement plébiscité depuis création en 2006 avec plus de 3 000 représentations. Le travail de Sébastien Azzopardi et Sacha Danino, qui est constamment réactualisé (vous verrez l’importance des clins d’œils liés à l’actualité brulante !), regorge d’idées, les références sont si nombreuses qu’il faudrait trois pages pour les énumérer toutes. Ce théâtre loufoque nous renvoie aux grands moments du burlesque mais aussi, à la bande-dessinée ou au film, nous fait nager dans la dérision, surfer sur les anachronismes, l’absurde et l’égrillard, sans se départir d’une certaine élégance. Cette heure trente de pure folie a visiblement été pensée pour donner le meilleur, en s’éloignant de toute démagogie, à un large public, appelé à être le sixième acteur tant il participe pleinement, (et pas seulement par ses éclats de rire), au délire ambiant. Pour assumer le rythme trépidant de cet ouragan comique, il fallait réunir cinq comédiens ayant du talent et … une condition physique hors-pair ! Margaux Maillet, comme ses quatre acolytes, sait tout faire, y compris chanter. Elle apporte à la troupe un jeu d’une richesse et d’un charme absolus. Erwan Creignou, excellent, rappelle ces grands acteurs français capables de vous faire rire d’un seul regard. Pierre Cachia est un parfait Phileas Fogg drolatique (forcément !), fougueux et excentrique à souhait, tandis que Benoît Tachoires incarne le Passepartout flegmatique idéal. Sébastien Azzopardi, il signe aussi une mise en scène inventive et déjantée, complète parfaitement ce quatuor de rêve, nous faisant regretter que ce tour du monde ne dure pas davantage !

Texte et photos : Philippe Escalier
Théâtre de la tour Eiffel : 4, square Rapp 75007 Paris
Du mardi au samedi à 20 h 45 et matinée dimanche à 16 h 45 – http://www.theatredelatoureiffel.com – 01 40 67 77 77

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La Commission des destins

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Marc Tourneboeuf et Martin Campestre, deux bêtes de scène, jouent dans un spectacle construit essentiellement à base de jeux de mots, d’allitérations, ponctués de quelques alexandrins et de joyeuses facéties. Le tout avec une énergie débordante et un humour dévastateur capable de tenir l’auditoire en haleine de bout en bout.

Pour une surprise, c’est une surprise ! Ces deux (très) jeunes comédiens ont décidé de monter leur propre spectacle avec, pour fond de commerce, le jeu de mots et le calembour, sans oublier la versification et un humour décapant. En évitant tous les pièges tendus habituellement par la facilité, Marc Tourneboeuf et Martin Campestre réussissent le tour de force d’éblouir. Mieux, ils se montrent capables d’alterner les styles, passant du texte au chant et à la danse, à travers la scène et la vidéo. Tout en gardant leur personnalité (visiblement forte et affirmée), les deux artistes nous font penser au meilleur de quelques-uns de nos plus grands comiques. L’on est en droit de se demander ce que ces deux saltimbanques classieux pourraient ne pas savoir faire, tant ils jouent à la perfection, en dégageant une énergie quasi thermonucléaire ?
La seule finesse du texte de Marc Tourneboeuf (auteur prometteur !) qui se hisse au niveau des grands maîtres du genre (Raymond Devos, Vincent Rocca ou Stéphane De Groodt) mérite le détour. Nous voici, dès les premières secondes, emportés dans un malestrom verbal. Visiblement, le spectateur se délecte sans interruption, les deux artistes ayant su nous éviter de passer des jeux de mots aux maux de tête. L’on reste ébahi par la forme très élaborée de « La Commission des destins » qui nous permet d’être surpris à chaque instant, nous ne sommes pas dans un alignement de sketches mais bien dans une histoire brillamment imaginée et élaborée. Si l’on excepte quelques très courtes baisses d’intensité (bien normales vu le rythme et le niveau atteints dés le départ), c’est bien un petit bijou que Marc Tourneboeuf et Martin Campestre nous proposent. Embarqué dans leur virevoltante aventure débouchant sur la question très sartrienne : est-on libre ou conditionné ?, posée avec le sérieux et surtout la légèreté qui conviennent ici, l’auditoire jubile. L’on sort du théâtre heureux et rafraîchi, bien décidé à suivre les prochaines aventures artistiques de ces deux jeunes comédiens au talent protéiforme.

Texte et photos : Philippe Escalier

Comédie des Boulevards : 39, rue du Sentier 75002 Paris
Lundi 4 et mardi 5 mars 2019 à 21 h 30 – 01 42 36 85 24

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