Courgette

L’adaptation théâtrale réussie du roman de Gilles Paris permet de découvrir au Tristan Bernard une histoire émouvante portée par cinq merveilleux acteurs.

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Courgette fait partie de ces enfants que la vie n’a pas épargnés. Suite à un grave accident dont il est malencontreusement à l’origine, il se retrouve orphelin et placé dans un centre éducatif spécialisé, en contact avec d’autres jeunes au parcours aussi chaotique que le sien. Paumés, dépourvus de repaires, ils sont en quête de ce qui leur manque le plus, un univers stable et plus encore, l’ersatz d’une famille qui leur permette de se sentir un peu moins marginaux.
Sur cette sombre réalité, Gilles Paris a écrit une histoire qui sait décrire les multiples difficultés de ces jeunes tout en laissant place à l’optimisme. Le côté dramatique du récit se trouve allégé par l’émotion que génère la spontanéité de l’enfance, l’expression des doutes et des peurs mais aussi des ravissements liés aux premiers émois amoureux. Dans ces conditions, le spectateur se laisse bien volontiers embarquer par le formidable travail de Pamela Ravassard. La metteuse en scène démontre une remarquable capacité à donner corps à cette belle aventure. Comme par un coup de baguette magique, elle nous fait changer de lieux, d’ambiance et de personnages. L’adaptation qu’elle signe avec Garlan Le Martelot (qui tient aussi le magnifique rôle titre) permet aux cinq comédiens d’interpréter avec brio onze personnages. Vanessa Cailhol, Florian Choquart, Garlan Le Martelot, Lola Roskis Gingembre et Vincent Viotti donnent le meilleur d’eux-mêmes. L’intensité et la véracité de leur jeu captivent littéralement le spectateur. Ils savent donner le ton, portés par une ambiance très musicale grâce à une batterie trônant au centre de la scène et à quelques instruments. Ainsi illustrée, jouée et rythmée, tout est réuni pour que « Courgette » fasse passer les spectateurs du rire aux larmes. D’évidence, l’énorme succès rencontré durant les deux derniers festivals d’Avignon va se prolonger à Paris, au Tristan Bernard, pour le plus grand bonheur de tous !

Philippe Escalier

Le Fléau, Mesure pøur Mesure

Dans les jardins du Palais Royal, autour des colonnes de Buren, cette adaptation de « Mesure pour mesure » de Shakespeare signée Léonard Matton nous laisse redécouvrir l’œuvre sous une déclinaison « théâtre immersif ». Les spectateurs déambulent dans ce lieu magique au rythme des différentes scènes à l’intensité impressionnante. Incontestablement le spectacle de cet été parisien !

Après « Helsingør » autour d’Hamlet, donné au Château de Vincennes, Léonard Matton et sa troupe démontrent leur capacité à adapter une nouvelle fois le grand dramaturge anglais dans des lieux historiques et sous une forme aussi vivante qu’originale. « Mesure pour mesure » étant une tragicomédie autour du pouvoir, elle ne pouvait trouver meilleur endroit que le Palais Royal pour y être représentée. Dans ce bel espace, le spectateur peut visionner l’ensemble des scènes, décidant d’observer et d’écouter tantôt ici et tantôt là. Les déplacements des comédiens et du public avec eux, permettent de construire les différents moments du spectacle tout en l’oxygénant. Autour des grands thèmes qui façonnent la pièce, le pouvoir, le vice, l’amour, la trahison, la justice, Léonard Matton a su dégager l’essentiel de l’œuvre pour nous en donner, à travers une série de rebondissements, une vision aussi précise que jouissive. Si l’ensemble de la compagnie Emersiøn* est irréprochable et parvient avec une facilité déconcertante à subjuguer le spectateur pendant 1h 45 sans faiblir, deux jeunes comédiens subliment les deux principaux rôles. Marjorie Dubus, Isabelle, la pureté incarnée et Thomas Gendronneau, Angelo, prêt à toutes compromissions pour assouvir ses sens, donnent à leurs personnages une force, un relief, une incarnation qui laissent pantois. Si l’on ajoute la magnifique scénographie, la musique, les costumes, les multiples visions de la pièce offertes par ce spectacle à 360°, l’on comprendra la concentration étonnante et la jubilation des spectateurs, visiblement conscient de participer à un moment théâtral très particulier et pour tout dire, exceptionnel !

Philippe Escalier – Photos © Olivia Bonnamour & © Matthieu Camille Colin

*Mathias Marty, Jacques Poix-Terrier, Roch-Antoine Albaladéjo, Zazie Delem, Jérôme Ragon, Maxime Chartier, Justine Marçais, Camille Delpech, David Legras, Laurent Labruyère, Drys Penthier, Jean-Loup Horwitz et Dominique Bastien.

Palais Royal : 17, 18, 19, 20, 23, 24, 25, 26 et 27 août 2023 à 20 h – À noter une nocturne exceptionnelle le 26 août à 22 h 30

Portrait de deux personnages, l'un portant un habit religieux avec un couvre-chef blanc et l'autre un costume historique avec un col en dentelle, se regardant intensément.

My Dear F***ing Prince*

L’adaptation à l’image du roman à succès de Casey McQuiston signée Matthew López et diffusée sur Prime Vidéo depuis le 11 août 2023, permet de découvrir une belle romance gay assumée, portée par deux magnifiques acteurs où les inévitables tiraillements n’excluent pas une vision optimiste et résolument tonique. Le premier conte de fées moderne LGBT dont on rêvait !

Si le film au sujet osé (un couple gay à Buckingham Palace) commence et se termine par une scène hautement improbable, mais après tout n’est ce pas la loi du genre? il va s’orienter très vite vers une belle romance dans laquelle les deux personnages principaux sont croqués avec une précision touchante, agrémentée par un jeu d’acteurs remarquables. Nicholas Galitzine (qui n’en est pas à son premier rôle de Prince Charmant !) est parfait comme à son habitude, Taylor Zakhar Perez que l’on imagine parfois un peu cabotin, conscient de l’impact de son sourire et de son physique, est irréprochable, avec une palette de jeu incroyablement riche. Les scènes intimistes entre ces deux adultes qui ont parfois des attitudes d’adolescents idéalistes, sont parfaitement réussies et feront battre les cœurs et couler quelques larmes. Ceux qui pensent qu’une histoire d’amour ne peut avoir lieu qu’entre un homme et une femme feront un peu la moue et parleront de longueurs. De longueurs ici on serait bien en peine d’en trouver et l’on peut revoir le film dès le lendemain sans s’ennuyer une seule seconde. L’on saluera ce roman et cette adaptation d’autant plus volontiers que l’homosexualité est représentée, sans pathos, sans drame, sans femme alibi venue séduire l’un des amoureux pour réconforter la bonne morale ambiante, elle y est dépeinte tout naturellement en somme, et cela fait un bien fou. Cette belle histoire d’amour qui va séduire des millions de gens permettra, et ce n’est pas le moindre de ses mérites, à toute une génération LGBT de s’identifier fièrement. Bref le film de Matthew López est un petit bijou terriblement réconfortant.

Philippe Escalier

*Red White & Royal Blue for English speakers countries

Deux hommes en costume lors d'un événement, l'un regardant une tâche de crème sur l'épaule de l'autre.
Affiche du film Red, White & Royal Blue montrant deux jeunes hommes assis côte à côte sur un canapé, souriant l'un à l'autre, avec un décor élégant et une citation en texte en bas.

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