Une pièce d’Oscar Wilde est un plaisir qui ne se refuse pas, en particulier quand elle est aussi bien jouée !
Pour ceux qui penseraient qu’Oscar Wilde est un auteur trop amoureux des paradoxes pour être profond, il n’est pas de meilleure réfutation que « Un Mari idéal ». Écrite en 1895, il s’agit de sa dernière pièce jouée avant la catastrophe judiciaire qui mettra si violemment fin à sa triomphale carrière. Certes, l’on trouve dans ce vaudeville dramatique ce qui a fait tout le talent de Wilde, la critique d’une société basée sur le paraitre et un épicurisme triomphant, portée par de délicieux aphorismes, mais l’on y rencontre aussi un propos sérieux, avec outre une femme machiavélique, des personnages qui s’interrogent voire qui changent pour ne pas cautionner une société un peu trop gangrénée par le goût du pouvoir et du lucre.
En d’autres termes, il y a dans cette pièce une lucidité, une modernité et une tension surprenantes. Un délit d’initié, une tentative de chantage, un couple amoureux mais en danger et un jeune lord revenu de tout faisant le désespoir de son vieux père, figure assez complexe dans laquelle on pourrait voir une forme d’autoportrait, voilà un univers un peu différent de celui auquel Wilde nous avait habitué.
Rien dans « Un Mari idéal » n’est définitif, chaque personnage, capable de surprendre et de s’amender, y est dépeint avec une subtilité touchante. L’intrigue est parfaitement menée (on vous laisse la découvrir, divulgâcher ne faisant pas partie de nos habitudes !), réservant de belles surprises sans jamais cesser de nous amuser de la plus légère des façons. Si Wilde était une boisson, ce ne pourrait être qu’un champagne millésimé et l’un des meilleurs. C’est dire que cette pièce, pétillante, jouée par une troupe aussi jeune que talentueuse, est un enchantement.
Guillemette Regnault qui fait des miracles à la mise en scène, Margaux Wicart, Céline Larmoyer, Christophe Paris, Matthieu Le Goaster et Matthieu de la Taille ont cette capacité de nous transporter dans un univers à la fois si différent et si proche du notre. En habits d’époque, ayant su trouver le ton juste, ils donnent vie à leurs personnages avec une sincérité et une force qui ne pouvaient que nous séduire. Tout milite pour que vous alliez les applaudir. Vous passerez en leur compagnie un bien agréable moment !
Un Mari Idéal, de Oscar Wilde, par la Compagnie Harpagon.
Mise en scène de Guillemette Regnault.
Distribution : Céline Larmoyer, Matthieu le Goaster, Christophe Paris, Guillemette Regnault, Matthieu de la Taille, Margaux Wicart..
Théâtre Clavel. Paris, le 04.03.2024.
Après le succès rencontré au cours des deux derniers festivals d’Avignon, les parisiens peuvent applaudir « Naïs », adapté par Arthur Cachia et mis en scène par Thierry Harcourt, jusqu’au 30 juin 2024. Présentation de l’équipe qui a su faire vivre cette pièce de la plus belle des façons.
Arthur Cachia
Pour lui tout commence en 2018, quand il met un terme à une carrière commencée dans un prestigieux restaurant étoilé. Sa reconversion ne pouvant se faire que dans le théâtre, il s’inscrit aux cours d’Art Dramatique du « Foyer » où il rencontrera des membres de l’équipe de « Naïs » avec lesquels il crée la compagnie Les Fautes de Frappe. À la fin de sa première année, il présente le monologue du Bossu de « Naïs », une évidence pour ce provençal, amoureux de Pagnol. Le jury dans lequel se trouve Thierry Harcourt lui remet un prix qui est à l’origine de leur rencontre. C’est à lui qu’Arthur Cachia fera appel pour mettre en scène « Naïs ». Lors de sa participation aux « 3 Coups de Jarnac », il joue le rôle-titre de « Dom Juan », « Le Misanthrope » mais aussi « Fric-Frac » qui est à l’origine de la proposition de Béatrice Agenin et d’Arnaud Denis de jouer Maurice, le fils de Georges Sand dans « Marie des Poules », pièce avec laquelle il a été à l’affiche du Studio des Champs-Élysées. Depuis « Naïs » est devenue un phénomène qui n’en finit pas de surprendre et séduire, outre les professionnels, tous les amoureux du théâtre.
Thierry Harcourt
Amoureux des auteurs, Thierry Harcourt a savouré une année riche placée sous le signe de Pagnol, Anouilh et Ionesco. « Les Chaises » ont triomphé au Lucernaire avant de déménager pour six représentations à Versailles tandis que « Pauvre Bitos » continue d’étonner et d’enchanter le public parisien à Hébertot. Séduit par la qualité de l’équipe, la personnalité et le travail d’Arthur Cachia, Thierry Harcourt a accepté sa proposition de mettre en scène « Naïs » et de servir Pagnol. « J’ai aimé que cette histoire soit adaptée d’une nouvelle de Zola. Son côté dramatique est allégé par la poésie de Pagnol. Cette dualité ressemble à nos vies et donne à l’œuvre tout son relief » souligne Thierry Harcourt avant d’ajouter que l’équipe de comédiens s’est entièrement dévouée à ces personnages hauts en couleurs et à ce texte « aussi élégant que léger, capable de nous faire rire et pleurer dans une même phrase ».
Avec 55 mises en scène à son actif, Thierry Harcourt est toujours soucieux de se renouveler. Il travaille actuellement sur deux seuls en scène, « Ne m’enlève pas mon chagrin » de Bénédicte Charpiat et une adaptation de « Terre des Hommes » de Saint-Exupéry par Pierre Devaux.
Marie Wauquier
Elle est arrivée au théâtre il y a 5 ans, venant, après avoir fait Science-Po, du monde du conseil et de la finance. Issue des Cours Le Foyer, co-fondatrice de la compagnie Fautes de Frappe, « Naïs » est son premier grand spectacle.Débordante d’énergie, certaine que le spectacle vivant a vocation à s’exprimer partout où c’est possible, elle continue à se consacrer à ses propres projets dont « Après la peine » qu’elle co-écrit actuellement, qu’elle interprétera en réalisant une co-mise en scène avec Alice Lobel et Fanny Fourme, basée sur des témoignages de détenues finissant leurs longues peines dans la ferme d’Emmaüs Baudonne, lieu de réinsertion unique en France, près de Bayonne. Cette pièce est une aventure de terrain et une histoire de rencontres pour laquelle elle a fait trois séjours sur place et qu’elle qualifie de « bouleversante ». À quoi s’ajoute sa collaboration avec la compagnie « Les Motsdits » pour deux créations, « Dindon farci » de Mickael Laurent et « Milady » de Margaux Wicart, librement inspirée d’Alexandre Dumas et qui sera mise en scène par Justine Vultaggio.
Kevin Coquard
Il débute par des cours d’improvisation et de théâtre à Reims. Lors de sa formation aux cours Le Foyer il rencontre une partie de l’équipe de « Naïs » dont Arthur Cachia, fan de Pagnol comme lui. Des extraits sont donnés en spectacle de fin d’année en présence de Thierry Harcourt, membre du jury. Ce sera la première qu’ils monteront en sortant du Foyer avec leur compagnie nouvellement créée « Les Fautes de Frappe ». Ayant toujours aimé raconter des histoires et faire rire, Kevin Coquard est attiré par le seul en scène. Il a, dans ce domaine, un projet en cours qui sera dirigé par Lydie Tison qui ne tarit pas d’éloge sur son écriture, où il mêle le rire, la poésie et le terroir, notamment sa Lorraine natale.
Il a joué récemment dans « Mariage contre la montre » et a aussi écrit un boulevard qui attend la bonne occasion pour se monter.Heureux co-scénariste et acteur avec Clément Pellerin et Pierre Metton, son premier court-métrage, pour le festival Nikon, autour des premiers fusillés pour l’exemple au début de la guerre de 14, a franchi les étapes et fait partie des 50 sélectionnés parmi les 2772 en lice.
Lydie Tison
Originaire du nord, à 19 ans, Lydie Tison, dont la passion du théâtre remonte à la petite enfance, participe au concours Miss France. Elle vient ensuite à Paris pour suivre les cours du Studio Pygmalion. En parallèle, elle commence à travailler pour des plateaux télé et devient rapidement journaliste et coordinatrice artistique. Elle joue des comédies de boulevard puis doit faire des choix, elle se consacre alors à sa carrière télé pendant cinq ans. Mais la scène lui manque ! Elle y revient avec l’écriture de « Joyeux égarements » qu’elle joue à l’Auguste Théâtre. Le second confinement lui donne l’occasion d’écrire son second one : « Comme un oiseau » qu’elle jouera en Avignon en même temps que Pagnol ! Très perfectionniste, elle remet l’ouvrage sur le métier. Le hasard des rencontres l’amène jusqu’à une pointure du monde du spectacle, Alain Degois. Avec lui, elle travaille sur son show où, avec son brio habituel, elle rend hommage, à travers ses rencontres, aux gens modestes et à la France de la débrouille et de l’entraide. C’est grâce à Kevin Coquart qu’elle rencontre l’équipe de « Naïs » où sa personnalité généreuse et son talent peuvent s’épanouir.
Simon Gabillet
La « première vie » de ce lyonnais a été consacrée à quinze années de sport à haut niveau dont il garde le goût de l’effort, du travail et du collectif. Après une formation en trois temps, aux USA, à Lyon puis à Paris, il travaille avec la compagnie Le Raid avec laquelle il joue plusieurs personnages dans « Le Malade imaginaire », sa toute première pièce qui a beaucoup tourné, notamment au festival d’Avignon, « Orphelins » de Dennis Kelly, l’un de ses auteurs préférés et « Prophètes sans Dieu » de Slimane Benaïssa. Viennent ensuite au Théâtre de la Tête d’or « La Femme du boulanger » de Pagnol, « Vive le marié » de Jean-Marie Chevret et en 2023, « Les liaisons dangereuses » qui lui permettent de rencontrer Thierry Harcourt et de s’installer à Paris.
Comme beaucoup de comédiens, Simon Gabillet a monté sa compagnie. « I am not » entend travailler notamment sur le lien entre la parole et le mouvement avec des comédiens et des danseurs en quête d’un univers mélangeant la danse et les mots. Dans ce cadre, il vient de créer, pour Maeva Lassere, sa compagne danseuse, sa première mise en scène avec « Mamalia ». Le spectacle sera donné le 5 juillet 2024 pendant le festival « Danse à Milly » dans la maison d’enfance de Lamartine près de Mâcon.
Clément Pellerin
Dans le parcours de Clément Pellerin, on note sa participation, en tournée et en alternance, dans « L’Affaire de la rue de Lourcine », mis en scène par Justine Voltaggio, qui avait fait une centaine de dates au Lucernaire. Il a aussi fait partie de la troupe de « Voyage avec un âne » retraçant le périple de Stevenson dans les Cévennes et qu’ils jouent, en 2021 dans les lieux que l’auteur écossais a traversé durant son parcours en 1878. Le succès rencontré leur permet d’effectuer la même tournée l’année suivante. En 2023, ils sont à l’affiche du festival « Nouvel Acte » au Funambule Montmartre et en sortent avec le titre de lauréat, récompense leur permettant d’être produit par le théâtre, dans la foulée, pour 90 dates. Dans « Naïs », Clément joue quatre personnages ce qui lui demande pouvoir jongler avec les postures mais aussi avec les dictions. Un exercice auquel il est habitué, il avait aussi une ribambelle de personnages à jouer dans le Stevenson, qui s’avère très formateur. Comme tous ses partenaires, il se réjouit de pouvoir jouer « Naïs » à Paris et au Lucernaire qui était le lieu dont ils rêvaient tous.
Patrick Zard’
C’est par mail qu’à lieu sa première rencontre avec « Naïs » : « En 2021, une compagnie de jeunes comédiens m’a envoyé une captation de leur spectacle joué à L’Atelier. Je suis tombé amoureux du projet et j’ai dit à mon associé, Julien Cafaro, qu’il fallait les programmer en 2022 à L’Oriflamme, le théâtre que nous venions d’ouvrir à Avignon. Le spectacle a fait un carton ! ». Par la suite, « Etienne Ménard qui était formidable dans le rôle du père de Naïs n’étant plus disponible, Thierry Harcourt a eu la merveilleuse idée de penser à moi. C’est génial d’être un peu à l’origine de leur aventure sur scène et de pouvoir maintenant les rejoindre à La Condition des Soies ». À cette occasion, Patrick Zard’ effectue son retour sur les planches après 3 ans d’absence. « Si je suis un comédien chevronné, je suis un tout jeune directeur de théâtre et j’ai dû apprendre mon métier ». Autant dire du pain sur la planche d’autant que L’Oriflamme entend vivre en dehors du festival et s’est intéressé aux concerts de jazz avant de mettre en place des cours de théâtre toute l’année et de relancer des spectacles à partir de septembre prochain. Mais avant cela, pour Avignon 2024, Patrick Zard’ met en scène une comédie dramatique qui l’a bouleversé, « Les Enfants du diable » d’une jeune autrice, Clémence Baron.
Écrite par Caroline Darnay avec une subtilité et une simplicité redoutables, cette enquête aux allures de thriller autour d’une femme à la trajectoire si particulière, pose très adroitement des questions morales et existentielles.
Dans « Majola » tout est vrai. Caroline Darnay s’est inspirée de la vie d’Iréne Kalder, qui fut secrétaire d’Oskar Schindler. L’industriel allemand la présente à Amon Göth, chef du camp de travail de Plaszów en Pologne, dans le but de l’aider à sauver des juifs qui tentent de survivre dans ce lieu abominable. Tout en facilitant la tache de son ancien patron, Iréne Kalder tombe amoureuse d’Amon Göth qu’elle épouse. Entre son ami Schindler qui sauva d’une mort certaine de centaines de vies, reconnu « Juste parmi les nations » et son épouvantable mari nazi ayant tout fait pour mériter son surnom de « boucher d’Hitler », qui fut vraiment Irène Kalder ? Sur la base de deux interviews recueillies en 1980 et en 1983, Caroline Darnay décrit de façon passionnante cette femme toujours en équilibre sur la frontière entre le bien et le mal, devenue aveugle par amour et qui refusa d’assumer tous les aspects de sa vie. Une réalité parfois difficile à décrire, le temps, un peu à la manière d’une vague sur le sable, venant effacer peu à peu les traces laissées par l’Histoire, au grand bénéfice de ceux qui avaient des choses à se reprocher. Autour de l’autrice qui est aussi une magnifique actrice, Marc Francesco Duret et Duncan Talhouët jouent brillamment deux générations de journalistes dont les différences d’âge sont source d’interprétations différentes et de conflits. Cette pièce intense et originale, agrémentée d’un coup de théâtre de dernière minute digne d’une cour d’assises, conserve néanmoins, tout du long, une certaine légèreté. Son sujet, son écriture et son interprétation ne pourront que séduire et impressionner ceux qui iront la découvrir.
Ils se sont imposés avec une vraie personnalité et un humour différent et diablement efficace. Pour notre plus grand bonheur, ils sont actuellement en tournée en France et tous les lundis et mardis au Théâtre du Marais à Paris.
C’est une histoire de fou ! Avec Vincent Cordier l’auteur et son partenaire Fabrice Pannetier, cette expression populaire est à mettre au pluriel. Car en leur compagnie, nous sommes confrontés à une série de sketches venant mélanger l’absurde, le cynisme, la bizarrerie et surtout la démesure. Avec beaucoup de subtilité, tout est écrit afin de rendre ces histoires drôles et délirantes presque crédibles. De ce magnifique bouquet de défauts humains portés à leur paroxysme, Vincent Cordier a fait une série de mini feux d’artifices surprenants : vous ne savez jamais où il va vous mener et chaque fois, la chute est puissante et totalement inattendue. Mis en scène par Stéphane Duclot qui fait des merveilles avec juste deux chaises en acier, les deux comédiens habitent leurs personnages et ne laissent aux spectateurs hilares et médusés aucune minute de répit. Toujours un peu psychotique, frisant la monstruosité mais jamais dépourvue d’une certaine logique, chaque histoire nous entraine sur des chemins escarpés et vertigineux, pavés d’une douce démence éminemment hilarante. Les Fous Alliés font partie de ces rares humoristes qui ont su, avec une furieuse originalité et un réel panache, renouveler le genre. Une raison suffisante pour les aimer… un peu, beaucoup, à la folie !
Les plus chanceux ont pu les admirer aux Folies Bergère tout récemment. Le Palais des Congrès offre le 14 avril 2024 une occasion de les revoir à Paris, avant une tournée, forcément triomphale !
La danse, la musique, l’humour et une troupe au taquet, les Irish Celtic ont tout pour rendre leur public heureux. Les danses irlandaises sont connues pour le rythme fou et la formidable énergie qu’elles dégagent, si emblématique de la fougue de la nation celtique.. En talons renforcés, la troupe de danseurs se dépense sans compter sur scène : chacune de leur prestation est une compétition chorégraphiée pendant laquelle les figures les plus spectaculaires sont réalisées. Qu’ils valsent, qu’ils fassent des claquettes, en solo ou en groupe, c’est toujours avec la même force qu’ils viennent virevolter sous nos yeux, nous laissant admirer un jeu de jambes d’une agilité confondante.
Leurs numéros se déroulent dans un grand pub typique, dont le patron, le vieux Paddy, un peu porté sur la boisson (truculent Toby Gough), avec une faconde étourdissante, vient raconter, l’histoire. Il se trouve que c’est également celle de ce magnifique pays ayant résisté à toutes les catastrophes, les anglais étant inclus dans le lot ! À la danse se mêle donc un récit plein de jovialité, qui raconte aussi une transmission, celle que réalise Paddy en faveur de son fils, Diarmuid, jeune et insouciant comme il se doit, interprété par le talentueux Ciaran Mac Manus. Autour d’eux, c’est tout un ensemble de danseurs qui nous en mettent plein la vue. Plus extraordinaires les uns que les autres, il est impossible de résister à l’incroyable ambiance qu’ils font régner tout du long devant un public subjugué. Derrière eux mais bien présents, cinq musiciens rendent le spectacle plus vivant encore, si tant est que ce soit possible. Tout est réuni pour que, l’espace de deux heures, le public français s’évade vers une Irlande belle et fière que l’on ne quitte qu’à regret.
Irish Celtic sera en avril 2024 : à Bayonne le 16 – à Pau le 18 – à Toulouse le 21 avril
« Ma version de l’histoire » est son premier grand rôle sur la durée. Entouré de Miren Pradier, Déborah Leclerq et de l’auteur Sébastien Azzopardi, Alexandre Nicot au Théâtre Michel impressionne par la force et la sincérité de son interprétation et participe, avec brio, au succès d’une comédie particulièrement réussie. Découverte d’un jeune acteur surdoué et passionné qui brule les planches.
Alexandre, j’ai vu que vous aviez remporté, au lycée, un Premier Prix en Histoire. De quoi s’agit-il ?
Petit, j’adorais lire et raconter des histoires. En terminale, les meilleurs élèves en Histoire pouvaient passer un concours portant sur la Résistance et la Déportation. Très attiré par cette période, je me suis inscrit et j’ai écrit une dissertation de quatre heures sur le thème « comment résister dans les camps nazis ? », récompensée par un premier prix.
Comment expliquez-vous que vous ne soyez pas venu au théâtre tout de suite ?
Au collège, j’ai fait beaucoup de football et le théâtre était assez éloigné. Au lycée, le théâtre m’attirait déjà beaucoup je voulais suivre une formation d’Art Dramatique. Mais pour rassurer des parents inquiets de me voir partir après le bac sans rien de concret en poche, j’ai fait une école de commerce. Mais même là-bas je me suis retrouvé à découvrir la mise en scène. Pour présenter notre mémoire de fin d’étude en 1ere année, on devait présenter une mise en scène à la promotion pour expliquer le sujet de façon ludique. J’ai adoré faire ça, écrire et mettre en scène une histoire pour questionner ma promotion sur un sujet d’actualité : le salafisme. J’ai fini ce cursus, avec notamment des séjours à New York et en Argentine où j’ai rencontré un réalisateur chilien (on jouait au foot ensemble) avec qui j’ai collaboré plus tard pour mon film « La Marelle ». Quand mon école de commerce s’est terminée, je me suis dit que je ne pouvais plus attendre et que je devais faire une école de théâtre. J’ai intégré l’École du Jeu en 2017. J’y ai travaillé la TCIC (Technique Corporelle Intuitive Confirmée), un grand travail corporel et sur le ressenti émotionnel. Il y avait un côté très rigoureux. J’y ai appris à m’investir à fond mais c’était très particulier, très dur et au bout de deux ans, j’ai eu envie de découvrir une nouvelle pédagogie.
Seconde formation que vous avez choisie comment ?
Au cours d’un stage, j’avais rencontré une professeur, Diana Ringel, venant de l’école Claude Mathieu. Elle me l’a vivement conseillée. Je l’ai écoutée et quand j’ai poussé les portes de l’école pour la première fois, je suis tombé sur Claude Mathieu et là, c’est un peu le coup de foudre : un homme de 90 ans, souriant, bienveillant, lumineux, qui me parle de théâtre, de Racine, avec énormément de gentillesse, tout ce dont j’avais besoin après la formation un peu stricte que je venais de vivre ! Les auditions se passent bien dans un esprit très convivial. J’avais préparé une scène de Claudel, de Falk Richter et un poème de Raymond Carver. On est en 2019, je suis passé directement en deuxième cycle pour travailler « Le Soulier de satin » dans la classe de Claude Mathieu. Cette rencontre a beaucoup compté pour moi et, l’an dernier, en 2023, j’ai tourné avec lui « Claude », un documentaire de 26 minutes, il me semblait important que l’on sache comment enseignait ce grand homme de théâtre.
Avez-vous accroché au théâtre de Paul Claudel que certains trouvent un peu aride ?
Oui et d’ailleurs, j’ai une pièce de théâtre qui me suit depuis que j’ai commencé mes formations, c’est « L’Échange » de Claudel. À Claude Mathieu, alors que la pièce barbait tout le monde, j’étais aux anges et je voulais faire toutes les scènes, ce que j’ai quasiment fait. J’ai pris beaucoup de plaisir, c’est une expérience qui m’a beaucoup marqué. Un peu comme le travail que j’ai pu réaliser sur les chansons de Jacques Brel.
2019, le confinement vient vous percuter. Comment avez-vous géré cette période ?
Oui et d’ailleurs, j’ai une pièce de théâtre qui me suit depuis que j’ai commencé mes formations, c’est « L’Échange » de Claudel. À Claude Mathieu, alors que la pièce barbait tout le monde, j’étais aux anges et je voulais faire toutes les scènes, ce que j’ai quasiment fait. J’ai pris beaucoup de plaisir, c’est une expérience qui m’a beaucoup marqué. Un peu comme le travail que j’ai pu réaliser sur les chansons de Jacques Brel.
2019, le confinement vient vous percuter. Comment avez-vous géré cette période ?
Je suis rentré en Bourgogne qui est ma région natale. Pour continuer à travailler nous avons fait des vidéos. J’ai décidé de me filmer dans « Oncle Vania » de Tchekhov. Pour en faire un vrai court-métrage, j’ai travaillé avec un acteur russe, Grigori Manoukov. C’est ainsi qu’est né « Le Grand Carême ». Suivra « Vivre », qu’il fallait réaliser en 48 h. Les deux films m’ont donné envie d’aller vers un travail plus professionnel. J’avais été très touché par un documentaire se passant à Alep, « Pour Sama », je voulais faire un film sur plusieurs pays dont la Syrie. Il se trouve que le sujet du Nikon Film Festival auquel je voulais participer était le jeu. J’ai cherché quel pouvait être le jeu universel, je me suis arrêté sur la marelle : ce sera le titre du film. Avec une équipe technique, j’ai tourné, parce que c’était plus simple, au lac de Salagou dont les terres ocres pouvaient faire penser à la Syrie dont je voulais parler et je me suis mis en recherche des jeunes qui allaient pouvoir participer au film. À l’issue de cette expérience exceptionnelle j’ai gagné le prix « À ton Court » organisé par l’Agence du court métrage et France TV qui, au passage, a souhaité acquérir les droits.
Revenons à « Ma version de l’histoire ». Comment s’est passé le casting avec Sébastien Azzopardi ?
Quand j’étais chez Claude Mathieu, j’étais en cours avec Déborah Leclercq sur la pièce de l’Echange de Claudel justement. Peu de temps après ma sortie, Déborah lui ayant parlé de moi, j’ai reçu un appel de Sébastien Azzopardi qui cherchait le dernier des quatre comédiens pour jouer deux rôles, un jeune ado et un cadre. Je me suis trouvé à l’audition avec des copains de chez Claude Mathieu. Cette mise en concurrence n’était pas évidente, mais quand j’ai lu le texte je me suis dit que c’était pour moi. Je l’ai beaucoup travaillé, conscient de la belle opportunité qu’une telle pièce représentait. J’étais totalement investi, il s’est passé quelque chose durant les essais et au second tour, j’ai décroché le rôle. Depuis, à ce bonheur, s’est ajouté celui de jouer avec Miren Pradier, une source d’inspiration et de sincérité propre à encourager le jeune comédien que je suis.
Sur scène, on vous sent tellement à l’aise, vous n’avez jamais douté ?
Oh que si ! Et puis il y a toujours une petite part de vous qui doute. Ce n’était pas toujours évident, parce qu’à l’exception de ma maman, personne ne croyait vraiment à ma carrière théâtrale. Dans les yeux de mon père j’ai toujours été sensé reprendre l’entreprise familiale. Il a fallu passer pas mal d’obstacles. Mais malgré tout, je savais ce que je voulais, c’est comme ça qu’après cinq années d’école de commerce, quand mes amis commencent à rentrer dans la vie active par la grande porte, je viens faire du théâtre à Barbés avec une professeur qui me donne des leçons sur la vie, l’amour, la mort ! Ça fait bizarre. Mais tel était mon choix ! Et pour faire mes tous premiers pas, j’ai eu la chance de jouer neuf soirs, au Théâtre Montansier à Versailles « Roberto Zucco » de Bernard-Marie Koltès dans la magnifique mise en scène par Thomas Bellorini.
Depuis, la pression paternelle a faibli ?
Oui, bien sûr. C’est lui qui est venu me voir le plus : il a assisté à huit représentations de « Ma Version de l’histoire » !
Représentations après représentations, comment se passent les ajustements entre vous ?
C’est là que c’est fascinant. Chaque soir c’est différent. Suivant notre humeur, notre état, il peut y avoir des petites différences. J’ai la chance d’avoir des partenaires talentueux avec qui je m’entends très bien donc on n’hésite pas à se partager nos ressentis afin de réajuster des petites choses pour la prochaine représentation. C’est ça qui est intéressant aussi pour moi, jeune comédien, apprendre à jouer tous les soirs, essayer d’être toujours au plus juste dans mon jeu d’acteur.
Quand vous vous projetez, comment vous voyez-vous ?
La question m’impressionne, je sais où je suis pour le moment, c’est déjà bien. L’avenir, c’est difficile d’y répondre, mais si je le fais, sans filtre, je dirai que je n’ai pas de limites, rien ne me fait peur. Le cinéma m’attire mais ce qui m’importe, c’est la beauté du projet et la façon dont je vais m’y épanouir. Je ne veux pas être rangé dans une case ni tomber dans les clivages, public, privé. J’essayerai toujours de suivre ce que me dit mon cœur en le faisant à 200% !