En signant son deuxième long métrage, le réalisateur Ramon Salazar vient prouver que la relève du cinéma espagnol est assurée. Entre folie, poésie, musique et tendresse, la réussite est au rendez-vous. On est sous le charme !
On serait étonné à moins : un titre (et un sous-titre : « peut-on mesurer le bonheur ?») des plus racoleurs, les premières séquences pouvant faire songer à une copie d’Almodovar et pourtant… Au final, on repart avec une multitude d’images en tête et le souvenir d’un grand film déconcertant, vivant, avant tout d’une originalité tonifiante. Avec en prime, et ce n’est pas rien, le plaisir de voir jouer Monica Cervera, une actrice découverte par le réalisateur, à la dégaine d’enfer et au charme peu banal.
Marieta vit avec dans un monde interlope fait de vies brinquebalantes. De son corps d’homme, elle n’a conservé qu’un appendice conséquent (d’où le titre) dont elle rêve de se débarrasser. Pour passer sur le billard, elle tapine et économise. Par hasard, elle rencontre un beau mâle (le sensuel Pablo Puyol), à la fois primaire et primeur qui en pince… pour sa virilité, donnant lieu, au passage, à quelques scènes croustillantes où les rôles masculins féminins sont inversés avec un subtil mais féroce sens de la dérision.
Les diverses séquences de cette histoire aux nombreuses ramifications sont ponctuées par des moments musicaux. Des airs connus (Dalida, Queen notamment) sont chorégraphiés dans un style kitch et drôle, assez inimitable, entre Jacques Demy, Bob Fossé et Lloyd Weber, le délire en prime. Avec de tels mélanges, il fallait un sacré savoir-faire pour ne jamais tomber dans l’excès ou le ridicule et donner à l’ensemble une parfaite allure homogène. Ramon Salazar a réussi cet exploit. Tout en éblouissant nos mirettes, il nous fait vivre une aventure attachante avec ce film ne ressemblant à aucun autre, qui devrait faire parler de lui. Aller, plus que trois semaines et il est à l’affiche !
Sortie le 12 octobre 2005 : 1h49
Philippe Escalier
