Amitiés sincères

 

Sur le thème de l’amitié et des difficultés à communiquer, François Prévôt-Leygonie et Stéphan Archinard ont écrit une pièce foisonnante, tantôt drôle, tantôt poignante, somptueusement interprétée, dont on ressort un peu remué.

 

Jacques, Paul et Walter sont trois amis d’enfance. Le premier est libraire, le second écrivain à succès, le troisième homme d’affaires. Ils ont coutume de se retrouver chez Jacques le premier mercredi du mois, pour un déjeuner. Paul, retardataire chronique, tarde à arriver. Les deux amis l’attendent. Leur discussion est vive, on s’aime et on s’engueule avec la même passion. Entre le livresque assaisonnant ses phrases de formules latines et le pragmatique qui a parfois du mal avec les mots, les rapports ne sont pas simples ! L’absence de Paul finit par trouver son explication et face à une nouvelle qui vient chambouler leur vie, les deux amis se découvrent enfin. L’un se dévoile au grand jour, l’autre tente de comprendre pourquoi son entourage l’a entouré d’un mur de silence.

 

L’intrigue, pleine de rebondissements, se nourrit des personnages forts. Certes, le genre impose qu’ils aillent parfois quelque peu dans la caricature, mais cela est fait avec une telle spontanéité que l’on passe aisément sur ce petit défaut, d’autant que dans cette comédie, les moments importants de la vie sont décrits avec une acuité particulière et une charge émotionnelle forte. Michel Leeb (à voir pour ceux qui auraient oublié quel grand acteur il est) et Bernard Murat (il met en scène également) font un superbe numéro où le brio n’exclut nullement la sensibilité. Les moments de silence profond d’une salle totalement subjuguée en disent long sur la qualité de jeux des deux comédiens, aux côtés de qui se trouvent Élisa Servier, Sophie Mayer, Bernard Dumaine et Eric Viellard. Tous les spectacles n’ont pas la chance de nous faire pleurer et rire à la fois. C’est pourtant ce qui vous attend avec Amitiés sincères.

 

Philippe Escalier

 

Théâtre Édouard VII : 10 place Édouard VII 75009 Paris M° Opéra – du mardi au samedi à 21h, matinées samedi 17h30 et dimanche 15h30 – 01 47 42 59 92

Hervé Domingues

 

  

À 29 ans, il est à l’affiche du théâtre des Variétés avec Mon Homme, spectacle dynamique et euphorisant bâti sur des chansons célèbres et drôles des années 20 où, entouré de cinq autres comparses, il joue un séducteur aux yeux noirs.

 

Natif de Marseille, à 19 ans, Hervé Domingues part pour quelques jours dans la capitale. Au cours d’une soirée karaoké, Roger Louret le remarque et lui demande de venir, le lendemain, passer une audition. Résultat : une télé dans la foulée et la préparation des Années Twist où il rencontre Philippe Candelon, l’homme qui le met si bien en scène actuellement.

 

Pour lui, tout a commencé à 14 ans en compagnie de son copain d’enfance, Fabrice Banderra. « On disait tellement vouloir faire du théâtre dans le quartier, qu’un atelier a été créé exprès pour nous. Mais à l’époque, une chose est sure, je ne voulais pas chanter. » Pourtant Fabrice Banderra le pousse à le rejoindre chez Alice Dona où il prendra ses premiers cours de chant.

 

Ses talents de chanteur ne font pas oublier qu’il a joué l’été dernier à Londres So ugly it hurts. Auparavant il s’est transformé en Orphée pour l’Eurydice d’Anouilh, en Cléante dans L’Avare, tandis que l’’un de ses grands souvenirs reste L’Arlésienne où, en 1997, il se retrouve aux côtés de Jean Marais aux Folies Bergère.

 

« Aller sur scène, c’est ma récréation » avoue-t-il avant d’ajouter qu’il consacre son temps libre à sa passion, l’écriture de chansons qu’il va reprendre, seul, dans un tout prochain spectacle. « Je me sentais pas de me lancer avant. Là, je crois avoir acquis assez de maturité pour le faire ». Quelques salles sont déjà retenues début 2006. Mais pour l’heure, il reste encore quelques dates pour rencontrer un jeune auteur compositeur interprète prometteur.

 

Philippe Escalier

 

Mon Homme jusqu’au 5 novembre – théâtre des Variétés : 7 bd Montmartre 75002 Paris M° Grands Boulevards – du mardi au samedi à 19h – 01 42 33 09 92

 

 

 

 

Anne-Louis Girodet (1767-1824)

Étonnante découverte !

 

 

Rarement exposition m’aura autant marqué ! Alors que dans mon esprit l’histoire d’Anne-Louis Girodet (1767-1824) se limitait presque exclusivement au fameux portrait de Chateaubriand et à David, dont il fût l’élève, l’exposition du Louvre permet de découvrir un peintre extraordinaire, original et sensible, à l’esprit rebelle, sans conteste l’un des plus remarquables de l’histoire de l’art français.

 

Dessins, esquisses, portraits, tableaux, tous les aspects de son travail sont là laissant clairement apparaître les qualités de l’artiste. Omniprésentes, sa sensibilité à fleur de peau couplée à sa vision de l’érotisme font la part belle au corps masculin comme le montre La Révolte du Caire (1810) (annonciatrice de Delacroix) commandée douze ans après l’événement. Mais le beau rôle laissé à « l’ennemi » et notamment au jeune Bey d’une grande beauté, tenu mort entre les bras d’un vigoureux esclave maure qui défend le corps de son maître avec acharnement (ou avec amour !) n’eut pas l’heur de plaire à l’Empereur. Indépendant, son esprit ne plia jamais devant Napoléon dont il n’oublia jamais combien il fit couler le sang français pour une gloire bien éphémère. Indomptable, son caractère supportait mal les affronts. Mademoiselle Lange, actrice en vogue au Français, en fera les frais. Ayant eu la mauvaise idée de lui demander de retirer d’une exposition le portrait qu’elle avait commandé – et que, du coup, il détruisit avec rage -, Girodet se remit au travail et donna naissance à Mademoiselle Lange en Danaé (1799). La malheureuse comédienne et son entourage (accusés à juste titre de vanité, de cupidité, et d’infidélité) en prennent pour leur grade dans ce tableau vengeur ! Surprenant, son modernisme est visible dans le choix des couleurs des Quatre Saisons qui ont une centaine années d’avance. Exceptionnel, son art du portrait – il faut admirer celui du chef vendéen Cathelineau – laisse béat d’admiration tant les modèles sont rendus avec un réalisme doublé d’une humanité profonde. Inhabituel, son goût profond pour la littérature antique et les grands auteurs classiques comme Racine qu’il illustra. Réunies, ces qualités rendent cet artiste, trop longtemps ignoré, terriblement envoutant, au point de nous donner, en quittant cette exposition à marquer d’une pierre blanche, le sentiment troublant de nous être fait un nouvel et inséparable ami.

 

 

Philippe Escalier

 

 

"Girodet 1767-1824" : Musée du Louvre, hall Napoléon, 75001 Paris M°Louvre – Jusqu’au 2 janvier 2006 du mercredi au lundi de 9 h à 17h30 et jusqu’à 21h30 les mercredis et vendredis – 8,50 € – 01 40 20 53 17

 

L’affiche de l’expo est tirée du tableau Atala au tombeau (1808), dont le thème est puisé dans le roman de Chateaubriand.

 

Livre : Girodet (1767-1824) Sous la direction de Sylvain Bellenger – Collection Livres d’Art – Gallimard – Musée du Louvre

Le Tigre

Confrontation à la fois dramatique et comique aux multiples rebondissements, Le Tigre de Murray Schisgal a conquis le public grâce à l’interprétation de Lionel Rousselot et de Célia Granier-Deferre, mis en scène par Hélène Zidi-Chéruy. La pièce, reprise actuellement au théâtre Côté Cour, est à ne pas manquer.

 

Lionel Rousselot

 

 

De la force, beaucoup de modestie et un trop-plein de sensibilité, on sent chez Lionel Rousselot les qualités qui le rendront apte à nourrir de grands rôles. Si sur scène il joue – et bien –, dans la vie, il est la sincérité même !

 

À quel moment s’est faite la rencontre avec Le Tigre ?

C’était en thalasso, il y a un an à Quiberon. Avec Hélène Zidi-Chéruy (elle était mon coach à l’époque), nous étions une dizaine de comédiens invités dans le cadre du festival de café-théâtre de l’hôtel Accor, moment idéal pour bien préparer la rentrée ! Avec Célia, nous voulions monter une pièce. Quand nous avons découvert Gloria et Benjamin, les deux personnages du Tigre, nous n’avons pas hésité. Hélène a entendu que nous avions ce projet à cœur. Elle nous a fait passer une courte audition, après quoi, elle a décidé de monter la pièce dans son théâtre.

 

Benjamin, votre personnage est atteint d’un léger bégaiement. Avec surprise, on constate que dans la vie, c’est aussi votre cas. C’est une chose que vous avez essayé de transformer en atout ?

Ce n’est ni un atout ni un handicap, j’ai beaucoup travaillé pour l’atténuer. Maintenant, il y a des jours où tout va bien, d’autres moins, mais sur scène, il se remarque à peine. Quelque part, c’est un peu ma marque de fabrique !

 

Comment avez-vous débuté ?

Je suis né près de Toulon où j’ai fait une année de conservatoire et deux ans de café-théâtre. À 19 ans, je débarque à Paris où je prends des cours aux Enfants Terribles. De là, je rentre dans une compagnie avec laquelle je joue Horacio dans Hamlet. Viendront d’autres choses comme des courts-métrages avant que je parte pour New York. C’était une période difficile de ma vie, j’avais besoin de changer d’air ! Là-bas, j’ai bossé dans des bars. En rentrant, j’étais encore plein de doutes, prêt à tout laisser tomber et puis j’ai rencontré Hélène Zidi-Chéruy. Elle m’a proposé de travailler avec elle… et depuis tout a changé ! J’ai redécouvert l’envie de jouer en même temps que mon côté comique, le conservatoire m’ayant, sur ce point, beaucoup bridé. Puis est arrivé Le Tigre, ma première vraie et grande expérience.

 

Vous n’avez jamais regretté le choix de Paris ?

Non, je suis avant tout un citadin, j’aime m’endormir avec le bruit des voitures autour de moi. Il me faut vivre à toute vitesse (lors de mon séjour aux USA, j’étais plus speed que les New-Yorkais !) et je mourrais sûrement très jeune d’une crise cardiaque ! D’ailleurs, si j’aime ce métier, c’est aussi parce qu’il procure des sensations très fortes.

 

Y aura-t-il d’autres occasions de vous voir dans les mois qui viennent ?

Oui, j’apparais dans Le Pressentiment, le premier film de Jean-Pierre Darroussin, à qui j’ai la chance de donner la réplique ainsi qu’à Hippolyte Girardot. J’y joue un rôle de flambeur mythomane. Pour ma première fois au cinéma, quelle expérience ! Tout est millimétré, mais Jean-Pierre dirige en douceur. J’ai pu m’épanouir, malgré le trac, la chaleur et les quarante personnes qui, durant le tournage, nous fixaient, un blog à la main.

 

 

Célia Granier-Deferre

Cette jeune femme blonde au visage fin, née dans le milieu du cinéma, a suivi son propre parcours. Après avoir repris sa carrière en main, elle aborde la trentaine, visiblement sereine.

 

Comment est née votre envie de jouer ?

Elle est venue un peu comme un cheveu sur la soupe, au moment où j’avais une vie assez recluse dans l’appartement paternel «bouffant» de la télé sans modération. Cela a commencé par «passe ton bac et je te paye des cours de théâtre !». Durant mes trois années chez Périmony, un agent m’a repérée. Entre-temps j’ai adoré le travail d’Eva Saint-Paul que j’ai suivie lorsqu’elle a monté son propre cours. J’ai commencé à travailler pour la télé, des rôles secondaires, amusants. Cela marchait tout seul mais sans exigence folle. Dix ans ont passé. L’arrivée de ma fille a tout remis en question. Je ne me voyais pas en train de lui dire que je faisais juste des petites séries sympas. J’ai entendu parler du Laboratoire de l’acteur et j’y ai débarqué la trouille au ventre.

 

Le fait d’avoir un nom connu vous a aidée ?

Un père cinéaste, ce n’est pas toujours facile, surtout à l’adolescence, les autres imaginent que vous êtes pleine de fric. Puis il y a eu la sortie de certains films osés comme Cours privé avec une nana à moitié à poil sur toutes les affiches de Paris avec son nom au-dessus… Ça fait drôle ! Plus tard, j’ai appris à connaître et admirer, l’œuvre de mon père. S’il m’a offert mon premier rôle aux côtés de Charlotte Rampling dans La Dernière Fête, je ne l’ai jamais utilisé comme piston.

 

Après Le Tigre, que se passe-t-il ?

Il y a une autre mise en scène d’Hélène Zidi-Chéruy, Lavage délicat de Lilian Lloyd, l’histoire de deux jeunes paumés qui se retrouvent un soir dans un bar. C’est un peu plus calme que dans Le Tigre, quoique ce soit aussi des êtres avec des failles. Sinon, j’ai tourné dans un « Louis Page », ainsi que dans le film à venir de Benoît Cohen, Hélas et Hourra.

 

 

Hélène Zidi-Chéruy, metteur en scène

Outre l’envie de diriger les acteurs, il y a chez cette femme, généreuse de nature, le gout de la pédagogie. L’actrice fonde en 2000, au théâtre de l’Atelier, Le Laboratoire de l’acteur. Le stage initial de dix jours va, en réalité, durer un mois à la demande de ses élèves. Depuis, les demandes n’ont cessé d’affluer et Hélène Zidi-Chéruy, en petits groupes, réalise un travail en profondeur, insistant sur les aspects psychologiques d’un métier où les remises en question sont indispensables pour qui veut avancer. Respect de l’humain et exigence se retrouvent aussi dans sa gestion du théâtre qu’elle dirige avec son mari, Frédéric Chéruy : «Pour nous, il serait bien plus rentable d’arrêter de travailler et de louer la salle, trois fois dans la soirée.» En réalité, la programmation obéit aux seuls coups de cœur, comme celui qui nous permet de voir Le Tigre ou d’entendre le chanteur Marc Citti en concert. «On est là pour aider les artistes, respecter une éthique, c’est cela qui rend notre vie passionnante !»

 

 

Théâtre Côté Cour : 12 rue Édouard Lockroy 75011Paris  M° Parmentier – du lundi au vendredi à 20h30, relâches samedi & dimanche – 01 47 00 43 55

 

Philippe Escalier

C’est jamais facile

Pour voir LA comédie de la saison, il faut s’orienter vers le théâtre Michel où la passion d’une jeune étudiante pour son professeur quinquagénaire provoque une cascade de conséquences imprévisibles. Signée Jean-Claude Islert C’est jamais facile est une formidable machinerie comique, parfaitement huilée, jouée par cinq comédiens au diapason, sous la baguette de Jean-Luc Moreau. Maaïke Jansen et Roger Miremont tiennent les deux rôles principaux. Avant d’aller croiser le fer sur scène en nous laissant en compagnie de l’auteur, ils ont tous deux répondu à nos questions.

 

 

Maaïke Jansen

 

En tailleur blanc, cheveux blonds,  une allure folle, cette comédienne désarmante de naturel et de spontanéité, parle un peu comme elle joue, avec une vitalité exemplaire.

 

Maaïke Jansen, quelle est l’origine de votre nom ?

Je suis hollandaise. Je n’ai pas une goutte de sang français dans les veines. Agriculteur, avec quatorze frères et sœurs, il était difficile pour mon père de rester travailler dans son petit pays. Mes parents sont partis et je suis née dans l’Aube où nous formions une communauté, avec notre pasteur, nos écoles. Nous mangions même à la mode des Pays-Bas, ce qui n’est pas marrant car c’est une cuisine horrible !

 

Je vous ai vue dans Hypothèque au théâtre de l’œuvre avec Roland Giraud. Est-ce facile de jouer avec son mari ?

Vous savez, il est exigeant ! Il veut que ce soit nickel, alors je n’ai pas intérêt à plaisanter ! Mais c’est plus pratique parce qu’on peut partir travailler ensemble en moto ! Non, sérieusement, c’est toujours agréable de jouer quand on se connaît bien !

 

Outre un bon texte et un bon partenaire, vous êtes aussi bien entourée dans C’est jamais facile ?

C’est divin ! Roger Miremont, Ingrid Donnadieu et Myriam Moraly sont bien sur scène, bien dans la vie aussi. Tout comme Nicolas Jouhet, c’est un bel humain. Oui, on a une très belle équipe ! Myriam a le projet de me faire tourner dans son prochain court-métrage où j’aurais un rôle de clodo ! Oui, une clodo, vous avez bien entendu !

 

Quand on vous voit, on se dit que c’est un rôle qui va vous donner du travail !

Pas du tout, il suffit que je ne me lave plus les cheveux ! (Rires.)

 

Entre théâtre, ciné et télé, vous avez eu une carrière assez équilibrée, même si elle ne rend pas tout à fait justice à votre talent !

Je ne me plains pas. Je ne voulais pas penser qu’à mon métier et pourtant, je l’aime à la folie. J’ai reçu beaucoup de grands comédiens à la maison, j’ai pu voir l’angoisse qui était la leur. Je suis une personne équilibrée, avec beaucoup de joie de vivre, malgré les malheurs qui sont le lot de tout un chacun. Maintenant j’ai deux secrets, je fais mon jardin, je plante, je cultive, ça me donne une force formidable. Et puis la foi, pour moi c’est capital. La vie spirituelle est ce qu’il y a de plus important au monde. Vraiment !

 

 

Roger Miremont

 

Cet ancien pensionnaire de la Comédie-Française a abordé tous les styles et dans tous les domaines. Derrière le comédien jouant souvent des personnages tourmentés se cache un homme sensible, soucieux de son équilibre et des problèmes de son époque.

 

C’est un joli rôle que vous avez là, a-t-il été écrit pour vous ?

Non, mais en effet, le rôle est parfait, c’est pour cela que, tout de suite, je l’ai accepté. Il m’a fait beaucoup rire et dans le même temps, d’instinct, j’ai pensé que ce serait bien d’être avec Maaïke. On se complète : Jean-Luc Moreau a dit qu’elle avait une féminité virile alors que j’ai une masculinité féminine… enfin bref, on va bien ensemble !

 

Vous jouez un personnage qui vit avec quelqu’un de beaucoup plus jeune. Comment voyez-vous le fait de vieillir ?

Comme tout le monde… faut faire avec. Mais je ne crois pas que ce soit ce qui m’angoisse le plus. Disons que la vie moderne en ville m’effraie davantage. Je ne suis pas un cow-boy, mais je suis bien dans les grands espaces. La côte des Landes, au bord de l’océan, avec les vagues, là je suis bien. Sinon, je vais dans la Creuse pour me reposer et je dors. À Paris, tout le monde est un peu énervé.

 

Quand on vous voit, difficile d’ignorer que vous êtes sportif !

Je suis quelqu’un qui a un corps. Depuis longtemps, j’ai eu la chance de faire beaucoup d’exercices (de la danse, des arts martiaux) et c’est très bien. On sait aujourd’hui (grâce à l’École de Palo-Alto notamment) l’influence du physique sur le cerveau qui a une partie cognitive et une autre émotionnelle. Notre système éducatif joue uniquement sur le premier. Je suis content que dans les entreprises par exemple, ils soient en train de découvrir l’importance des émotions.

 

À quelle aune jugez-vous le succès de vos rôles ?

C’est très variable. Beaucoup de choses rentrent en jeu. Quand j’ai joué Monsieur chasse, j’ai eu des critiques dithyrambiques. J’étais content, mais, au fond, qu’est-ce que cela veut dire ? Pour revendiquer le fait que ce soit bon, il faut aussi que ce soit vendable puisque nous sommes dans une période de commerce effréné, avec pour support de vente, la télé. Disons que les rires incessants dans la salle, comme en ce moment, constituent une bonne marque de réussite.

 

Que faites-vous lorsque vous ne jouez pas ?

Je m’occupe de ma famille, j’essaie de leur faire la cuisine, ils disent que c’est bien mais c’est surtout parce qu’ils sont contents de ne pas avoir à la faire ! Je lis et je regarde des films. J’ai aussi suivi un cursus universitaire en ressources humaines et coaching l’an dernier, je dois rendre un mémoire sur la face cachée des émotions… et vous me faites penser que je suis en retard !

 

3 questions à l’auteur, Jean-Claude Islert

 

Comment avez-vous eu l’idée du sujet de cette pièce ?

Ce n’est pas du vécu, par contre, l’histoire est arrivée à l’un de mes camarades qui a eu plein de problèmes lorsqu’il a voulu rompre. Au lieu de le voir dramatiquement, j’ai trouvé préférable de l’aborder en vaudeville, d’autant que j’ai une vieille passion pour Feydeau et Labiche. Mais en vérité, au premier abord, c’est quasiment un drame !

 

Vous avez écrit une comédie exemplaire. Selon vous, quels en sont les secrets ?

D’abord prendre un sujet actuel qui parle au public. Ensuite, je suis très rigoureux sur la construction. Il n’y a pas de bonne comédie sans une mécanique imparable, quasi mathématique. C’est au sein de cette armature solide que l’art de dialoguer peut s’exprimer.

 

Une fois la pièce montée, reste-t-il une place pour l’auteur ?

Bien sûr ! Jean-Luc Moreau est un vieux copain, les comédiens sont là depuis le début (ils ont participé à la lecture), j’ai été à leur écoute et on a tous travaillé la main dans la main, ce qui me va comme un gant car j’adore le travail en équipe.

 

 

Théâtre Michel : 38 rue des Mathurins 75008 Paris M° Havre-Caumartin – du mardi au vendredi à 20h30, samedi à 17h, dimanche 15h – 01 42 65 35 02 

 

 

Philippe Escalier

Marianne James

 

Elle a fait d’« Ulrika Von Glotz », cantatrice hystérico-folledingue, un personnage culte. Tout autre qu’elle aurait usé le filon jusqu’à la corde mais Marianne James a les épaules trop larges pour se laisser enfermer dans un seul personnage. Entre sa tournée de concert, ses émissions de télé et surtout ses prochains spectacles, (dont nous reparlerons ici, plus tard) la Miss a répondu à nos questions avec le parler vrai qui fait partie intégrante de son charme… dévastateur !

 

« Ultima Récital », d’où est née cette idée folle ?

 

C’est assez simple : d’une frustration ! A l’époque, ma carrière ne décollait pas. J’étais professeur, diplômée de la Sorbonne en musicologie, premier prix de Conservatoire, bardée de plein de choses, tout ça pour presque faire la manche, avoir quelques petits engagements. Je me suis dit « si cela ne passe pas en le faisant sérieusement, je vais me rendre insupportable, faire la vraie diva ! » Et plus j’étais insupportable, plus ça passait ! Je ne m’explique toujours pas pourquoi !

 

Vous avez arrêté depuis presque trois ans et un peu comme lorsqu’on arrête de fumer, tout le monde vous propose de reprendre !

 

Oui, mais de moins en moins, heureusement. Il reste des gens qui pensent encore que je suis Ulrika, mais ce n’est pas grave, je prends une minute pour leur expliquer que c’est fini ! Mais toute ma vie, on me le demandera.

 

Il est pas exclu qu’un jour, peut-être… ?

 

J’en doute fortement. Je ne vois pas pourquoi elle reviendrait. Je me suis séparé d’un personnage, c’est comme si j’avais divorcé d’un homme : on ne me demanderait pas, un jour, d’aller recoucher avec lui, pour rigoler ? Non j’aime ailleurs, je reconstruis ailleurs.

 

Justement, sur cet ailleurs, vous le voyez plutôt à la télé, ou bien davantage concentré sur la chanson qui est tout de même votre dada ?

 

La chanson a toujours été mon dada et le restera. A douze ans, j’ai eu la chance d’apprendre la guitare avec Tony Petrucciani. Son fils, Michel, est né comme moi en 1962, à Montélimar. De ma sixième à ma terminale, j’ai pris régulièrement des cours dans la boutique de monsieur Petrucciani, voisine d’une rue de la pâtisserie de mon père. Ella Fitzgerald, Oscar Peterson, Mozart, Schubert, mes propres chansons, voilà mon environnement et mon travail quotidien ! La scène, c’est 90% de ma vie. La télévision, même si ces 10% font beaucoup de bruit, c’est presque une autre Marianne. De la même manière que j’ai arrêté « Ultima Récital », un jour je décollerai cette étiquette télé que l’on me colle à la peau, car dans le métier, on vous met toujours des étiquettes sur le dos !

 

Pour revenir sur ces « 10% qui font beaucoup de bruit », pour vous qui avez fait le Conservatoire, ces jeunes qui veulent devenir des stars juste en passant sur M6, cela ne vous paraît pas un peu léger ?

 

Je suis d’accord avec vous. J’ai été claire dés le départ avec les gens d’M6 lorsque je les ai rencontré ce fameux 29 octobre, en urgence car l’émission commençait une semaine plus tard. Il faut que je précise que je n’ai pas été contacté en premier, ils ont demandé à d’autres femmes, j’ai dû arriver en 3éme ou 4éme position, mais on n’a pas voulu me dire qui avait été sollicité avant moi ! Pour commencer, je ne trouvais le titre pertinent, il me faisait penser Graines de Star, Star Academy, Popstars, Fréquenstar, Télé Star…(rires)…d’ailleurs le public a eu du mal à s’y retrouver lui aussi. J’aurais préféré « À la recherche de nouveaux talents ». Talents qui deviendront stars lorsque vous-même ou vos confrères en parleront ! Talent signifiant chanter juste, être en rythme, savoir choisir la bonne chanson car si vous avez juste quelques notes dans la gorge et que vous attaquiez un registre demandant trois octaves…c’est raté !

 

Ces trois octaves, vous les avez !  C’est chose rare ?

 

Non, il y a beaucoup de gens dans ce cas. Mais je vous signale que si certains ont des dimensions hallucinantes, encore faut-il savoir s’en servir. Je ne vous parle pas de Rocco Siffredi !

 

Il ne s’agit pas du même organe…!  Vous avez dit un jour que vous aimeriez ressembler à Lucrèce Borgia. Votre objectif est d’empoisonner la vie des gens ?

 

(Rires)…ah merci ! C’était Ulrika qui parlait ainsi ! En vérité, je suis vraiment une brave fille.Je me sens dédouanée de la méchanceté. Mais je sais être virulente, agressive sur scène, cassante et tout ce que vous voulez. J’adore, cela me donne de l’allure et correspond au physique que j’aie ! Lucrèce est un fantasme un peu romantique, ces femmes ayant eu le pouvoir, tenant les hommes par le pantalon mais aussi par le poison et surtout par l’esprit, c’est un idéal ! Ceci dit, si vous regardez bien, c’est surtout par l’esprit qu’elles règnent, non par la main dans le pantalon, ce que les hommes ont la faiblesse de croire !

 

Oui, parce que ça les flatte !

A partir du moment où ils sont flattés, ils sont orgueilleux, et là, ils sont foutus ! Ce n’est pas le ridicule qui tue, c’est l’orgueil !

 

Toujours pour reprendre vos dires, sous la douche vous sifflez « Get up, Stand up » et vous dites « ça me fait sautiller » ! Les voisins ne se sont jamais plains ?

 

(Rires)….Non, je ne saute pas, en fait ça me fait danser ! Et puis mon voisin est chanteur, il peut comprendre ! C’est vrai, j’écoute beaucoup Bob Marley, Donna Summer, Georges Clinton et tous les papes de la Funk musique. Jeune fille, j’ai pris des cours dans un centre africain. J’alternais les cours de djembé et de danse. J’étais beaucoup plus mince à l’époque, mais la femme qui nous donnait des cours était grosse comme moi aujourd’hui ! Entièrement vêtue de lycra, un boubou autour des hanches, je peux vous dire que tout le monde était subjugué. Au fond de moi, je me suis dit « enfin une femme qui correspond à ce que je suis profondément, vivante, plantée dans la terre, charpentée quoi ! » Oui, grosse c’est le mot et on le vit très bien. Rendons grâce à tous ces gros qui amènent beaucoup d’énergie. Vous savez, je pense à des gens avec qui je déjeune parfois à la télévision, je vous jure : ils commandent 150 grammes d’épinards à l’eau avec de la Badoit ! Je suis désolé, c’est agréable pour personne, quelqu’un qui se comptabilise, qui se gère ! Les tops models filiformes, elles font la gueule aux gens parce qu’elles sont ballonnées ! Ça suffit, mangez, faites de la danse africaine, je ne sais pas moi…mais réagissez ! Par mon image, je veux pouvoir dire « merde » aux dictats !

 

 

Philippe Escalier

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑