Un amour à taire

La déportation des homosexuels durant la seconde guerre mondiale a été longtemps passée sous silence. Pour la première fois en France, Christian Faure, le réalisateur de « Juste une histoire d’amour », traite le sujet dans un téléfilm magnifique et émouvant, diffusé sur France 2, le 7 mars à 21h.

Nous sommes au printemps 1942. Jean, qui gère une blanchisserie avec ses parents, vit en cachette sa passion avec Philippe. Il rend régulièrement visite à son frère Jacques emprisonné pour de sordides histoires de magouilles avec des collabos. Débarque Sarah, une amie d’enfance juive, dont la famille vient d’être assassinée par un passeur vendu aux nazis. Désespérée, elle se raccroche au jeune homme dont elle est amoureuse depuis toujours. Philippe, comprenant que sa relation n’est pas menacée, surmonte sa jalousie et le trio apprend à fonctionner. Mais lorsque Jacques sort de prison, il tombe amoureux de la jeune femme. Frustré, rejeté par son père mais aussi par Sarah, Jacques, après une violente dispute, va demander à ses amis de faire arrêter son frère, afin de le faire libérer et d’apparaître en sauveur. La machine infernale est mise en route. On découvre que Jean est fiché comme homosexuel. Accusé, à tort, d’avoir couché avec un officier allemand, le jeune homme est livré à l’occupant avant de connaître l’horreur des camps.

Le regard des homos sur les femmes, l’attitude des français face à la collaboration et aux juifs, les rapports familiaux, le scénario de Pascal Fontanille et de Samantha Mazeras a su donner à la déportation des triangles roses toute sa dimension historique, individuelle et affective. Cinq acteurs remarquables de sobriété donnent au film de Christian Faure toute son intensité. Charlotte de Turckheim et Michel Jonasz sont de sublimes parents déchirés et silencieux. Jérémie Renier dans le rôle de Jean et Bruno Tedeschini, son amant, font face à Nicolas Gob (Jacques) et à Louise Monot. Ces deux derniers ont reçu au festival de Luchon 2005 le prix du meilleur jeune espoir à quoi sont venus s’ajouter, pour le film, le prix spécial du jury, celui du meilleur scénario et le prix du public. Remplie de scène fortes, toujours très en retenue et pudique, « Un amour à taire », rend enfin aux déportés homosexuels, l’hommage qu’ils méritaient.

Sans l’implication forte de France 2, (Arte et Pink Tv ayant refusé de mettre un sou dans le projet), ce téléfilm n’aurait jamais pu voir le jour. En réalisant un indispensable travail de mémoire à travers une œuvre inoubliable, le service public remplit toute sa mission.

Philippe Escalier

Le Pianiste

Robin Renucci et le travail de mémoire

Accompagné au piano alternativement par Michaël Roudy et Nicolas Stavy, Robin Renucci a mis Le Pianiste au centre du spectacle qu’il donne à la Pépinière Opéra. Son auteur, Wladyslaw Szpilman, enfermé durant des mois dans le ghetto de Varsovie martyrisé, réchappera à la mort grâce à l’intervention d’un officier allemand. L’œuvre de ce musicien au destin incroyable a été portée à l’écran par Roman Polanski.

 

Depuis que Corinne Bacharach lui a proposé d’effectuer la lecture du Pianiste, à quatre reprises, au musée d’art et d’histoire du Judaïsme, en 2001, Robin Renucci ne s’est plus séparé de ce texte. à cette époque, « l’auteur venait de mourir. Comprenant que j’étais face à un témoignage important, j’ai eu à cœur d’en porter la parole. ». L’été suivant, aux Rencontres Internationales Artistiques de Corse, en public et en plein air, il réitère cette lecture. Peu de temps après, la Palme d’Or obtenue à Cannes étant venu mondialiser l’ouvrage, le comédien rencontre Michaël Rudy, « cet immense virtuose, spécialiste de la musique de Chopin, qui a accepté d’être à mes côtés sur scène au festival de Perpignan. Mon travail s’est considérablement enrichi. » Pendant ses mois d’enfermement, seul dans le ghetto, le pianiste aura en tête tout ce fracas de piano. Cette musique, omniprésente, il fallait que les spectateurs puissent aussi l’entendre, qui plus est, jouée de mains de Maîtres.

 

« J’ai fait appel à Cécile Guillemot pour que la parole soit la plus transparente possible. L’espace est presque vide pour faire voyager l’imaginaire sollicité par la mise en lumière très riche de Julien Barbazin. » Bien évidemment, il n’est à aucun moment question de jouer la comédie. « Ce qui m’importe c’est de porter ce texte par la voix. Je n’aime pas l’industrie de l’image que l’on peut faire autour de la Shoah. Cela doit passer de préférence par le récit de ceux qui l’ont vécue. Certains ne sont plus là pour le faire. Il faut donc que d’autres s’en chargent. »

 

Quatre années ont été nécessaires pour faire éclore ce spectacle, au moment où l’on commémore les 60 ans de la libération des camps. Acteur militant, Robin Renucci se réjouit que les médias parlent depuis plusieurs mois de ce qui lui importe. Au demeurant, l’acteur sensible à toutes les exclusions et toutes les injustices sans jamais oublier le côté si particulier de la Shoah, entend penser à tous les génocides. « En disant ce texte, je ne peux pas ne pas songer au génocide des Cambodgiens, des Arméniens, du Rwanda ou celui qui se déroule, à l’heure où l’on se parle, au Darfour ».

 

Au théâtre, que ce soit Le soulier de satin joué dans la Cour d’Honneur d’Avignon ou encore Le grand retour de Boris S. traitant des relations père fils et du poids de la judaïté, les différents rôles soigneusement choisis et incarnés par Robin Renucci, ont toujours laissé le souvenir de moments forts et émouvants. Personne ne doute que d’ici quelques temps, il faudra rajouter Le Pianiste à une liste déjà longue.

Philippe Escalier

Pépinière Opéra : 7, rue Louis le Grand 75002  M° Opéra – du mardi au samedi à 21h et matinée samedi à 18h – 01 42 61 44 16

 

Le Pianiste de Wladyslaw Szpilman est publié aux éditions Robert Laffont

Brian Joubert

Un champion qui ne laisse personne de glace !

Une volonté de fer, un optimise à tout crin, un physique athlétique et l’envie de gagner, Brian Joubert pourrait bien être de l’étoffe dont on fait les héros. À 20 ans, il s’est déjà imposé comme l’un des meilleurs éléments du patinage artistique mondial. Entre son avion en provenance de Turin et son train pour Poitiers où l’entraînement reprend dans la foulée, il s’est exprimé sur les derniers Championnats d’Europe qui l’ont vu décrocher une médaille d’argent, mais aussi sur sa vie de sportif. Une interview forcément trop courte à notre goût mais qui nous fait découvrir un garçon décidé, spontané et bourré de charme.  

 

Dans quel état d’esprit rentrez-vous de Turin ?

Il y a eu beaucoup de choses positives pendant ces Championnats d’Europe. Les petits soucis n’ont pourtant pas manqué ces derniers temps. Je me suis retrouvé avec une seule semaine pour préparer l’épreuve. Je ne pensais pas faire une aussi belle compétition et gagner le programme court. Physiquement j’étais un peu juste, mais finalement, ça s’est plutôt bien passé.

Vous avez changé d’entraîneur 10 jours seulement avant le début de cette compétition européenne. Pourquoi ?

Laurent Depouilly, mon ancien entraîneur, était souvent absent. Je devais donc travailler tout seul. Une semaine avant les championnats, je suis revenu vers Véronique Guyon avec qui j’ai bossé pendant 15 ans. Elle me connaît très bien et ce changement ne posera aucun problème particulier.

Vous avez dit qu’il fallait quatre ans pour préparer les Jeux Olympiques, qui auront lieu en 2006 sur cette même patinoire turinoise. Vous sentez-vous prêt aujourd’hui ?

Oh oui ! Il est clair qu’il y a encore des choses à améliorer ; je dois travailler sur tous les plans, mais je suis sur la bonne voie.

Le choix de la musique qui accompagne la chorégraphie du patineur est essentiel. Cette année, vous avez opté pour un extrait de la BO du film « 1492 ». Comment se prend une telle décision ?

Avec la chorégraphe, Tatiana Tarasova. Elle me fait des propositions, et je dis oui ou non. C’est une musique que j’aime beaucoup. Actuellement, je suis en train de rechercher des thèmes pour l’année prochaine que je dois préparer le plus vite possible, vu le peu de temps qu’il reste.

Quel rapport entretenez-vous avec votre éternel concurrent, Evgueni Plushenko, qui vous a encore devancé à Turin ?

On se respecte. Ceci dit, c’est quelqu’un de très distant. C’est vrai que je le dérange. Je le vois bien, il ne reste jamais à côté de moi dans les vestiaires, il essaye de m’éviter et il ne me parle pas. C’est un peu dommage, mais c’est comme ça !

Le système de notation des patineurs s’est complexifié cette année. Qu’en pensez-vous ?

Il a des bons et des mauvais côtés ! Pour moi, ça reste forcément subjectif. Par contre, ce qui est positif, c’est que lorsqu’on est cinquième à l’issu du programme court, avec une différence de points pas trop élevée, on peut toujours remonter. Ça c’est nouveau, et c’est plutôt bien.

Quelles sont vos relations avec la Fédération ?

Je n’ai pas de mauvaises relations avec elle. J’ai un peu de mal avec monsieur Ranvier, le Directeur Technique National. Je fais avec. Par contre, mes rapports avec le Président sont excellents. Finalement, c’est comme dans une entreprise ; on ne peut pas avoir de bons rapports avec tout le monde et ce n’est pas pour autant que la boite fait faillite.

Avez-vous toujours su que vous seriez patineur ?

Dès le plus jeune âge, j’ai voulu me consacrer au patinage : pour moi, à dix ans, c’était déjà évident. Tout de suite, je me suis senti bien dans ce sport. J’ai aussi voulu faire de l’escrime, mais ça faisait beaucoup trop de choses.

Votre famille vous a-t-elle poussé dans cette direction ?

Non, c’est moi qui ait voulu le faire. Mes parents (ils sont tous les deux sportifs) ont respecté mon choix et m’ont encouragé.

Les succès de Philippe Candeloro ont-il joué, eux aussi, un rôle dans votre motivation ?

Je le regardais à la télé. C’est vrai, ce sont de beaux souvenirs de l’avoir vu gagner deux médailles olympiques. Ceci dit, si je devais citer des références et des sources d’inspiration, ce serait plutôt le canadien Elvis Stojko ou le russe Alexeï Yagudin.

La vie d’un sportif de haut niveau est faite de passion mais aussi de multiples contraintes. Y faire face nécessite une vraie maturité. Comment gérez-vous cela à tout juste 20 ans ?

Il ne faut pas se mettre la pression, avec la presse par exemple… Je ne dis pas ça pour vous (Rires) ! La médiatisation est ce qu’il y a de plus dur à gérer. Il faut éviter de songer que l’on est toujours attendu au tournant. Je vois cette contrainte comme un jeu : je veux être un très bon sportif et les médias, du coup, sont incontournables. Ils font partie du lot !

L’entraînement intensif qui est le vôtre vous laisse-t-il des loisirs ?

Oui, il faut tout de même avoir une vie à côté. Je vois les copains, pour jouer au bowling ou au billard. J’ai aussi une passion pour la moto. J’essaye de me changer les idées.

Le fait de plaire à la fois aux garçons et aux filles, cela vous amuse ou au contraire vous agace ?

À partir du moment où je plais à des gens, ça me fait plaisir. Que ce soit pour mon palmarès ou pour mon physique, ça ne me dérange pas du tout !

N’est-ce pas un peu lourd à porter parfois ?

Non, j’ai à cœur de faire plaisir aux gens qui me soutiennent ou qui m’aiment en ramenant de bonnes performances. Quand le public est là, derrière nous, on est transformé. On oublie la fatigue, tout ce qui est dur et on n’a qu’une seule envie, celle de donner le meilleur.

On dit de vous que vous êtes très volontaire. Est-ce le trait de caractère marquant de votre personnalité ?

Oui, c’est vrai. Il est rare que je baisse les bras. Quand je veux un truc, j’y crois toujours et je me donne les moyens pour l’atteindre.

Avec votre emploi du temps, votre vie sentimentale n’est pas trop compliquée ?

Ce n’est pas simple. Je suis souvent en déplacement. Mais je dois dire que pour l’instant, ce n’est pas ma priorité. Ma priorité absolue c’est ma carrière. La vie sentimentale c’est pour plus tard je crois !

Miss France 2005 était particulièrement belle. Ne regrettez-vous pas de ne pas avoir attendu un an de plus ? 

(Rires) C’est la première fois qu’on me la fait celle-là ! Non, non, je ne regrette pas !

Propos recueillis par Philippe Escalier

 

Gary Kurtz

Au Théâtre Marigny à partir du 22 mars

La magie traditionnelle, Gary Kurtz connaît. Il nous en donne d’ailleurs quelques beaux exemples. Mais le domaine dans lequel il excelle reste la télépathie. Établissant un contact tout particulier avec le public, il se livre à des numéros étonnants qui restent inexpliqués. Comme lors de ses autres passages à Paris, le public du Marigny, à compter du 22 mars, va sortir séduit et terriblement troublé.

Le propre de la magie est de nous plonger dans une troublante perplexité, ce que Gary Kurtz sait faire avec une évidente facilité. Ce canadien autodidacte nous présente de grands classiques avec une élégance et une adresse telles que l’on croirait les voir pour la première fois. Avec lui, pas de lapins ni de chapeaux, encore moins de ravissantes jeunes femmes venues jouer les faire-valoir. Son partenaire, c’est vous ! Une dizaine de spectateurs volontaires vont d’ailleurs le seconder et se trouvent, dés le départ, installés sur la scène. Durant les deux heures que dure le spectacle, le reste de la salle est constamment sollicitée, en particulier durant les numéros consacrés aux exercices de télépathie. Si ces derniers sont particulièrement étonnants, les autres tours, chacun à leur manière, sont tout aussi bluffants, à une exception prés. La mise en scène qui les entoure est à ce point élaborée et efficace qu’elle contribue à engendrer un grand show. Seul petit hic, le Marigny est tout de même bien vaste pour ce spectacle « de proximité » qui conviendrait parfaitement à une salle de taille moyenne. Néanmoins, on se laisse entraîner, tant ce sorcier de Gary Kurtz est habile.

INTERVIEW

Questions à un magicien pas comme les autres.

Gary, d’où êtes-vous originaire ?

Je suis né dans le sud Ontario, au Canada anglais, de parents Allemands émigrés. J’ai passé les premières dix-sept années de ma vie dans une petite ferme avec des champs de blé, des vaches et des poules !

Et comment avez-vous appris le métier ?

Je suis né dans le sud Ontario, au Canada anglais, de parents Allemands émigrés. J’ai passé les premières dix-sept années de ma vie dans une petite ferme avec des champs de blé, des vaches et des poules !

Votre spectacle est basé sur un contact étroit avec le public. Vous n’avez pas peur des très grandes salles qui peuvent vous en éloigner ?

Vous savez, chaque grand public est composé de petits groupes. Donc, si l’on s’adresse à eux, on s’adresse à tout le public. Et puis, j’ai l’habitude des salles importantes.

Vous qui jouez un peu partout dans le monde : de quelle façon ressentez-vous le public français ?

Il est très français ! Comme le public américain est très américain ou comme le public suisse est suisse. Chacun a son caractère propre et tous sont différents. D’une représentation à l’autre, d’une ville et d’un pays à l’autre, les spectateurs varient. Chaque soir, mon plaisir est de les découvrir.

Comment faut-il comprendre les « numéros mentalistes » dont vous êtes le spécialiste ? Sans trahir vos secrets, que pouvez-vous dire sur eux ?

Ohhh, beaucoup de psychologie, d’intuition et de travail de comédien !

Combien de temps faut-il pour mettre au point un numéro ?

Cela dépend des numéros ! Certaines choses exigent des années de travail, d’autres sont plus naturellement faciles à mettre en place.

Gérer la partie mise en scène et comédie vous demande-t-elle des efforts ou bien êtes-vous dans ce registre naturellement à l’aise ?

Pour moi, je dois avouer que ce fut beaucoup de travail mais avec le temps, c’est devenu naturel.

Parmi vos numéros, certains ont-ils votre préférence et pourquoi ?

Les histoires personnelles sont mes préférées, celles où je m’assois pieds nus sur le bord de la scène, le public étant invité à me rejoindre. C’est un vrai défi : il faut que je devine des anecdotes personnelles qui concernent les personnes venant sur scène. C’est la partie la plus difficile car elle est totalement improvisée et d’un autre côté, il faut que ce soit toujours distrayant.

C’est une question que vous posez au public, j’ai envie de vous la poser à votre tour : quel est votre meilleur souvenir de magicien ?

Le jour où j’ai utilisé mes talents pour séduire ma femme !

Propos recueillis par Philippe Escalier

Théâtre Marigny : Carré Marigny M° Champs-Elysées-Clémenceau 75008 Paris – du mardi au samedi à 21h & dimanche 16h – 01 53 96 70 00

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