Molières 2005

Un billet dédié à Thierry en période d’examens, auquel nous décernons un bien mérité (quoique tout nouveau) "Raymond Aron Awards" !

Lundi 9 mai, dans un peu plus de 24 heures, se déroulera la 19éme Nuit des Molières, moment aussi ennuyeux qu’une remise de décorations à l’Élysée se déroulant dans l’indifférence générale. Exception notable, les empoignades de 2004, du fait des intermittents en colère, ont apporté un peu d’animation….Cette année, l’ennui pourrait être encore le grand vainqueur de cette soirée à moins que Serge Moati n’invente une mise en scène insufflant un peu de vie à une manifestation traditionnellement statique et convenue !

On ne laissera pourtant pas passer l’occasion de souligner quelques détails. Que les Molières soient la consécration des grandes machineries du Privé, on le sait depuis belle lurette. Du coup, deux spectacles honnêtes mais n’ayant rien d’exceptionnel, Amadeus – surtout intéressant pour la prestation unique de Jean Piat – et La LocandieraCristiana Réali (meilleure comédienne) nous ayant habitué à mieux, on lui préfère son partenaire, Pierre Cassignard, (meilleur comédien) – ont raflé l’essentiel de la mise…On aurait aimé, par exemple, que Le Roi se meurt, magnifié par Michel Bouquet nominé meilleur comédien, (c’est une évidence depuis au moins 30 ans!), soit davantage distingué.

Par contre, inscrire Lorant Deutsch en meilleure révélation théâtrale réussit le double exploit d’être ridicule au vu de sa notoriété et injuste du fait d’une prestation assez insipide dans le rôle titre d’Amadeus. La caméra réussit mieux à ce jeune homme qui, en live, manque singuliérement de charisme. Notre choix se porte sans conteste (nous n’en démordrons pas !) sur Pascal Rénéric qui dans Oncle Paul et l’École des Femmes a fait des merveilles. Sa force de jeu, sa présence, l’émotion qu’il sait insuffler à ses personnages, n’ont que bien peu d’équivalents….C’est un nom qui ne devrait pas rester longtemps inconnu, avec ou sans Molière. Olivier Constant serait aussi une bonne surprise, mais son spectacle à Paris est resté trop confidentiel. Dans Les Muses orphelines, nous avons déja dit à quel point Emmanuelle Bougerol nous avait étonnés. Tous trois concourent dans la même catégorie.

Voir les deux compositeurs de Camille C. nominés pour le meilleur créateur de musique de scène continue à nous faire beaucoup rire, bien que Jean-Luc Moreau ait effectivement réalisé pour ce spectacle – ou la musique était bien le maillon faible – une très belle mise en scène. Même hilarité pour Love, Valour, Compassion qui, par les facilités que cette pièce s’est octroyée, n’avait rien à faire dans un palmarès digne de ce nom. Dans le même temps, on oublie Soie et Samuel Labarthe….les injustices font bien partie intégrante de ce bas monde ! À noter dans la nouvelle catégorie, Molière inattendu la présence de La Guinguette a rouvert ses volets qui nous a apporté, cet hiver, un peu de fraîcheur.

À regarder cette soirée (une bonne idée de punition !) on ne découvrira qu’une face du théâtre. Certes, quelques bons spectacles sont là (Brooklyn Boy, Dis à ma fille que je pars en voyage, Jacques a dit ,Le Roi se meurt "Les Muses Orphelines" ou L’Île des esclaves, un Marivaux transformé avec tant de folie maîtrisée par Irina Brook…) mais il passe, en grande partie, à côté de tout ce que le Public, le théâtre subventionné, qui a aussi ses défauts, produit de passionnant. On pense notamment à Christian Schiaretti ou à Jean-Louis Martinelli, superbement ignorés….Ce qui ne les empêchera nullement de continuer un vrai travail que nous sommes nombreux à admirer et soutenir !

Philippe Escalier

A propos Sensitif

Journaliste, photographe, éditeur du magazine Sensitif : www.sensitif.fr
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6 commentaires pour Molières 2005

  1. CAT.DOM dit :

    sympa ton blog viens voir le mien et lacher tes comstu peux aussi voter pour luibonne continuation

  2. Sham dit :

    moi j\’ai recu mon exemplaire de constitution et j\’ai pas pu m\’empecher de rever… à un monde meilleur !si tu veux viens me rendre visite

  3. Thierry dit :

    Mon cher Philippe, Tout d\’abord, mille mercis pour m\’avoir dédicacé ce billet. Une attention toute particulière qui me va droit au coeur, sincèrement. D\’autant que ce billet présente deux avantages: tout d\’abord, il est une mine d\’or d\’infos sur une actualité théâtrale qui, je l\’avoue non sans honte, était depuis peu la grande absente de mes centres d\’intérêt, ceux-ci s\’étant tournés davantage vers mes cours (partiels obligent), et m\’avaient fait oublier combien ce genre d\’activité aurait pu soulager mon âme en une période aussi faste. Secundo, parce que malgré des lacunes aussi nombreuses que béantes en ce domaine, plusieurs de tes opinions se rapprochent des miennes, quand il m\’est possible d\’en formuler une à ce sujet, notamment à propos de Lorant Deutsch et Michel Bouquet. Ensuite, je n\’aurais su revenir à notre correspondance sans te laisser un commentaire digne de nos échange, et bien que, pour une fois et depuis longtemps, les mânes ne sachent plus guider mon inspiration vers un résultat habituellement plus abouti, je tâcherai de laisser glose honorable. Après tout, "Est aliquis et dolendi decor, hic sapienti servandus est." Sans grande douleur certes, la beauté demeurant, je me dois de la préserver: voilà pourquoi je tenais tant à un commentaire plus convenable que le triste petit bulletin que j\’avais écrit dernièrement, et qui était aussi développé qu\’une clause de contrat de travail. Je reviens donc, la forme et le fonds suivront sous peu, promis.

  4. Thierry dit :

    Serais-je fidèle à moi-même si après avoir relu mon billet, je ne me sentais pas obligé d\’apporter deux précisions à son propos: j\’ai honteusement oublié de mettre "une" devant glose; c\’est pas primordial mais tout-de-même, j\’y tenais. Quant au "Raymlond Aron Awards", saurais-je en être digne? Quoiqu\’il en soit, cette récompense bien anglicisée quelque peu on en conviendra, est l\’aboutissement de tant d\’efforts et de perséverance pour en arriver là, blablabla (j\’tente de la faire cérémonie des Molières). Je n\’omettrai cependant pas de dire que j\’hésite parfois à me retrouver dans Raymond Aron et ses théories en matière, pourqoi pas, de relations internationales, lui préférant le plus actuel et non moins méritant, Joseph Nye, professeur américain. Cela dit, je ne suis pas expert en ce domaine non plus (comme quoi), bien que fin analyste du dimanche de la notion conceptualisée par les réalites de puissance et de ses manifestations pratiques et symboliques… Tout un programme, surtout à cette heure-ci où je ne suis plus vraiment maître de mes écrits, isn\’t it?Mais ne refaisons pas paix et guerre, redevenons léger, et convenons quand-même que mon style particulier et le côté sulfureux de quelques-une de mes théories pourraient permettre un rapprochement avec le journaliste du Figaro des années cinquante, ma modestie dût-elle en souffrir.Sur ce, je me retire. Bonne nuit à toi Philippe et à très vite.

  5. Philippe dit :

    Thierry, Sur Raymond AronPour moi, c’est un compliment, j’admire le philosophe. L’un des premiers à venir se lever contre la dictature bien pensante de gauche qui depuis la Révolution française, a réussit l’exploit de rendre ringard et dangereux tout ce qui se veut de l’autre côté, imposant ainsi un manichéisme qui, soit dit en passant, fait tâche sur le manteau vertueux dont elle aime s’envelopper. Le combat de Aron contre les idées politiquement désastreuses de Sartre (totalement déconnectée de la réalité et ne se souciant que d’une apparente morale imbibée de générosité) a eu le mérite de renverser un peu la vapeur. Un combat que l’on peut comprendre difficile quand on se souvient de la réplique (terrifiante) des sartriens : «Mieux vaut avoir tort avec Sartre que raison avec Aron….»Tout est dit, le sectarisme n’est plus à prouver (ni approuvé !) Bref, les combats de la raison sont toujours passionnants à suivre, avec leurs défauts et leurs erreurs aussi. L’homme mérite que l’on se souvienne de lui. Prends bien soin de ton Award !Sinon, grâce à toi, j’espère ne pas rester plus longtemps ignorant de l’œuvre de Joseph Nye. Je réclame un billet, tant pis si je donne le sentiment de faire la manche 🙂

  6. Unknown dit :

    excellent ce commentaire"là où le regard ne porte pas"=@)zibous bouh

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