Christine Murillo dans « Pauline & Carton »

A La Scala

Merveilleuse surprise de cette saison théâtrale, le spectacle jubilatoire construit autour de la vie de l’actrice Pauline Carton donne lieu à une brillante interprétation de Christine Murillo.

C’est indiscutablement le privilège des grands comédiens de pouvoir séduire et éblouir le public avec des sujets inattendus. Qui pouvait s’attendre à rire une heure durant en écoutant un résumé de la vie de Pauline Carton, actrice dont la carrière immense mais consacrée aux seconds rôles s’est déroulée essentiellement entre les années 30 et 60 ? Cet émerveillement doit tout à l’immense talent de Christine Murillo. Donnons-lui la parole et laissons-la savourer le bonheur qui est le sien aujourd’hui : « Je suis gâtée par la vie. D’abord, depuis quatre ans, je joue « La Mouche », (l’adaptation de la nouvelle de George Langelaan), écrite, mise en scène et jouée par Valérie Lesort et Christian Hecq, avec également Jan Hammenecker. » La pièce n’en finit pas d’être réclamée et sera encore une fois reprise aux Bouffes du Nord en décembre 2025. Elle sera aussi à l’affiche du festival de Spa début août 2024.

Vient ensuite « Pauline & Carton », l’autre aventure récente, immédiatement plébiscitée par le public : « Tout a commencé par une lecture au festival de Grignan autour des lettres de Pauline Carton, que Virginie Berling avait remarquablement sélectionnées et Charlie Tordjman joyeusement mises en lecture. Le public de Grignan est tombé sous le charme. Quand nous avons appris que La Scala voulait nous programmer, avec Charlie, nous avons transformé tout naturellement la lecture en véritable spectacle, aidés par les lumières de Christian Pinaud ».

Ensemble, ils concoctent alors un heureux assemblage de la vie de Pauline Carton, teinté de détails et d’objets provenant de l’univers personnel de Christine Murillo. Le résultat est un spectacle à la fois libre et fidèle qui ressemble à la comédienne préférée de Sacha Guitry, une gageure quand on sait à quel point son interprète à La Scala en est l’antithèse (Pauline affectionne les rôles de bonnes, Christine les fuit !). Elle a su faire principalement son miel d’un des deux ouvrages écrits par Pauline Carton (« Les Théâtres de Carton »), qui regorge d’anecdotes sur le métier et pour lequel Sacha Guitry, au moment où il vient d’apprendre sa publication, sans même l’avoir lu, rédige une préface dithyrambique dans laquelle on peut lire : « Vous publiez un livre sans me le faire savoir. Soit. Moi j’en fais la préface sans vous en aviser ! ».

Au milieu des lettres, des souvenirs,des chansons et des imitations, les réactions joyeuses des spectateurs ravissent Christine Murillo qui les reçoit comme une récompense collective destinée à l’ensemble des créateurs du spectacle. Un public enthousiaste propre à lui faire oublier que, pour la première fois, elle est seule en scène, elle qui aime tant le travail de troupe. « Moi qui ne suis pas fanatique des stand-up ou des monologues, ce solo d’une heure m’enchante !  Je n’ai pas l’impression d’être seule, tant la communion avec le public est grande » dit-elle tout sourire. Un bonheur et une complicité qui devraient durer : après Paris, les festivaliers pourront la retrouver pour quelques dates exceptionnelles du 16 au 21 juillet 2024 dans la grande salle de la Scala d’Avignon.

Philippe Escalier

Christian Hohn, baryton de « Rêves »

Ses récitals du 17 mai et du 14 juin 2024 sont l’occasion de découvrir Christian Hohn, un jeune baryton, allemand de naissance et parisien d’adoption. Avec lui, nous sommes revenus sur son parcours et le programme des deux soirées sur le thème du rêve, données au Studio L’Accord Parfait à Paris.

Vous avez déjà donné quelques représentations « Träume- Rêves ». Quand et comment ce récital est-il né ?

Nous l’avons créé en février 2023 à Mons dans une salle prêtée par l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie. J’ai rencontré ma collègue et désormais amie, la pianiste Katia Weimann en 2017 sur « Les Noces de Figaro ». L’entente entre nous est parfaite, ce qui est indispensable dans ce genre de concert, où chanteur et pianiste sont si proches. Le fait de travailler ensemble depuis longtemps est précieux.

Au moment de composer notre programme, nous nous sommes donnés beaucoup de libertés. Nous voulions exposer nos deux cultures, Katia étant française même si son nom sonne aussi allemand que le mien, avec des œuvres qui font partie de notre panthéon commun, autour du thème du rêve au sens large (la nuit, l’espoir, la nostalgie). Nous avons rassemblé douze compositeurs, dont Strauss, Brahms, Ravel et Debussy pour dix-sept mélodies qui concrétisent parfaitement le mariage de la musique et de la poésie.

À quand remonte ce désir de chanter ?

Cela m’est tombé dessus un peu sur le tard. Je n’ai pas grandi avec la musique classique pour laquelle j’avais certains a priori comme cela arrive souvent. J’ai toujours eu une passion pour le chant qui se matérialisait à travers la soul ou le jazz. Le déclic se fait en arrivant à Paris en 2010, où j’ai déménagé en même temps qu’une amie chanteuse qui venait y faire ses études. J’ai pu alors assister à ses concerts, découvrir le chant lyrique, ressentir les sensations et les émotions apportées par la voix. À ce moment-là, je faisais un master en médiation culturelle qui devait me permettre de travailler pour la scène. D’évidence, c’était une façon de me cacher derrière mon vrai rêve : être sur scène et chanter.

Portrait d'un homme au regard sérieux, portant un pull en V de couleur rouge, devant un fond flou.

Après avoir sauté le pas, quelles formations avez-vous suivies ?

J’ai commencé à prendre des cours dans les conservatoires d’arrondissement à Paris. J’ai fait ensuite un cycle spécialisé au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris. J’ai suivi une formation au Pole Lyrique d’Excellence de Lyon avec Cécile De Boever qui a été mon enseignante pendant plusieurs années.

Après ce parcours, j’ai rencontré mon professeur, Neil Semer pour des cours privés ponctuels mais intensifs. Ces formations destinées à des professionnels sont particulièrement utiles quand il s’agit d’aborder un nouveau répertoire ou un nouveau rôle. C’est avec Neil Semer que je me suis préparé à interpréter en août prochain le comte Almaviva dans « Les Noces de Figaro » avec le Lyric Opéra Studio de Weimar. Par ailleurs, je suis aussi des cours à l’Arcal, une compagnie ayant fondée La Jeune Scène Lyrique où sont données des masters class sur des thématiques précises.

Comment envisagez-vous votre progression vocale future ?

Aujourd’hui, on se spécialise moins qu’autrefois. Il est de plus en plus indispensable d’être polyvalent, sans pour autant bruler les étapes. De fait, certains compositeurs comme Verdi ou Puccini demandent une certaine maturité et, de par l’importance des parties orchestrales, exigent une ampleur vocale, sans parler des capacités à jouer des personnages et à se glisser dans des mises en scène pouvant être exigeantes.

Mais concrètement, j’aimerais aborder prochainement des rôles tels que Silvio dans « Pagliacci » (Leoncavallo) ou encore Marcello dans « La Bohème » (Puccini). Les rôles que je rêverais de chanter dans quelques années seraient plutôt Germont dans « La Traviata » (Verdi), Valentin dans « Faust » (Gounod) ou encore le rôle-titre dans Hamlet (Thomas).

Portrait d'un homme avec une chemise en denim, regard fixe et expression sérieuse, sur fond flou.

Pendant un récital où la proximité avec le public est grande, que ressentez-vous ?

Chaque concert est différent. Je n’ai jamais éprouvé deux fois la même chose. Je ressens beaucoup l’énergie de la salle qui, par définition, varie selon le public.

Seul devant le piano, on se sent comme mis à nu. Le récital est dépourvu de dimension théâtrale et on est là pour partager une musique douce et très intime. Dans notre programme, figurent quatre airs d’opéra mais ensuite, ce sont des mélodies ou des lieder. Le chanteur est plus un conteur qu’un personnage et forcément cette intimité permet un moment de partage toujours très intense. 

Propos recueillis par Philippe Escalier – Photo concert : © Sylvain Crasset – Portraits signés © Gilles Erard

Alexis Driollet

Nombreux sont les spectateurs l’ayant découvert fin 2023 dans « Piège pour un homme seul » qu’il a joué une centaine de fois aux côtés de Michel Fau et de Régis Laspalès à La Michodière. Un théâtre où il avait déjà donné en juillet dernier « Le Vison voyageur » de Ray Cooney, avec Michel Fau, Sébastien Castro, Armelle et Nicole Calfan. Présentation de ce comédien atypique, ancien sportif de haut niveau et amoureux des planches que l’on pourra applaudir à l’Européen à partir du 31 mai 2024 dans « En 12 pieds et 3 coups de boule ».

Peut-on dire que le rugby a été votre première passion ?

Oui, j’ai commencé ma carrière avec Sébastien Chabal à Bourgoin-Jallieu. Durant ces quinze ans de sport intense, j’ai fait plusieurs commotions cérébrales et un jour, le neurologue m’a vivement conseillé d’arrêter. Je me suis reporté sur ma deuxième passion qui est le théâtre. Repartir de zéro était un véritable challenge mais j’ai toujours aimé les relever ! Je suis donc venu à Paris pour suivre les cours Jean-Laurent Cochet. Il m’a fallu au départ gagner en légitimité. J’ai beaucoup bossé en essayant d’être une éponge : je commençais à 31 ans et je me suis servi de la rigueur et de la discipline que j’avais en tant que joueur de rugby professionnel pour bosser comme un fou. Il ne peut pas y avoir de talent sans travail !

Après cette formation, il fallait mettre le pied à l’étrier. Comment les choses se sont-elles passées ?

En 2019, j’ai eu la chance de rencontrer Michel Fau, la première personne d’importance qui m’a fait confiance, grâce à son costumier, un amateur de rugby qui nous a mis en relation au moment où il recherchait un comédien ayant mon profil. Nous nous sommes tout de suite très bien entendus.  Il m’a demandé d’interpréter Bacchus dans « La Belle Hélène ». Le confinement a tout interrompu. Par chance, « Concert de gala pour salle vide » commandé par France Télévisions lui a permis de travailler avec les comédiens chanteurs qui avaient été retenus pour « La Belle Hélène » et dans lequel j’avais le rôle du gestionnaire de l’Opéra-Comique. Michel Fau est venu me voir ensuite sur un projet un peu dingue, basé sur « Terminator 2 », où le décor du film était recréé à l’identique et où je jouais le rôle de Schwarzenegger, avant de me proposer les deux pièces de La Michodière.

Vous avez dit avoir le trac avant de monter sur scène. Comment le gérez-vous ?

Le trac, je l’ai tout le temps mais il s’estompe sur scène. Je ne me sentirais pas bien si je ne l’avais pas avant de jouer. Je le gère comme un moteur qui m’aide à me dépasser et à donner le meilleur. Un peu comme au rugby où il y avait aussi l’adrénaline et le besoin de se poser des défis.

Un homme avec un t-shirt blanc, regardant intensément l'objectif, sur un fond bleu.

Cap maintenant sur « En 12 pieds et 3 coups de boule » que l’on va voir à l’Européen à partir du 31 mai 2024 ! De quoi s’agit-il ?

J’ai en effet la chance d’être sur le projet monté par Gwen Aduh, metteur en scène des « Faux British », du « Gros diamant du prince Ludwig » et de « Sacré Pan ». C’est l’adaptation d’un show de Ed Gamester, en alexandrins, sur un ton humoristique, autour des Dieux Scandinaves où les moments de conflit se résolvent par des combats de catch. C’est un projet excitant avec lequel on sera à l’affiche jusqu’aux J.O. Spectaculaire et originale, cette tragédie Viking va attirer autant des théâtreux que des amateurs de divertissement, un mélange des genres qui a tout pour me plaire.  

Philippe Escalier – Photos © Bruno Perroud

Sophie Tellier dans « Chère Insaisissable » au Lucernaire

Chacune de ses apparitions sur scène est un événement. Il y a deux ans, en parallèle de son riche parcours de comédienne, Sophie Tellier décide de se lancer dans l’écriture et publie « Chère Insaisissable » consacré à Liane de Pougy. Adaptée au théâtre en 2023, la pièce fait la joie des festivaliers avignonnais avant de faire, aujourd’hui, celle des Parisiens au Lucernaire. Nous n’avons pas résisté au plaisir d’échanger avec l’artiste sur son nouveau spectacle autour de la grande courtisane française du XIXème siècle qu’elle a choisi d’incarner avec tant de brio.

Sophie, d’où vient l’intérêt que vous portez à Liane de Pougy ?

Il se trouve que j’ai joué ce type de personnages assez souvent et je suis passionnée par le XIXème siècle. La rencontre avec Liane de Pougy a été une évidence, un coup de foudre, j’ai fait beaucoup de recherches et j’ai été marquée par son intelligence, sa personnalité et son parcours incroyable. Courtisane pendant vingt ans, elle a tout fait pour s’émanciper, en se servant des hommes pour acquérir sa liberté. Pour cette femme orgueilleuse, quitte à être marginale, autant être scandaleuse. Danseuse, chanteuse, autrice, et pour finir sœur laïque, elle a eu une vie d’une grande richesse et a défendu des idées en avance sur son temps, elle s’est notamment battue pour la condition féminine. Mais on l’a toujours ramené à sa première vie de courtisane en lui déniant toute respectabilité.

Vous avez souhaité donner une coloration musicale à votre spectacle !

Vu mon parcours, j’ai eu du mal à imaginer un véritable seule en scène. Il était important pour moi d’avoir un partenaire pianiste qui m’accompagne (Luc-Emmanuel Betton ou Djahîz Gil) puisque comme mon personnage, j’aime chanter. Pour entrainer le spectateur dans le tourbillon de sa vie, j’ai choisi d’égrener une dizaine de virgules musicales qui vont de Reynaldo Hahn à Juliette, en passant par Satie et Barbara et dont les textes servent mon histoire. Et comme j’aime le tango, le spectateur sera aussi enveloppé de brillantes valses argentines tellement représentatives pour moi de cette Belle Époque cosmopolite.

Comment s’est passée votre collaboration avec votre metteur en scène, Jean-Luc Revol ?

Je lui ai parlé du livre au moment de sa rédaction. Le sujet l’intéressait beaucoup, il le connaît sur le bout des doigts ! Il m’a aidé à faire les coupes nécessaires pour un format 1h20 et donné son avis judicieux sur le texte. Nous avons fait une résidence à Nevers en 2023, juste avant Avignon. C’était assez rapide, Jean-Luc sait exactement ce qu’il veut. Il a une telle connaissance du théâtre et de la mise en scène qu’il sait aller tout de suite à l’essentiel. En étant à la fois l’autrice et l’actrice, je me sentais très exposée et pouvoir me reposer sur lui a été rassurant.

« L’Insaisissable » : pourquoi ce titre ?

C’est le titre de son premier livre et c’est le surnom que Jean Lorrain, l’un de ses plus grands amis, lui a donné. Au départ, la rencontre de ces deux originaux-marginaux a été assez explosive avant qu’ils ne deviennent très proches, ils ont même fait un faux mariage !

Avant que par un vrai mariage, Liane de Pougy ne finisse princesse !

Absolument et c’est une catastrophe ! Elle a écrit que la seule chose qu’elle ne referait pas dans sa vie c’est son mariage. Elle n’a jamais aimé les hommes et cette union, à laquelle elle a voulu croire au début, a été une descente aux enfers qui durera 35 ans !

Philippe Escalier – Photo ©Anne Gayan

Dans ton cœur

Théâtre du Rond-Point

Ce spectacle de la compagnie Akoreacro est un OVNI provenant d’une planète où règnent l’humour le plus délirant et les prouesses acrobatiques les plus ébouriffantes.

Quel que soit leur degré de technicité, les numéros d’équilibre et de voltige ont besoin d’un peu de sel pour maintenir le public en haleine. Personne mieux que Pierre Guillois ne pouvait imaginer un scénario plein d’une folle extravagance autour d’un sujet simple : la vie d’un couple, interprété par Manon Rouillard et Antonio Segura Lizan, qui se rencontre, s’aime avant de se quitter. Pierre Guillois, metteur en scène, scénariste doué, (auteur notamment de « Bigre » et « Les gros patient bien »), nage dans le bonheur quand il s’agit de raconter des histoires sans paroles. Son imagination fertile donne naissance à une foule d’idées rappelant la grande tradition du muet, la couleur en plus. Tout est clair, limpide et surtout, infiniment drôle. Il fait osciller son public entre hilarité et émerveillement. De son côté, la troupe d’Akoreacro, (compagnie originaire du centre de la France et fondée en 2006), avec ses voltigeurs, porteurs, trapézistes, peut se couler dans ce récit loufoque, mais si bien construit, avec une facilité qui laisse pantois.

Quel que soit leur degré de technicité, les numéros d’équilibre et de voltige ont besoin d’un peu de sel pour maintenir le public en haleine. Personne mieux que Pierre Guillois ne pouvait imaginer un scénario plein d’une folle extravagance autour d’un sujet simple : la vie d’un couple, interprété par Manon Rouillard et Antonio Segura Lizan, qui se rencontre, s’aime avant de se quitter. Pierre Guillois, metteur en scène, scénariste doué, (auteur notamment de « Bigre » et « Les gros patient bien »), nage dans le bonheur quand il s’agit de raconter des histoires sans paroles. Son imagination fertile donne naissance à une foule d’idées rappelant la grande tradition du muet, la couleur en plus. Tout est clair, limpide et surtout, infiniment drôle. Il fait osciller son public entre hilarité et émerveillement. De son côté, la troupe d’Akoreacro, (compagnie originaire du centre de la France et fondée en 2006), avec ses voltigeurs, porteurs, trapézistes, peut se couler dans ce récit loufoque, mais si bien construit, avec une facilité qui laisse pantois.

Texte et photo Philippe Escalier

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