Éric-Emmanuel Schmitt

Vers l’épure

 

Classé parmi les auteurs francophones les plus lus dans le monde, Éric-Emmanuel Schmitt (EES) avec une vingtaine de pièces (jouées par les plus grands) et quelques essais à son actif, est devenu un homme très demandé. Dans un restaurant tout proche de France 2 – il vient de participer au journal de 13h – il nous dit, autour d’un gâteau au chocolat (son péché mignon), avec quelle gourmandise il savoure cette consécration.

 

 

 « Ce n’est pas une première ! » Cette situation rêvée, voir trois de ses pièces à l’affiche, « L’évangile selon Pilate » avec Jacques Weber, « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » et « La Nuit des Oliviers », il l’a déjà vécue. En 1998, Paul Belmondo jouait « Frédérick », Alain Delon avec Francis Huster reprenaient « Variations énigmatiques » et « Le Visiteur », sa pièce aux trois Molières, triomphait.

 

Face au succès venu à lui sans résistance, le normalien agrégé de philosophie réagit avec détachement. Il le vit en s’éloignant. « Je suis fier que mes sujets plaisent, qu’ils soient ou non joués par des têtes d’affiche. C’est la récompense du respect du public. » Et d’ajouter, « pour moi, ce qui est important c’est de préserver la rêverie, les pièces futures. Le fait de vivre à Bruxelles est une protection supplémentaire ! »

 

Son écriture a évolué. EES reconnaît qu’à ses débuts, sa plume était celle d’un normalien. « J’ai commencé à écrire avec mon intelligence, aujourd’hui, j’ai fait disparaître toute trace de cuistrerie, le cœur a pris le relais. » Ainsi, pour prendre le contre-pied de Gide, on peut faire de la bonne littérature avec des bons sentiments ! « Certainement, sinon, vous savez, s’il suffisait de mauvais sentiments, les auteurs foisonneraient ! » Puis, retrouvant son sérieux, il explique que son écriture est née du traumatisme du siècle précédent, où la nation la plus cultivée du monde a pu se montrer la plus barbare. « C’était bien la culture du cœur qui manquait ! » De fait, dans ses pièces, les coups de théâtre opèrent comme des fractures émotives emmenant le public ailleurs pour lui enlever des préjugés et l’amener à sympathiser avec « l’autre ».

 

Une fois la pièce achevée, EES a toujours une idée d’interprète derrière la tête. Pour « Petits crimes conjugaux », par exemple, c’était Charlotte Rampling. Ensuite, il fait confiance au metteur en scène (s’en avoir à s’en plaindre la plupart du temps). Son pêché mignon est de venir découvrir le spectacle quelques jours avant la première, tranquillement installé, seul dans la salle. 

 

Pourfendeur d’idées reçues, « la vraie place de la philosophie n’est ni dans les livres ni à l’université mais dans la vie ou dans les arts qui la reproduisent comme le roman ou le théâtre », EES n’a pourtant jamais abordé l’homosexualité frontalement. Il reconnaît avoir une façon « spéciale » d’en parler. « Je tache de mettre en avant un amour complet qui n’a rien à voir avec le désir ». Puis, avec un sourire, il précise n’avoir jamais écrit sur ce thème, « mais pas davantage de l’hétérosexualité ! » Le monsieur est joueur, il faut le pousser dans ses retranchements. Rapidement il concède : « Vous avez raison, je n’en ai vraiment jamais parlé, sauf…dans mon prochain livre ! » Un ouvrage qui abordera la vie amoureuse de 25 personnages, toutes sexualités confondues. Livre que nous attendons de pied ferme !

 

Philippe Escalier

A propos Sensitif

Journaliste, photographe, éditeur du magazine Sensitif : www.sensitif.fr
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5 commentaires pour Éric-Emmanuel Schmitt

  1. Julien dit :

    merci bcp pour ton com sur mon blog. le tiens a l\’air pas mal du tout et surtout il est agréable à lire!bonne continuation

  2. LN dit :

    ton blog est une petite mine d\’informations et il est très agréable de s\’y promener… 😉 j\’ai bien apprécié ton album photo également.merci d\’etre passé me rendre visite 🙂 bonne continuation pour ta page@+

  3. LN dit :

    le moins que l\’on puisse dire c\’est que tu accueilles tes visiteurs comme il se doit. 🙂 Comme l\’hôte est attentif et l\’entrée gratuite, cette page devrait attirer les foules !Je poursuis donc ma promenade… ;)@+

  4. magali dit :

    J\’ai lu EES… peut-être pas les bons livres… l\’écriture est fluide, ça se lit bien, on passe un moment agréable mais sans plus… Personnellement pour qu\’un roman (je ne lis pratiquement que des romans) soit intéressant, il me faut sentir une atmosphère étouffante… que mon coeur se serre jusqu\’à la dernière page… ce qui n\’est pas le cas quand je lis EES… je lirai peut-être son prochain, qui sait ?

  5. Philippe dit :

    Zoui, je réponds ici puisqu\’il n\’est pas possible de venir sur ton blog : en effet, je comprends (et parfois partage) cette impression. EES, c\’est parfois un peu trop bien fait, un peu trop "propre sur soi". Mais dans une époque où l\’on adore encenser les nullités creuses, c\’est tout de même une valeur sure !

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