La Cité de l’Histoire

Le 17 janvier 2023, sur 6000 m2, s’est ouvert à La Défense, grâce au travail et à l’implication de l’historien Franck Ferrand, un lieu consacré à l’Histoire de France. Les techniques les plus modernes et des animations embarquent les visiteurs dans cette passionnante traversée de 12 siècles qui nous plonge au cœur de l’Histoire.

Le pari n’avait rien d’évident. Il fallait susciter l’envie et divertir sans amoindrir le formidable apport pédagogique à la base du projet. La Cité de l’Histoire s’affirme comme un magnifique instrument de sensibilisation et d’apport de connaissances à destination de tous, en particulier des plus jeunes dont on parle ici le langage. Réalité virtuelle ou augmentée, hologrammes et projections vidéo à 360° font partie intégrante d’un vaste parcours permettant de vivre cette immense leçon, riche en dates et en informations, présentée sous une forme très actuelle et toujours très ludique.

La Cité de l’Histoire est structurée autour de trois grands pôles. « La clé des Siècles », parcours immersif où les voix de Franck Ferrand et d’Anissa Haddadi, par le biais d’un casque audio, nous accompagnent pour visiter 17 salles. Elles résument les riches heures de notre passé, avec, outre l’image et le son, la mise en situation avec des comédiens qui interagissent avec nous et nous entrainent dans leur époque. Vient ensuite la « Frise chronologique ». Les amateurs de dates ne resteront pas sur leur faim, ils n’en trouveront pas moins de 400, sans compter les 26 bornes tactiles qui s’animent à la demande. Enfin, « L’Ellipse 360° » permet de découvrir un grand personnage à travers une animation entre cinéma et spectacle immersif. Cette attraction, actuellement consacrée à Jules César, voit son thème changé deux fois par an, ce qui permet de fidéliser une clientèle toujours en quête de nouvelles découvertes.

Homme en armure romaine, drapé d'une cape rouge, se tenant sur une scène avec un fond marbré lumineux.

Louis-Xavier Nicolas, le directeur de la Cité de l’Histoire, nous indique que ce renouvellement s’accompagne d’une volonté d’améliorer les contenus avec des expositions d’objets ou des présentations de collections permettant d’accueillir des artistes venant exposer leurs œuvres en lien avec l’Histoire. Par ailleurs, il souligne que certaines des innovations intervenues depuis deux ans ont eu pour origine les retours des visiteurs. « Une personne sur quatre laisse un commentaire après son passage. Ces avis sont étudiés avec soin. C’est ainsi que nous avons répondu à la demande de création d’un espace pour les plus petits avec notamment un partenariat avec la maison d’édition Quelle Histoire spécialisée dans les contenus destinés aux enfants ». Les capacités de réaction dont l’une des grandes forces de la Cité de l’Histoire dont toutes les équipes de création et de médiation sont internalisées. Ici, tout est fait maison !

Le contrat est donc rempli pour cette structure qui fonctionne avec, en permanence, une trentaine de personnes comprenant le personnel d’accueil, les comédiens et les techniciens. Leur engagement a permis de faire vivre un lieu unique et de démontrer que l’intérêt des Français pour leur Histoire reste, plus que jamais, d’actualité.

Philippe Escalier

Romain Scheiner

Dans le spectacle très abouti de Julie Berès « La Tendresse » qui se joue actuellement aux Bouffes Parisiens, Romain Scheiner fait partie des comédiens venus parler des rapports des jeunes hommes à la masculinité. Sa présence sur scène, l’intensité de son jeu, toujours juste, font vite comprendre que l’on est face à l’un de ses jeunes acteurs qui vont s’imposer dans les années à venir. Nous avons abordé avec lui, son parcours et ses projets.

Romain, d’où vient ce désir d’être comédien ?
Très tôt, ma mère m’a fait partager son amour de la lecture et du théâtre qui sont devenus mes centres d’intérêt dans lesquels je mettais toute mon énergie, ce qui m’a mis en décalage avec tous mes amis qui faisaient beaucoup de sport. Je suis tombé un peu amoureux d’une fille au collège. Elle faisait du théâtre, donc j’ai suivi les cours avec elle. Elle les a quittés mais j’y suis resté ! Au lycée, je suis allé vers la littérature qui me plaisait. Le théâtre a été un défouloir, c’était mon sport à moi. Plus encore, comme on peut le voir dans « La Tendresse », c’était un catalyseur, un exutoire qui me permettait de mettre la sensibilité, les émotions et le corps en avant pour faire le pendant à la littérature où tout se passe dans la tête.
J’ai fait une licence de théâtre à la fac avant de m’inscrire dans les conservatoires du 14ème et du 19ème. Après la fac, j’ai découvert les concours que j’ai travaillé et je suis rentré en 2015 au Théâtre National de Bretagne à Rennes, très ouvert sur les autres disciplines. J’y ai aussi suivi des cours de danse, tout en faisant de la musique et j’ai apprécié cette panoplie de disciplines. Mon premier spectacle a été « Constellations II » monté par Éric Lacascade au sortir du TNB.

« La Tendresse » est arrivée assez vite ?
Oui. Curieusement, je venais de finir un long cursus, c’était le début du Covid, j’étais un peu sur les rotules et je ne me suis pas précipité pour passer le casting. J’y suis allé finalement quand j’ai vu la dead line se profiler. Il y avait un questionnaire et une vidéo à faire où l’on performait notre rapport au masculin. Il faut savoir que la sélection ne s’est pas faite en cinq minutes ! Au second tour, avec Lisa Guez et Kevin Keiss, il fallait venir avec un parcours libre : un texte que j’avais écrit sur « l’homme parfait » ainsi qu’un texte appris, choisi parmi les propositions des auteurs du spectacle. Il y a eu ensuite, c’était en 2020, deux semaines de stage pendant lesquelles toute l’équipe et Julie Berès ont mis 60 mecs en compétition les uns avec les autres. On sortait du Covid, tout le monde voulait bosser, ça m’a quand même mis une grosse pression ! Une fois la sélection faite, à la Villette et aux Tréteaux de France à Aubervilliers, nous avons eu 25 semaines de répétition étalées sur un an et demi : ce n’est pas rien ! Surtout suivies de 250 représentations, après la création à la Comédie de Reims en novembre 2021.

Un homme portant une chemise blanche ouverte sur un fond rouge.

La récompense est là : le public est debout, tous les soirs, pour vous applaudir !
Ce spectacle est un grand moment. Pour le public et pour nous. J’aime écrire et j’ai pu collaborer à son écriture. C’est une immense satisfaction de jouer dans « La Tendresse » et d’avoir pu y apporter des choses. Kevin Keiss et les autres auteurs ont été très ouverts. Cela m’a permis de croire en moi et de me dire que maintenant je pouvais mener ma propre barque.

Et le cinéma ?
Je fais un métier qui est assez dur. Nous sommes lâchés dans les écoles de théâtre, très jeunes, et nous sommes livrés à nous-mêmes. Le cinéma a la particularité d’être difficile d’approche, à moins d’avoir les codes et les relations, et ce, même si j’ai eu la chance, très jeune, d’être repéré par Elsa Pharaon, une directrice de casting spécialisée dans les enfants. Grâce à elle, j’ai pu réaliser ce rêve de découvrir les plateaux de tournage. J’ai fait une semaine d’école buissonnière pour le tournage de « Un Cœur simple » de Marion Laine avec Sandrine Bonnaire et Marina Foïs. J’ai joué aussi dans « Plein Sud » que Sébastien Lifshitz a tourné en 2008 avec Nicole Garcia (j’avais une scène avec elle), Léa Seydoux et Yannick Renier. Et là, pour recoller à l’actu, j’ai un court-métrage de Célia Mebroukine « Tout casser » qui va sortir.

Il ne faut pas s’étonner que votre prochain spectacle parle de cinéma ! Que pouvez-vous nous dire sur « Si tu ne vas pas à Léonardo » ?
En effet, c’est un art important pour moi et je voulais raconter une histoire qui dise pourquoi. Ce spectacle est un seul-en-scène. Il raconte l’histoire de Raphaël Mongier, un jeune homme qui développe une fascination extrême pour Léonardo DiCaprio. De l’ode au cinéma à la morsure de la désillusion, le spectacle s’intéresse avec humour aux paradoxes que les récits dominants ont sculptés dans nos identités. Abreuvé par les images de réussite, comment vivre une vie qui n’est pas « idéale » ? Il y a une part autobiographique : en grandissant, je ne me suis pas forcément identifié à mon père mais plus à des histoires, des aventures, des héros que je voyais à l’écran. Et j’en ai vu beaucoup. C’est ce rapport particulier au cinéma que j’ai voulu raconter, ce dialogue entre un enfant et un écran géant qui le fascine. Une plongée dans ces rêves que fait naître le cinéma et les conséquences que cela peut avoir sur sa vie d’artiste. Il y aura de la vidéo, du théâtre et de la danse avec le « Boléro » de Ravel chorégraphié par Maurice Béjart, chorégraphie qu’est en train de me transmettre Natan Bouzy, un danseur classique qui fait aussi partie de la troupe de « La Tendresse ». Il m’accompagne en chorégraphie sur le projet. Le projet de départ s’est étoffé et je suis content de la façon dont nous l’avons enrichi. Sans compter que cela me fait beaucoup de bien de construire ce projet qui m’a permis de monter ma compagnie, de m’entourer d’une belle équipe et d’être en résidence à la rentrée au 104. En attendant de monter un second spectacle.

Texte et photos : Philippe Escalier

Un homme souriant portant un débardeur en mailles à rayures et une veste grise, se tenant sur un chemin bordé de verdure.

Jules Verne, le voyage extraordinaire

Grand Hôtel des Rêves

Le Grand Hôtel des Rêves a ouvert en septembre 2024 et a su séduire grâce à la beauté de son cadre, la richesse des décors et de ses spectacles immersifs. Les deux premiers ont connu un succès fulgurant. Charles Mollet qui préside aux destinées du lieu nous présente le prochain événement consacré, à partir du 21 mai 2025, à Jules Verne.

Aménager cet ancien hôtel particulier situé dans le Vème a-t-il été difficile ?
Pas vraiment, le lieu étant en parfait état, sa préparation nous a demandé quelques mois. Nous étions impatients de présenter « La Belle et la Bête » et « La Véritable histoire du Père Noël » qui ont rassemblés en quelques mois pas loin de 100 000 visiteurs. Nous gardons une certaine souplesse puisque le lieu doit être réaménagé avant chaque nouveau spectacle.

Quel a été votre angle d’attaque pour aborder cet auteur mythique ?
La question de départ était : faut-il présenter un roman de Jules Verne ou bien racontons-nous sa vie ? Avec lui, rien de plus naturel que de vouloir faire voyager les gens, par conséquent, se limiter à une seule œuvre était un peu frustrant. Nous avons choisi de présenter Jules Verne en quatre livres, en nous intéressant aux personnages qui ont nourri son inspiration comme Nadar, George Sand ou l’astronome Camille Flammarion.

Donc une place prépondérante donnée aux scientifiques ?
Oui, car nous sommes au cœur d’une époque fascinée par la science. « Je suis né entre deux génies, Stephenson (la machine à vapeur) et Edison » disait Jules Verne qui s’est posé la question de savoir jusqu’où irait l’homme dans la découverte du monde et sa possible destruction par ce qu’il aura construit et mal contrôlé. Avec Nemo, on touche à l’exploitation de la planète par l’homme avec ce discours qui nous dit que l’océan reste le seul lieu encore paisible avant que l’homme ne vienne y faire des ravages. On notera qu’au départ Jules Verne avait pensé faire du capitaine un polonais dont la famille aurait été tuée par les Russes et son éditeur l’en a dissuadé, il ne fallait pas froisser ce public-là !

Un homme âgé en costume formel assis à un bureau ancien, écrivant avec une plume, avec un globe terrestre et des livres en arrière-plan.

De fait, il avait une clairvoyance assez surprenante !
C’est assez troublant et nous parlons dans le spectacle de sa capacité à prévoir l’avenir. Il anticipe et il tombe juste ! Pour « De la terre à la lune », il fait des recherches et des calculs afin de déterminer l’endroit d’où pourrait décoller la fusée et au final ils sont à 350 kms de Cap Canaveral. Et quand il faut choisir la nationalité des astronautes, son choix se porte sur des américains, alors que nous sommes au sortir de la guerre de Sécession dans un État en formation. Dans le roman, ils sont trois comme dans la réalité et pour la durée du voyage, il ne se trompe que d’une heure vingt minutes.

Combien de personnes travaillent dans vos spectacles dont le côté théâtral est toujours très apprécié ?
Il y a 75 comédiens répartis en trois équipes. Le cadre est tellement dingue qu’il séduit les comédiens, ils sont à fond et dans une excellente ambiance. Dans ce troisième spectacle, j’ai voulu créer plus d’interactions encore avec les spectateurs, ils vont participer à des ventes aux enchères, imprimer des livres, faire du vélo. Nous avons trouvé un équilibre permettant d’inclure davantage les visiteurs sans que cela ne soit trop intrusif et sans retarder l’action. Cela reste une expérience théâtrale très maîtrisée.

Philippe Escalier

https://www.legrandhoteldesreves.fr/

Affiche promotionnelle pour le spectacle 'Le Voyage Extraordinaire Jules Verne', mettant en avant plusieurs personnages en costumes historiques devant un décor fantastique, incluant des montgolfières et un sous-marin.

Viktor Kyrylov

Dans « Maintenant je n’écris plus qu’en français » au Théâtre de Belleville Viktor Kyrylov, jeune comédien ukrainien qui finissait sa formation dans une prestigieuse école de théâtre russe en 2022, au moment de l’invasion de son pays, nous fait le récit bouleversant de son exil vers l’Europe. Au déracinement s’ajoute la découverte d’une réalité dramatique pour tout ce qui est important pour lui et le questionnement de qui il est, de ce qu’il a fait ou aurait dû faire, déchiré entre l’amour d’une mère et celle de la mère patrie. Sur scène, nous découvrons les aléas d’une vie courageuse qui a basculé en un instant et qui s’inscrit dans la longue marche chaotique de l’Histoire. Avec des mots simples, ce jeune mais déjà grand comédien, a su nous faire partager, ses interrogations et ses émotions, sa vie tout simplement. Très touché par son discours et sa prestation, nous avons voulu poursuivre ici le dialogue qu’il a si bien su engager sur scène.

Viktor, à quel moment avez-vous décidé d’écrire ce spectacle ?
Cette histoire, c’est ma vie ! Elle est tellement particulière qu’il fallait que j’en fasse quelque chose. Le déclic est venu au moment où j’étais à l’académie de la Comédie-Française et qu’Éric Ruf (qui m’a suivi tout au long de ce parcours) m’a conseillé d’en faire mon spectacle de fin d’année et d’aller voir des seuls en scène comme celui de Guillaume Gallienne. J’ai écrit ce monologue, cela m’a pris plusieurs semaines avant que je le présente à Laurent Muhleisen pour le retravailler. J’ai d’ailleurs profité de ce travail ensemble pour rajouter des passages par-ci, par-là. Une fois prêt, je l’ai répété pendant 10 jours avant de le donner dans le cadre d’une « carte blanche » pour laquelle j’ai pu inviter quelques professionnels, dont Laurent Sroussi, le directeur du théâtre de Belleville.

Quels ont été vos principaux moteurs pour écrire ce spectacle ?
Je raconte ce que j’ai vécu, tout ce que j’ai ressenti, ce qui m’a traversé et qui me traverse encore. Il fallait que je l’exprime. Il fallait que je partage cette histoire, que je dise, que je crie à ceux qui ont été autour de moi que c’est déjà un miracle, un jeu de hasard que je sois là, parmi vous. Être confronté à ce genre d’absurdité, de drame, c’est d’abord vivre avec l’idée que tout va s’arrêter. C’est être submergé par la haine des russes mais aussi par une forme de haine contre moi-même pour avoir trahi mon pays. Si je suis ici c’est parce que je n’étais pas en Ukraine au moment du déclenchement de la guerre, quand ses frontières se sont fermées. J’ai pu arriver en France en passant par la Pologne. Et je suis là, devant vous, parce que j’aime trop ma mère qui m’a interdit de rentrer : « Je suis ta mère, toi tu es mon fils et je préfère que tu te sentes mal à l’intérieur mais que tu aies tes bras et tes jambes et que tu ne traverses pas cet enfer parce que tu te sens un peu coupable. Vis ! ». Je n’ai pas pu aller contre sa volonté.

Et qu’est-ce qui a été difficile quand vous êtes arrivés à Paris ?
Rien n’a été difficile à Paris ! Bien sûr, le plus difficile, c’était d’accepter que la vie continue même si je suis un déraciné, sans pays, sans maison et de savoir combien mon pays souffre. Il m’a fallu alors bosser comme un malade, m’intégrer, apprendre la langue, m’imprégner d’une nouvelle culture. Les premiers temps à Paris, j’avais l’impression d’être sur une autre planète. Pour moi, tout était différent et nouveau.
J’ai pu faire une année au Conservatoire National d’Art Dramatique dans une classe internationale composée d’Ukrainiens de d’Afghans. J’ai fait le choix de ne plus parler russe ni ukrainien et de me consacrer à l’Art et au théâtre, tout simplement parce que, pour moi, c’est vital ! Sans le théâtre, ma vie n’a pas de sens !

Pourquoi ne plus parler ukrainien ?
Je ne pense pas rentrer dans mon pays et je ne sais pas comment je serais accueilli si je le faisais. Je ne serai jamais français mais j’ai choisi la France. J’ai appris la langue, j’ai été aidé et soutenu et c’est ici que je veux vivre.

Un acteur se tient sur scène, regardant devant lui, vêtu d'une veste noire et grise, avec une silhouette flou en arrière-plan.

Avez-vous une idée de quelle va être la suite après ce spectacle ?
Ce sera forcément un projet qui me tient à cœur et qui répond à un besoin. Peut-être ce spectacle-là aura-t-il une suite quand j’aurais pris le temps de me poser ? Ce qui s’est passé après mon arrivée en France a été tellement important, tellement riche, cela constitue une autre histoire sur laquelle je pourrais travailler. Comme beaucoup de comédiens, je n’aime pas trop l’idée d’attendre un casting, j’ai besoin de faire.

À part le théâtre, quelles sont vos passions ?
La vie me passionne, le fait d’être là et de respirer, grâce à quoi je fais toutes sortes de choses, comme de la musique, du break dance, du dessin. Si l’art en général m’intéresse, tout ce qui est autour m’intéresse. Malgré toutes les difficultés, c’est quand même beau de vivre !

Propos recueillis par Philippe Escalier – Photos © Pauline Le Goff

https://www.theatredebelleville.com/

La Tendresse

Les Bouffes Parisiens

Créé à la Comédie de Reims en 2021, ce spectacle a séduit le public des grandes scènes françaises. Les Parisiens peuvent actuellement découvrir cette œuvre théâtrale chorale qui donne à voir, avec finesse et singularité, huit jeunes hommes explorant, chacun à sa manière, ce que signifie la masculinité dans le monde d’aujourd’hui.

Depuis 2001 et la fondation de sa compagnie Les Cambrioleurs, Julie Berès a écrit une vingtaine de pièces sur des thématiques sociétales ou politiques. Pour les réaliser et les interpréter, la metteuse en scène a toujours souhaité agréger les talents. Comme pour « Désobéir » qui donnait la parole aux jeunes femmes, « La Tendresse » a été écrite de façon collégiale. « Mon choix se porte sur un sujet passionnant et indispensable. Je réunis ensuite un collège d’auteurs qui existe depuis plus de dix ans, Alice Zeniter et Kevin Keiss auxquels est venue s’ajouter la plume de Lisa Guez. Certains textes fondateurs existent en amont. Nous prenons ensuite du temps avec les interprètes pour transformer, raffiner ces textes et réussir à faire oublier le travail des auteurs pour donner la sensation que les interprètes sont en train de nous faire des confidences » nous dit-elle. Loin d’être un théâtre documentaire, ce travail documenté est interprété par des artistes de formation différente, comédiens, danseurs, chanteurs, musiciens, acrobates. Sur le plateau de « Tendresse », huit jeunes gens dont deux issus de l’Opéra de Paris, un danseur de pop, un grand danseur de Break et des comédiens qui savent bouger et qui donnent au spectateur le sentiment que tous viennent de l’univers de la danse.

Un groupe d'hommes en train de danser sur scène, avec un décor urbain et des graffitis en arrière-plan.

La chorégraphie, avec la musique, occupe une place de choix. « Nous réfléchissons aux moments dramaturgiques où l’on sent que le corps peut s’exprimer. Se pose alors la question de la place de la danse, ce qu’elle raconte et quelle est sa portée dramaturgique. L’écriture chorégraphique ne vient qu’après. Dans « La Tendresse », la question du rapport au corps est essentielle avec aujourd’hui des jeunes hommes très attentifs à leur musculature, toujours soumis à l’injonction d’être fort et protecteur. Nous nous sommes dit qu’il fallait des chorégraphies qui tournent autour de la guerre, mais aussi autour du Battle, de l’épuisement. Sur le plan musical, un rap a été construit en direct et par ailleurs, pendant et pour le spectacle, Colombine Jacquemont a fait un superbe travail de composition qui évite l’écueil d’un théâtre didactique et permet un rapport très poussé à la performance ».

Un danseur en costume de ballet, effectuant un pirouette sur scène, devant un décor minimaliste avec des graffitis et des rochers.

« La Tendresse » s’intéresse à cette difficulté que les hommes, sur lesquels pèsent des injonctions contradictoires, ont à se construire, en particulier après #metoo. « Il s’agit pour eux de comprendre l’homme qu’ils ne veulent pas être, de savoir à quelles injonctions ils acceptent d’obéir, à quels endroits ils décident d’être en rupture, comment ils se cherchent de nouveaux modèles » explique Julie Berès.
Construit autour d’une réflexion fondamentale, « La Tendresse » reste avant tout un magnifique spectacle ayant su construire un espace de dialogue ouvert à la fois sur la vulnérabilité masculine et la capacité de la réinventer au-delà des normes, illustrant le « On ne nait pas homme, on le devient » qu’affectionne Julie Berès.

Philippe Escalier – Photos du spectacle : © Axelle de Russé

https://www.portestmartin.com/bouffes-parisiens

Deux hommes sur scène, l'un portant une chemise blanche et l'autre un haut à paillettes. Ils affichent des expressions sérieuses. Arrière-plan avec des éléments de nature.

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