Nicolas s’affirme

Dans ce seul en scène, Nicolas Guillemot s’affirme comme un comédien drôle, sensible, touchant et pour tout dire, étonnant. Plus qu’un excellent moment, son spectacle nous propose une belle rencontre. Personne n’y résiste !


L’idée première de ce spectacle très personnel était, pour Nicolas Guillemot d’aborder sa difficulté à s’affirmer, en garçon gentil et introverti qu’il est. Cette description, surprenante quand on découvre ses talents d’artiste, ne pouvait que passer par la scène, endroit où il perd toute inhibition. Le public est donc amené à découvrir cette curieuse schizophrénie consistant à être timide dans la vie et tellement à l’aise sur les planches.  À côté de ce trait de caractère, l’artiste nous parle aussi de la maladie qu’il a dû affronter et de son rapport à la nourriture. L’ensemble constitue un texte intimiste, travaillé et peaufiné durant plusieurs années, ayant reçu, il y a deux ans, le Prix du Jury du festival d’Humour de Bourges. Cette récompense, véritable point de départ de cette aventure, permet au public de découvrir enfin « Nicolas s’affirme ». Très personnel, ce récit d’une trajectoire séduit immédiatement par sa drôlerie et son côté profondément naturel. Nicolas Guillemot, que je qualifierais volontiers d’artiste « bio », a une façon bien à lui de s’observer, sans ego, de se raconter, sans pathos, de se présenter, sans tricher, le tout en nous faisant rire tout du long, et avec quelle finesse ! Mis en scène par Bruno Banon, il est la preuve que l’humour est un domaine qui se renouvelle constamment, et pour notre plus grand bonheur, en particulier quand l’originalité et la sincérité se conjuguent aussi harmonieusement.

Texte et photo : Philippe Escalier

Théâtre des Barriques (22 h 15)

Clément Marchand

« Frère(s) », la première pièce de Clément Marchand, auteur, scénariste, rencontre un franc succès et sera programmée au Festival d’Avignon au Théâtre des Corps Saints. Avec une actualité riche sur laquelle nous revenons, il sort de l’ombre et s’affiche comme un auteur aimant raconter des histoires avec lequel le théâtre va devoir compter.

« Frère(s) » s’accompagne pour vous d’une riche actualité. À commencer par le film d’Artus. Pouvez-vous nous dire quelques mots à ce sujet ?

J’ai eu la chance de co-écrire « Un p’tit truc en plus » avec Artus et Milan Mauger. Nous nous sommes rencontrés sur l’écriture d’une série encore en développement. L’entente était parfaite et au bout de quelque temps, Artus nous a parlé de ce film dont il mûrissait l’idée depuis longtemps. C’était un projet très important pour lui et il nous a proposé de l’accompagner dans l’écriture du scénario. J’ai encore du mal à croire au succès que le film rencontre…  C’est pour moi une forme de validation, car c’est un projet dont tout le monde, au minimum, aura entendu parler. C’est le genre d’aventure qui change la vie d’un auteur.

Toujours en tant que scénariste, j’ai travaillé sur un film d’action, dont le tournage se termine bientôt. Et sur la série « Septième Ciel », dont la saison 2 sera bientôt diffusée sur OCS.

En parallèle je développe plusieurs longs métrages et séries pour le cinéma ou les plateformes. C’est dense mais le métier de scénariste est un peu particulier : nous avons beaucoup de projets mais tous n’aboutissent pas, loin de là ! Aujourd’hui, je vais pouvoir faire des choix et me concentrer sur ceux qui me paraissent les plus intéressants.

Comment en êtes-vous venu à écrire pour le théâtre ?

De manière un peu inattendue. En 2020, je travaillais sur un spectacle de théâtre immersif, une très grosse machine, avec une vingtaine de personnes au plateau. Dans ce projet, j’étais entre l’écriture et la direction d’acteurs qui m’intéresse beaucoup. C’est ainsi que j’ai rencontré Guillaume Tagnati, l’un des deux personnages de « Frère(s) ». Il me parle alors de sa compagnie gérée avec Jean-Baptiste Guinchard (l’autre personnage de la pièce) et me fait part de son souhait de travailler avec moi sur un texte dont je serai l’auteur. On sortait à peine du Covid et j’ai pensé que travailler sur une petite forme, pouvant tourner partout, cela allait m’amuser et je me suis lancé. Nous avons commencé modestement nos répétitions dans un laboratoire de cuisine à Montreuil, chez une amie. La thématique de la cuisine (qui est assez fédératrice) me plaisait mais je ne voulais pas que ce soit le seul sujet. En découvrant la proximité existante entre les deux comédiens, le registre de l’amitié s’est imposé comme point d’ancrage du spectacle. L’amitié est un des piliers de ma vie et j’ai eu envie de mixer ce sujet avec celui de la cuisine. Je trouve qu’il y a dans l’amitié une ampleur émotionnelle et puissante qui, selon moi, n’est jamais assez racontée. Par ce biais, j’ai mis beaucoup de moi dans cette pièce, mais transposé dans une histoire qui n’est pas la mienne. Un décalage indispensable pour s’emparer de la fiction !

Sur un plan pratique, les choses ont été difficiles à mettre en place ?

Ce n’est jamais simple mais nous avons eu de la chance sur ce spectacle : à toutes les étapes, nous avons été soutenus. À commencer par la directrice du théâtre qui nous a accueilli en résidence et qui un jour, passe une tête en répétition. Séduite par notre travail, elle décide de nous programmer. C’est le moment où je prends conscience de ma capacité à écrire une pièce et à mettre en scène. Nous en sommes aujourd’hui à un projet soutenu par des producteurs et des théâtres associés. Là aussi c’est une forme de validation. Alors j’ai envie de me réserver de plus en plus de temps pour le théâtre… d’autant que les métiers de scénariste et de metteur en scène vont bien ensemble !

En vous écoutant, l’on comprend que pour vous, le collectif est très important !

Oui, nous avons eu un processus de création bien huilé et très collectif en effet. L’entente est parfaite et nous travaillons vraiment ensemble. Tout est une histoire de rencontres. Je n’avais pas d’idée préconçue de ce que je voulais raconter et j’ai créé les deux personnages en fonction des deux comédiens. Pour eux et avec eux. C’est une façon d’écrire, très agréable, un peu sur le vif, donnant au texte des aspects très sincères qui réjouissent le public et qui viennent contrebalancer tout ce qui doit être construit dans un spectacle. Plus tard, quand la musique est arrivée, j’ai retravaillé mon texte, j’ai fait de même quand est venu le temps d’intégrer la chorégraphie et ce pour avoir une symbiose parfaite entre tous les éléments du spectacle.

Selon vous, quelles sont les caractéristiques de votre écriture ?

Je suis attiré par la comédie dramatique, ayant toujours besoin d’une forme de légèreté dans l’écriture sans pour autant rester dans le registre de la comédie pure. Le rire seul où les larmes seules ne m’intéressent pas. Sensible, j’aime bien passer de l’un à l’autre, un peu comme dans la vie ! Je n’aime pas le pathos et je suis un adepte du rire « capable de désamorcer le réel » comme disait Romain Gary. J’ai des obsessions de metteur en scène : le sourire triste comme dans le monologue d’Oncle Vania où il raconte la déception de sa vie et ce sentiment d’avoir, à un moment donné, raté le train ! Je me sens à l’aise sur un entre-deux, sur cette forme hybride que l’on a plus de facilité à construire au théâtre.

Pour finir, comment peut-on résumer votre parcours ? Vous avez toujours aimé écrire ?

Je pense que j’ai toujours voulu écrire, j’ai toujours aimé cela. Gamin, j’ai commencé plein de romans… que je n’ai jamais fini. Plus tard, en cours, tout s’est bien passé. Un peu trop bien sans doute. J’ai fait une Prépa Henri IV, puis Sciences Po… Je faisais déjà pas mal de théâtre mais je n’assumais pas du tout d’embrasser une carrière artistique. Mon premier job a été dans une start-up. Et puis se produit une conjonction décisive : ma boite fait faillite et j’ai un accident grave suivi d’un long séjour à l’hôpital. C’est le moment où j’ai réalisé que la vie est courte, j’avais fait tout ce qu’on attendait de moi. J’ai donc voulu me donner du temps pour essayer autre chose et j’ai intégré une école de théâtre. Comme comédien, je n’avais pas tout à fait le feu sacré, il me fallait donc trouver un travail à côté et j’avais des amis qui écrivaient pour la télé. J’aime bien les blagues donc j’ai commencé à écrire pour des humoristes. De là, je suis rentré chez Canal +. Et puis je me suis lassé du flux et du côté éphémère de cette écriture. J’ai eu envie de raconter des histoires plus importantes, qui durent, d’où ce métier de scénariste, avant de boucler la boucle et de revenir enfin au théâtre.

Philippe Escalier – photo © Hugo Roux

« Mercutio » : un Shakespeare survitaminé au Rouge-Gorge

Cette adaptation étonnante et énergisante de « Roméo et Juliette », signée Kévin Olivier Salles a été remarquée lors du dernier festival Off d’Avignon. Les festivaliers pourront retrouver les six comédiens de « Mercutio », cette année à 15 h 25 au Théâtre Le Rouge-Gorge. Nous revenons sur le beau parcours de ce spectacle, porté par une troupe qui a suscité l’enthousiasme du public.

C’est à l’issue des cours Florent où les comédiens de la troupe se sont rencontrés (en cours du soir de deuxième année) que Kevin Olivier Salles leur propose cette création qui lui trottait dans la tête et lui tenait à cœur : « J’attendais de trouver des gens assez fous pour me suivre dans ce projet ». Se focaliser sur l’envers du décor de « Roméo et Juliette » à travers le personnage de Mercutio, dans une folle ambiance de cabaret, tel était le pari de départ. Le travail d’adaptation se fait à partir de la traduction de Jean-Paul Jouve et sur la base d’une écriture de plateau qui permet de mixer adroitement le texte de Shakespeare avec des apports d’une tonalité moderne et jeune correspondant parfaitement à l’œuvre. À quoi s’ajoutent des parties musicales importantes en live, dont Kevin Abgrall (l’interprète de Benvolio) est en grande partie l’auteur. S’y ajoute du chant et de la danse contribuant à nourrir un univers décalé, onirique et burlesque, teinté de fantaisie. Ce petit bijou vient de trouver son écrin dans l’espace l’atypique du Rouge-Gorge avec ses 200 places et sa structure très « cabaret » sur plusieurs niveaux.

Ce spectacle, émotionnellement très fort, assez rock, demande une énergie particulière. Lucas Berger qui interprète le rôle-titre en souligne les aspects très physiques, « on perd 3 kilos par soir » dit-il. Cette véritable intensité génère des états émotionnels forts que les acteurs partagent avec un public toujours très réactif, touché par cette sensibilité à fleur de peau qui caractérise un « Mercutio » émaillé de surprises

Deux artistes sur scène, l'un en costume flamboyant avec un chapeau rouge et des paillettes, l'autre en tenue glamour avec une perruque blonde, entourés de confettis.

Roméo (Tudual Gallic), Benvolio, Juliette, Tybalt (Bokai Xie), le frère Laurent et le père Capulet sont les personnages de la tragédie qui l’on retrouve dans « Mercutio ». À quoi s’ajoute la personnification de la Reine Mab, une fée des songes assez lunaire qui prend, sous les traits de Diane Renier, un aspect « méchante reine », drag-queen, un peu à l’image de la fée dans le « Cendrillon » de Joël Pommerat. Cette face cachée de Mercutio, qui marche de pair avec lui et permet de donner quelques clés du personnage, comme le souligne Lucas Berger, vient pimenter encore davantage un spectacle haut en couleurs. Preuve que ce dernier est d’abord et avant tout une affaire de troupe, les costumes colorés et originaux créés par Simon Davalos (interprète de Frère Laurent) font partie du décor, et leur tendance fashion peut donner parfois le sentiment d’un défilé de mode, tout en apportant au spectacle sa dimension intemporelle.

« Mercutio » a su rassembler en 2023 une audience large et variée. D’abord, et les comédiens en sont particulièrement heureux, un public jeune, (lycéens et adolescents) séduit au point de constituer un vrai fan-club, revenant voir la pièce à de nombreuses reprises. « Je me revoyais à 11 ans en train d’aller au cinéma voir Harry Potter pour la 4ème fois » énonce Kevin Abgrall en souriant. De leur côté, les séniors ont aussi été embarqué par cette tempête théâtrale. Parmi eux, des membres de la communauté shakespearienne de Paris n’ont pas tari d’éloges. Cerise sur le gâteau, les comédiens ont eu un soir le plaisir de trouver James Thierrée à la sortie du spectacle, désireux de leur faire part de ses encouragements et de son souhait de suivre leur aventure dans le temps. Encouragé par cet accueil chaleureux du public lors du dernier festival Off d’Avignon 2023, la troupe a perfectionné le spectacle tout en lui permettant de profiter des riches possibilités scéniques offertes par le Rouge-Gorge.

Soutenu aujourd’hui par Enscène Production pour la diffusion, la troupe de « Mercutio » va entamer son second Avignon, certaine que la folie de son spectacle va continuer à être diablement contagieuse. Un succès qui, personne n’en doutera, va en appeler d’autres. Il conviendra de suivre attentivement ces jeunes comédiens doués, ayant le spectacle dans la peau. Mais pour l’heure, place à l’amour, place à Shakespeare !

Philippe Escalier – Photos : Piéton Parisien

Affiche de la pièce 'Mercutio', présentée par le Collectif NOX, inspirée de Roméo et Juliette de William Shakespeare. Un homme en costume éclatant se tient en scène, bras ouverts, sous une lumière intense avec des lettres lumineuses en arrière-plan. Informations sur la mise en scène et les dates de représentation sont indiquées.

ZEPHYR : un vent de liberté souffle au 13ème Art

Le chorégraphe lyonnais Mourad Merzouki nous offre, comme toujours, le meilleur de la danse contemporaine urbaine et du hip-hop dans cette magnifique symphonie de mouvements accompagnée d’une scénographie à la beauté foudroyante.Il est impossible de résumer cette œuvre centrée autour du vent et de la voile, sollicitée par le Vendée Globe, qui touche avant tout par sa finesse, sa sensibilité et sa légèreté
Le public est conquis par la grâce infinie de cette chorégraphie créée en 2021, si subtilement travaillée, portée par dix incroyables danseurs qui évoluent et parfois s’envolent sur une musique de Armand Amar.
La salle comble s’est levée comme un seul homme pour ovationner les artistes et apprécier un dernier passage dansé consacré aux saluts.
Une bien belle soirée avec ce spectacle que l’on n’a pas fini de vanter !

Avec : Soirmi Amada, Ethan Cazaux, Emma Guillet, Ludovic Collura (ou Wissam Seddiki), Adrien Lichnewsky, Simona Machovicová (ou Vanessa Petit), Camilla Melani, Mourad Messaoud, Tibault Miglietti, James Onyechege

Philippe Escalier – Photo Laurent Philippe

Une performance de danse contemporaine avec des danseurs en mouvement, mettant en avant un éclairage dramatique et un décor minimaliste.

Après Hugues Gall, la disparition d’Éric Vu-An

À quelques jours d’intervalle, le prestigieux directeur d’opéra Hugues Gall et son mari, le danseur Éric Vu-An ont été séparés par la mort.

Danseur, chorégraphe et maître de ballet français Éric Vu-An est né le 3 janvier 1964 à Paris. Son père biologique est guadeloupéen, sa mère française et son père nourricier est vietnamien. Il commence sa formation à l’École de danse de l’Opéra de Paris à l’âge de 10 ans. Il y affrontera moqueries et railleries mais sera protégé et formé par Claude Bessy. Il devient danseur professionnel à quinze ans et sera rapidement remarqué.

Surdoué, il intègre le ballet avec une dispense d’âge mais continue à souffrir des quolibets. Noureev qui a connu ce genre d’attaques du fait de son physique de tatar, lui met le pied à l’étrier. Les ovations du public viendront apaiser les questionnements liés à son parcours de vie.

Un danseur en tenue bleue élevant les bras vers le haut, sur un fond noir.

Au cours de sa carrière, Éric Vu-An a interprété des rôles principaux dans des ballets classiques et contemporains, travaillant avec des chorégraphes célèbres tels que Maurice Béjart (qu’il va suivre) et Rudolf Noureev. Malgré une controverse en 1986 concernant sa nomination (par Béjart) comme danseur étoile, décision révoquée par Noureev qui considérait qu’elle était de son seul ressort, Vu-An a continué une magnifique carrière en tant qu’artiste indépendant et soliste invité.
Il a également contribué à la culture de la danse en tant que comédien, chanteur et animateur d’émissions sur la danse. Après Bordeaux, Avignon et Marseille, Éric Vu-An a été directeur artistique du Ballet Nice Méditerranée qu’il a magistralement dirigé à partir de 2009. Il est décédé le 8 juin 2024 à Nice quelques jours à peine après la mort de son mari, Hugues Gall.

Hugues Gall

Portrait d'un homme en costume formel avec des motifs floraux, regardant vers l'objectif, avec des étagères de livres en arrière-plan.

Hugues Gall, né le 18 mars 1940, a été le directeur de l’Opéra de Paris de 1995 à 2004. Reconnu pour avoir consacré sa vie au rayonnement de l’opéra et du ballet, son mandat est marqué par la réussite du projet Opéra Bastille, associé au Palais Garnier.

Il aimait et connaissait le ballet comme personne. Il admirait profondément George Balanchine, Rudolf Noureev et Jiří Kylián, devenu un ami proche.
Fidèle à ceux qui ont accompagné son parcours, ce très grand directeur d’opéra confia la scène à Jorge Lavelli, Jérôme Savary, Andrei Serban, Francesca Zambello, Robert Carsen, mais aussi à Lev Dodin, Herbert Wernicke, Willy Decker, Graham Vick, et Laurent Pelly. Il nourrissait la même fidélité avec les artistes lyriques, et particulièrement Renée Fleming, qui avait fait ses débuts en Europe au Grand Théâtre de Genève, et qui chanta la comtesse de « Capriccio » pour son dernier spectacle au Palais Garnier en juin 2004.

Il a également été directeur du Grand Théâtre de Genève de 1980 à 1995. Hugues Gall est décédé dans la nuit du 24 au 25 mai 2024

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