À l’Essaïon-Avignon, Hervé Devolder troque l’écran contre le clavier et fait du théâtre un lieu de rencontre doucement décalé
Il fallait un sens aigu de la légèreté pour ramener l’amour du côté du hasard, du trouble et de l’imprévu. À l’Essaïon-Avignon, Hervé Devolder signe avec L’Amour est dans la salle un seul en scène malicieux qui prend à rebours les usages contemporains. Plutôt que de faire défiler des profils sur un téléphone, il invite chacun à relever les yeux, à écouter, à regarder, peut-être même à se laisser surprendre par la présence voisine.
Le principe a la simplicité des bonnes idées. Installé à son piano, Hervé Devolder mène la soirée en maître de cérémonie et transforme peu à peu la salle en espace de rapprochement possible. Les chansons inédites, écrites pour l’occasion, dessinent une trame souple, vive, où l’humour circule avec naturel. Rien ici de démonstratif. Le spectacle avance sur un fil léger, entre récital, confidence et jeu collectif, dans cette zone délicieuse où la scène et la salle cessent tout à fait d’être séparées.
La forme, très dépouillée, fait la force de l’entreprise. Sans orchestre ni apparat, l’artiste s’en remet à la seule alliance du verbe, de la musique et de la présence. Les lumières de Denis Koransky enveloppent l’ensemble d’une intimité feutrée qui convient à ce théâtre de la connivence. On pense à certains cabarets où le pianiste tenait salon, avec cette différence essentielle qu’ici le public n’est jamais simple spectateur. Il devient convive, partenaire de jeu, parfois matière même du couplet.
Ce dispositif modeste suppose une maîtrise redoutable. Hervé Devolder porte seul une heure et quart de spectacle, soutenant sans relâche l’attention, relançant le rythme, variant les adresses, ménageant des instants de fantaisie comme de suspension. Cette aisance n’a rien d’improvisé. Elle procède d’un métier très sûr, forgé au croisement du piano, du théâtre et de l’écriture musicale.
On connaît en effet la signature d’Hervé Devolder, pianiste, comédien, auteur et metteur en scène, artisan fidèle d’un théâtre musical français qui ne renonce ni à l’élégance ni à la clarté. Le Molière du spectacle musical obtenu en 2019 pour Chance ! a consacré un parcours déjà riche, des Fiancés de Loches à Kiki, le Montparnasse des années folles. Le voir aujourd’hui seul en scène, sans le soutien d’une troupe ni celui d’un vaste dispositif, permet de mesurer autrement la précision de son art.
Sous son apparente désinvolture, L’Amour est dans la salle touche juste. À l’heure où les algorithmes prétendent organiser les affinités, le spectacle rappelle avec tact que le sentiment naît encore d’un regard, d’un silence partagé, d’un trouble infime, d’une chanson entendue au bon moment. Avec la délicatesse qui le caractérise, Hervé Devolder restitue au désir sa part d’artisanat, de jeu et d’imprévisible.
On sort de là plus léger, l’oreille pleine d’airs neufs et l’esprit discrètement ragaillardi. Que l’on vienne seul ou accompagné, la soirée dépose la même idée, ténue mais tenace, qu’une rencontre reste toujours possible hors des écrans, dans la proximité d’une salle, dans la douceur d’un refrain, dans le hasard d’une place voisine. À l’Essaïon-Avignon, le hasard reprend ses droits…en chantant !
L’Amour est dans la salle de et par Hervé Devolder. Mise en scène : Hervé Devolder. Création lumière : Denis Koransky. Compagnie ZAP. Essaïon-Avignon, 33 rue de la Carreterie, 84000 Avignon. Du 4 au 25 juillet 2026 à 18h30, relâche les 9, 16 et 23 juillet. Durée : 1h15. À partir de 12 ans.




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