À l’Espace Saint-Martial, Joël Abadie et Lionel Fernandez portent l’ultime pièce de Gabriel Arout, un huis clos où la parole finit par désarmer la haine.
1944, un camp allemand. Deux hommes que tout sépare sont jetés dans la même cellule : un tailleur juif français et un ancien SA que le régime qu’il servait a fini par trahir. La règle des bourreaux tient en une phrase glaçante, avant l’aube, l’un devra tuer l’autre pour avoir la vie sauve. De ce postulat implacable, Gabriel Arout, dramaturge et traducteur franco-russe né en 1909, a tiré sa dernière pièce, la plus intime, inspirée de faits réels.
Sur un plateau nu, cerné de projecteurs qui tiennent lieu de murs, François Pick signe une mise en scène sobre et tendue, tout entière au service du texte et du corps des comédiens. La lumière de Kosta Asmanis resserre l’étau, les ruptures sonores rappellent la présence sadique de geôliers jamais montrés et pourtant omniprésents.
Le duel imposé se mue lentement en dialogue. La haine cède, les certitudes vacillent, une écoute inattendue s’installe entre ces deux êtres qui se jaugent, se blessent, puis se reconnaissent. Joël Abadie et Lionel Fernandez tiennent cette ligne de crête avec une grande justesse, passant de la fureur à la fêlure sans jamais forcer le trait.
Ce que raconte Oui dépasse la seule mémoire de la guerre. La pièce affirme, sans naïveté, que la parole peut sauver et que l’écoute peut guérir. Cet hymne à la liberté et à l’humain continue de résonner longtemps après la dernière réplique.
Oui, de Gabriel Arout. Mise en scène de François Pick. Avec Joël Abadie et Lionel Fernandez. Création lumière : Kosta Asmanis. Costumes : Catherine Lainard. Musique : After in Paris. Dessin : Nathalie Le Gall. Compagnie Le Reptile cambrioleur, avec le soutien de la LICRA et de l’ECUJE. Espace Saint-Martial, 2 rue Jean-Henri Fabre, 84000 Avignon. Du 4 au 25 juillet 2026 à 13 h, relâche les 5, 11 et 19 juillet. Durée : 1 h 15.




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