Huit soirées seulement, pour célébrer au Casino de Paris une comédie musicale qui n’a rien perdu de sa folie ni de son insolence.
Après son passage remarqué au Lido 2 Paris en 2024, la production de Christopher Luscombe revient avec ses paillettes, ses bas résille et son énergie ravageuse pour huit soirées seulement, du 23 au 28 juin 2026. The Rocky Horror Show, créé par Richard O’Brien en 1973, célèbre ses cinquantenaire dans une version anglaise surtitrée en français, fidèle à la fête qu’il a inventée.
L’intrigue tient en une phrase. Brad et Janet, deux jeunes fiancés impeccables, tombent en panne près d’un manoir étrange un soir d’orage, et basculent dans l’univers du docteur Frank-N-Furter, scientifique travesti venu de la planète Transsexual, dans la galaxie de Transylvanie. Tout est prétexte. Le véritable propos est dans la jubilation collective que provoque ce mélange irrévérencieux de science-fiction, de série B, de gothique parodique et de rock’n’roll. Les chansons mythiques que sont Sweet Transvestite, Dammit Janet, Time Warp ou Science Fiction/Double Feature soulèvent une salle qui chante, danse et applaudit comme rarement.
Christopher Luscombe dirige la production depuis près de vingt ans, et ce qu’il a inventé là tient du miracle d’équilibriste. Le metteur en scène a su préserver l’esprit transgressif de la création tout en élaborant une mécanique théâtrale d’une précision redoutable. Chaque entrée, chaque clin d’œil au public, chaque numéro fonctionne comme une horlogerie joyeuse. L’interaction avec la salle, qui fait depuis toujours la singularité du spectacle, est intégrée à la dramaturgie sans jamais déborder. La scénographie reprend l’imagerie des films de série B, vieux cinéma défraîchi, échafaudages métalliques, néons criards, dans un kitsch revendiqué qui régale autant les yeux que la mémoire des fidèles. Les costumes sont à eux seuls une madeleine, corsets, bas résille, talons vertigineux, paillettes et perruques peroxydées.

La distribution réunie pour cette tournée frappe par sa cohésion. Stephen Webb, qui avait déjà conquis le public parisien au Lido, reprend le rôle de Frank-N-Furter avec une autorité scénique impressionnante. Sa voix puissante, son charme dévastateur et son humour à fleur de peau composent un personnage à la fois drôle, vénéneux et bouleversant. Autour de lui, Haley Flaherty est une Janet Weiss épatante, qui passe avec un naturel confondant de la jeune fille convenable à la créature libérée, tandis que James Darch prête à Brad Majors la candeur ahurie qui sied à ce rôle de jeune fiancé dépassé par les événements. Ryan Wilson incarne un Riff Raff inquiétant et magnétique, parfait contrepoint au flamboiement de Frank. Le reste de la troupe, Magenta, Columbia, Rocky, Eddie, le Dr Scott et les Phantoms, complète l’ensemble avec une musicalité et une présence redoutables.
Plus de cinquante ans après sa création au Royal Court Theatre de Londres, le 19 juin 1973, le spectacle continue d’agir comme une décharge salutaire. Cette œuvre étonnamment actuelle nous parle de la fluidité des identités, du droit d’être soi-même et de la beauté que l’on trouve dans la différence. Richard O’Brien, qui a fait son coming out en 2009 et déclaré se situer « quelque part entre le masculin et le féminin », avait pressenti tout cela dès l’origine. La fête est devenue manifeste, sans rien perdre de son humour ni de sa folie.
Voir ou revoir The Rocky Horror Show est une expérience collective qui n’a pas d’équivalent dans le paysage musical. On vient en spectateur, on repart en complice. Pour huit soirées seulement, le Casino de Paris devient le manoir de Frank-N-Furter. On aurait tort de manquer l’invitation qui marque brillamment cette fin de saison.
Philippe Escalier – Photos ©David Freeman
The Rocky Horror Show. Livret, paroles et musique de Richard O’Brien. Mise en scène de Christopher Luscombe. Décors de Brian Thomson. Costumes de Sue Blane. Avec Stephen David Webb, Haley Flaherty, James Daniel Bisp, Ryan Peter Wilson, Laura Elizabeth Bird, Daisy Louisa Steere, Edward Thomas Bullingham, Morgan James Jackson, Nathan Zach Johnson, Jesse Chidera Nnanna, Tyla Dee Nurden et Amber Perrins Bethany. Casino de Paris, 16 rue de Clichy, 75009 Paris. Du 23 au 28 juin 2026, huit représentations. Spectacle en anglais surtitré en français. Durée 2 h, entracte compris.

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