Le Chœur des femmes, un théâtre d’écoute et de vérité

Trois comédiens, une parole de femmes, et la médecine replacée au cœur de l’humain

Sur le plateau, presque rien : une table, deux chaises, un micro. Et soudain, dans cette épure, c’est tout un service hospitalier qui surgit, peuplé de patientes, de soignants, de doutes et de courages. Invitée cette saison à La Réunion par le festival Komidi, la compagnie Actes Uniques porte depuis 2024 cette adaptation du roman de Martin Winckler, paru chez P.O.L. en 2009, devenu au fil des ans un texte de référence pour penser une médecine de l’écoute et du respect. Violaine Brébion en a tiré une partition limpide, fidèle à l’esprit du livre et taillée pour la scène, créée à l’Artéphile durant le festival d’Avignon, applaudie au Studio Hébertot l’automne dernier, et aujourd’hui en tournée.

Jean Atwood, jeune interne brillante promise à la chirurgie gynécologique, débarque à reculons dans l’unité 77 du docteur Franz Karma, médecin atypique pour qui l’écoute prime sur le geste. De ce duel intellectuel et humain naît une plongée saisissante dans l’intime, qu’il s’agisse de contraception, d’interruption de grossesse, de maternités précoces, de violences conjugales ou de deuils tus depuis trop longtemps. La force du spectacle tient à la justesse avec laquelle il fait entendre la parole des patientes, portée par une mise en scène de Violaine Brébion d’une grande précision, avec la collaboration artistique de David Gauchard.

Violaine Brébion, vue chez Bérénice Collet dans « L’Infusion » de Pauline Sales, incarne Jean Atwood avec une intensité contenue et une fébrilité crispée qui se fissure peu à peu au cours d’une magnifique trajectoire d’apprentissage. Xavier Clion, remarqué chez Anthony Magnier dans « Un fil à la patte » de Georges Feydeau, campe avec une économie chirurgicale un Franz Karma calme, ironique, profondément habité, dont chaque silence semble contenir une leçon. Dans la distribution actuelle, Magaly Godenaire prête sa voix et son corps à la multitude des patientes. La comédienne, vue chez Julie Deliquet dans « Mélancolie(s) », chez Eugénie Ravon dans « La Mécanique des émotions », apporte une présence singulière et bouleversante, capable de passer en un instant de la confidence à la révolte.

À l’heure où la médecine traverse ses propres crises et où la parole des femmes s’affirme avec une nécessité accrue, « Le Chœur des femmes » s’impose comme un spectacle d’une rare acuité, qui n’oublie jamais d’être du théâtre : vivant, incarné, un lieu de parole partagée.

Une heure vingt d’humanité concentrée, et, en sortant de la salle, cette conviction paisible que la condition des femmes commence aussi, en milieu médical plus qu’ailleurs sans doute, par la manière dont leurs voix sont entendues.

Philippe Escalier – Photo d’ouverture © Anthony Magnier

« Le Chœur des femmes » d’après le roman de Martin Winckler. Adaptation de Violaine Brébion. Avec Violaine Brébion, Xavier Clion et Magaly Godenaire, en reprise du rôle créé par Clotilde Daniault. Production Compagnie Actes Uniques. En tournée en France en 2026.

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