Avant d’être la légende de Baker Street, Sherlock Holmes fut un jeune homme. C’est ce moment fragile, trouble, encore incandescent, que Young Sherlock choisit d’explorer. Lancée sur Prime Video le 4 mars 2026, la série imagine un Sherlock de dix-neuf ans, précipité dans un Oxford gothique et fiévreux où l’apprentissage du monde passe par le soupçon, la disgrâce et le crime.
Imaginée par le scénariste britannique Matthew Parkhill, mise en scène pour ses deux premiers épisodes par Guy Ritchie, qui en assure également la production exécutive, elle adapte librement les huit romans d’Andrew Lane, Les Premières Aventures de Sherlock Holmes. Déjà reconduite pour une deuxième saison en avril 2026, portée par Hero Fiennes Tiffin et une distribution prestigieuse où brillent notamment Joseph Fiennes, Colin Firth, Natascha McElhone et Max Irons, elle propose moins une simple origin story qu’une relance romanesque du mythe. Voici, en trois volets, ce qu’il faut savoir avant d’entrer dans cet Oxford de 1871, entre initiation, conspiration et vertige gothique.
Sherlock Holmes, naissance et postérité d’un mythe
Lorsque Arthur Conan Doyle publie « Une étude en rouge » en 1887 dans le magazine Beeton’s Christmas Annual, il ignore encore qu’il vient d’inventer la silhouette la plus reproduite du roman policier moderne. Médecin écossais formé à Édimbourg auprès du docteur Joseph Bell, dont la prodigieuse faculté d’observation lui inspire son personnage, Arthur Conan Doyle façonne en Sherlock Holmes un détective consultant londonien doué d’une logique implacable, d’une mémoire encyclopédique et d’un goût prononcé pour les déguisements, le violon et la cocaïne en solution à sept pour cent. À ses côtés, le docteur John Watson, ancien chirurgien militaire revenu blessé d’Afghanistan, joue le rôle du chroniqueur fidèle.
L’écrivain donne quatre romans et cinquante-six nouvelles à son personnage dont chaque détail nourrit aujourd’hui encore une exégèse passionnée. La célébrité de Sherlock Holmes franchit très vite la frontière entre fiction et réalité : des admirateurs adressèrent leur courrier au 221B Baker Street, adresse qui n’existait alors pas encore et qui finit par recevoir un statut postal officiel. Lorsque Arthur Conan Doyle, lassé de sa créature, tente de l’éliminer dans « Le Dernier Problème » en 1893, faisant tomber Sherlock Holmes et son ennemi juré le professeur James Moriarty dans les chutes du Reichenbach, mal lui en pris ! Le tollé fut tel qu’il lui faut consentir, à contre-cœur, de le ressusciter dix ans plus tard.
Du cinéma muet de William Gillette aux superproductions de Guy Ritchie, en passant par le légendaire Basil Rathbone des années quarante, le Jeremy Brett de la Granada Television ou le Sherlock contemporain incarné par Benedict Cumberbatch dans la série de la BBC, l’inventaire des incarnations occuperait à lui seul un volume entier. Sherlock Holmes demeure, selon le Livre Guinness des records, le personnage de fiction le plus joué de l’histoire du septième art. C’est dans cette galerie déjà foisonnante que Hero Fiennes Tiffin vient prendre place, avec la particularité d’incarner un Sherlock Holmes inédit : celui de ses dix-neuf ans.

Young Sherlock, le pari d’une origine
L’idée de revisiter la jeunesse du détective n’est pas neuve. En 1985, le film de Barry Levinson « Le Secret de la pyramide », produit par Steven Spielberg, imaginait un Holmes adolescent croisant Watson dans un pensionnat hanté. Plus récemment, la saga « Enola Holmes » lancée en 2020 sur Netflix avec Millie Bobby Brown explorait la sœur cadette du détective. La singularité de « Young Sherlock » réside dans son ancrage romanesque, l’œuvre d’Andrew Lane offrant un cadre déjà solidement balisé, et dans son partenariat artistique avec Guy Ritchie, dont les deux longs métrages portés par Robert Downey Jr. en 2009 et 2011 avaient durablement modernisé l’image du personnage.
Le récit s’ouvre en 1871. Sorti de prison après un méfait juvénile, Sherlock Holmes est expédié à Oxford par son frère aîné Mycroft pour y rentrer dans le rang. Privé de tout statut d’étudiant en raison de sa disgrâce, il y est employé comme valet du doyen, position humiliante pour un cadet de bonne famille. Un meurtre survenu dans la prestigieuse université fait basculer le jeune homme dans le rôle de principal suspect ; pour blanchir son nom et sauver sa tête, il devra mener sa toute première enquête. Le fil rouge le conduit bientôt vers une conspiration internationale qui le mène en Espagne, en France pendant les heures sombres de la Commune de Paris, en Chine impériale, et le confronte à un trafic d’armes chimiques au plus haut niveau de l’État victorien.
Le parti pris dramaturgique est résolument iconoclaste. Watson, présence cardinale du canon, brille ici par son absence, remplacé par James Moriarty en compagnon de jeunesse, double presque jumeau, complice avant d’être ennemi. Cette inversion fait du futur duel le plus célèbre de la littérature policière une amitié contrariée, dont la rupture nourrit toute la matière tragique de la saison. À ce duo masculin s’adjoint la princesse chinoise Gulun Shou’an, érudite oxfordienne et redoutable pratiquante d’arts martiaux, qui s’y frotte s’y pique ! Autour d’eux gravitent les figures de la maison Holmes, ici largement réinventées par rapport à Arthur Conan Doyle : un père Silas, patriarche machiavélique impliqué dans la conspiration, une mère Cordelia internée après un drame familial, une petite sœur Béatrice morte dans des circonstances mystérieuses dont l’enquête éclairera les zones d’ombre.
Visuellement, la série porte la signature d’un Guy Ritchie au mieux de sa veine, mêlant ralentis virtuoses dans les scènes de déduction, montage saccadé pour les séquences d’action, photographie chaude tirant sur les cuivres et les pourpres. Les décors furent tournés à Bristol et à Cardiff, mais aussi en Andalousie où Jerez, Cadix et Séville composent un Oxford et un Paris communard d’une lumière inattendue.
Une distribution flamboyante
Le rôle-titre revient à Hero Fiennes Tiffin. Né à Londres le 6 novembre 1997, fils de la réalisatrice Martha Fiennes et du chef opérateur George Tiffin, neveu de Ralph Fiennes, de Joseph Fiennes et du compositeur Magnus Fiennes, l’acteur appartient à une dynastie artistique singulière, descendante de la famille Twisleton-Wykeham-Fiennes. Sa première apparition à l’écran remonte à 2008, dans le film indépendant « Bigga Than Ben ». L’année suivante, à onze ans, il prête ses traits troublants au jeune Tom Jedusor, futur Lord Voldemort, dans « Harry Potter et le Prince de sang-mêlé », rôle obtenu pour sa ressemblance avec son oncle, l’interprète de l’incarnation adulte du sorcier. Mannequin pour Dolce & Gabbana, Montblanc et Salvatore Ferragamo, Hero Fiennes Tiffin connaît la consécration populaire en 2019 avec le rôle de Hardin Scott dans la saga romanesque « After », adaptation des romans d’Anna Todd. Il retrouve Guy Ritchie sur le tournage de « The Ministry of Ungentlemanly Warfare » en 2024, expérience qui scelle l’alliance dont naîtra « Young Sherlock ».
Face à lui, Dónal Finn compose un James Moriarty appelé à devenir, sans doute, l’une des grandes incarnations du personnage. Né le 31 août 1995 à Dromina, dans le comté de Cork, ce fils de fermiers irlandais grandit dans une fratrie de huit enfants. Une bourse de la fondation Overstall lui permet d’intégrer la London Academy of Music and Dramatic Art, dont il sort diplômé en 2018. La scène l’accueille très tôt, avec l’expérience marquante d’« Hadestown », spectacle musical signé Anaïs Mitchell, où il est le premier interprète londonien d’Orphée. À l’écran, on le découvre dans « The Witcher », « Fantastic Beasts : The Secrets of Dumbledore » et surtout « The Wheel of Time » sur Prime Video, où il succède à Barney Harris dans le rôle de Mat Cauthon à partir de la deuxième saison. Sa composition d’un Moriarty teinté d’accents irlandais, pétri de fragilité autant que d’intelligence vénéneuse, recueille les éloges les plus unanimes de la critique. Et ce n’est pas nous qui dirons le contraire !

Zine Tseng apporte à la princesse Gulun Shou’an une présence martiale et énigmatique. Née en 1993 à Tamsui, dans la banlieue de Nouveau Taipei, d’un père taïwanais et d’une mère originaire du Hunan, elle s’initie aux arts martiaux dès l’enfance sous l’influence de son grand-père, étudiant la mante religieuse du Nord et le maniement du nunchaku. Après des études cinématographiques à l’University of Southern California, elle entame un Master of Fine Arts en jeu théâtral lorsqu’elle est sélectionnée, parmi trois mille candidates, par le réalisateur Derek Tsang pour la série Netflix « Le Problème à 3 corps ». Son interprétation de la jeune Ye Wenjie, astrophysicienne marquée par la Révolution culturelle, lui vaut le prix de la révélation dramatique aux premiers Gotham TV Awards. « Young Sherlock » est son deuxième rôle à l’écran.
Joseph Fiennes, oncle maternel de Hero Fiennes Tiffin, incarne le redoutable Silas Holmes. Né le 27 mai 1970 à Salisbury, frère cadet de Ralph Fiennes et jumeau de l’écologiste Jacob Fiennes, formé à la Royal Academy of Dramatic Art, Joseph Fiennes accède à la célébrité avec deux rôles concomitants en 1998 : Robert Dudley, comte de Leicester, dans « Elizabeth » de Shekhar Kapur, et William Shakespeare lui-même dans « Shakespeare in Love » de John Madden, lauréat de l’Oscar du meilleur film. Il s’illustre depuis 2017 dans le rôle glaçant du commandant Fred Waterford dans « The Handmaid’s Tale ». Sur scène, sa composition de Gareth Southgate dans « Dear England » au National Theatre en 2023 a confirmé une stature qui n’a cessé de gagner en gravité. Dans « Young Sherlock », il offre au père de Sherlock une dimension shakespearienne qui infuse de tragédie l’ensemble de la saison. Il s’agit, fait notable, de sa première collaboration à l’écran avec son neveu.
Natascha McElhone prête à Cordelia Holmes une beauté blessée et une élégance souveraine. Née à Walton-on-Thames, dans le Surrey, formée à la London Academy of Music and Dramatic Art, l’actrice s’est imposée dès 1996 dans le rôle de Françoise Gilot face à Anthony Hopkins dans « Surviving Picasso » de James Ivory. Elle joue ensuite aux côtés de Jim Carrey dans « The Truman Show » de Peter Weir en 1998, donne la réplique à Robert De Niro dans « Ronin » de John Frankenheimer la même année, puis traverse les séries « Halo », « Designated Survivor » et « Californication ». Sa Cordelia, mère meurtrie par la perte de Béatrice et internée par son époux, constitue l’un des centres de gravité émotionnels du récit.

Max Irons complète la maisonnée Holmes dans le rôle de Mycroft. Fils du grand acteur Jeremy Irons et de l’actrice irlandaise Sinéad Cusack, formé au Guildhall School of Music and Drama, il s’est imposé dans la série d’espionnage « Condor », adaptée du roman « Six Days of the Condor » de James Grady, ainsi que dans « The White Queen », « The Wife » de Björn Runge face à Glenn Close, et plus récemment « Miss Austen » en 2025. Son Mycroft, jeune fonctionnaire du Foreign Office déjà passé maître dans l’art des arrangements officieux, joue avec subtilité de l’autorité fraternelle et du flegme britannique.
Last but not least, Colin Firth, interprète sir Bucephalus Hodge, figure trouble de l’establishment oxonien. Né le 10 septembre 1960 à Grayshott, dans le Hampshire, formé à la Drama Centre London, Colin Firth a marqué la mémoire collective avec le Mr Darcy de l’adaptation de « Pride and Prejudice » réalisée par Simon Langton pour la BBC en 1995. Suivirent « The English Patient » d’Anthony Minghella en 1996, la saga « Bridget Jones », « A Single Man » de Tom Ford en 2009 et surtout « Le Discours d’un roi » de Tom Hooper en 2010, qui lui valut l’Oscar du meilleur acteur pour son interprétation du roi George VI. La saga « Kingsman » de Matthew Vaughn lui a offert un nouveau registre, plus ironique et plus athlétique. Sa présence en cinq épisodes de « Young Sherlock » apporte une autorité immédiate à un personnage dont les ambiguïtés constituent l’un des moteurs scénaristiques de la saison.
Ainsi composée, la série offre, au-delà de l’enquête, un véritable concert d’acteurs où chaque génération du théâtre et du cinéma britanniques trouve sa partition. Reste à voir si la deuxième saison, dont la mise en chantier est confirmée et dont Guy Ritchie réalisera le premier épisode, saura confirmer la promesse d’une réinvention durable du mythe créé par Arthur Conan Doyle. Suspens…
Philippe Escalier
« Young Sherlock », série créée par Matthew Parkhill, développée par Peter Harness et Guy Ritchie. Réalisation : Guy Ritchie, Anders Engström et Tricia Brock. Avec Hero Fiennes Tiffin, Dónal Finn, Zine Tseng, Joseph Fiennes, Natascha McElhone, Max Irons, Colin Firth, Numan Acar et Scott Reid. Production : Inspirational Entertainment, Motive Pictures et Amazon MGM Studios. Huit épisodes diffusés sur Prime Video depuis le 4 mars 2026. Saison 2 confirmée en avril 2026.

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