Une île au trésor pour les spectateurs de demain
Le festival Komidi a refermé ses portes le 2 mai 2026, après douze jours de représentations et près de quarante mille spectateurs accueillis sur l’ensemble de ses scènes. La saveur de cette édition tient à un équilibre savamment dosé. Entre retours triomphaux et paris tenus, la programmation a confirmé que l’aventure réunionnaise sait vieillir sans se figer, autour de Philippe Guirado, de son équipe et de la centaine de bénévoles, tous passionnément investis.
Les temps forts
L’ouverture, le 22 avril à Saint-Joseph, est revenue à « Kermesse » du Collectif La Cabale, joyeuse déflagration collective qui a donné le ton. La création internationale, à la couleur italienne cette année, a été emmenée par « Après tout » de la compagnie Gipsy Raw, une heure suspendue qui a fasciné le public. Du reste, ses deux interprètes, Manon Mafrici et Pasquale Fortunato, ont été choisis pour donner une formation aux académiciens de la Lakadémi Komidi, dirigée par Éric Bouvron. Quant à « Quintetto » de Marco Augusto Chenevier offrait une malicieuse réflexion sur la survie de l’art vivant.

La création réunionnaise a tenu son rang avec « BorAnBor » de la compagnie Flamenco974, dialogue magnétique entre maloya et flamenco porté par Gwendoline Absalon et Lea Llinares, et avec « Sens la foudre sous ma peau » de Catherine Verlaguet sur une idée originale de Léone Louis, récompensé à Momix 2026 par le double prix du jury professionnel et du jury junior. Les itinéraires intimes ont trouvé leurs interprètes avec, pour n’en citer que quelques-uns, « Sur nos routes » de Florient Jousse, « J’ai 8 ans et je m’appelle Jean Rochefort » d’Adèle Fugère, « Iphigénie à Splott » de Gary Owen, « Algorithme » de Barbara Lambert, « Je vis avec Freddie Mercury » de Thierry Margot. Le théâtre social a trouvé sa voix dans « Le Chœur des femmes » d’après Martin Winckler et « Deux rien », éloquent dialogue silencieux signé Caroline Maydat et Clément Belhache. Et puis il y a eu « Courgette », de Pamela Ravassard et Garlan Le Martelot, qui a refermé à La Réunion, le 1er mai, sa 366e et dernière représentation, après quatre ans de tournée. Une page se tournait, dans la joie mais aussi un peu dans les larmes. Enfin, le festival n’aurait pas été complet sans sa soirée de clôture, « Kabar…et » animé avec brio par Vincent Rocca et Éric Bouvron.

L’esprit qui demeure
La couverture nationale s’est étoffée, notamment avec un long reportage de Laurent Decloitre dans Libération du 30 avril et plusieurs sujets sur Sceneweb. La résonance médiatique permet de mesurer le succès du festival. Mais c’est à la « Caverne des Hirondelles » que l’on en prend la mesure intime, là où, chaque soir, les compagnies se retrouvent dans un brouhaha bien sympathique pour partager un repas et une passion commune…sans oublier le verre de rhum ! À l’heure où la culture s’inquiète à juste titre de ses moyens, Komidi continue de prouver qu’un théâtre populaire et exigeant peut tenir ses promesses, par la seule alliance d’une équipe solide et convaincue et d’un public curieux, attentif, répondant présent. Saint-Joseph s’est déjà donné rendez-vous pour 2027.
Philippe Escalier

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