Tandis que la comédie musicale française connaît depuis une décennie un renouveau spectaculaire, Harold Simon incarne cette nouvelle génération d’artistes complets qui conjuguent excellence vocale, présence scénique et maîtrise technique. À l’orée de sa seconde apparition sur la prestigieuse scène du Théâtre du Châtelet dans « La Cage aux folles » mise en scène par Olivier Py aux côtés de Laurent Lafitte, ce jeune comédien français a déjà tracé un parcours remarquable dans l’univers exigeant du spectacle musical. Son ascension témoigne d’une génération d’artistes formés à l’excellence, capables de passer avec aisance des productions intimistes aux grandes salles parisiennes, du répertoire pour jeune public aux créations audacieuses destinées aux adultes.
Formation et premiers pas : L’apprentissage multidisciplinaire
Harold Simon a choisi d’entrer dans l’univers des arts de la scène par la voie royale du théâtre. Sa formation débute à l’École d’Art Dramatique Jean Périmony, institution reconnue pour la rigueur de son enseignement. Très tôt conscient que le théâtre musical contemporain exige une polyvalence absolue, le jeune comédien ne s’est pas contenté d’une formation classique. Il a choisi de développer parallèlement ses compétences vocales en intégrant les ateliers Musidrama, structure parisienne devenue une référence dans la formation aux métiers de la comédie musicale. Cette démarche lui a permis d’acquérir cette double maîtrise indispensable : l’art dramatique d’une part, la technique vocale de l’autre.
Mais la singularité du parcours d’Harold Simon réside également dans ses compétences techniques en coulisses. Graphiste, vidéaste et animateur 3D de formation, il possède une expertise rare dans la création visuelle pour le spectacle vivant. Cette double casquette d’interprète et de créateur technique fait de lui un artiste complet, capable de comprendre intimement la mécanique d’une production dans sa globalité. Cette polyvalence lui a d’ailleurs valu de revenir régulièrement aux ateliers Musidrama, non plus comme élève mais comme intervenant, pour transmettre son expérience et ses compétences aux nouvelles promotions.
Les années fondatrices : 2018-2019, l’émergence d’un talent
Jack, l’éventreur de Whitechapel : La révélation au Théâtre Trévise
C’est au Théâtre Trévise qu’Harold Simon fait ses premières armes dans une production d’envergure. De janvier à avril 2018, il incarne Joe Barnett dans « Jack, l’éventreur de Whitechapel », comédie musicale originale créée par Guillaume Bouchède et Jean Franco sur une musique de Michel Frantz. Cette production audacieuse, qui transforme l’une des affaires criminelles les plus célèbres de l’histoire en spectacle musical, lui permet de se produire aux côtés d’une distribution remarquable comprenant notamment Alexandre Jérôme, révélation masculine des Trophées de la comédie musicale 2017.
La mise en scène de Samuel Sené marque profondément le jeune comédien. Cette rencontre avec le directeur pédagogique des ateliers Musidrama s’avère décisive pour la suite de sa carrière. Le spectacle, servi par trois musiciens en direct et une partition exigeante mêlant influences lyriques, classiques et jazz, obtient un accueil critique favorable. Harold Simon y démontre déjà sa capacité à habiter des rôles dramatiques complexes, dans un registre sombre et historique aux antipodes des productions légères qui dominent alors le paysage du musical français.
Ce premier grand rôle parisien lui permet également de mettre en valeur ses talents de créateur : il signe les projections vidéo du spectacle, des créations visuelles qui, selon la critique, parviennent à évoquer l’atrocité des crimes sans verser dans le gore, une prouesse technique et artistique remarquée.
Le K-barré et ses Demoiselles : L’expérience du cabaret déjanté
L’été 2018 voit Harold Simon s’aventurer dans un registre radicalement différent avec « Les Demoiselles du K-barré », cabaret burlesque et déjanté imaginé par Pauline Uzan. Financé en partie grâce au soutien des fans, ce spectacle original se joue à Paris puis au Festival Off d’Avignon à l’Arrache-Cœur. Dans cette production paillettée et festive, le jeune comédien campe Harry del Martini, seul homme au milieu de trois « demoiselles » à fort caractère. Il est excelle, comme d’habitude !
Le spectacle, qui casse les codes du cabaret traditionnel, permet à Harold Simon de révéler une autre facette de son talent : l’humour, la danse, la présence physique dans un registre proche du music-hall. Aux côtés de Vanessa Ghersinick, Roxane Merlin et Pauline Uzan, il apporte fraîcheur et dynamisme à ce spectacle bourré de dérision. La critique souligne son expressivité et sa capacité à jouer le jeu avec autant de ferveur que ses trois partenaires féminines, incarnant tour à tour l’homme objet puis le partenaire idéal, sexy et souriant. Cette expérience confirme sa polyvalence et sa capacité à s’adapter à des registres très variés.
«Un Chant de Noël » : La reconnaissance technique
Fin 2018, Harold Simon signe sa première nomination aux Trophées de la comédie musicale. Non pas comme interprète cette fois, mais pour son travail en coulisses sur « Un Chant de Noël », adaptation du conte de Charles Dickens créée par Samuel Sené au Théâtre Artistic Athévains. Aux côtés d’Isabelle Huchet et François Cabana, il est nommé pour le Trophée de la scénographie grâce à ses créations vidéo qui encerclent la scène et l’animent tout au long du spectacle.
Sa création vidéo, déjà remarquée dans les productions précédentes, atteint ici une nouvelle dimension : fantômes évanescents, vieux livres, flocons de neige, fumée s’échappant délicatement de la cheminée… Ces projections sophistiquées contribuent à créer l’atmosphère féerique et victorienne du conte. Ce travail qui plonge le public dans l’univers de Dickens sans recourir à de lourds décors est unanimement salué. Cette reconnaissance technique confirme la double identité artistique d’Harold Simon, également reconnu pour son travail dans « L’Homme de Schrödinger » du même Samuel Sené.
L’ascension : 2019-2020, l’affirmation d’un comédien de premier plan
La Petite Sirène au Funambule Montmartre : Le prince charmant de l’été 2019
L’été 2019 marque un nouveau tournant avec son incarnation du prince Henrick dans « La Petite Sirène » au Théâtre du Funambule Montmartre. Cette adaptation libre du conte d’Andersen, créée par Jonathan Dos Santos et Fred Colas, se distingue par son approche moderne et intelligente du récit originel. Harold Simon y endosse alternativement le rôle du prince et celui de Ganglot le serpent zozotant, esclave de la sorcière, démontrant sa capacité à faire vivre des personnages radicalement opposés au sein d’un même spectacle.
Faisant preuve de qualités vocales exceptionnelles, sa performance est d’autant plus remarquable qu’il parvient à incarner des rôles si différents que le jeune public ne reconnaît pas qu’il s’agit du même comédien. Cette transformation témoigne de sa maîtrise du jeu d’acteur et de son engagement total dans chacun de ses personnages. Sa générosité avec le public, sa disponibilité pour les séances de dédicaces et de photos après les représentations, contribue au succès populaire du spectacle auprès des familles.
Cette production lui offre également l’opportunité de travailler pour la première fois pour un public essentiellement jeune, expérience qu’il renouvellera régulièrement par la suite. Son passage estival à Disneyland Paris dans le festival « Pirates et Princesses », où il incarne Jack Sparrow, confirme son aisance avec les jeunes spectateurs et son talent pour les personnages flamboyants et énergiques.
Le Tour du Monde en 80 jours : Consécration au Théâtre Mogador
Le 8 février 2020 représente un moment charnière dans la carrière d’Harold Simon : il foule pour la première fois la scène mythique du Théâtre Mogador dans le rôle principal de Phileas Fogg, gentleman flegmatique et précis du roman de Jules Verne. Cette production ambitieuse du duo Julien Salvia et Ludovic-Alexandre Vidal, après leur succès avec « Les Aventures de Tom Sawyer », bénéficie d’une mise en scène fluide de David Rozen, de chorégraphies signées Johan Nus et d’orchestrations de Larry Blank et Antoine Lefort.
Aux côtés de Guillaume Sentou dans le rôle de Passepartout, Harold Simon compose un Phileas Fogg très britannique, méthodique et secret, qui se lance dans un pari fou autour du monde. La distribution de onze comédiens-chanteurs, tous remarquables, forme un ensemble cohérent où chacun apporte sa pierre à l’édifice d’une comédie musicale familiale qui reprend avec brio les codes de Broadway. Le spectacle, créé le 6 décembre 2019 en avant-première au Blanc-Mesnil avant son installation au Mogador, rencontre un accueil chaleureux du public et de la presse. La partition entraînante de Salvia, le livret rythmé plein de rebondissements de Vidal, l’humour et la fluidité de la mise en scène sans aucun temps mort font de cette production une réussite artistique.
Un artiste complet aux multiples facettes
Au-delà de ses rôles sur scène, Harold Simon se distingue par sa polyvalence exceptionnelle. Ses compétences techniques en création vidéo, animation 3D et graphisme font de lui un artiste à part dans le paysage de la comédie musicale française. Cette double casquette lui permet de comprendre intimement les enjeux d’une production, tant du point de vue artistique que technique. Son travail de créateur visuel, notamment dans « Jack, l’éventreur de Whitechapel » et « Un Chant de Noël », témoigne d’une maîtrise des technologies numériques au service de la narration scénique.
Cette expertise technique lui vaut d’être régulièrement sollicité pour des interventions et conférences aux ateliers Musidrama, où il transmet son expérience aux nouvelles générations d’artistes. Son parcours démontre qu’il est possible de conjuguer excellence artistique et compétences techniques, deux domaines trop souvent cloisonnés dans le spectacle vivant traditionnel.

Retour au Châtelet : La Cage aux folles, décembre 2025
Six ans après ses débuts sur les grandes scènes parisiennes, Harold Simon retrouve le Théâtre du Châtelet dans « La Cage aux folles », comédie musicale emblématique de Jerry Herman créée en 1983 sur un livret d’Harvey Fierstein d’après la pièce de Jean Poiret. Cette nouvelle production en français, mise en scène par Olivier Py, directeur du théâtre, se veut résolument contemporaine et militante, explorant la dimension politique de l’œuvre à l’heure où les droits LGBTQI+ sont remis en question partout dans le monde.
Aux côtés de Laurent Lafitte, qui incarne Albin/Zaza dans ce qui constitue pour lui un « rêve d’enfant », Harold Simon rejoint une distribution prestigieuse comprenant Damien Bigourdan, Gilles Vajou, Emeline Bayart, Daniel Loeillot, Maë-Linh Nguyen et Jean-Luc Baron. Le spectacle, présenté du 5 décembre 2025 au 10 janvier 2026, marque le grand retour de cette œuvre culte à Paris, vingt-six ans après une première adaptation française au Mogador qui n’avait pas rencontré le succès escompté.
Cette participation à une production d’une telle envergure, dans un théâtre de 2034 places dirigé par l’une des figures majeures de la scène française, confirme la trajectoire ascendante d’Harold Simon. Sa présence dans ce casting témoigne de la reconnaissance dont il jouit désormais dans le milieu de la comédie musicale parisienne, aux côtés de grands noms du théâtre français.
Un parcours exemplaire de la nouvelle génération
À travers son parcours, Harold Simon incarne parfaitement cette nouvelle génération d’artistes français de comédie musicale : excellemment formés, polyvalents, capables de passer d’un registre à l’autre avec une aisance déconcertante, et possédant une conscience aiguë des enjeux techniques et artistiques du spectacle vivant contemporain. De « Jack, l’éventreur de Whitechapel » à « La Cage aux folles », des créations intimistes aux grandes productions, du jeune public aux spectacles pour adultes, il a su construire méthodiquement une carrière cohérente et ambitieuse.
Son engagement dans des productions originales françaises, aux côtés des duos créatifs Salvia-Vidal ou de l’équipe Musidrama, démontre également sa volonté de participer au renouveau du genre en France, plutôt que de se limiter aux reprises de classiques anglo-saxons. Cette démarche, associée à ses compétences techniques uniques, fait de lui un artiste complet et moderne, parfaitement adapté aux exigences du spectacle musical du XXIe siècle.
Son retour sur la scène du Châtelet en cette fin d’année 2025 constitue une étape majeure dans une carrière qui, manifestement, ne fait que commencer. Pour les amateurs de théâtre musical, Harold Simon représente l’avenir d’un genre en pleine effervescence, porté par des artistes talentueux, engagés et résolument contemporains.
Philippe Escalier
Photos au Châtelet : © Thomas Amouroux – Portrait : © Philippe Escalier

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