Le Dutch National Ballet rend hommage à Hans van Manen au Théâtre des Champs-Élysées

À Paris fin juin, la compagnie d’Amsterdam réunit cinq pièces du maître néerlandais, six mois après sa disparition

Hans van Manen s’est éteint le 17 décembre 2025, à Amsterdam, dans sa quatre-vingt-quatorzième année. Avec lui disparaît l’un des plus grands chorégraphes du second vingtième siècle, que ses pairs avaient pris l’habitude d’appeler « le Mondrian de la danse ». L’écriture, immédiatement reconnaissable, conjuguait une musicalité absolue, une sensualité tendue et une économie de moyens qui ont durablement marqué le ballet contemporain. Six mois après cet adieu, le Dutch National Ballet, compagnie à laquelle Hans van Manen fut lié plus d’un demi-siècle durant, vient à Paris pour quatre soirées d’hommage. Le Théâtre des Champs-Élysées les accueille du 25 au 28 juin 2026, dans le cadre du cycle TranscenDanses coréalisé avec les Productions Internationales Albert Sarfati.

Né en 1932 à Nieuwer-Amstel, formé auprès de Sonia Gaskell, Hans van Manen aura traversé la danse comme l’on traverse une discipline d’écriture, avec un sens architectural rare et la conviction que la danse parle d’abord de danse. Plus de cent cinquante ballets, exécutés aujourd’hui par les plus grandes compagnies du monde, et toujours cette même façon de faire surgir un univers entier d’un regard, d’une attente, d’une main posée.

Le programme parisien rassemble cinq pièces qui balisent un demi-siècle de création. Adagio Hammerklavier, créé en 1973 sur la sonate opus 106 de Ludwig van Beethoven, déploie trois duos d’une lenteur suspendue où chaque inflexion du piano trouve son écho. Solo, taillé en 1997 pour trois danseurs sur une partita de Jean-Sébastien Bach, lance la virtuosité masculine dans un éclat à la fois rieur et précis. Frank Bridge Variations, conçu en 2005 pour Sol León et Paul Lightfoot sur la partition de Benjamin Britten, explore la chambre intérieure du couple en ciselant chaque porté. Two Pieces for HET, daté de 1997, oppose un premier mouvement nerveux à un adagio qui se résorbe peu à peu dans l’épure, sur des pages d’Erkki-Sven Tüür et d’Arvo Pärt. 5 Tango’s enfin, l’une des œuvres les plus célèbres de Hans van Manen, embrase le plateau aux rythmes d’Astor Piazzolla et clôt la soirée par une fusion d’incandescence et de raffinement.

Cette tournée parisienne prend un relief particulier. Elle s’inscrit dans les derniers mois du mandat de Ted Brandsen, directeur du Dutch National Ballet depuis 2003, qui transmettra à la rentrée 2026 la direction artistique à Ernst Meisner. Sur le plateau du Théâtre des Champs-Élysées se rassemblera la génération qui porte aujourd’hui le rayonnement international de la maison d’Amsterdam, autour d’Olga Smirnova, ancienne étoile du Bolchoï entrée dans la compagnie en mars 2022, de Maia Makhateli, Anna Tsygankova, Anna Ol et Jessica Xuan, des premiers danseurs Young Gyu Choi, Giorgi Potskhishvili, Constantine Allen, Timothy van Poucke ou Jacopo Tissi, principal italien arrivé à Amsterdam en 2023. Tous savent que l’écriture de Hans van Manen ne pardonne rien : c’est dire l’exigence promise au public du Théâtre des Champs-Élysées.

La compagnie d’Amsterdam vient ainsi confier au public parisien un héritage encore brûlant. La transmission de ces œuvres, assurée par la Fondation Hans van Manen présidée par Rachel Beaujean, prend ici tout son sens. Quatre soirées pour mesurer combien le geste du maître reste vivant.

Philippe Escalier – Photos ©Altin Kaftira et ©Hans Gerritsen

Hommage à Hans van Manen, par le Dutch National Ballet, direction Ted Brandsen. Théâtre des Champs-Élysées, 15 avenue Montaigne, 75008 Paris. Jeudi 25 et vendredi 26 juin 2026 à 19h30, samedi 27 juin à 18h, dimanche 28 juin à 15h.Réservations au 01 49 52 50 50 et sur http://www.theatrechampselysees.fr.

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