Alice Guy, Mademoiselle Cinéma

Théâtre le Funambule

Avec une pièce retraçant les débuts d’Alice Guy, Caroline Rainette braque les projecteurs sur la pionnière du cinéma et vient réparer une profonde injustice en sortant de l’oubli une femme à qui le septième art doit tant.

Si le nom d’Alice Guy est connu des professionnels du cinéma aux États-Unis, il n’en a pas toujours été de même en France, pays où elle est née. Il faudra attendre la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques pour voir son nom fêter avec neuf autres femmes au destin exceptionnel. La pièce de Caroline Rainette arrive à point nommé et permet au public de mieux connaitre celle qui, avec son film « La Fée aux choux », présente le premier film narratif en 1896. Il sera suivi d’une quantité d’autres. La longue vie passionnante d’Alice Guy, née en 1873 et morte en 1968, lui a permis de travailler pour Léon Gaumont, de côtoyer Louis Lumière et Gustave Eiffel, puis le monde du cinéma américain de New-York. Mais elle lui a aussi réservé son lot de difficultés que cette battante a toujours affrontées avec beaucoup d’énergie et une profonde envie de se battre, sans jamais baisser les bras, pour défendre son œuvre, le cinéma sans oublier la condition féminine qui a toujours eu pour elle une importance majeure.

Le récit qui nous est présenté fait appel à des projections d’images fixes ou animées. On assiste au balbutiement de l’art cinématographique, à une époque où un film de six minutes faisait figure de long-métrage. Sur le plateau, trois comédiens, l’autrice, Lennie Coindeaux (les deux ayant cosignés une mise en scène agile et très visuelle) et Jérémie Hamon jouent avec un naturel très efficace qu’Alice Guy qui demandait instamment à ses acteurs américains « Be Natural » n’aurait pas désavoué. Tous trois nous offrent un beau moment de théâtre qui ajoute à ses qualités, une belle vertu pédagogique.

Philippe Escalier – photo © Luca Lomazzi

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Pascal Amoyel dans « Une leçon de piano avec Chopin »

Théâtre Le Ranelagh

Le dernier spectacle de Pascal Amoyel autour de Chopin atteint au sublime en portant sur la musique un regard d’une incroyable intelligence et d’une magnifique sensibilité. Un très grand moment !

Après ses magnifiques spectacles sur Cziffra, Liszt et Beethoven, l’on pensait avoir atteint des sommets insurpassables. C’était bien mal connaître Pascal Amoyel !

Il n’est rien de plus difficile que de parler des spectacles qui nous ont bouleversé et que l’on porte en nous, longtemps après les avoir vus. Jamais il ne m’avait été donné d’entendre parler de la musique, et en particulier de celle de Chopin, avec autant de de grâce et de finesse. Cette leçon de piano est avant tout une leçon de vie, tant le pianiste y met de vérités et de lui-même. Si tout un chacun sera admiratif de la virtuosité reconnue du pianiste au travers des sept pièces qu’il interprète, ce qui nous touche réside dans l’art que Pascal Amoyel a de décrire, de raconter et d’incarner ce que l’univers musical de Frédéric Chopin recèle de particulier et de mystérieux. Et de le faire de la façon la plus intime qui soit.

Tout d’un coup, le compositeur et le virtuose qui nous le présente ne font plus qu’un. Ce magicien des mots et des notes, qu’il soit à son piano ou debout devant nous, parle à notre intelligence et à notre cœur. Sa façon de nous présenter la 1ère Ballade de Chopin, cette manière de nous faire découvrir les plus profondes vérités de cette pièce musicale, avec un peu de technique mais surtout beaucoup de poésie et de sentiments, est unique. Elle n’oublie pas de retracer les infinies questionnements qui, toujours, accompagnent l’interprétation de l’œuvre. Face à ses talents d’acteur, que la mise en scène minutieuse de Christian Fromont fait éclater, et que les lumières de Philippe Séon mettent si subtilement en évidence, le spectateur est à ce point conquis et ému par le spectacle de Pascal Amoyel qu’il en vient à craindre que ses applaudissements ne parasitent l’intensité du moment qu’il vient de vivre.

Texte et photo : Philippe Escalier

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Britannicus Musical Circus

Le Lucernaire

La nouvelle création des Épis Noirs s’installe au Lucernaire où les parisiens peuvent applaudir un incroyable spectacle délirant et haut en couleurs.

BRITANNICUS PHOTO : OLIVIER. BRAJON

L’une des traditions des Épis Noirs est de s’attaquer à nos grands mythes fondateurs. Avec visiblement un goût particulier pour Racine. Après « Andromaque », les voici en train de revisiter « Britannicus ». De fond en comble. C’est du grand art mais, j’allais dire, rassurez-vous, ce n’est pas la Comédie Française ! Poésie, burlesque, sens de la dérision et musique sont les armes avec lesquelles Pierre Lericq (auteur, metteur en scène assisté de Bérangère Magnani) et sa troupe dézinguent l’un de nos grands classiques. L’œuvre de Racine reste un prétexte à plus d’une heure de spectacle absolument déjanté (c’est peu de le dire !). Certes, les personnages de la tragédie sont là mais ils disent leur propre texte pimenté de quelques alexandrins dans une ambiance de cirque assez fellinienne, où le clown est roi. Nous sommes en mai 68… après Jésus Christ ! Pierre Lericq installe le théâtre dans le théâtre et, en Monsieur Loyal, conduit son petit monde, association d’intermittents du spectacle ratés, à la baguette. Tout est surligné (c’est la loi du genre) et pourtant, rien n’est excessif et la finesse est au rendez-vous avec un humour poétique, radical, rarement potache, toujours délicieux.

Il n’est pas exagéré de penser que cet ouragan musical et circassien pourrait être bien plus proche de l’auteur qu’on ne le croit. Mais oublions Racine, devenu ici roi des Punks ou des causes perdues et restons avec nos personnages lunaires et loufoques. Britannicus est séduisant, pas seulement parce qu’il a l’apparence de l’excellent Jules Fabre mais parce qu’il touchant en grand ado inconscient, trop cool, amoureux de Junie qu’il préfère à l’Empire. Face à lui, Néron prend les traits de Tchavdar Pentchev qui est au centre du show auquel il contribue à donner, et avec quel brio, toute son intensité. Inquiétant maître chanteur, inhumain, rendu narcissique et violent par l’amère Agrippine que Marie Réache transforme avec talent en folle furieuse colorée, sorte de mante religieuse incestueuse, obsédée par l’idée de mettre son fils sur le trône. Pour cela, elle a fait de l’assassinat un sport national. Mais Néron désire tout ce qu’il n’a pas, dont Junie, pourtant folle amoureuse de « Brita » à laquelle Julie de Ribaucourt prête son art et sa grâce pendant que Gilles Nicolas, serviteur obséquieux et loufoque est occupé à décrire par le menu le moindre de ses mouvements.

Cette troupe de comédiens, musiciens danseurs sait tout faire, depuis tenir le public en haleine et en joie jusqu’à transformer un grand désordre apparent en monumentale réussite scénique, parfaitement structurée. Ce théâtre populaire contribue à donner ses lettres de noblesse au spectacle vivant et du bonheur à ses spectateurs. Que demande le peuple ?

Philippe Escalier – Photo © Olivier Brajon

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Stéphane Letellier-Rampon

Son nom est principalement associé à l’univers des comédies musicales. Mais ce spécialiste de la communication a su ajouter à son métier d’attaché de presse celui de producteur de spectacles. Portrait de Stéphane Letellier-Rampon qui a mis ses qualités professionnelles au service des artistes et de ses coups de cœur.

Son passage en 1995 par une école de communication, l’EFAP, lui permet d’entamer sa carrière d’attaché de presse. Plus tard, ce boulimique de travail « soigne » la crise de la quarantaine en suivant un Executive MBA au CELSA pour renforcer ses compétences en communication et marketing mais aussi en management, la structure qu’il a créée s’étant sensiblement étoffée. « Ce MBA m’a permis de côtoyer des gens en activité dans des milieux différents et cette formation intense a consolidé ma confiance en moi. Elle m’a aidé à franchir le pas de la production ».

De fait, ce domaine l’attire depuis longtemps. Il fait ses débuts avec BB Promotion qui lui demande de travailler sur « Ballet Revolución », un spectacle qui sera à l’affiche du Casino de Paris à deux reprises (en janvier 2013 et mars 2014) : « J’ai géré toute la production en France ce qui m’a plu et m’a donné envie de continuer. J’ai découvert ensuite en 2015 « Oliver Twist, le Musical » de Shay Alon et Christopher Delarue, cette comédie musicale française qui cochait toutes les cases de Broadway, pour laquelle j’ai eu un vrai coup de cœur. » Il en constitue l’équipe et pilote entièrement le spectacle. En parallèle, Sheila pour qui il travaillait comme attaché de presse depuis 2001, lui demande de devenir son manager-producteur. « J’ai produit pour elle trois scènes à Paris en 18 mois, et j’ai réactivé le catalogue. J’ai donc attaqué la production sous deux angles en même temps, passionnant mais assez lourd sur le moment ! ».

 « Les Misérables », que les parisiens vont découvrir dans quelques jours au Châtelet l’ont mobilisé durant ces cinq dernières années. « J’ai développé un projet artistique qu’Alain Boublil et Claude-Michel Schönberg m’ont demandé de faire pour eux en France, en m’associant au metteur en scène Ladislas Chollat. Ensemble, nous avons construit une proposition artistique, avant d’aller convaincre Sir Cameron Mackintosh détenteur des droits du spectacle. Après quoi, le Théâtre du Châtelet a décidé de financer. Avec le Châtelet, nous travaillons main dans la main, d’autant plus facilement qu’ayant déjà collaboré avec eux pour « West Side Story », produit par BB Production, et cette année avec le ballet de Matthew Bourne « Romeo + Juliet » produit par TS3, j’en connais bien tous les rouages ».

Stéphane Letellier-Rampon a coproduit aussi, y compris sur le plan financier, « Les Frottements du cœur » de Katia Ghanty joué en 2023 et 2024 en Avignon, piloté par Atelier Théâtre Actuel. Il accompagne aussi l’aventure des « Soignantes », groupe imaginé par Loïc Manwel, qui ont récemment ému le pays et pour lesquelles il a produit l’album « Les Voix du Cœur ». Elles ont participé à « La France a un incroyable talent » qui leur a apporté une belle couverture médiatique et en quelques mois à peine, 10 000 albums ont été vendus. « L’idée maintenant est de faire avec l’histoire de ces héroïnes médecins et chanteuses, un film musical réalisé par Loïc ».

Parmi les projets un peu exceptionnels sur lesquels il travaille comme attaché de presse figure « Le Grand Hôtel des Rêves ». La société Polaris s’est spécialisée dans le créneau du spectacle immersif, un genre qui jouit depuis quelques temps des faveurs du public. Leur spectacle « La Belle et la bête » se joue dans des châteaux autour de Paris mais aussi dans la capitale où ils ont décidé de s’installer après avoir trouvé le lieu parfait, l’ancien hôtel Lebrun dans le Vème. Avant de présenter, dans des décors et des costumes superbes, leur spectacle de fin d’année, « La Véritable Histoire du Père Noël »ils vont y donner « La Belle et la Bête », deux spectacles écrits et mis en scène par Charles Mollet, fondateur de l’entreprise. « Pour s’imaginer l’ampleur de ces spectacles, il faut savoir qu’ils peuvent mobiliser jusqu’à mille figurants dans les châteaux :  en effet, pour chaque représentation, un groupe démarre avec son public toutes les dix minutes environ ».

Travailleur de l’ombre, Stéphane Letellier-Rampon s’est occupé récemment d’un spectacle de danse de la compagnie Alvin Ailey au Palais des Congrès, du Jazz Nice Festival en collaboration avec Delphine Caurette ou encore du Festival 2 Cinéma de Valenciennes, preuves de son intérêt pour le monde artistique au service duquel il a toujours mis toute son énergie.

Philippe Escalier

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Tom Leeb

Son interprétation d’Arlequin dans la pièce « La Veuve rusée » nous a laissé sans voix. D’où l’intérêt de laisser la parole à un jeune artiste qui fait des débuts retentissants sur la scène des Bouffes Parisiens.

Tom, par quel biais ce rôle est venu à vous ?

Caterina Murino, interprète du rôle-titre, m’avait apporté son aide pour un projet italien. Elle m’a proposé de lire le texte. J’ai été attiré par le personnage d’Arlequin. Nous en avons parlé avec le metteur en scène, Giancarlo Marinelli. Arlequin m’a fait peur, mais c’est ce que j’aime. C’est un personnage sur le fil, un peu excessif (mais pas trop, sans quoi il n’est plus drôle), un peu commedia dell’arte, qui m’a poussé dans mes retranchements et m’a mis un trac fou. Aller au théâtre tous les soirs avec une partition qui me met en danger, c’est vraiment essentiel pour moi. Plus je m’éloigne de ce que je suis, plus je prends du plaisir !

Comment l’avez-vous travaillé ?

J’ai commencé en me documentant, je me suis intéressé au théâtre de cette époque et aux photos les plus anciennes d’Arlequin. Ce que je découvrais, c’était un peu flippant. Je ne me voyais pas faire ça. Les premiers jours de répétition ont provoqué une série de questionnement. Au bout d’une semaine, j’ai pu faire des propositions de jeu et avec le metteur en scène, nous avons trouvé le bon équilibre. Je garde mon trac mais je prends un plaisir fou sur scène !

Pour vous, c’est une autre façon de découvrir la scène !

Oui, j’en ai fait beaucoup, notamment avec « Kevin et Tom », mais un duo comique, c’est tout à fait autre chose, il y a beaucoup plus de libertés. Ici, quand la pièce démarre, on ne peut pas tricher, on est avec ses partenaire, il y a une discipline à respecter. Avoir la réponse directe du public, c’est très excitant et je me sens tellement bien. Au cinéma, c’est merveilleux, c’est différent mais ce dans ce domaine, mon rêve absolu, n’est pas tant de jouer que de réaliser. J’aime tellement créer, raconter des histoires, j’ai envie de pouvoir les filmer, y mettre ma sensibilité à travers le montage, les dialogues, donner le rythme, faire confiance à des acteurs, écrire des dialogues, faire un choix de musiques… !

Quelle est la raison qui vous pousse à écrire ?

Je m’écris des rôles, parce qu’il y a tellement de personnages que j’aimerai jouer et que l’on ne me propose pas forcément parce que l’on ne m’attend pas là. Pourtant, c’est ce qui m’attire, sortir de ce qui me ressemble, aller là où je peux étonner les autres et me surprendre. J’ai beaucoup aimé faire le téléfilm de Stéphane Kappes « Le Vent des sables ». Merci à lui de m’avoir encouragé à faire des propositions sur le personnage pour lui donner quelques aspérités : j’ai séché, je porte un costume, des lunettes, on sort du flic trop viril. Pour moi, c’est la porte ouverte au plaisir.

Si vous deviez citer deux films qui vous ont marqué ?

 « Edmond » le film d’Alexis Michalik m’a fait beaucoup de bien. Le texte d’abord et le personnage de Leo ensuite, qui est touchant avec la conscience qu’il a de ses manques. Et aussi « Pourris gâtés » de Nicolas Cuche, une comédie où je joue un argentin avec une composition d’accent, un rôle qui m’a ouvert des perspectives, dont une série italienne. 

Pour finir, après Les Bouffes Parisiens, où vous verra-t-on ?

À l’Alhambra, le 12 décembre prochain, pour un concert qui s’accompagne de la sortie d’un album et aussi dans un court métrage que je réalise et dans lequel je tourne.

Philippe Escalier

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Pierre Devaux

Venu au théâtre par des chemins détournés, Pierre Devaux y fait des débuts remarqués. Son Danceny dans les « Liaisons dangereuses » et son seul en scène « Terre des Hommes » adapté de Saint-Exupéry, qui débute en janvier 2025 au Théâtre La Flèche, démontrent une belle agilité artistique et une remarquable appétence pour son noble métier.  

Rarement le qualificatif d’original aura été plus approprié pour décrire un début de carrière. Tout commence par un parcours académique brillant concrétisé par une école d’ingénieurs et une école de commerce suivies de quatre années en start-up. Attiré par ce qui brillait, mais éternellement insatisfait, Pierre Devaux change de boulot tous les ans. Avec une envie de théâtre qui sommeille et ne va pas tarder à se réveiller. Le jeune cadre dynamique a toujours fait du théâtre amateur. Arrive le confinement. Avec Charles, son colocataire, ils décident d’écrire une pièce et de créer la compagnie « Les Colibris ». Location de théâtre et représentations, l’expérience est concluante. Les deux complices décident de s’adjoindre chacun un copain supplémentaire pour écrire leur seconde pièce. Coup du sort mais aussi coup de chance, la dernière start-up dans laquelle il travaillait fait faillite et met en place un plan de départs volontaires. « Je me suis alors senti libre, avec un an devant moi et tout s’est débloqué. J’ai décidé de mettre cette année à profit pour voir ce que je pouvais faire et ce que je valais. Je n’ai jamais autant travaillé de ma vie que durant cette année avec des cours d’interprétation le matin, des cours d’impro le soir, des leçons de guitare. J’ai fait une académie de mime pour retourner au travail du corps. Cet énorme investissement a payé, j’ai eu la chance de rencontrer mon agent, Sophie Lemaitre, lors du spectacle de fin d’année au Foyer et d’intégrer la troupe des « Liaisons ». C’était une période très fertile, bien remplie, qui a ancré ma résolution de transformer ma passion en métier. En 2023, j’ai pu jouer en tournée « Monsieur le curé fait sa crise » un seul en scène avec quinze personnages à incarner, sous la direction de Mehdi Djaadi. C’était une belle expérience et un merveilleux entrainement pour « Terre des Hommes ». 

Un fois le pas franchi et bien conscient qu’il lui fallait une solide formation, il s’inscrit aux cours du Foyer où il a pour professeurs Delphine Depardieu et Arnaud Denis qui, cherchant son Danceny pour « Les Liaisons dangereuses », lui fait passer une audition. « Il avait dû me voir dans le personnage de Jim dans « La Ménagerie de verre. Le fait est que j’ai été retenu et nous avons fait une lecture publique au Gymnase avec le producteur qui a officialisé ma prise de rôle ». Ce travailleur né met beaucoup d’énergie à se préparer. « J’ai relu l’ouvrage. J’ai regardé trois adaptations cinématographiques dont celle avec Trintignant qui joue Danceny. C’est la première approche pour se nourrir avant le travail personnel sur l’adaptation d’Arnaud Denis et l’incarnation d’un personnage qui peut à la fois déclarer sa flamme à Cécile et coucher avec Merteuil ». Ce sera le début d’une magnifique expérience au sein d’une troupe encensée par la critique et le public.

En ce début d’année, les spectateurs vont aussi le retrouver au Théâtre de la Flèche, dans un très beau spectacle dans lequel il a mis toute son énergie et toute sa passion. Dans cette adaptation de « Terre des hommes », il y a en effet beaucoup de lui.  « C’est un livre que j’ai tellement lu ! Je l’ai découvert et dévoré étant adolescent. Je l’ai offert à beaucoup de gens. Ce texte me parle et il concrétise des choses vécues à titre personnel ».

Pour accompagner son travail, il demande d’abord conseil à Maxime d’Aboville qui a adapté « le Journal d’un curé de campagne » et qui a été son professeur au Foyer.  Je suis allé le voir pour lui demander comment travailler une adaptation. J’ai suivi ses conseils, notamment la discipline consistant à écrire tous les jours. Au début, j’ai pris des extraits du texte. Je voulais raconter une histoire à travers le prisme essentiel de « l’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle » pour reprendre la phrase de Saint-Exupéry ». Alors qu’il n’est qu’au début de l’aventure, il va au Déjazet voir « Naïs », adaptée par Arthur Cachia. Il en ressort fasciné par le spectacle et le travail de mise en scène de Thierry Harcourt qui consiste à tout suggérer par les musiques et les lumières.  « J’y ai vu la façon dont j’imaginais ma propre mise en scène. Il me fallait aborder Thierry, je l’ai fait de manière un peu détournée en lui demandant son avis. Il a été d’une aide folle. Il a essuyé les plâtres, m’a fait des retours sur toutes les étapes de mon adaptation, depuis la première mouture où seul était le texte originel jusqu’à la plus aboutie. Il m’a conseillé de demander les droits que j’ai obtenus après plusieurs allers-retours. Le tournant a été l’audition à La Flèche. Le retour de Flavie a été essentiel : « très beau texte mais il ne vit pas ! ». J’ai compris, grâce à Flavie ainsi qu’aux retours continus de Thierry sur les différentes versions qu’il me fallait des dialogues, des personnages et je me suis autorisé à prendre quelques libertés. Je l’ai illustré avec des détails, très personnels mais proches du texte. » Avec l’infinie gentillesse qui le caractérise il conclut sur cette belle naissance artistique : « Dans ce projet, j’ai pu avancer car j’ai eu la chance de faire les bonnes rencontres. » Pierre Devaux nous permettra d’ajouter qu’il doit cet aboutissement à son travail, à son talent et à beaucoup de ténacité. Une qualité qu’il tient notamment de ses années passées à jouer au rugby où il portait le numéro 9. « J’étais demi de mêlée, celui qui fait vivre le ballon, qui le suit en permanence. Il faut comprendre le jeu et être un peu teigneux : ça me correspond tout à fait ! J’ai cela en moi, une forme de hargne qui fait que je ne lâche jamais rien. Il faut pouvoir la canaliser mais quel excellent combustible ! »

Tout récemment, Pierre Devaux vient de faire ses débuts à l’écran en tournant dans « Master Crime » pour TF1. « J’ai été très heureux de toucher cet exercice très particulier. Comme au théâtre, il y a des contraintes techniques mais avec un côté « c’est maintenant ! ». Sur scène, il y a une régularité, il faut rejouer tous les soirs, ce qui implique une vraie discipline et une hygiène de vie. Là, il faut se conditionner pour donner le meilleur en une fois, en étant le plus authentique possible et cela me parle énormément. J’ai tendance à me dire que la caméra vient lire dans ton œil ce que tu vis intérieurement. Et j’ai envie de vivre des choses. Pour cela, il faut se laisser atteindre. Dans cette optique, je travaille des scènes, tous les mardis soir, avec le collectif Les Artifex. En ce moment, je joue un médecin :  j’enquête, je me documente, je vais passer une demi-journée en immersion à l’hôpital avec une amie. Je ne veux pas tricher ! Au théâtre comme au cinéma, on recherche la même authenticité dans le jeu, mais le luxe de la caméra c’est qu’elle vient chercher dans nos yeux ce qui nous traverse ! »

En ce début d’année, « Les Liaisons dangereuses » à la Comédie des Champs-Élysées comme « Terre des hommes » au Théâtre la Flèche sont deux occasions en or d’aller découvrir Pierre Devaux. Pour voir deux spectacles étonnants mais aussi un comédien dont on n’a pas fini de parler !  

Philippe Escalier

Crédit photos : portraits © Céline Nieszawer – Terre des Hommes © Xavier François

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Duncan Talhouët

À vingt-neuf ans, ce comédien au parcours original se trouve à l’affiche de deux beaux spectacles donnés aux Gémeaux Parisiens et à l’Essaïon.

Avant de devenir acteur, Duncan mène une carrière sportive en football. En 2013, à 18 ans, il part aux États-Unis, à Richmond, où il joue dans une équipe de football et perfectionne son anglais. C’est là, loin de la France, qu’il découvre sa passion pour le théâtre, “C’est en lisant des auteurs comme Musset et Tennessee Williams que j’ai compris que je voulais devenir acteur, que je voulais créer, écrire », explique-t-il. 

De retour en France, il entame une licence en sciences de l’information et de la communication à Rennes, tout en poursuivant son rêve de théâtre. Il rejoint la compagnie Théâtre du Totem à Saint-Brieuc, créée par Hubert Lenoir où il se forme avec Christophe Duffay et Zouliha Magri qui rapidement, lui donnent le rôle principal en 2016, dans « Honorée par un petit monument » de Denise Bonal aux côtés du comédien Patrick Palmero.

En parallèle de sa formation théâtrale aux cours de Jean Laurent Cochet, Duncan participe à de nombreux courts-métrages et multiplie les castings, ce qui lui permet de décrocher des rôles à la télévision et au cinéma, notamment dans « L’inconnu de Brocéliande » de Vincent Giovanni, puis dans « La mariée du mort », un long-métrage tourné en Roumanie où il tient le rôle principal. 

Récemment, le théâtre l’appelle de nouveau pour le rôle d’un jeune caméraman dans « Majola », une pièce écrite par Caroline Darnay.  Il forme, avec l’autrice et Marc Francesco Duret, le trio d’acteurs de cette œuvre puissante, abordant à travers une destinée particulière, les thèmes universels de la responsabilité individuelle, du déni et de l’éthique. La reprise du spectacle, programmée dès septembre 2024, leur permet de rechercher toujours plus de subtilité dans l’interprétation. « C’est une pièce qui est très bien écrite par Caroline, il y a beaucoup de sous-entendus, de silences lourds de sens et des moments qui semblent improvisés” explique Duncan. Chaque soir, la pièce est différente, c’est comme tourner un plan-séquence au cinéma ». La pièce fut créée à Louvres en 2023 et se joue actuellement à l’Essaïon, elle est également programmée aux Corps-Saints lors du festival d’Avignon 2025, à 15 h 30.

Simultanément, Duncan incarne Eugène de Rastignac dans « Le Père Goriot », de Balzac, adapté et mis en scène par David Goldzahl, l’une des pièces remarquées lors de l’ouverture du Théâtre des Gémeaux Parisiens en septembre de cette année. Le comédien Jean-Benoît Souilh, rencontré lors d’un stage, lui a proposé de participer au casting. Très attiré par le personnage, il prépare “son Rastignac” en travaillant intensément et en se faisant coacher par Kevin Garnichat et par l’actrice et metteuse en scène Raphaëlle Cambray. Il arrive aux répétitions en ayant une proposition tangible pour ce personnage dont l’ambition va l’engloutir dans les rouages impitoyables de la société. « C’est une plongée vertigineuse dans l’ambition humaine. Rastignac, c’est un provincial prêt à tout pour réussir. Ce qui intrigue, c’est que tout chez lui, ses choix, ses amours, ses ambitions, même ses fautes, sont guidés par une seule chose : l’intérêt, même s’il n’en est pas forcément conscient. Et cet intérêt, c’est la société qui le modèle » explique le comédien. La pièce se caractérise par une énergie frénétique, entre changements de costumes rapides et rythme effréné. Derrière les décors, c’est quasiment un autre spectacle tant les changements sont nombreux et rapides. Seul Duncan, avec son personnage unique, échappe au tourbillon auquel Delphine Depardieu et Jean-Benoît Souilh sont soumis. D’ailleurs, les trois comédiens plaisantent sur ce rythme trépidant : ils ne rentrent pas en scène mais dans « la machine à laver ! » Aussi, jusqu’à la toute fin, pas un moment de répit ne leur est accordé. 

http://www.studiophotojarnac.fr

Parallèlement à ses projets sur scène, Duncan Talhouët a terminé l’écriture d’une pièce intitulée « L’Odeur du coquelicot ». Ce projet, bien maturé, a été envoyé à Xavier Durringer qui lui porte un avis très favorable et est accompagné par David Goldzahl, le metteur en scène du « Père Goriot ». C’est une réflexion sur l’intériorité d’un individu et ses questionnements identitaires. L’histoire suit un jeune écrivain qui part en Irlande pour faire éditer son livre, mais se retrouve confrontée à sa mère, qu’il n’a pas revue depuis l’enfance. « Je voulais écrire sur la psyché humaine, les deuils, les échecs et les fantasmes d’un personnage qui cherche à comprendre qui il est », explique Duncan. L’influence du roman « La Conjuration des imbéciles » de John Kennedy Toole est palpable dans ce projet ambitieux.

Les possibilités de découvrir le jeu de ce jeune comédien ne manquent pas si l’on songe qu’il sera aussi présent à la Cartoucherie les 13 et 14 décembre 2024 pour des lectures et des performances de pièces ukrainiennes dans le cadre du « Printemps ukrainien », un évènement porté par Macha Isakova et soutenu par Ariane Mnouchkine.

Philippe Escalier

2 premières photos, crédit © Cyprien Leym

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Inconnu à cette adresse

Théâtre Antoine

La célèbre pièce de Kressmann Taylor avec Jean-Pierre Darroussin et Stéphane Guillon savamment mis en scène par Jérémie Lippmann, nous offre un remarquable et intense moment de théâtre.

Rien n’est banal dans le parcours d’« Inconnu à cette adresse », à commencer par son contenu, fait échanges épistolaires et le moment de son écriture, entre 1937 et 1938, soit avant le déclenchement du second conflit mondial et sa cohorte d’abominations. Par ailleurs, longtemps l’autrice ne sera connue que sous son nom de famille, son entourage souhaitant, bien injustement, que l’on pense qu’il s’agissait d’un homme. Enfin, en France notamment, elle ne sera vraiment jouée et plébiscitée que plusieurs décennies après son écriture. Depuis cette renaissance, elle est fréquemment interprétée, souvent, comme ici, de la meilleure des façons.

« Inconnu à cette adresse » est bâtie sur le thème principal de l’explosion de l’antisémitisme en Allemagne, au moment de la prise du pouvoir par Hitler, sous l’angle particulier d’échanges de lettres entre deux amis, marchands d’art. L’un, Max, est juif américain et l’autre, Martin, est allemand, ayant décidé de quitter les États-Unis pour rejoindre son pays natal. Sur une période qui s’étale entre fin 1932 et début 1934, les deux hommes échangent 19 missives dans lesquelles on découvre l’emprise de l’idéologie nazie sur Martin et les conséquences qui en découlent.

Ce texte puissant s’impose par sa simplicité et la précision chirurgicale avec laquelle sont décrits les changements politiques et psychologiques. Il dévoile, avec subtilité, la transformation de cette amitié et la fascination croissante de Martin, face à un nouveau pouvoir sans scrupules, qui se propose de tout changer, en ayant recours à une brutalité inhumaine. Kathrine Kressmann Taylor sait parfaitement raconter l’emprise de l’Histoire sur les individus et c’est à travers eux qu’elle décrit le cheminement d’une Allemagne ruinée et déboussolée depuis 1918, puis visiblement fière d’être reprise en main par un pouvoir obsédé, jusqu’à la folie, par la puissance et la pureté de la race.

Jean-Pierre Darroussin et Stéphane Guillon sont face au public. Leur jeu, d’une authenticité et d’une justesse confondantes permet de redécouvrir la pièce quand bien même on la connaitrait parfaitement. Et, de ce sujet si dramatique à tous points de vue, que nos sociétés n’ont toujours pas fini de combattre, ils font un moment émouvant, faisant appel à l’intelligence et à la sensibilité des spectateurs. La mise en scène de Jérémie Lippmann, qui présente les mêmes qualités de précision et de sobriété que la pièce, laisse éclater tout à la fois la beauté du texte et le talent des acteurs.

Philippe Escalier

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Les Folies Gruss

Le 50ème anniversaire de cette grande dynastie circassienne ne pouvait se fêter qu’avec un spectacle exceptionnel. C’est bien ce à quoi nous convie la famille Gruss, pendant plusieurs mois, sous leur grand chapiteau installé au Carrefour des Cascades à l’orée du Bois de Boulogne depuis 2001.

Cet anniversaire est majeur à double titre. Il célèbre un demi-siècle de vie artistique parisienne de la Compagnie Gruss consacrée au cirque et à l’art équestre. C’est aussi un hommage marqué, à Alexis Gruss, disparu le 6 avril dernier. De fait, « Les Folies Gruss » conçues comme une comédie musicale, avec la présence d’un orchestre, dans une mise en scène originale faisant appel à 50 chevaux et à 25 artistes, frappe un grand coup. Le spectacle mêle l’art équestre, la musique et les performances aériennes, tout en racontant une séduisante histoire dans un décor modernisé, totalement repensé.

Stephan Gruss assure la direction artistique, brillamment assisté à la mise en scène et à la scénographie par Grégory Garell, qui signe aussi la chorégraphie et la composition musicale qui a su faire la part belle à un excellent duo de chanteurs, Candice Parise et Xavier Ducrocq. Dans cette réjouissante ambiance, la troupe composée pour l’essentiel de la famille Gruss peut proposer durant 1 h 30 des numéros surprenants de virtuosité. Impossible de ne pas remarquer les jumeaux Charles et Alexandre Gruss, dignes représentants de la sixième génération et qui comptent parmi leurs plus belles récompenses, un Clown d’Or attribué cette année à leur étonnant et périlleux travail de jonglerie à cheval.


Cette célébration grandiose de l’héritage de la famille Gruss, met parfaitement en lumière leur talent et leur passion pour les arts du cirque. Très abouties, « Les Folies Gruss » séduisent tout autant les adultes qu’un très jeune public qui reste béat d’admiration devant la magie qui prend vie sous leurs yeux… pour le plus grand plaisir de leurs parents !

À noter que les spectateurs qui veulent rester dans cette ambiance festive et souhaitent prolonger leur visite, peuvent profiter d’une restauration faite maison, rythmée et agrémentée, encore et toujours, par des performances artistiques et musicales.

Philippe Escalier

Photos © Eloise Vene et © Olivier Brajon


























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Arletty, un cœur très occupé

Théâtre des Mathurins

Cette pièce de Jean-Luc Voulfow, créée au festival d’Avignon en 2024, retrace de façon originale la passion qui a uni, durant la guerre, Arletty à un officier allemand.

Dans les années 70, un jeune journaliste interprété par François Nambot (il signe aussi une mise en scène limpide), a rendez-vous pour une interview avec Arletty à laquelle Béatrice Costantini prête ses traits. La rencontre est un peu houleuse, le jeune homme voulant d’entrée aborder le sujet de cette ancienne romance condamnée à la Libération, ce qui rebute l’actrice. Pourtant, en lui présentant certaines de ses lettres écrites trente ans plus tôt, il parvient à l’amadouer avant de l’émouvoir. Ces courriers permettent de restituer le climat passionnel d’une liaison dévorante qui a fait oublier aux deux amants, et leur nationalité, et l’état de leurs deux pays, l’un défait et occupé, l’autre vainqueur et détesté.

Arletty, qui vient de tourner avec Marcel Carné en 1942 et 1943 les deux chefs d’œuvre que sont « Les Visiteurs du soir » et « Les Enfants du paradis », est la plus grande actrice française. En 1941, à 42 ans, elle rencontre Hans Jürgen Soehring, de dix ans son cadet, officier, fils de diplomate, lettré, raffiné. Entre eux, c’est le grand amour. Il va s’exprimer aussi dans de très nombreux échanges épistolaires. C’est sur la base de ces courriers que Jean-Luc Voulfow a construit sa pièce.

Le spectateur d’aujourd’hui ne peut que comprendre le déchirement engendré par cette liaison dangereuse où la force des sentiments s’avère plus forte que tout. Les deux comédiens, si parfaits dans l’incarnation de leur personnage, Béatrice Costantini, une Arletty plus vraie que nature et François Nambot apportant la fraicheur et l’affection d’un jeune homme qui sait observer le passé de son aînée avec bienveillance, nous captivent durant toute l’heure quinze que dure ce spectacle. Et outre la découverte de tout un contexte, nous écoutons un récit qui ne manque pas de surprises avec l’impression troublante de revivre, avec intensité, une grande histoire d’amour inscrite dans notre passé récent.

Philippe Escalier – photos © Fabienne Rappeneau


























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