À vingt-neuf ans, ce comédien au parcours original se trouve à l’affiche de deux beaux spectacles donnés aux Gémeaux Parisiens et à l’Essaïon.
Avant de devenir acteur, Duncan mène une carrière sportive en football. En 2013, à 18 ans, il part aux États-Unis, à Richmond, où il joue dans une équipe de football et perfectionne son anglais. C’est là, loin de la France, qu’il découvre sa passion pour le théâtre, “C’est en lisant des auteurs comme Musset et Tennessee Williams que j’ai compris que je voulais devenir acteur, que je voulais créer, écrire », explique-t-il.
De retour en France, il entame une licence en sciences de l’information et de la communication à Rennes, tout en poursuivant son rêve de théâtre. Il rejoint la compagnie Théâtre du Totem à Saint-Brieuc, créée par Hubert Lenoir où il se forme avec Christophe Duffay et Zouliha Magri qui rapidement, lui donnent le rôle principal en 2016, dans « Honorée par un petit monument » de Denise Bonal aux côtés du comédien Patrick Palmero.
En parallèle de sa formation théâtrale aux cours de Jean Laurent Cochet, Duncan participe à de nombreux courts-métrages et multiplie les castings, ce qui lui permet de décrocher des rôles à la télévision et au cinéma, notamment dans « L’inconnu de Brocéliande » de Vincent Giovanni, puis dans « La mariée du mort », un long-métrage tourné en Roumanie où il tient le rôle principal.
Récemment, le théâtre l’appelle de nouveau pour le rôle d’un jeune caméraman dans « Majola », une pièce écrite par Caroline Darnay. Il forme, avec l’autrice et Marc Francesco Duret, le trio d’acteurs de cette œuvre puissante, abordant à travers une destinée particulière, les thèmes universels de la responsabilité individuelle, du déni et de l’éthique. La reprise du spectacle, programmée dès septembre 2024, leur permet de rechercher toujours plus de subtilité dans l’interprétation. « C’est une pièce qui est très bien écrite par Caroline, il y a beaucoup de sous-entendus, de silences lourds de sens et des moments qui semblent improvisés” explique Duncan. Chaque soir, la pièce est différente, c’est comme tourner un plan-séquence au cinéma ». La pièce fut créée à Louvres en 2023 et se joue actuellement à l’Essaïon, elle est également programmée aux Corps-Saints lors du festival d’Avignon 2025, à 15 h 30.

Simultanément, Duncan incarne Eugène de Rastignac dans « Le Père Goriot », de Balzac, adapté et mis en scène par David Goldzahl, l’une des pièces remarquées lors de l’ouverture du Théâtre des Gémeaux Parisiens en septembre de cette année. Le comédien Jean-Benoît Souilh, rencontré lors d’un stage, lui a proposé de participer au casting. Très attiré par le personnage, il prépare “son Rastignac” en travaillant intensément et en se faisant coacher par Kevin Garnichat et par l’actrice et metteuse en scène Raphaëlle Cambray. Il arrive aux répétitions en ayant une proposition tangible pour ce personnage dont l’ambition va l’engloutir dans les rouages impitoyables de la société. « C’est une plongée vertigineuse dans l’ambition humaine. Rastignac, c’est un provincial prêt à tout pour réussir. Ce qui intrigue, c’est que tout chez lui, ses choix, ses amours, ses ambitions, même ses fautes, sont guidés par une seule chose : l’intérêt, même s’il n’en est pas forcément conscient. Et cet intérêt, c’est la société qui le modèle » explique le comédien. La pièce se caractérise par une énergie frénétique, entre changements de costumes rapides et rythme effréné. Derrière les décors, c’est quasiment un autre spectacle tant les changements sont nombreux et rapides. Seul Duncan, avec son personnage unique, échappe au tourbillon auquel Delphine Depardieu et Jean-Benoît Souilh sont soumis. D’ailleurs, les trois comédiens plaisantent sur ce rythme trépidant : ils ne rentrent pas en scène mais dans « la machine à laver ! » Aussi, jusqu’à la toute fin, pas un moment de répit ne leur est accordé.

Parallèlement à ses projets sur scène, Duncan Talhouët a terminé l’écriture d’une pièce intitulée « L’Odeur du coquelicot ». Ce projet, bien maturé, a été envoyé à Xavier Durringer qui lui porte un avis très favorable et est accompagné par David Goldzahl, le metteur en scène du « Père Goriot ». C’est une réflexion sur l’intériorité d’un individu et ses questionnements identitaires. L’histoire suit un jeune écrivain qui part en Irlande pour faire éditer son livre, mais se retrouve confrontée à sa mère, qu’il n’a pas revue depuis l’enfance. « Je voulais écrire sur la psyché humaine, les deuils, les échecs et les fantasmes d’un personnage qui cherche à comprendre qui il est », explique Duncan. L’influence du roman « La Conjuration des imbéciles » de John Kennedy Toole est palpable dans ce projet ambitieux.
Les possibilités de découvrir le jeu de ce jeune comédien ne manquent pas si l’on songe qu’il sera aussi présent à la Cartoucherie les 13 et 14 décembre 2024 pour des lectures et des performances de pièces ukrainiennes dans le cadre du « Printemps ukrainien », un évènement porté par Macha Isakova et soutenu par Ariane Mnouchkine.
Philippe Escalier
2 premières photos, crédit © Cyprien Leym

Laisser un commentaire