Romain Scheiner

Dans le spectacle très abouti de Julie Berès « La Tendresse » qui se joue actuellement aux Bouffes Parisiens, Romain Scheiner fait partie des comédiens venus parler des rapports des jeunes hommes à la masculinité. Sa présence sur scène, l’intensité de son jeu, toujours juste, font vite comprendre que l’on est face à l’un de ses jeunes acteurs qui vont s’imposer dans les années à venir. Nous avons abordé avec lui, son parcours et ses projets.

Romain, d’où vient ce désir d’être comédien ?
Très tôt, ma mère m’a fait partager son amour de la lecture et du théâtre qui sont devenus mes centres d’intérêt dans lesquels je mettais toute mon énergie, ce qui m’a mis en décalage avec tous mes amis qui faisaient beaucoup de sport. Je suis tombé un peu amoureux d’une fille au collège. Elle faisait du théâtre, donc j’ai suivi les cours avec elle. Elle les a quittés mais j’y suis resté ! Au lycée, je suis allé vers la littérature qui me plaisait. Le théâtre a été un défouloir, c’était mon sport à moi. Plus encore, comme on peut le voir dans « La Tendresse », c’était un catalyseur, un exutoire qui me permettait de mettre la sensibilité, les émotions et le corps en avant pour faire le pendant à la littérature où tout se passe dans la tête.
J’ai fait une licence de théâtre à la fac avant de m’inscrire dans les conservatoires du 14ème et du 19ème. Après la fac, j’ai découvert les concours que j’ai travaillé et je suis rentré en 2015 au Théâtre National de Bretagne à Rennes, très ouvert sur les autres disciplines. J’y ai aussi suivi des cours de danse, tout en faisant de la musique et j’ai apprécié cette panoplie de disciplines. Mon premier spectacle a été « Constellations II » monté par Éric Lacascade au sortir du TNB.

« La Tendresse » est arrivée assez vite ?
Oui. Curieusement, je venais de finir un long cursus, c’était le début du Covid, j’étais un peu sur les rotules et je ne me suis pas précipité pour passer le casting. J’y suis allé finalement quand j’ai vu la dead line se profiler. Il y avait un questionnaire et une vidéo à faire où l’on performait notre rapport au masculin. Il faut savoir que la sélection ne s’est pas faite en cinq minutes ! Au second tour, avec Lisa Guez et Kevin Keiss, il fallait venir avec un parcours libre : un texte que j’avais écrit sur « l’homme parfait » ainsi qu’un texte appris, choisi parmi les propositions des auteurs du spectacle. Il y a eu ensuite, c’était en 2020, deux semaines de stage pendant lesquelles toute l’équipe et Julie Berès ont mis 60 mecs en compétition les uns avec les autres. On sortait du Covid, tout le monde voulait bosser, ça m’a quand même mis une grosse pression ! Une fois la sélection faite, à la Villette et aux Tréteaux de France à Aubervilliers, nous avons eu 25 semaines de répétition étalées sur un an et demi : ce n’est pas rien ! Surtout suivies de 250 représentations, après la création à la Comédie de Reims en novembre 2021.

La récompense est là : le public est debout, tous les soirs, pour vous applaudir !
Ce spectacle est un grand moment. Pour le public et pour nous. J’aime écrire et j’ai pu collaborer à son écriture. C’est une immense satisfaction de jouer dans « La Tendresse » et d’avoir pu y apporter des choses. Kevin Keiss et les autres auteurs ont été très ouverts. Cela m’a permis de croire en moi et de me dire que maintenant je pouvais mener ma propre barque.

Et le cinéma ?
Je fais un métier qui est assez dur. Nous sommes lâchés dans les écoles de théâtre, très jeunes, et nous sommes livrés à nous-mêmes. Le cinéma a la particularité d’être difficile d’approche, à moins d’avoir les codes et les relations, et ce, même si j’ai eu la chance, très jeune, d’être repéré par Elsa Pharaon, une directrice de casting spécialisée dans les enfants. Grâce à elle, j’ai pu réaliser ce rêve de découvrir les plateaux de tournage. J’ai fait une semaine d’école buissonnière pour le tournage de « Un Cœur simple » de Marion Laine avec Sandrine Bonnaire et Marina Foïs. J’ai joué aussi dans « Plein Sud » que Sébastien Lifshitz a tourné en 2008 avec Nicole Garcia (j’avais une scène avec elle), Léa Seydoux et Yannick Renier. Et là, pour recoller à l’actu, j’ai un court-métrage de Célia Mebroukine « Tout casser » qui va sortir.

Il ne faut pas s’étonner que votre prochain spectacle parle de cinéma ! Que pouvez-vous nous dire sur « Si tu ne vas pas à Léonardo » ?
En effet, c’est un art important pour moi et je voulais raconter une histoire qui dise pourquoi. Ce spectacle est un seul-en-scène. Il raconte l’histoire de Raphaël Mongier, un jeune homme qui développe une fascination extrême pour Léonardo DiCaprio. De l’ode au cinéma à la morsure de la désillusion, le spectacle s’intéresse avec humour aux paradoxes que les récits dominants ont sculptés dans nos identités. Abreuvé par les images de réussite, comment vivre une vie qui n’est pas « idéale » ? Il y a une part autobiographique : en grandissant, je ne me suis pas forcément identifié à mon père mais plus à des histoires, des aventures, des héros que je voyais à l’écran. Et j’en ai vu beaucoup. C’est ce rapport particulier au cinéma que j’ai voulu raconter, ce dialogue entre un enfant et un écran géant qui le fascine. Une plongée dans ces rêves que fait naître le cinéma et les conséquences que cela peut avoir sur sa vie d’artiste. Il y aura de la vidéo, du théâtre et de la danse avec le « Boléro » de Ravel chorégraphié par Maurice Béjart, chorégraphie qu’est en train de me transmettre Natan Bouzy, un danseur classique qui fait aussi partie de la troupe de « La Tendresse ». Il m’accompagne en chorégraphie sur le projet. Le projet de départ s’est étoffé et je suis content de la façon dont nous l’avons enrichi. Sans compter que cela me fait beaucoup de bien de construire ce projet qui m’a permis de monter ma compagnie, de m’entourer d’une belle équipe et d’être en résidence à la rentrée au 104. En attendant de monter un second spectacle.

Texte et photos : Philippe Escalier

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Jules Verne, le voyage extraordinaire

Grand Hôtel des Rêves

Le Grand Hôtel des Rêves a ouvert en septembre 2024 et a su séduire grâce à la beauté de son cadre, la richesse des décors et de ses spectacles immersifs. Les deux premiers ont connu un succès fulgurant. Charles Mollet qui préside aux destinées du lieu nous présente le prochain événement consacré, à partir du 21 mai 2025, à Jules Verne.

Aménager cet ancien hôtel particulier situé dans le Vème a-t-il été difficile ?
Pas vraiment, le lieu étant en parfait état, sa préparation nous a demandé quelques mois. Nous étions impatients de présenter « La Belle et la Bête » et « La Véritable histoire du Père Noël » qui ont rassemblés en quelques mois pas loin de 100 000 visiteurs. Nous gardons une certaine souplesse puisque le lieu doit être réaménagé avant chaque nouveau spectacle.

Quel a été votre angle d’attaque pour aborder cet auteur mythique ?
La question de départ était : faut-il présenter un roman de Jules Verne ou bien racontons-nous sa vie ? Avec lui, rien de plus naturel que de vouloir faire voyager les gens, par conséquent, se limiter à une seule œuvre était un peu frustrant. Nous avons choisi de présenter Jules Verne en quatre livres, en nous intéressant aux personnages qui ont nourri son inspiration comme Nadar, George Sand ou l’astronome Camille Flammarion.

Donc une place prépondérante donnée aux scientifiques ?
Oui, car nous sommes au cœur d’une époque fascinée par la science. « Je suis né entre deux génies, Stephenson (la machine à vapeur) et Edison » disait Jules Verne qui s’est posé la question de savoir jusqu’où irait l’homme dans la découverte du monde et sa possible destruction par ce qu’il aura construit et mal contrôlé. Avec Nemo, on touche à l’exploitation de la planète par l’homme avec ce discours qui nous dit que l’océan reste le seul lieu encore paisible avant que l’homme ne vienne y faire des ravages. On notera qu’au départ Jules Verne avait pensé faire du capitaine un polonais dont la famille aurait été tuée par les Russes et son éditeur l’en a dissuadé, il ne fallait pas froisser ce public-là !

De fait, il avait une clairvoyance assez surprenante !
C’est assez troublant et nous parlons dans le spectacle de sa capacité à prévoir l’avenir. Il anticipe et il tombe juste ! Pour « De la terre à la lune », il fait des recherches et des calculs afin de déterminer l’endroit d’où pourrait décoller la fusée et au final ils sont à 350 kms de Cap Canaveral. Et quand il faut choisir la nationalité des astronautes, son choix se porte sur des américains, alors que nous sommes au sortir de la guerre de Sécession dans un État en formation. Dans le roman, ils sont trois comme dans la réalité et pour la durée du voyage, il ne se trompe que d’une heure vingt minutes.

Combien de personnes travaillent dans vos spectacles dont le côté théâtral est toujours très apprécié ?
Il y a 75 comédiens répartis en trois équipes. Le cadre est tellement dingue qu’il séduit les comédiens, ils sont à fond et dans une excellente ambiance. Dans ce troisième spectacle, j’ai voulu créer plus d’interactions encore avec les spectateurs, ils vont participer à des ventes aux enchères, imprimer des livres, faire du vélo. Nous avons trouvé un équilibre permettant d’inclure davantage les visiteurs sans que cela ne soit trop intrusif et sans retarder l’action. Cela reste une expérience théâtrale très maîtrisée.

Philippe Escalier

https://www.legrandhoteldesreves.fr/

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Viktor Kyrylov

Dans « Maintenant je n’écris plus qu’en français » au Théâtre de Belleville Viktor Kyrylov, jeune comédien ukrainien qui finissait sa formation dans une prestigieuse école de théâtre russe en 2022, au moment de l’invasion de son pays, nous fait le récit bouleversant de son exil vers l’Europe. Au déracinement s’ajoute la découverte d’une réalité dramatique pour tout ce qui est important pour lui et le questionnement de qui il est, de ce qu’il a fait ou aurait dû faire, déchiré entre l’amour d’une mère et celle de la mère patrie. Sur scène, nous découvrons les aléas d’une vie courageuse qui a basculé en un instant et qui s’inscrit dans la longue marche chaotique de l’Histoire. Avec des mots simples, ce jeune mais déjà grand comédien, a su nous faire partager, ses interrogations et ses émotions, sa vie tout simplement. Très touché par son discours et sa prestation, nous avons voulu poursuivre ici le dialogue qu’il a si bien su engager sur scène.

Viktor, à quel moment avez-vous décidé d’écrire ce spectacle ?
Cette histoire, c’est ma vie ! Elle est tellement particulière qu’il fallait que j’en fasse quelque chose. Le déclic est venu au moment où j’étais à l’académie de la Comédie-Française et qu’Éric Ruf (qui m’a suivi tout au long de ce parcours) m’a conseillé d’en faire mon spectacle de fin d’année et d’aller voir des seuls en scène comme celui de Guillaume Gallienne. J’ai écrit ce monologue, cela m’a pris plusieurs semaines avant que je le présente à Laurent Muhleisen pour le retravailler. J’ai d’ailleurs profité de ce travail ensemble pour rajouter des passages par-ci, par-là. Une fois prêt, je l’ai répété pendant 10 jours avant de le donner dans le cadre d’une « carte blanche » pour laquelle j’ai pu inviter quelques professionnels, dont Laurent Sroussi, le directeur du théâtre de Belleville.

Quels ont été vos principaux moteurs pour écrire ce spectacle ?
Je raconte ce que j’ai vécu, tout ce que j’ai ressenti, ce qui m’a traversé et qui me traverse encore. Il fallait que je l’exprime. Il fallait que je partage cette histoire, que je dise, que je crie à ceux qui ont été autour de moi que c’est déjà un miracle, un jeu de hasard que je sois là, parmi vous. Être confronté à ce genre d’absurdité, de drame, c’est d’abord vivre avec l’idée que tout va s’arrêter. C’est être submergé par la haine des russes mais aussi par une forme de haine contre moi-même pour avoir trahi mon pays. Si je suis ici c’est parce que je n’étais pas en Ukraine au moment du déclenchement de la guerre, quand ses frontières se sont fermées. J’ai pu arriver en France en passant par la Pologne. Et je suis là, devant vous, parce que j’aime trop ma mère qui m’a interdit de rentrer : « Je suis ta mère, toi tu es mon fils et je préfère que tu te sentes mal à l’intérieur mais que tu aies tes bras et tes jambes et que tu ne traverses pas cet enfer parce que tu te sens un peu coupable. Vis ! ». Je n’ai pas pu aller contre sa volonté.

Et qu’est-ce qui a été difficile quand vous êtes arrivés à Paris ?
Rien n’a été difficile à Paris ! Bien sûr, le plus difficile, c’était d’accepter que la vie continue même si je suis un déraciné, sans pays, sans maison et de savoir combien mon pays souffre. Il m’a fallu alors bosser comme un malade, m’intégrer, apprendre la langue, m’imprégner d’une nouvelle culture. Les premiers temps à Paris, j’avais l’impression d’être sur une autre planète. Pour moi, tout était différent et nouveau.
J’ai pu faire une année au Conservatoire National d’Art Dramatique dans une classe internationale composée d’Ukrainiens de d’Afghans. J’ai fait le choix de ne plus parler russe ni ukrainien et de me consacrer à l’Art et au théâtre, tout simplement parce que, pour moi, c’est vital ! Sans le théâtre, ma vie n’a pas de sens !

Pourquoi ne plus parler ukrainien ?
Je ne pense pas rentrer dans mon pays et je ne sais pas comment je serais accueilli si je le faisais. Je ne serai jamais français mais j’ai choisi la France. J’ai appris la langue, j’ai été aidé et soutenu et c’est ici que je veux vivre.

Avez-vous une idée de quelle va être la suite après ce spectacle ?
Ce sera forcément un projet qui me tient à cœur et qui répond à un besoin. Peut-être ce spectacle-là aura-t-il une suite quand j’aurais pris le temps de me poser ? Ce qui s’est passé après mon arrivée en France a été tellement important, tellement riche, cela constitue une autre histoire sur laquelle je pourrais travailler. Comme beaucoup de comédiens, je n’aime pas trop l’idée d’attendre un casting, j’ai besoin de faire.

À part le théâtre, quelles sont vos passions ?
La vie me passionne, le fait d’être là et de respirer, grâce à quoi je fais toutes sortes de choses, comme de la musique, du break dance, du dessin. Si l’art en général m’intéresse, tout ce qui est autour m’intéresse. Malgré toutes les difficultés, c’est quand même beau de vivre !

Propos recueillis par Philippe Escalier – Photos © Pauline Le Goff

https://www.theatredebelleville.com/

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La Tendresse

Les Bouffes Parisiens

Créé à la Comédie de Reims en 2021, ce spectacle a séduit le public des grandes scènes françaises. Les Parisiens peuvent actuellement découvrir cette œuvre théâtrale chorale qui donne à voir, avec finesse et singularité, huit jeunes hommes explorant, chacun à sa manière, ce que signifie la masculinité dans le monde d’aujourd’hui.

Julie Berès

Depuis 2001 et la fondation de sa compagnie Les Cambrioleurs, Julie Berès a écrit une vingtaine de pièces sur des thématiques sociétales ou politiques. Pour les réaliser et les interpréter, la metteuse en scène a toujours souhaité agréger les talents. Comme pour « Désobéir » qui donnait la parole aux jeunes femmes, « La Tendresse » a été écrite de façon collégiale. « Mon choix se porte sur un sujet passionnant et indispensable. Je réunis ensuite un collège d’auteurs qui existe depuis plus de dix ans, Alice Zeniter et Kevin Keiss auxquels est venue s’ajouter la plume de Lisa Guez. Certains textes fondateurs existent en amont. Nous prenons ensuite du temps avec les interprètes pour transformer, raffiner ces textes et réussir à faire oublier le travail des auteurs pour donner la sensation que les interprètes sont en train de nous faire des confidences » nous dit-elle. Loin d’être un théâtre documentaire, ce travail documenté est interprété par des artistes de formation différente, comédiens, danseurs, chanteurs, musiciens, acrobates. Sur le plateau de « Tendresse », huit jeunes gens dont deux issus de l’Opéra de Paris, un danseur de pop, un grand danseur de Break et des comédiens qui savent bouger et qui donnent au spectateur le sentiment que tous viennent de l’univers de la danse.

La chorégraphie, avec la musique, occupe une place de choix. « Nous réfléchissons aux moments dramaturgiques où l’on sent que le corps peut s’exprimer. Se pose alors la question de la place de la danse, ce qu’elle raconte et quelle est sa portée dramaturgique. L’écriture chorégraphique ne vient qu’après. Dans « La Tendresse », la question du rapport au corps est essentielle avec aujourd’hui des jeunes hommes très attentifs à leur musculature, toujours soumis à l’injonction d’être fort et protecteur. Nous nous sommes dit qu’il fallait des chorégraphies qui tournent autour de la guerre, mais aussi autour du Battle, de l’épuisement. Sur le plan musical, un rap a été construit en direct et par ailleurs, pendant et pour le spectacle, Colombine Jacquemont a fait un superbe travail de composition qui évite l’écueil d’un théâtre didactique et permet un rapport très poussé à la performance ».

« La Tendresse » s’intéresse à cette difficulté que les hommes, sur lesquels pèsent des injonctions contradictoires, ont à se construire, en particulier après #metoo. « Il s’agit pour eux de comprendre l’homme qu’ils ne veulent pas être, de savoir à quelles injonctions ils acceptent d’obéir, à quels endroits ils décident d’être en rupture, comment ils se cherchent de nouveaux modèles » explique Julie Berès.
Construit autour d’une réflexion fondamentale, « La Tendresse » reste avant tout un magnifique spectacle ayant su construire un espace de dialogue ouvert à la fois sur la vulnérabilité masculine et la capacité de la réinventer au-delà des normes, illustrant le « On ne nait pas homme, on le devient » qu’affectionne Julie Berès.

Philippe Escalier – Photos du spectacle : © Axelle de Russé

https://www.portestmartin.com/bouffes-parisiens

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Marc Tourneboeuf

L’Affaire Corneille Molière à la Comédie Bastille

Ses seuls en scène, ses irrésistibles vidéos et sa première pièce l’ont fait connaitre. Marc Tourneboeuf est de retour à la Comédie Bastille pour y présenter son second opus, prouvant ainsi qu’il fait partie de cette jeune génération prometteuse, aux talents multiples. Il y aborde un sujet passionnant nous donnant l’occasion de questionner ce comédien-auteur, hyper actif, hyper doué.

Marc, d’où vient l’idée de ce sujet ?
Pendant le confinement, après Molière et Racine, j’ai lu les grandes tragédies de Corneille. En faisant des recherches, je suis tombé sur une émission de Franck Ferrand soutenant qu’il aurait écrit les pièces les plus importantes de Molière. Je creuse. Je m’aperçois que ce sujet a intéressé beaucoup de monde, dont des historiens, des auteurs et des spécialistes de la littérature du XVIIème siècle. Le doute persiste autour de cette affaire. Seule certitude : Corneille a bien aidé Molière sur une pièce, « Psyché ».

À quel moment Molière est-il sacralisé ?
Cela date de la Révolution Française qui est en recherche d’une référence nationale. Corneille était trop lié à l’absolutisme et à l’Ancien Régime. Racine avait été l’historiographe de Louis XIV. Molière devient l’emblème parfait et le temps finira de le mettre sur un piédestal.

Votre objectif, avec cette pièce, n’était visiblement pas de prendre parti ?
En effet ! Pour moi, le but était d’éclairer ce sujet, de permettre sa découverte. Faire un exposé était hors de question, j’ai voulu présenter une petite bande d’étudiants à la recherche de preuves. Je me suis appuyé sur un ouvrage très documenté, « Cent ans de recherches sur Molière » paru en 1963, ce qui m’a incité à me placer durant cette décennie et plus précisément en 1968, moment où beaucoup de choses sont remises en cause.

Comment avez-vous construit cette pièce et quelles sont les réactions du public ?
Il est important pour moi qu’il y ait du monde au plateau. J’aime raconter, au-delà des personnages, un monde et une atmosphère. La pièce a été pensée comme une adaptation cinématographique, avec des changements rapides de personnages, de lieux et d’époques, menée sous forme d’enquête, ce qui permet au spectateur de ne jamais s’ennuyer.
Bérangère Dautun, qui est rentrée à la Comédie Française dans les années 60, a beaucoup aimé la pièce. Dans l’ensemble, le public découvre cette affaire et semble penser que, finalement, peu importent les auteurs, l’essentiel réside dans les textes.
Pour ma part, je suis un féru de textes classiques. Mais je ne voulais pas d’une approche un peu égocentrée et je crois que l’on a réussi à aller vers un débat plus large, où il s’agit de trouver l’information, de poser des questions en remettant en cause certaines données bien enracinées.

Écrivez-vous rapidement ?
Non, je suis un besogneux, un laborieux, parfois, j’ai des éclairs, des moments de grâce, mais c’est assez rare ! J’aime bien cette citation de Picasso : « Je crois en l’inspiration mais je remarque qu’elle arrive quand je suis au travail ! ».

Pour finir, un mot sur ces vidéos qui cartonnent sur Instagram : l’idée est née quand ?
Toujours pendant le confinement ! Un moment qui m’a permis de me poser et de me concentrer sur des projets. J’ai mis un peu de temps avant de trouver ce concept, qui marche bien, basé sur les jeux de mots et les doubles sens.

Texte et photo : Philippe Escalier

Théâtre Comédie Bastille : 5 rue Nicolas Appert 75011 Paris – 01 48 07 52 07

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Vladimir Kornéev chante Dalida

Théâtre des Gémeaux Parisiens

Les 28 et 29 avril 2025 le chanteur Vladimir Kornéev donnera un concert autour de Dalida au Théâtre des Gémeaux Parisiens. Une occasion unique de découvrir un jeune artiste prometteur à la carrière internationale déjà bien amorcée. Avec lui, nous revenons sur sa trajectoire et ses premiers pas sur une scène française.

Vladimir Kornéev est né en Géorgie. À cinq ans, la guerre l’oblige à quitter son pays. Ses parents s’installent à Berlin. Une période difficile que sa carrière artistique lui permet de dépasser : pour cet apatride, la scène est devenue sa patrie. « Mon enfance a été marquée par de nombreux traumatismes et jusqu’à 17 ans, il m’était difficile de parler du fait d’un bégaiement assez prononcé. Le piano d’abord, plus tard le chant et le théâtre m’ont permis de guérir ce défaut. La musique a toujours été mon moyen d’expression le plus profond. Mais elle a été plus que cela en vérité, elle m’a permis de survivre et de surmonter toutes les difficultés. Sur scène, je me connecte à mon public, je peux respirer, je suis apaisé. C’est un point commun avec Dalida que ce besoin de trouver un foyer et une sécurité sur scène. »

C’est à Berlin où il vit qu’il lance, entre 2014 et 2019, ses trois premiers albums récitals, avant de faire, en 2021, ses débuts au Canada avec l’orchestre Philharmonique du Québec. En 2023, les Allemands découvrent son nouveau concert « Le Droit d’aimer » qui deviendra pour la France, l’année suivante, « La Vie en Piaf ».

La venue à Paris de Vladimir Kornéev est d’abord le fruit de sa collaboration avec son manager, Lionel Lavault, un parisien habitant à Montréal. « Il m’a découvert sur You Tube où il a vu mon concert « Youkali » autour de Kurt Weill. Il m’a contacté. Il travaille avec la grande chanteuse Ginette Reno, ce qui m’a permis de donner un très beau concert avec elle. Notre duo intitulé « Le bon côté du ciel » a connu le succès et a rapidement atteint le statut de disque de platine après sa sortie. » Cette étape importante dans sa carrière est aussi l’aboutissement d’une passion pour la langue française et les deux grands noms de la chanson que sont Edith Piaf et Dalida, si présentes dans son parcours. Un choix essentiel pour lui ayant motivé l’envie d’apprendre le français. Il le parle aujourd’hui couramment, comme le russe, l’allemand et l’anglais.

Vladimir Kornéev travaille avec les producteurs Les Lucioles. « Nous avons eu la chance de trouver Les Gémeaux qui ont le double avantage d’avoir une tradition de théâtre et une salle convenant parfaitement à mon spectacle. Je suis acteur et mon spectacle de chant est bien sûr mis en scène. J’ai beaucoup travaillé les arrangements avec Jean-Félix Lalanne ainsi que la création d’un fil dramatique : atmosphères, transitions, ambiance. Les textes et récits entre les chansons, je les ai écrits avec le scénariste berlinois Paul Schulz. Je conçois toujours mes concerts comme un film ! ». Une vision toute particulière mais si naturelle pour un artiste qui est aussi un excellent acteur. Nous avons pu le voir à l’écran à plusieurs reprises, notamment dans la série Netflix « L’Impératrice » où il incarne le tsar Alexandre II.

Vladimir Kornéev confie que Dalida est pour lui bien plus qu’une chanteuse. « C’est une immense actrice ayant vécu entre la lumière et l’ombre qui incarne chaque émotion avec une intensité incroyable. Ses chansons portent une vérité universelle sur l’amour, l’espoir, la solitude aussi et ce, même quand elle est dans un style disco. Elle fait vibrer quelque chose en moi que je ne peux pas expliquer. Avec ce spectacle, je ne rends pas seulement hommage à son héritage, je réponds à un appel intérieur profond qui m’a conduit vers sa musique. « Je suis malade » est la toute première chanson française que j’ai apprise, et la première version que j’ai entendue est celle de Dalida. Ce fut le moment où j’ai compris ce que je voulais faire dans ma vie, être un chanteur qui par sa voix et ses interprétations déclenche chez les autres toutes les émotions que j’ai moi-même ressenties. »

Les deux soirées aux Gémeaux Parisiens seront une occasion unique d’entendre et de découvrir Vladimir Kornéev. En attendant ses prochaines dates en France qui ne manqueront pas de venir très rapidement.

Philippe Escalier – Photo © Lisa Reider

https://www.vladimirkorneev.com

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Tangueada – Mosalini-Teruggi Cuarteto

Théâtre de la Ville

Après avoir ébloui le Théâtre des Abbesses en décembre 2024 et avant de partir en tournée, le Mosalini-Teruggi Cuarteto vient fêter ses dix ans d’existence en présentant « Tangueada » leur 3eme et tout nouvel album à Paris. On ne pouvait rêver plus bel anniversaire !

Entre créations originales et interprétations des classiques, Juanjo Mosalini (bandonéon) et Leonardo Teruggi (contrebasse) incarnent ce que le Tango contemporain produit de meilleur. Ces dignes héritiers de Hilario Durán, Alberto Ginastera et d’Astor Piazzolla ont su apporter à leur musique des influences d’autres pays d’Amérique Latine ou de l’univers du jazz. Un mariage aussi réussi que celui qu’ils ont voulu célébrer dans ce troisième album entre le Tango et la musique de chambre française avec Romain Descharmes au piano et Sébastien Surel au violon.

Cet ensemble qui n’aurait pas à rougir devant les meilleures formations classiques, nous laisse à entendre les sonorités les plus envoutantes et les plus vives que le genre puisse produire. Le raffinement et la sensualité de cette musique, traditionnelle et moderne à la fois, emporte le public sur des chemins jamais pratiqués jusqu’alors. Ce voyage musical, agrémenté d’un narratif, d’une remarquable sensibilité, construit autour de l’Histoire du Tango vu par le Quatuor Mosalini-Teruggi est exceptionnel en tous points. Cette expérience unique permet de redécouvrir le Tango dans ce qu’il a de plus original et de plus beau. De la grande musique assurément !

Philippe Escalier

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Carmen d’Antonio Gades et Carlo Saura

Salle Pleyel

Pour les 43 ans du ballet et les 150 ans de la création de l’opéra de Bizet, la Compagnie Antonio Gades entreprend une vaste tournée qui comprend 3 dates à la Salle Pleyel, les 21, 22 et 23 mars 2025.

Carmen – Compañía Antonio Gades

Après « Don Juan » et « Noces de Sang », « Carmen » est le troisième ballet narratif d’Antonio Gades. Comme tous les autres, il a rencontré en 1983 un immense succès couronnant sa toute première collaboration avec le cinéaste Carlos Saura, qui la même année le porte à l’écran. De fait, l’œuvre s’imposera comme une réalisation majeure du chorégraphe.

Dans « Carmen », Antonio Gades revient à la véritable figure créée par Prosper Mérimée, une femme qui, loin de la séductrice impénitente, est d’abord et surtout le symbole vivant de la libération de la femme. Une modernité et une audace folle pour l’époque qui expliquent le fiasco vécu par Bizet à la création le 8 mars 1875 à l’Opéra-Comique.

Antonio Gades ne se contente pas de reproduire le flamenco traditionnel. Il lui donne un style plein d’énergie et l’intègre dans une narration. Sa danse, sans fioritures, évite toujours l’excès technique et privilégie la force expressive du mouvement. Avec Carlos Saura, il adopte une approche cinématographique et dramaturgique où la danse et le geste théâtral fusionnent, donnant à l’histoire toute son intensité et toute sa dimension. Les jeux de lumière structurent l’espace, laissant apparaitre la simplicité des lignes et des costumes. C’est dans ce cadre que s’exprime la puissante dynamique du groupe, puisant sa force dans la gestuelle populaire et le chœur flamenco.

Au sein de cet ensemble très homogène, une place particulière est faite aux deux danseurs remarquables que sont Esmeralda Manzanas dans le rôle-titre et Alvaro Madrid qui incarne Don José. Ce dernier a rejoint la compagnie en 2013, tout en continuant quelques collaborations avec le Ballet National d’Espagne. Le danseur étoile a pu travailler ce rôle fondamental dans sa carrière (il l’interprète pour la première fois en 2015) avec l’aide de Stella Arauzo, la directrice artistique du ballet.

Avec « Carmen », la compagnie Antonio Gades qui a toujours su rendre le mouvement si éloquent nous propose de célébrer le mariage d’une figure mythique de la culture espagnole avec l’opéra français le plus célèbre du monde. Dans ces conditions, personne ne doute que Salle Pleyel, dans quelques jours, une fête éclatante sera au rendez-vous !

Philippe Escalier

Photos : © Jesús Vallinas ; © Javier del Real

Argument, chorégraphe et direction Antonio Gades et Carlos Saura
Mise en scène : Antonio Saura
Musique : Gades, Solera, Freire.
Musique enregistrée de Georges Bizet Carmen, M. Penella El gato Montes et José Ortega Heredia/Federico Garcia Lorca Verde que te quiero verde
1 h 35 sans entracte

Lille : le 8 mars 2025 au Grand Théâtre
Anvers : le 9 mars 2025 au Stadsschouwburg
Lyon : le 11 mars à l’Amphithéâtre 3000
Strasbourg : le 12 mars au Palais des Congrès
Annecy : le 16 mars à l’Arcadium
Nice : le 18 mars au Palais Nikaïa
Marseille : le 19 mars au Silo
Paris : le 21, 22 et 23 mars à la Salle Pleyel
Nantes : le 25 mars au Zénith

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Cyrano de Bergerac

Théatre Le Ranelagh

Une fois encore, la troupe du Grenier de Baboucka mise en scène par Jean-Philippe Daguerre, démontre sa capacité à jouer magnifiquement les grands classiques. Son Cyrano, surprenant, est un grand moment de théâtre.

Il y a tout ce dont on a rêvé dans ce Cyrano de Bergerac, des vers (bien sûr !), de la musique, des combats, beaucoup d’énergie, une grande finesse, le tout dans un cadre magnifique, celui des boiseries du Ranelagh. Sans oublier les Gascons et leur panache qui cachent, au fond, une grande sensibilité. Cyrano, cet hymne à la fraternité qui ne pouvait que séduire Jean-Philippe Daguerre, est avant tout une pièce brillante, terriblement émouvante. Parce qu’elle agrège toutes ses qualités, elle a connu d’emblée un succès fulgurant jamais démenti depuis. Jouée partout, souvent filmée, l’œuvre fait partie du patrimoine national. Jean-Philippe Daguerre a réussi cette prouesse de respecter son classicisme tout en y apportant sa touche (notamment avec le violoniste Petr Ruzicka) qui contribue à insuffler à la pièce une incroyable légèreté doublée d’une profonde justesse. À n’en pas douter, le vrai Cyrano est devant nos yeux !

Avec lui, Edmond Rostand abord plusieurs thèmes. La guerre, celle que les Bourbon faisait depuis des siècles à l’Espagne, avec en filigrane la récente et cruelle défaite de 1870, la vaillance, l’honneur, l’amitié, l’amour, qu’il soit partagé ou comme ici, vécu par procuration. Ce faisant, il renoue avec la grande tradition de la versification, sans craindre de casser par moment le rythme lancinant de l’alexandrin, donnant à la pièce un souffle et une modernité indéniables.

Tout cela ne serait rien sans le brio d’une distribution exemplaire. Visiblement heureux de jouer ensemble, les comédiens excellent, menés par Stéphane Dauch, parfait dans ce magnifique personnage de Cyrano, terrorisant les hommes mais tremblant devant Roxane incarnée si bien par Barbara Lamballais. Simon Larvaron nous donne à voir le Christian idéal, beau, naïf, quoiqu’au final, assez lucide. À leurs côtés, Xavier Lenczewski, Didier Lafaye, Matthieu Gambier, Philippe Blondelle, Mona Thanaël, Christophe Mie et Grégoire Bourbier, accompagnés par les notes jouées par Petr Ruzicka, sont parfaitement à l’unisson. Ils nous apportent la preuve vivante que l’acteur est un véritable dispensateur de bonheur !

Texte et photo Philippe Escalier

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L’Affaire Corneille Molière

La Comédie Bastille

Au travers d’un jeu de piste aux allures de thriller, Marc Tourneboeuf entouré d’une belle équipe de comédiens remet à l’honneur la passionnante question de la paternité des grandes œuvres de Molière.

« La valeur n’attend pas le nombre des années », la célèbre formule dont, sans l’ombre d’un doute, Pierre Corneille est l’auteur, s’applique parfaitement à Marc Tourneboeuf. Ses seuls en scène séduisent, ses vidéos à l’humour subtil et déchainé enchantent les réseaux sociaux et « L’Affaire Corneille Molière », sa deuxième pièce, confirme des talents d’écriture plus que prometteurs.

Sa culture et sa curiosité l’ont poussé à s’attaquer à un thème assez classique, traité de façon moderne et surprenante. En 1919, la question de savoir qui a écrit les chefs d’œuvres de Molière avait été lancée comme un pavé dans la mare par Pierre Louÿs dans un article retentissant, « Molière est un chef-d’œuvre de Corneille ».

De fait, les arguments en faveur de cette thèse foisonnent, à commencer par le fait que du vivant de Molière, personne ne le considérait comme un écrivain. Corneille et Racine furent académiciens, Molière ne le fut pas et il fut enterré, avec le souverain mépris que l’on réservait à l’époque aux comédiens.
Plus encore, comment ne pas être troublé par le fait que 1658 marque un tournant dans son œuvre ? Après avoir séjourné quelque temps à Rouen, proche de la rue de la Pie où habitait l’auteur du « Cid », Jean-Baptiste Poquelin passe (comme par miracle et sans transition) de farces et de comédies très moyennes inspirées par la Commedia dell’arte aux monuments que sont « Les Précieuses ridicules », « Le Misanthrope » ou encore « Le Tartuffe ».

Pour ce qui le concerne, le génial Corneille était capable d’écrire sur tout, avec son style incomparable, depuis les tragédies jusqu’aux comédies qu’il affectionnait tant, en passant par la très lucrative traduction de textes religieux. En ce milieu du XVIIème siècle, il ne rêvait que de sortir de sa retraite, de s’extirper du carcan de grand tragédien sur le retour et, sans aucun risque, de prendre sa revanche sur quelques-uns, dont les précieuses et les dévots qui, jaloux de ses lauriers, l’avaient dénigré jadis.

On peut aussi, pour finir, rajouter deux détails. D’abord, Pierre Corneille a participé à l’écriture de « Psyché », ce que Molière, étranglé par les délais imposés par l’impatient Roi-Soleil a confirmé avec cette belle formule : « Nous avons dû souffrir un peu de secours ». Ensuite, « l’auteur le plus approuvé de ce siècle » qui n’a jamais voulu quitter sa bonne ville de Rouen, vient s’établir à Paris, dans la foulée de Molière, pour n’en repartir… qu’après la mort du grand comédien en 1673.

La multitude d’arguments qui militent en faveur de cette thèse audacieuse se heurte à la statue du Commandeur qu’est devenu Jean-Baptiste Poquelin. Exprimer le moindre soupçon est crime de lèse-majesté. Face à la renommée, qu’importent les faits !

Et Marc Tourneboeuf dans tout ça ? Dans un canevas plein de mystères qui tient l’auditoire en éveil, autour de quelques étudiants en littérature désireux, en mai 68, de dénouer cette affaire, notre auteur distille adroitement la thèse de Pierre Louÿs avec quelques contre-arguments à la clé, personne ne pourra lui reprocher de prendre parti. Les surprises et les rebondissements ne manquent pas et le public est prié de suivre. « L’Affaire Corneille Molière » est d’autant plus ébouriffante que Jean-Philippe Bêche, Damien Bellard, Grétel Delattre, Cécile Coves et Iona Cartier qui entourent l’auteur sur scène, en incarnant plusieurs personnages, sont carrément bluffants et nous offrent un moment aussi original que captivant.

Philippe Escalier

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