Fabien Ducommun transforme la route américaine en voyage intérieur
Au Théâtre des Mathurins, Fabien Ducommun poursuit l’épopée intime entamée à La Scala Paris puis au Festival d’Avignon l’été dernier. Avec « Aime-moi », l’artiste suisse qui avait endossé le rôle-titre du « Soldat Rose » de Louis Chédid lors de sa création scénique, mêle récit autobiographique et répertoire des crooners pour proposer une traversée des États-Unis qui devient progressivement exploration de soi. Sur scène, un simple tabouret se métamorphose en Chevrolet baptisée Princesse, véhicule d’une odyssée solitaire de la côte Est au Pacifique.
Le dispositif scénique épuré, signé Christian Kiappe qui cosigne également la mise en scène, privilégie la puissance évocatoire du verbe et de la musique. Accompagné à la guitare électrique par Jean-François Prigent, Fabien Ducommun ponctue son monologue de standards mythiques : « Love Me Tender », « New York, New York », « Nature Boy » surgissent comme autant de jalons mémoriels. Ces neuf chansons constituent bien plus qu’un habillage musical, elles fonctionnent comme déclencheurs d’une remontée progressive vers les scènes fondatrices d’une existence. L’interprétation vocale du comédien, d’une qualité rare, révèle une tessiture cristalline qui accentue la dimension onirique du propos.
Le texte tisse une narration cinématographique où se superposent temporalités et géographies. Les rencontres effectuées au gré des kilomètres font écho aux figures masculines du passé, questionnant en filigrane les modèles de virilité et les héritages familiaux. Sans pathos ni démonstration appuyée, Fabien Ducommun convoque souvenirs d’enfance, accident d’asthme, désirs confus dans un récit qui évite soigneusement l’écueil de l’autofiction complaisante.
Doublement nommé aux Trophées de la Comédie Musicale 2025 dans les catégories « Spectacle Musical » et « Artiste Interprète Masculin », « Aime-moi » s’impose comme une proposition singulière dans le paysage théâtral contemporain. Déjà publié aux Éditions de L’Avant-Scène Théâtre, le texte témoigne d’une écriture qui parvient à universaliser l’intime. Avant sa tournée helvétique qui le mènera notamment à Montreux, le spectacle illustre à Paris comment Fabien Ducommun métamorphose la confession personnelle en histoire d’amour partagée.
Dans le 12e arrondissement parisien, le collectif « Le Bruit des Vagues » présente jusqu’au 28 janvier « Mur-Murations », une œuvre théâtrale qui explore les possibilités de l’humanité face à l’impensable. Écrite par Patrice Juiff et mise en scène par Dominique Zenou, cette création de quatre-vingt-quinze minutes s’inspire d’une histoire vraie pour interroger notre capacité collective à transcender la haine.
Un récit puisé dans le réel
L’argument du spectacle repose sur le parcours de Rami Elhanan, Israélien, et Bassam Aramin, Palestinien, deux hommes que rien ne destinait à se rencontrer si ce n’est la pire des tragédies : la perte d’un enfant dans le conflit qui déchire leurs peuples. Plutôt que de céder à la spirale de la vengeance, ils choisissent la voie improbable de l’amitié et de la réconciliation. Patrice Juiff, romancier, nouvelliste et dramaturge reconnu, couronné du Grand prix de la nouvelle de la Société des gens de lettres pour « La taille d’un ange », construit autour de cette rencontre un chant polyphonique où huit personnages portent des récits entremêlés, traversés par des forces contradictoires.
Une architecture théâtrale singulière
Dominique Zenou, qui signe la mise en scène, orchestre ces voix multiples dans un dispositif scénographique pensé par Sophie-Emmanuelle Petit. La partition sonore de Léo Vincent et les lumières de Valentin Delaunay contribuent à faire de ce spectacle un espace de résonance où les destins individuels composent une fresque collective. Le titre même évoque les « murmurations », ces ballets aériens des nuées d’étourneaux qui se déplacent à l’unisson dans le ciel, métaphore d’une humanité capable de mouvement coordonné malgré les obstacles.
Un plateau habité
Six comédiens portent cette œuvre exigeante : Corinne Bastat et Nathalie Bastat, toutes deux rompues aux exigences du théâtre contemporain, sont rejointes par Nicolas Daudon, l’excellent Raphaël Fournier, Patrice Juiff lui-même et Marc Ponette. Ensemble, ils incarnent des existences brisées par la violence mais refusant de s’y soumettre. Leur présence scénique donne corps à cette tension fondamentale : comment rester humain quand tout conspire à nous déshumaniser ? En ces temps où les fractures se multiplient, le spectacle rappelle l’urgence de l’écoute et du partage des récits. Non comme une simple consolation, mais comme un acte de résistance face à la déshumanisation qui menace. Au 100ecs, lieu dédié à l’émergence artistique, cette création trouve son écrin naturel : un espace où le théâtre s’affirme comme un lieu de questionnement vital sur notre condition commune.
Quatre camarades de faculté de médecine se retrouvent pour un dîner chez André, leur ami restaurateur. L’atmosphère conviviale bascule lorsque le psychiatre du groupe révèle que l’un de ses patients, politicien controversé en lice pour la présidence de la République, pose une question éthique déchirante. Faut-il trahir le secret professionnel pour servir l’intérêt général ? La réponse à cette interrogation fait voler en éclats les certitudes, révèle (assez délicieusement) les secrets enfouis et les compromissions de chacun.
Avec cette comédie très vivement menée, coécrite avec Christophe Brun, Patrice Romedenne et Nicolas Lumbreras, Michel Cymes réalise sa première apparition sur les planches dans un rôle qui lui permet de porter un regard acéré sur le milieu qu’il connaît intimement. Ce médecin, ORL de formation et figure emblématique de la vulgarisation médicale à la télévision française depuis plus de vingt-cinq ans, a choisi adroitement le seul rôle qui ne soit pas médical et incarne André, le restaurateur qui accueille cette soirée explosive.
La mise en scène confiée à Philippe Lelièvre trouve toute sa pertinence dans le parcours singulier de cet artiste formé au Cours Florent qui a fait de l’improvisation théâtrale sa spécialité. Homme aux multiples talents, révélé par son spectacle solo « Givré ! » qui totalise plus de cinq cents représentations, Philippe Lelièvre possède cette capacité rare à conduire un récit avec vivacité tout en maintenant la tension dramatique. Son expérience d’acteur aguerri aux codes du boulevard parisien, doublée de son talent de metteur en scène démontré récemment avec « Le Manteau de Janis », lui permet d’orchestrer les rebondissements du récit sans jamais perdre le fil d’une réflexion plus profonde sur les limites de la déontologie médicale. Cette direction d’acteurs permet de maintenir un équilibre subtil entre satire politique et questionnement éthique.
La distribution réunit des comédiens rompus au jeu du boulevard. Aux côté de Michel Cymes, Philippe Dusseau, Jean-Pierre Malignon, Clémence Thioly et Philippe Vieux incarnent, avec une parfaite justesse de ton, des personnages confrontés à un cas de conscience majeur. Le plaisir évident qu’ils prennent à jouer est généreusement partagé avec le public.
Le propos de Secret(s) Médical dépasse largement le simple divertissement. En plaçant ses personnages face à un dilemme qui oppose loyauté amicale, déontologie professionnelle et responsabilité citoyenne, la pièce interroge frontalement les limites du secret médical dans une société où l’information circule abondamment et sans retenue. La question posée résonne fortement. Peut-on laisser accéder au pouvoir suprême un individu dont on connaît, par le secret du cabinet médical, des éléments susceptibles de mettre en danger la collectivité ? Les auteurs évitent habilement le piège du didactisme en ancrant leur propos dans les relations humaines qui unissent ces quatre amis. Les révélations s’enchaînent, les masques tombent, et chacun découvre que le secret professionnel n’est peut-être qu’un paravent commode derrière lequel se dissimulent d’autres secrets, plus personnels mais tout aussi dérangeants.
Philippe Lelièvre orchestre cette mécanique redoutable avec un sens du rythme qui ne se dément jamais. Les répliques fusent, portées par un humour très efficace. Mais derrière les traits d’esprit se dessine une fresque plus sombre sur les compromissions individuelles et les arrangements avec la morale que chacun consent pour préserver son confort. Des questionnements qui n’entravent nullement une belle réussite qui allie le plaisir du théâtre de boulevard à une réflexion contemporaine sur nos responsabilités collectives.
Quand un fait divers oublié devient un bouleversant moment de théâtre
Jean-Philippe Daguerre a l’art de débusquer dans les replis de l’Histoire, ces destins fracassés qui disent autant sur l’intime que sur le politique. Avec « La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob, » le dramaturge aux neuf Molières exhume un événement proprement stupéfiant, longtemps étouffé par la raison d’État : le 18 octobre 1973, jour de la sortie nationale des « Aventures de Rabbi Jacob », une jeune femme issue de la bonne société détourne le vol Paris-Nice et réclame la mise sous scellés de toutes les bobines du film tant que la France n’aura pas œuvré à la réconciliation entre Arabes et Israéliens. Cette femme qui souffre de certains déséquilibres n’est pas n’importe qui. Elle se nomme Danielle Cravenne. Son mari n’est autre que Georges Cravenne, le prestigieux producteur qui créa les Césars, les 7 d’Or et les Molières. L’issue sera tragique : Danielle demeure à ce jour la seule pirate de l’air abattue par la police sur le sol français.
De ce fait divers aussi rocambolesque qu’authentique, Jean-Philippe Daguerre tire une œuvre qui navigue entre comédie dramatique et théâtre documentaire, reconstitution historique et fresque sentimentale. Le spectacle débute par la rencontre amoureuse de Georges et Danielle, jetant les fondations d’une vraie passion qui survivra à tous les déchirements. Car c’est bien d’une histoire d’amour qu’il s’agit d’abord, celle d’un couple uni dans la vie jusqu’à ce que l’engagement politique de Danielle face au conflit israélo-palestinien ne devienne obsessionnel et ne la conduise à commettre l’irréparable. Le spectacle tisse en parallèle la genèse des Aventures de Rabbi Jacob, montrant comment Gérard Oury et Louis de Funès ont conçu cette comédie pacifiste en pleine guerre du Kippour, désireux de porter un message de fraternité universelle.
Pour raconter cette histoire aux multiples facettes, Jean-Philippe Daguerre, dans sa mise en scène, rompt radicalement avec l’esthétique qui caractérisait ses précédents triomphes. Il a souhaité confier la scénographie à Narcisse, artiste exigeant et reconnu dont le travail visuel et l’agilité numériques créent une ambiance à la fois poétique et immersive. Les images projetées, les lumières de Moïse Hill et la musique d’Olivier Daguerre enveloppent le récit d’une atmosphère tantôt tendre, tantôt oppressante, reflétant la descente progressive de Danielle vers un geste qu’elle a cru salvateur.
La distribution se révèle remarquable d’intensité et de justesse. Charlotte Matzneff incarne Danielle Cravenne avec une force bouleversante, restituant toute la complexité de cette femme qui n’était ni une terroriste ni une fanatique, mais une idéaliste dévorée par l’injustice et consumée par son rêve impossible de réconciliation. L’actrice évite l’écueil de la grandiloquence pour composer un portrait d’une humanité vibrante, fragile et ardente. Bernard Malaka, en Georges Cravenne, livre, comme à son habitude, une prestation d’une remarquable justesse, campant cet homme écartelé entre l’amour qu’il porte à son épouse et la machine implacable du pouvoir. Leur duo forme le cœur battant du spectacle et nous offre ces scènes où se mêlent tendresse, incompréhension et déchirement ultime. Julien Cigana réalise, quant à lui, une performance stupéfiante en Louis de Funès. Sans tomber dans l’imitation ou la caricature facile, il parvient à restituer la gestuelle, les mimiques et l’énergie du comédien mythique, tout en préservant une dimension théâtrale qui transcende le simple exercice de style. Bruno Paviot, impavide, personnalise pour sa part un ministre de l’Intérieur dont la froideur bureaucratique fait froid dans le dos, incarnation glaçante de cette raison d’État déshumanisé, qui broiera Danielle sans état d’âme. Elisa Habibi et Balthazar Gouzou complètent avec sensibilité cette distribution investie qui porte le récit avec une émotion palpable.
Le spectacle progresse avec une fluidité remarquable, passant d’un temps à l’autre, d’une scène d’intimité conjugale aux coulisses du tournage de Rabbi Jacob, du bureau ministériel à la cabine de l’avion détourné. Jean-Philippe Daguerre construit son récit par touches successives, laissant le spectateur découvrir progressivement l’enchaînement fatal. Le dramaturge dépeint son personnage dans toute sa dimension humaine, avec ses contradictions, son amour intact pour son mari et cette utopie généreuse qui la rend si touchante.
L’impact émotionnel de « La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob » tient à cette capacité de l’auteur à transformer un fait divers oublié en méditation universelle sur l’engagement, l’amour et la solitude de ceux qui rêvent de changer le monde, parfois au prix de leur vie. On quitte le Théâtre du Petit Montparnasse ému, habité par le souvenir de cette pasionaria moderne, bouleversée par l’injustice d’un destin brisé et troublé par la résonance contemporaine d’une histoire vieille de plus de cinquante ans. Et au final, heureux d’assister à ce théâtre de mémoire venu rendre justice à une femme dont le geste fou fut aussi un cri d’amour pour l’humanité.
Saxophoniste de formation initiale et compositeur spécialisé dans la musique à l’image, Frédéric Ruiz représente cette nouvelle génération de créateurs français qui conjuguent exigence artistique et polyvalence professionnelle. Son parcours s’inscrit dans une tradition d’excellence qui l’a mené du Conservatoire de Bordeaux au prestigieux Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, tout en cultivant une fascination précoce pour les grandes partitions hollywoodiennes.
Dès ses débuts musicaux, le jeune artiste manifeste un intérêt marqué pour l’univers de la musique à l’image, se nourrissant des œuvres de compositeurs emblématiques tels que Jerry Goldsmith, Michael Giacchino, Thomas Newman ou encore Mychael Danna. Cette attirance pour le dialogue entre son et image structure l’ensemble de sa formation et définit sa trajectoire professionnelle.
Une formation solide ancrée dans l’excellence française
Le parcours académique de Frédéric Ruiz témoigne d’une formation rigoureuse et progressive. Au Conservatoire de Bordeaux, il obtient ses premiers prix dans trois disciplines fondamentales : le saxophone, l’écriture et la formation musicale. Cette triple compétence lui confère dès l’origine une maîtrise technique qui dépasse la simple pratique instrumentale pour embrasser les dimensions théoriques de la musique et la composition. Cette solide base bordelaise lui ouvre les portes du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, institution phare de l’enseignement musical français. Il y poursuit un cursus spécialisé en écriture, orchestration et musique à l’image, couronnant cette formation par l’obtention d’un master en écriture. Cette expérience parisienne lui permet d’affiner ses techniques de composition tout en développant une compréhension approfondie des codes narratifs propres au cinéma et à l’audiovisuel.
Un créateur attiré par la diversité des formats
La carrière de Frédéric Ruiz se caractérise par une remarquable diversité de projets qui témoigne de sa capacité d’adaptation et de son ouverture aux différents formats de la création audiovisuelle. Il compose notamment pour de nombreux courts-métrages d’animation issus d’écoles prestigieuses comme Gobelins à Paris ou CalArts aux États-Unis, mais également pour des courts-métrages de fiction. Cette collaboration avec les écoles d’animation les plus réputées lui permet de travailler avec de jeunes réalisateurs prometteurs et d’explorer des univers graphiques variés. Son activité s’étend également au domaine publicitaire, où il signe des compositions pour des clients aussi divers que l’Opéra de Paris ou des campagnes commerciales. Cette polyvalence reflète sa conviction profonde que la diversité stylistique enrichit le langage musical et stimule constamment le renouvellement créatif. Le compositeur affirme d’ailleurs que son apprentissage varié des différents styles musicaux et son amour pour l’image le poussent à réinventer continuellement son écriture pour s’adapter aux exigences narratives qui lui sont proposées.
Une implication dans la promotion de la musique de film
Au-delà de son activité de compositeur, Frédéric Ruiz participe activement à la vie culturelle dédiée à la musique de film. Il prend part à divers événements consacrés à la promotion de cet art, notamment le Festival Sœurs Jumelles ou le festival Musique et Cinéma à Marseille. Ces engagements témoignent de son désir de contribuer à la reconnaissance et à la valorisation d’un genre musical encore parfois considéré comme mineur dans les sphères académiques traditionnelles. Des collaborations institutionnelles de premier plan Depuis 2023, Frédéric Ruiz développe des collaborations significatives avec des ensembles spécialisés dans le répertoire cinématographique. Il signe des arrangements et des orchestrations pour l’orchestre Curieux, formation dynamique de quinze jeunes musiciens professionnels qui se distingue par son approche moderne et accessible de la musique narrative. Cet orchestre, fondé en 2019 et dirigé par Daniel Sicard, se consacre notamment aux œuvres de John Williams et Hans Zimmer, proposant des concerts immersifs mêlant instruments acoustiques, sound design et sonorités électroniques. Parallèlement, il compose pour Cinephonia, chœur semi-professionnel événementiel spécialisé dans les musiques de films et de jeux vidéo. Cette formation chorale a notamment participé à des productions d’envergure comme les concerts symphoniques de Joe Hisaishi consacrés aux films du Studio Ghibli ou les ciné-concerts du Seigneur des Anneaux dans les plus grandes salles françaises et européennes. Ces collaborations permettent à Frédéric Ruiz de confronter son écriture aux exigences de la grande forme orchestrale et chorale.
L’entrée dans l’univers du jeu vidéo
Plus récemment, le compositeur franchit une nouvelle étape professionnelle en collaborant avec Microïds, éditeur français de jeux vidéo reconnu. Il signe la partition d’un jeu vidéo dont la sortie est attendue prochainement. Cette incursion dans l’industrie vidéoludique témoigne de sa volonté d’explorer tous les territoires de la musique interactive et narrative, domaine en pleine expansion qui offre aux compositeurs des possibilités créatives inédites.
Une vision artistique nourrie par la fusion des arts
La démarche créative de Frédéric Ruiz repose sur une conception profondément artistique du rapport entre l’image et le son. Il évoque régulièrement cette fascination pour le dialogue intime entre ces deux dimensions et pour la beauté qui en résulte. Cette sensibilité particulière le conduit à considérer chaque projet non comme une simple illustration sonore, mais comme une véritable rencontre esthétique où la musique enrichit la narration visuelle tout en conservant sa propre cohérence expressive. Sa formation de saxophoniste, instrument au timbre particulièrement expressif, transparaît sans doute dans sa recherche constante de couleurs orchestrales singulières et dans son attention portée aux nuances. Cette double identité d’instrumentiste et de compositeur lui confère une compréhension intime des possibilités techniques et expressives de chaque pupitre orchestral.
Un jeune artiste prometteur dans le paysage français
À l’heure où la musique à l’image connaît un regain d’intérêt en France, tant auprès du public que des institutions culturelles, Frédéric Ruiz incarne cette génération de compositeurs français formés aux standards internationaux tout en conservant un ancrage solide dans la tradition musicale hexagonale. Son parcours témoigne de la vitalité de l’école française de composition pour l’image, longtemps éclipsée par les productions anglo-saxonnes mais désormais reconnue pour son excellence et sa créativité. La diversité de ses collaborations, qui embrassent aussi bien l’animation étudiante que la publicité, les concerts événementiels que le jeu vidéo, révèle un artiste en construction permanente, refusant de se cantonner à un seul registre. Cette approche protéiforme, loin de disperser son talent, semble au contraire nourrir une écriture musicale capable de s’adapter aux contraintes les plus variées tout en conservant une identité propre.
Frédéric Ruiz s’inscrit ainsi dans le sillage de compositeurs français qui ont su imposer leur signature dans l’univers exigeant de la musique narrative, tout en développant une carrière qui ne cesse de s’enrichir de projets nouveaux et ambitieux. Son parcours, encore jeune mais déjà substantiel, laisse présager des réalisations futures de grande envergure dans un domaine où la France cultive désormais une ambition internationale.
Le triomphe inattendu d’une romance torride sur glace
Depuis sa diffusion sur HBO Max fin novembre 2025, la série canadienne « Heated Rivalry » s’est imposée comme un événement culturel majeur, dépassant le simple cadre de la fiction pour devenir un phénomène viral d’une ampleur rare. Cette adaptation des romans de Rachel Reid, créée par Jacob Tierney, démontre qu’une production initialement conçue pour la plateforme Crave peut conquérir un public mondial par la force de son authenticité narrative et de son audace formelle. Les chiffres témoignent de ce succès fulgurant. Dès sa première semaine, la série s’est hissée dans le Top 10 de HBO Max aux États-Unis, atteignant la deuxième place derrière la série It: « Welcome to Derry ». En Australie, elle a immédiatement conquis la même position, qu’elle a conservée chaque semaine. Sur Rotten Tomatoes, « Heated Rivalry » affiche un taux d’approbation critique de 96 % et obtient une moyenne pondérée de 71 sur Metacritic. Mais ces données, aussi impressionnantes soient-elles, ne rendent qu’imparfaitement compte de l’emprise que la série exerce sur son public.
Une narration qui bouleverse les conventions du récit sportif
« Heated Rivalry » retrace sur huit années la relation entre Shane Hollander, capitaine canadien des Montréal Metros, et Ilya Rozanov, joueur russo-américain des Boston Raiders. Ces deux stars du hockey professionnel apparaissent comme des adversaires acharnés sur la glace et devant les caméras, mais entretiennent secrètement une liaison passionnée depuis leur adolescence. Cette double vie, maintenue au prix d’une dissimulation permanente, constitue le cœur dramatique d’une fiction qui interroge les rapports entre masculinité, performance publique et authenticité personnelle. Jacob Tierney a conçu la série selon une architecture narrative singulière. Les deux premiers épisodes déploient une chronologie fragmentée couvrant près d’une décennie, privilégiant l’intensité émotionnelle et physique plutôt que la construction progressive du récit. Cette approche déstabilise les codes habituels du drame télévisuel. Le créateur assume pleinement ce parti pris audacieux, confiant avoir délibérément renoncé aux conventions du world-building traditionnel pour plonger immédiatement les spectateurs dans la complexité psychologique de ses personnages. L’épisode 3 opère un changement radical de perspective, délaissant temporairement Shane et Ilya pour se concentrer sur Scott Hunter et Kip Grady, couple issu du premier roman de Rachel Reid, « Game Changer. » Cette bifurcation narrative, loin de constituer une digression, enrichit l’univers de la série en proposant une vision alternative de l’homosexualité dans le hockey professionnel. Là où Shane et Ilya dissimulent leur relation par crainte des conséquences sur leurs carrières, Scott se débat avec son enfermement psychologique tandis que Kip, assumant pleinement son orientation, refuse de retourner dans le placard.
Le hockey comme prisme d’une transformation sociale
Rachel Reid, autrice de la série littéraire « Game Changers » dont la série est adaptée, a toujours affirmé que son œuvre procède d’une colère contre la culture homophobe du hockey. Cette romancière de Nouvelle-Écosse, ancienne journaliste au Coast, a commencé à écrire son premier roman sur son iPad pendant qu’elle endormait ses enfants, avant de soumettre son manuscrit sans même en informer son époux. Diagnostiquée de la maladie de Parkinson en août 2023, elle a reçu le message de Jacob Tierney manifestant son intérêt pour adapter ses livres quelques jours seulement après cette terrible annonce. L’autrice reconnaît volontiers que « Game Changer, » publié en 2018, attaque frontalement la culture de la NHL et les structures de masculinité toxique qui continuent de prévaloir dans ce sport. La série télévisée prolonge cette critique tout en explorant les mécanismes psychologiques qui conduisent des athlètes de haut niveau à dissimuler leur identité. Jacob Tierney, lui-même acteur de métier, confie comprendre intimement les pressions que subissent les comédiens contraints de mentir sur leur sexualité, ce qui l’a particulièrement attiré vers ce projet. L’épisode 5 constitue à cet égard un tournant narratif majeur. Scott Hunter, après avoir remporté la Coupe Stanley, invite publiquement Kip Grady sur la glace et l’embrasse devant les caméras et des dizaines de milliers de spectateurs. Ce coming-out spectaculaire, orchestré par François Arnaud avec une justesse bouleversante, produit un effet de catalyse sur Shane et Ilya. Jacob Tierney a pleuré (et nous aussi!) en visionnant la version finale de cette séquence, tant l’ajout des figurants en images de synthèse conférait à la scène une dimension épique.
Quatre interprètes au service d’une vérité émotionnelle
Hudson Williams incarne Shane Hollander avec une intensité retenue qui traduit les contradictions intérieures du personnage. Ce comédien de Colombie-Britannique, jusqu’alors inconnu du grand public, compose un capitaine d’équipe tiraillé entre ses responsabilités professionnelles, l’image publique qu’il doit maintenir et ses sentiments profonds pour Ilya. Sa performance repose sur une palette émotionnelle subtile, alternant moments de vulnérabilité et manifestations de désir charnel. Connor Storrie, qui joue Ilya Rozanov, apporte au personnage une dimension de sensualité provocante tempérée par une fragilité cachée. L’acteur américain, formé à l’Etobicoke School of the Arts de Toronto, avait auditionné avec deux autres candidats avant que Williams n’arrive. Jacob Tierney rapporte que Williams a déclaré après sa lecture avec Storrie que ce dernier donnait l’impression de vouloir le plaquer au sol. Cette alchimie immédiate transparaît dans chaque scène partagée par les deux acteurs, dont la complicité hors écran est devenue légendaire.
François Arnaud campe Scott Hunter, vétéran du hockey professionnel enfermé dans le placard depuis des années. L’acteur québécois de quarante ans, révélé dans Les Borgia et Blindspot, s’est publiquement affiché comme bisexuel en 2020 via Instagram. Pour préparer le rôle, il s’est astreint à un entraînement physique intensif afin d’acquérir la musculature d’un athlète professionnel, bien que, comme il le reconnaît avec humour, il ait cédé à la panique le jour du tournage des scènes de nu en se gavant de beignets au service traiteur. Arnaud apporte à Scott une profondeur émotionnelle saisissante, révélant un homme qui se tient prêt affectivement à vivre son amour mais reste paralysé par des années de sacrifices professionnels. Robbie Graham Kuntz, crédité sous le nom de Robbie GK, interprète Kip Grady, barista de profession qui tombe amoureux de Scott. L’acteur de vingt-neuf ans, originaire de Port Credit en Ontario, avait initialement auditionné pour le rôle de Scott avec une coupe mulet et une moustache, pensant incarner l’archétype du joueur de hockey. Après avoir été recasté dans le rôle de Kip, il a développé une vision du personnage comme un homme ancré dans sa communauté gay, refusant de renoncer à son identité et à ses liens sociaux. GK a tourné ses premières scènes d’intimité pour cette production, bénéficiant des conseils de François Arnaud et du travail de la coordinatrice d’intimité Chala Hunter.
Une approche révolutionnaire de la représentation de la sexualité
Jacob Tierney a conçu « Heated Rivalry » comme une série assumant pleinement sa dimension érotique. Le créateur refuse la vision puritaine qui considère les scènes sexuelles comme optionnelles ou embarrassantes, affirmant au contraire que le sexe constitue le langage même de l’amour entre Shane et Ilya. Leur intimité physique évolue au fil des épisodes, reflétant la transformation de leur relation et leur connaissance croissante d’eux-mêmes. Cette conception a suscité des débats. L’acteur Jordan Firstman a initialement critiqué la représentation de la sexualité gay dans la série, déclenchant une vive réaction de la part des fans avant de présenter ses excuses et de se photographier avec Hudson Williams lors d’un événement HBO Max. Rachel Reid elle-même reconnaît que les critiques concernant le réalisme de certaines scènes méritent considération, s’engageant à intégrer ces retours dans ses futurs travaux. Tierney récuse néanmoins toute complaisance gratuite. Il souligne que les scènes du sixième épisode, tourné au cottage de Shane, combinent tendresse extrême et dimension ludique. Le réalisateur cite avec amusement une scène où Ilya déconcentre Shane pendant un appel téléphonique, affirmant que cette capacité à agacer son partenaire par une fellation définit précisément ce qu’est un couple authentique. Connor Storrie a d’ailleurs improvisé un geste non prévu au scénario lors de cette séquence, tapant le visage de Williams, ce qui témoigne du degré de confort entre les deux acteurs. Nous sommes sur le continent américain : la coordinatrice d’intimité Chala Hunter a supervisé toutes les scènes physiques, assurant le bien-être des comédiens. Williams et Storrie ont développé une méthode de vérification constante pendant le tournage, se demandant mutuellement à voix basse s’ils se sentaient à l’aise et s’ils souhaitaient modifier certains éléments. Cette attention mutuelle, captée par les rushes, a profondément ému Jacob Tierney.
Un phénomène viral d’une ampleur exceptionnelle
L’impact de « Heated Rivalry » sur les réseaux sociaux dépasse tout ce que l’équipe de production aurait pu anticiper. TikTok et Twitter sont submergés de montages créés par des fans, certains totalisant plus de 380 000 mentions. Ces vidéos se divisent en deux catégories distinctes : les edits torrides, qui compilent les moments de tension érotique et les regards prolongés, et les edits angoissés, qui se concentrent sur la souffrance émotionnelle des personnages incapables d’avouer leur amour. L’algorithme de TikTok a propulsé la série bien au-delà de son audience initiale, transformant des spectateurs occasionnels en fans passionnés. Tressany Sawyers, créatrice sur la plateforme, explique avoir découvert « Heated Rivalry » par le biais de montages viraux, tout comme elle avait précédemment été conduite vers la série « 9-1-1 ». Cette dynamique révèle comment les fans-éditeurs possèdent une compréhension intuitive du matériau source qui échappe parfois aux campagnes promotionnelles officielles. Mellie, éditrice de vidéos sous le pseudonyme uhbucky, a créé un montage sur la chanson Sweet Dreams d’Eurythmics qui a recueilli plus de 380 000 likes. Assemblant baisers, moments de victoire sportive, provocations sur la glace et regards volés hors du terrain, ce travail encapsule l’essence du désir frustré qui anime la série. L’ampleur de cette réaction a surpris la créatrice elle-même, qui édite des vidéos de fans depuis 2017 sans avoir jamais connu pareil succès. La bande originale de la série a également bénéficié de cet effet viral. Spotify identifie un phénomène « Heated Rivalry » caractérisé par des hausses d’écoute spectaculaires. Le morceau « My Moon My Man » de la chanteuse canadienne Feist a vu ses écoutes augmenter de 1 500 % dans le monde depuis le 12 décembre. « I’ll Believe In Anything » de Wolf Parade, utilisé lors d’un moment-clé de l’épisode cinq, a enregistré une hausse de 2 650 %, se classant troisième du Top viral américain. Même « All The Things She Said » du duo russe t.A.T.u., vingt-trois ans après sa sortie, connaît un regain de popularité majeur grâce à son utilisation dans la série. Les réactions hystériques aux scènes les plus intenses, notamment celle qui conclut l’épisode cinq avec l’appel téléphonique d’Ilya à Shane après le coming-out de Scott, circulent massivement sur les réseaux. Pedro Pascal lui-même a manifesté publiquement son engouement pour la série, rejoignant ainsi des millions de spectateurs captivés par cette romance.
La complicité Williams-Storrie comme stratégie marketing involontaire
Hudson Williams et Connor Storrie ont développé une amitié si visible que Rachel Reid affirme qu’elle constitue la meilleure publicité imaginable pour la série. Les deux acteurs apparaissent constamment ensemble lors des interviews, se touchant fréquemment, se taquinant et se déclarant âmes sœurs ou du moins cosmiquement liés. Williams a séjourné chez Storrie lors de son passage à Los Angeles pour les promotions, illustrant la profondeur de leur connexion personnelle. Cette proximité physique et émotionnelle a alimenté de nombreuses spéculations sur leur orientation sexuelle, voire sur une éventuelle relation hors écran. Aucun des deux acteurs n’a souhaité commenter publiquement sa vie privée, position vigoureusement défendue par François Arnaud. L’acteur québécois s’est montré particulièrement protecteur envers ses jeunes collègues face aux tentatives d’intrusion dans leur intimité, rappelant que chacun conserve le droit de préserver certains aspects de son existence. Jacob Tierney a précisé qu’il n’avait jamais interrogé Williams et Storrie sur leur sexualité lors des auditions, la législation interdisant ce type de questions. Le créateur considère que la performance artistique seule importe, indépendamment de l’identité personnelle des interprètes. Cette position a suscité quelques controverses, certains militant pour une représentation queer par des acteurs ouvertement queer, mais Tierney maintient que le talent et l’engagement dans le travail constituent les seuls critères pertinents. Les deux acteurs se sont fait tatouer ensemble l’inscription « Sex Sells » après la fin du tournage, ornement qu’ils exhibent volontiers lors des interviews. Cette décision symbolise leur appropriation ludique du discours commercial qui entoure la série, tout en célébrant leur expérience commune. Williams a confessé lors d’une session de lecture de tweets de fans sur BuzzFeed être obsédé par les fesses pour ce rôle, tenant même un décompte du nombre de fois où il a montré ses fesses à l’équipe technique.
Un finale intimiste après l’éclat public
L’épisode 6, très émouvant, sobrement intitulé « The Cottage », marque un contraste saisissant avec le spectacle grandiose du coming-out de Scott Hunter. Jacob Tierney et le producteur exécutif Brendan Brady ont consciemment recherché ce changement de tonalité, offrant à Shane et Ilya l’espace et le temps nécessaires pour explorer leur relation loin du regard public. Le tournage au cottage a représenté un défi logistique majeur. Tierney recherchait non seulement une maison correspondant à l’imaginaire du récit, mais devait également s’assurer de la faisabilité technique du projet. La distance accessible pour les camions, l’espace disponible pour le campement de base et les possibilités d’hébergement pour l’équipe ont tous pesé dans la sélection finale. Contrairement aux montages rapides des premiers épisodes, cet ultime chapitre privilégie de longs plans-séquences captant l’intimité croissante des protagonistes. Une scène de football improvisée cristallise la philosophie de Tierney. Alors que Shane et Ilya discutent de leur avenir commun, leur esprit de compétition affleure constamment, rappelant que leur rivalité sportive constitue paradoxalement le fondement de leur attraction. Cette séquence illustre comment les personnages ne peuvent jamais totalement séparer leur identité d’athlètes de leur vie sentimentale. La conversation avec les parents de Shane, Yuna et David Hollander incarnés par Christina Chang et Dylan Walsh, représente un autre sommet émotionnel de l’épisode. Tierney savait depuis le début vers quoi il construisait son récit, et cette acceptation familiale, chaleureuse malgré la surprise initiale, offre aux spectateurs un moment de soulagement après tant de dissimulation. Le créateur a délibérément choisi de conclure la saison sur le départ de Shane et Ilya vers le coucher de soleil plutôt que sur la conférence de presse qui clôt le roman de Reid. Selon lui, les quatre dernières minutes d’un épisode télévisuel ne constituent pas le moment approprié pour délivrer des informations logistiques sur le fonctionnement d’une organisation caritative. Ce qui demeure dans la mémoire du livre, c’est que les personnages accèdent au bonheur, sentiment que Tierney souhaitait transmettre aux spectateurs.
Perspectives et prolongements
Crave et HBO Max ont confirmé la commande d’une deuxième saison avant même la diffusion du finale. Tierney n’a pas encore entamé l’écriture, mais confirme que « The Long Game », le roman de Rachel Reid qui poursuit l’histoire de Shane et Ilya, servira de document fondateur. Le réalisateur a signé pour diriger tous les épisodes de cette nouvelle saison, bien qu’il envisage de s’adjoindre d’autres scénaristes pour partager la charge de travail. Williams et Storrie ont paraphé des contrats pour trois saisons, disposition standard dans l’industrie qui ne préjuge pas du nombre effectif de saisons produites. Tierney affirme que « Heated Rivalry » demeurera toujours centrée sur Shane et Ilya, tout en reconnaissant l’existence d’un univers étendu permettant d’explorer d’autres histoires. Les producteurs ont acquis les droits de plusieurs romans de Reid et réfléchissent aux meilleures modalités d’exploitation de ce matériau riche. Rachel Reid elle-même ne parvient plus à visualiser ses personnages tels qu’elle les imaginait lors de l’écriture. Connor Storrie a définitivement remplacé dans son esprit l’Ilya originel, phénomène troublant pour une romancière mais qui témoigne de la force des interprétations. L’autrice envisage de continuer à écrire sur Shane et Ilya, consciente que ces personnages ne l’ont jamais quittée depuis leur création. Le succès de la série a propulsé les livres de Reid au sommet des ventes. Le Toronto Star rapporte que « Heated Rivalry » figure dans le top dix des meilleures ventes de fiction canadienne, tandis que plusieurs détaillants majeurs ont épuisé leurs stocks physiques. Sur le Kindle Store d’Amazon, un roman gay de hockey explicite occupe la première place, situation que Reid qualifie d’irréelle. L’écrivaine recommande aux fans souffrant du syndrome post-série deux autres romances sportives : « Crash Test » d’Amy James, qui transpose l’intensité émotionnelle dans l’univers de la Formule 1, et « Hockey Bois de A.L. Heard », qu’elle considère comme son favori personnel. Ce dernier titre raconte l’amour naissant entre deux joueurs d’une ligue amateur, offrant une perspective plus accessible et quotidienne du hockey gay.
Un moment charnière pour la représentation queer
Au-delà de ses qualités intrinsèques, « Heated Rivalry » s’inscrit dans un moment particulier de la culture télévisuelle. Alors que « Heartstopper » approche de sa conclusion et que Netflix a annulé « Boots », la série comble un vide pour les amateurs de drames queer authentiques. Jacob Tierney compare l’excitation entourant chaque nouvel épisode hebdomadaire à celle qu’il ressentait adolescent en attendant « X-Files », « Mad Men » ou « The Wire », une tradition télévisuelle que le streaming a largement abolie. Rachel Reid souligne l’importance du timing de cette diffusion. Dans une période difficile pour de nombreuses personnes, particulièrement pour les communautés queer, proposer une histoire aussi pleine d’espoir et de douceur répond à un besoin profond. Les milliers de réactions enthousiastes provenant du monde entier l’ont profondément touchée, validant son choix initial d’écrire ces récits malgré les réticences de l’industrie. François Arnaud insiste sur le fait que la série traite moins de l’homosexualité que de la masculinité elle-même et de la monnaie d’échange qu’elle représente. Les hommes apprennent dès l’enfance à limiter leur vulnérabilité face aux autres, mécanisme que « Heated Rivalry » déconstruit systématiquement en proposant différentes fenêtres sur cette problématique. Scott, Shane et Ilya incarnent chacun une facette de ce carcan masculin et des chemins possibles vers la libération. Le nouveau magazine « GQ Hype » a consacré sa couverture à Williams et Storrie, reconnaissance rare pour une série canadienne produite initialement pour un marché domestique restreint. Tierney et Brady, le producteur exécutif, se disent submergés par l’ampleur de la réaction, admettant que même leurs propres amis les contactent désormais pour discuter de la série, expérience inédite dans leurs carrières respectives. Cette réussite valide également les choix artistiques audacieux de Tierney. Le créateur avait initialement considéré que le contenu sexuel explicite des romans de Reid rendait toute adaptation impossible. Puis il a compris que cette dimension érotique constituait précisément le langage narratif indispensable, le moyen par lequel se raconte l’évolution de la relation entre Shane et Ilya. Plutôt que de chercher à édulcorer le matériau source pour séduire d’hypothétiques partenaires internationaux, les producteurs ont assumé pleinement leur vision, pari qui s’est révélé gagnant. L’avenir dira si « Heated Rivalry » demeurera un phénomène ponctuel ou s’installera durablement dans le paysage télévisuel comme référence du genre. Les premiers éléments suggèrent que la série a déjà modifié les attentes du public et démontré la viabilité commerciale de récits queer ambitieux et authentiques. Dans un contexte où les studios multiplient les annulations de programmes LGBTQ+ au nom de la prudence économique, ce triomphe inattendu porte une leçon : l’audace créative et le respect du public trouvent toujours leur récompense.
Quatre années de représentations et cent cinquante mille spectateurs n’ont rien altéré de la force émotionnelle d’« Oublie-moi ». Cette adaptation du texte « In Other Words » de Matthew Seager par Marie-Julie Baup et Thierry Lopez continue d’étreindre les cœurs avec la délicatesse d’une œuvre qui refuse le pathos pour mieux toucher au plus intime.
Sur le plateau du Théâtre Actuel La Bruyère, Jeanne et Arthur vivent leur histoire d’amour avec cette légèreté propre aux couples qui s’amusent de tout. Les premières scènes installent leur complicité dans une atmosphère de comédie romantique, ponctuée de répliques vives, de regards complices et de facéties dont Arthur est coutumier. Puis vient le trouble imperceptible, ce lait et ce timbre dont Arthur ne parvient pas à se souvenir. La maladie d’Alzheimer s’insinue alors dans leur quotidien avec une progression implacable.
Marie-Julie Baup et Thierry Lopez signent aussi une mise en scène qui a obtenu l’un des quatre Molières décernés au spectacle. Avec intelligence et sensibilité, ils orchestrent le basculement progressif de la comédie vers le drame, dosant avec précision les moments de légèreté et les instants graves. Leur direction d’acteurs privilégie une interprétation au plus près du réel, sans jamais forcer le trait, laissant les silences prendre toute leur place dans la partition. Le rythme qu’ils impriment au spectacle épouse les fluctuations de la maladie, alternant accélérations inquiétantes et ralentissements contemplatifs. Cette mise en scène au cordeau permet aux deux magnifiques interprètes de laisser libre cours à leur talent.
Pauline Tricot incarne Jeanne avec une intensité retenue qui bouleverse. Elle fait de ce personnage une femme qui nous montre toutes les difficultés auxquelles les aidants sont confrontés, une compagne qui refuse de lâcher prise, s’accrochant à chaque fragment de leur histoire commune avec une féroce détermination. Son jeu alterne moments de tendresse désarmante et accès de colère impuissante face à l’effacement de l’être aimé. Lionel Erdogan compose un Arthur d’une justesse déchirante, captant avec finesse les différentes étapes de la maladie. Sa présence scénique possède cette vulnérabilité qui touche profondément, et il parvient à rendre sensible la panique de celui qui sent le monde lui échapper sans pouvoir s’y raccrocher. Ensemble, les deux comédiens forment un couple d’une vérité saisissante, et leur interprétation évite tout sentimentalisme pour atteindre à l’émotion pure.
La scénographie de Bastien Forestier évoque avec sobriété l’effacement progressif du monde d’Arthur. L’espace se transforme imperceptiblement, suggérant la confusion mentale par de subtils glissements visuels. La création sonore de Maxence Vandevelde enveloppe les silences d’une présence musicale qui dit l’indicible, tandis que les chorégraphies d’Anouk Viale introduisent une dimension physique troublante dans ce naufrage de la mémoire, où les corps se cherchent et se perdent dans l’espace.
« Oublie-moi » interroge ce qui demeure quand la mémoire s’évanouit. L’adaptation de Marie-Julie Baup et Thierry Lopez ancre délibérément l’intrigue dans une génération contemporaine, avec ses références et son langage, rendant le propos universel tout en le maintenant dans une actualité qui nous concerne directement. Le spectacle explore la question de l’identité lorsque le passé se dérobe, et celle de l’amour lorsqu’il ne repose plus sur le souvenir partagé mais sur la seule présence obstinée de l’autre.
Au bout d’une heure quinze, le public encore tout remué et après une magnifique ovation, quitte la salle avec le sentiment d’avoir accompagné Jeanne et Arthur dans leur combat et d’avoir éprouvé avec eux cette fragilité constitutive de l’existence humaine touchée par la maladie. Une œuvre nécessaire rappelant que certaines histoires d’amour méritent de rester dans nos mémoires à tout jamais.
Au Dôme de Paris jusqu’au 18 janvier, la comédie musicale culte de Dove Attia et Kamel Ouali fait son retour triomphal dans une version remaniée triomphal dans une version remaniée qui éblouit le public.
Vingt années se sont écoulées depuis que Louis XIV prenait possession du Palais des Sports dans un tourbillon de perruques poudrées et de mélodies pop-baroques. Le pari était audacieux en 2005, il demeure jubilatoire en 2025. Le Roi Soleil retrouve les planches du Dôme de Paris avec cette énergie particulière des spectacles qui ont su traverser le temps sans jamais vraiment quitter l’imaginaire collectif. Dès les premières mesures, on sait qu’on ne viendra pas simplement revisiter un souvenir : on assiste à une célébration vivante, portée par une troupe qui honore l’héritage tout en s’en emparant avec une fraîcheur bienvenue.
Kamel Ouali a repensé sa mise en scène avec une approche résolument contemporaine. Les écrans numériques déploient Versailles en images monumentales, projetant jardins à la française et galeries des glaces dans une scénographie qui oscille entre le spectaculaire et le cinématographique. Certes, on aurait parfois préféré la matière tangible des décors d’antan à ces surfaces digitales, mais l’ensemble fonctionne avec efficacité, particulièrement lors des grandes scènes de cour où la lumière sculpte l’espace avec une précision remarquable. Les costumes signés David Belugou surprennent par leurs tonalités pastel, loin de l’opulence dorée qu’on attendrait d’un règne aussi fastueux, mais cette sobriété trouve sa cohérence dans une lecture modernisée du mythe royal.
Emmanuel Moire reste l’âme du spectacle. Vingt ans après sa première couronne, il incarne Louis XIV avec une autorité naturelle que la maturité n’a fait qu’affiner. Sa voix n’a rien perdu de sa puissance cristalline, et sa présence magnétique traverse la salle avec cette évidence qui fait les grandes figures scéniques. À ses côtés, Louis Delort relève, et avec quel brio, le défi considérable de succéder à Christophe Maé dans le rôle de Monsieur, le frère fantasque du roi. Il y parvient avec une élégance qui lui est propre, apportant au personnage une fougue théâtrale qui fait merveille dans les numéros comiques et dansés. Lou Jean rayonne en Marie Mancini, déployant une maturité vocale impressionnante et un charisme scénique qui capte instantanément l’attention. Margaux Heller campe une Madame de Montespan pleine de tempérament, Clara Poulet apporte dignité et profondeur à Madame de Maintenon, tandis que Vanina touche par sa sincérité dans le rôle d’Isabelle, la fille du peuple. Flo Malley, au timbre si reconnaissable, compose un François de Vendôme vibrant d’énergie.
Le véritable coup de maître de cette nouvelle version tient dans l’équilibre trouvé entre fidélité et renouvellement. Les tubes qui ont marqué une génération entière — « Être à la hauteur », « Je fais de toi mon essentiel », « Tant qu’on rêve encore » — résonnent dans leurs arrangements originaux, preuve que ces compositions n’ont pas pris une ride. Dove Attia a enrichi la partition de quelques nouveautés, dont « Il est à moi » magnifiquement porté par Margaux Heller, qui s’intègre naturellement à l’ensemble. La quarantaine d’artistes présents sur scène déploie une énergie collective impressionnante, particulièrement dans les chorégraphies où Kamel Ouali fait briller sa signature en privilégiant le mouvement et l’exploit physique.
Ce retour du Roi Soleil prouve qu’un spectacle populaire bien conçu peut défier le temps sans se renier. La salle vibre, chante, applaudit avec cet enthousiasme communicatif qui signe les grands rendez-vous collectifs et ils sont nombreux, à la toute fin, à aller se coller à la scène, portables en main, pour saluer les artistes. On ressort de cette représentation avec la conviction d’avoir assisté à bien davantage qu’une simple opération nostalgie : à un spectacle qui continue d’écrire sa légende, porté par des artistes qui en défendent l’esprit avec passion et talent.
Philippe Escalier
Distribution complète du Roi Soleil 2025 au Dôme de Paris :
Solistes principaux
Emmanuel Moire Louis Delort Lou Jean Flo Malley Margaux Heller Clara Poulet Vanina Laure Giordano Marie Goudier Beni Uzumaki
Comédiens
François Feroleto Claude Perron Cédric Chupin
Ensemble (danseurs et chanteurs)
Riya Baghdad Soukeyna Boro Florian Bugahlo Baptiste Copin Antoine Dubois Inès Ferdinand Julien Gabier Aurélie Giboire Thomas Goutorde Amaury Gravel Simon Gruszka Reilly Jean Brassard Jade Joste Romane Lamblin Roméo Langlois Flavie Leveque Morgane Marlange Julien Michea Caitlin Rae Killian Taillasson Roméo Traetto
Enfants
Nathan Dupont Léandro Faria Vilas Boas Nolan Ouali Lenny Gelle Attal Zacharie Marchand Perarnau Rafael Philippe Liwen Si Regnard
Le spectacle réunit ainsi quarante artistes sur scène, composant une troupe qui allie figures issues de The Voice (Louis Delort, Lou Jean, Flo Malley, Margaux Heller, Vanina) et nouveaux talents.
Le cirque ukrainien INSHI à l’honneur à La Scala Paris
Quand les artistes du cirque INSHI entrent en piste, c’est toute l’âme de la valeureuse et éternelle Ukraine que nous aimons tant qui s’élève dans les airs. Ce collectif de Kyiv, révélé au public français lors du Festival d’Avignon Off 2025, compose avec « Rêves » un spectacle d’une force poétique rare, où la prouesse physique devient langage universel, où la résistance et la beauté ne font qu’un.
Outre la beauté du spectacle, l’auteur de cet article ne cachera pas l’émotion ressentie à voir et à parler de cette troupe magnifique. Ces acrobates, équilibristes et jongleurs ont choisi de poursuivre leur art malgré la guerre qui déchire leur pays. Leur présence sur scène résonne comme un acte de foi en la vie, en la création, en cette capacité humaine à transcender le chaos par l’imaginaire. « Rêves » porte bien son titre : il matérialise cette aspiration profonde à dépasser les ténèbres, à faire triompher la grâce sur la barbarie.
Mis en scène par Roman Khafizov, Vladyslav Holda, Maksym Vakhnytskyi, Artem Kreksha Ruslan Kalachevskyi, Sofiia Soloviova, Bob Gvozdetskyi, Mykhailo Makarov et Tetiana Petrushanko déploient un vocabulaire circassien d’une richesse époustouflante. Les numéros s’enchaînent dans une grande fluidité, comme autant de tableaux qui dialoguent entre virtuosité technique et charge émotive. On découvre des portés aériens d’une audace folle, où les corps semblent défier les lois de la pesanteur avec une légèreté confondante. Les équilibres sur mains, d’une précision millimétrique, fascinent par leur maîtrise absolue. Chaque geste respire l’excellence d’une formation rigoureuse, héritière de la grande tradition du cirque d’Europe de l’Est.
Mais INSHI ne se contente pas d’aligner les prouesses. Le collectif inscrit chaque exploit dans une dramaturgie sensible, tissée de moments suspendus où le temps semble s’arrêter. La scénographie épurée laisse toute la place aux interprètes, dont les visages racontent autant que les acrobaties. On perçoit cette intensité particulière, cette présence totale que seuls possèdent les artistes qui ont traversé l’épreuve. Leur regard porte une gravité sereine, une détermination lumineuse qui transforme chaque figure en manifeste silencieux.
La musique accompagne cette odyssée avec justesse, alternant élans lyriques et instants de recueillement. Elle souligne sans jamais écraser, dialogue avec les corps en mouvement, amplifie l’émotion sans jamais la surligner. L’ensemble compose une symphonie visuelle où chaque silence compte autant que chaque envol. Dans « Rêves », cette capacité à conjuguer l’excellence artistique et la puissance du témoignage nous touche profondément. Les artistes d’INSHI ne font pas de leur origine ukrainienne un argument commercial, encore moins un prétexte à l’apitoiement. Ils affirment simplement, par leur talent éclatant, que la culture demeure un rempart contre l’obscurité. Leur spectacle célèbre la vie, l’entraide, la solidarité qui unit les membres de la troupe dans chaque pyramide humaine, chaque voltige partagée.
Le public sort bouleversé de cette représentation qui transcende largement le cadre du divertissement circassien. INSHI prouve que le cirque contemporain peut porter un propos fort sans renoncer à sa dimension féerique. « Rêves » émeut, éblouit et laisse une trace durable. Ces artistes nous rappellent que face à l’adversité, l’art possède cette vertu irremplaçable de relier les êtres par-delà les frontières et les tragédies. Un spectacle nécessaire, lumineux, inoubliable.
Quelques mois à peine après le triomphe cinématographique de l’adaptation portée par Pierre Niney et Matthias de la Motte, Alexandre Dumas revient sur les écrans avec une version sérielle de son chef-d’œuvre romanesque. La réalisation a été confiée à Bille August, figure majeure du cinéma nordique. Né en 1948 au Danemark, rompu aux adaptations littéraires de prestige, il appartient au cercle très fermé des neuf réalisateurs doublement palmés au Festival de Cannes, distinction obtenue en 1988 pour « Pelle le conquérant » et en 1992 pour « Les meilleures intentions », sur un scénario d’Ingmar Bergman.
L’acteur britannique Sam Claflin endosse le rôle d’Edmond Dantès avec toute l’expérience acquise lors de ses précédentes incarnations dans des adaptations littéraires d’envergure. Révélé au grand public par son interprétation de Finnick Odair dans la saga « Hunger Games », il a depuis démontré sa polyvalence en enchaînant les registres, du romantisme échevelé d’« Avant toi » aux enquêtes victoriennes d’« Enola Holmes », en passant par l’ambition démesurée du musicien dans « Daisy Jones and The Six ».
Autour de Sam Claflin gravite une distribution soigneusement composée. Jeremy Irons prête ses traits à l’abbé Faria, mentor spirituel et intellectuel d’Edmond Dantès durant sa réclusion au château d’If. Ana Girardot interprète Mercédès. Le Danois Mikkel Boe Følsgaard compose un Gérard de Villefort glaçant tandis que Blake Ritson incarne Danglars. Le casting compte également Karla-Simone Spence dans le rôle d’Haydée, désormais présentée comme une femme forte et courageuse, Michele Riondino en Jacopo, Lino Guanciale en Vampa, Gabriella Pession en Hermine Danglars et Nicolas Maupas en Albert.
La structure en huit épisodes permet à la série de déployer l’architecture narrative foisonnante imaginée par Alexandre Dumas et Auguste Maquet lors de la publication du roman-feuilleton entre 1844 et 1846. Cette version internationale du « Comte de Monte-Cristo », portée par un réalisateur de prestige et des comédiens de talent, offre une lecture classique mais soignée d’un monument de la littérature française. Son ambition européenne, sa fidélité à la complexité narrative de Dumas et son traitement psychologique des personnages en font une proposition digne d’intérêt pour les amateurs de séries historiques et d’adaptations littéraires exigeantes. Et puis, il y a Sam Caflin…!
Philippe Escalier
Les 4 premiers épisodes sont actuellement sur France.tv
L’interprétation de Sam Claflin
Sam Claflin incarne Edmond Dantès dans une performance que plusieurs critiques ont qualifiée de remarquable. L’acteur britannique, connu pour ses rôles dans Pirates des Caraïbes, la saga Hunger Games et la série Daisy Jones and The Six, s’approprie le personnage en en révélant les strates psychologiques complexes. Contrairement aux adaptations cinématographiques, le format sériel permet à Claflin de suivre graduellement la transformation de ce jeune marin de dix-neuf ans, injustement emprisonné au château d’If, en justicier impitoyable. La force de son interprétation réside dans ce contraste mesuré : les premiers épisodes le montrent encore proche de l’innocence et de l’espoir, tandis que sa métamorphose en Comte de Monte-Cristo s’opère avec une froide détermination. Claflin capture l’obsession calculée du personnage, cette discipline à laquelle il se soumet pour accomplir sa vengeance contre ses trois bourreaux. Le rôle exigeait notamment une maîtrise remarquable pour conserver une forme de détachement émotionnel dans les scènes finales, particulièrement celles face à Mercédès suppliant Edmond de renoncer à son projet dévastateur. Cette absence d’empathie, ce vide affectif auquel succombe le personnage, constitue une partie délicate du travail de l’acteur. Interrogé sur son approche, Claflin a souligné l’importance du format télévisuel : contrairement au cinéma, la télévision permet au spectateur de ressentir profondément chaque émotion des personnages et de comprendre leurs motivations. Cette absorption progressive dans l’univers du Comte s’avère pédagogiquement efficace, car elle aide à saisir la logique implacable d’une vengeance mûrement réfléchie.