Olivier Solivérès adapte « Cher Evan Hansen »

La Madeleine

Olivier Solivérès s’est imposé comme un maître de la scène jeune public avec une remarquable succession de spectacles comme « Ados » ou « Le Bossu de Notre-Dame ». 2024 marque un tournant avec « Le Cercle des poètes disparus » au Théâtre Antoine, couronné par un impressionnant succès agrémenté du Molière du metteur en scène d’un spectacle privé. Son statut d’auteur-metteur en scène reconnu se confirme avec la création française de la comédie musicale « Cher Evan Hansen ».

D’entrée, Olivier Solivérès dit son amour du spectacle, lui qui aime et vient du théâtre imagé et vivant de Mnouchkine ou de Bob Wilson. Enfant, son premier contact avec cet univers si particulier s’est fait avec les grandes créations de Robert Hossein. Par ailleurs, la comédie musicale est une passion qu’il assouvit notamment en allant à Londres très régulièrement. Il a vu et adoré « Cher Evan Hansen » à Broadway en 2016. « J’ai pris une claque énorme avec ce spectacle si visuel (c’est tout ce que j’aime) qui aligne des chansons ultra-modernes et une histoire très émouvante. J’en suis sorti bouleversé » dit-il. Mais monter en France cette comédie musicale qui cartonne tant à New-York qu’à Londres lui parait alors un rêve inaccessible.

C’est une agent d’auteurs, Suzanne Sarquier qui lui apprend que Michel Lumbroso et Dominique Bergin, directeurs de La Madeleine et Sandrine Mouras directrice de TF1 Spectacle rêvent de monter « Cher Evan Hansen ». À l’annonce de cette nouvelle, il décide de lancer la machine et d’adapter le livret de Steven Levenson. Une maquette réalisée par Frédéric Strouck et David Sauvage permet de tester la version française de l’une des principales chansons. « J’étais rassuré, ce super travail a permis de garder intacte l’émotion et le swing. Nous sommes entrés dans le vif du sujet en demandant les droits aux américains que nous avons rencontré plusieurs fois et à qui il a fallu aussi, ce qui n’était pas évident, faire accepter quelques coupes. Nous avons eu le feu vert, avec carte blanche pour la mise en scène. Avec la chanteuse Hoshi dont les textes à fleur de peau collent très bien avec la comédie musicale, Frédéric Strouck et David Sauvage se sont attelés à la traduction des chansons ».

Désireux d’imprimer sa marque comme il l’a toujours fait, Olivier Solivérès choisit Jennifer Barre, une jeune directrice de casting qui sélectionne une équipe capable de répondre aux incroyables challenges vocaux de cette comédie musicale, si belle mais si difficile à chanter. « Pour moi, c’était important d’amener et de faire découvrir de nouveaux talents sur scène. Je dois avouer que je suis hyper content car j’ai une équipe dingue, je ne pense pas que j’aurais pu trouver mieux. » Une troupe accompagnée par quatre musiciens sur scène qui va aborder les sujets profonds et contemporains de ce musical avec une sincérité absolue, seule capable de vraiment toucher le public. La solitude, l’anxiété, les réseaux sociaux mais aussi l’amitié, la famille, et l’amour traversent « Cher Evan Hansen », un spectacle hors du commun, poétique, jamais moralisateur, et qui, au fond, nous lance à sa façon un autre vibrant « Carpe diem » !

Philippe Escalier – Photo © Natalie Robin

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Swan Lake

La Seine Musicale

Le magnifique « Lac des cygnes » réinventé par Matthew Bourne qui triomphe à la Seine Musical présente une vision révolutionnaire qui célèbre trente ans de transgression chorégraphique. Génial !

SWANLAKE by Bourne, , Choreography – Matthew Bourne, Designs – Let Brotherston, Lighting – Paule Constable, New Adventures, 2024, Plymouth, Royal Theatre Plymouth, Credit: Johan Persson/

Trente années après avoir bousculé tous les codes du ballet classique pour le plus grand plaisir des spectateurs, le Swan Lake de Matthew Bourne s’impose à nouveau comme l’événement incontournable de cette saison parisienne. Jusqu’au 26 octobre, la Seine Musicale accueille cette création devenue légendaire, portée par une nouvelle génération de danseurs qui vient sublimer ,avec une intensité remarquable, la vision iconoclaste du chorégraphe britannique.

L’audace fondatrice de cette œuvre réside dans le choix radical qui fit scandale en 1995 : remplacer le corps de ballet féminin traditionnel par une troupe exclusivement masculine. Ces cygnes au crâne rasé, marqués d’une raie noire sur le front, torse nu sous leurs pantalons à plumes, incarnent une sauvagerie primitive qui rompt définitivement avec l’imagerie éthérée du romantisme. La danse devient tellurique, ancrée, presque violente dans son expression corporelle. Là où Petipa cherchait l’envol gracieux, Bourne impose la force brute, le désir charnel et la tension animale.Et le public, amoureux de la danse, lui, revit enfin !

SWANLAKE by Bourne, , Choreography – Matthew Bourne, Designs – Let Brotherston, Lighting – Paule Constable, New Adventures, 2024, Plymouth, Royal Theatre Plymouth, Credit: Johan Persson/

La relecture, avec un gout ravageur pour la parodie, transpose l’intrigue dans les cercles de la monarchie britannique contemporaine, évoquant sans détour l’époque troublée de Charles, Diana et Camilla. Le prince devient un homme étouffé par les obligations protocolaires, prisonnier d’une mère distante et d’un destin qu’il n’a pas choisi. Sa rencontre nocturne avec le cygne blanc dans un parc londonien ouvre une dimension homo-érotique qui fait du ballet un manifeste sur la liberté d’aimer et l’oppression sociale. Cette transgression narrative, servie par la partition immortelle de Tchaïkovski réorchestrée avec audace, transforme le conte romantique en quête existentielle profondément moderne.

SWANLAKE by Bourne, , Choreography – Matthew Bourne, Designs – Let Brotherston, Lighting – Paule Constable, New Adventures, 2024, Plymouth, Royal Theatre Plymouth, Credit: Johan Persson/

Sur le plateau de Boulogne-Billancourt, la troupe New Adventures déploie une virtuosité sidérante. Les tableaux collectifs alternent avec des duos d’une sensualité assumée, tandis que les références au cinéma d’Hitchcock enrichissent une dramaturgie qui mêle théâtre, danse contemporaine et spectacle total. Après plus de trente récompenses internationales et des tournées triomphales à Londres comme à Broadway, cette production reste un choc esthétique et émotionnel, preuve éclatante que la danse peut (et doit) déconstruire les conventions pour mieux toucher l’universel. Le public parisien aurait bien tort de s’en priver !

Philippe Escalier

SWANLAKE by Bourne, , Choreography – Matthew Bourne, Designs – Let Brotherston, Lighting – Paule Constable, New Adventures, 2024, Plymouth, Royal Theatre Plymouth, Credit: Johan Persson/
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Brassens, l’amour des mots

La Scène Parisienne

Quand le théâtre épouse la chanson française

À la Scène Parisienne depuis le 15 septembre et jusqu’au 4 janvier 2026, Nicolas Natkin propose avec « Brassens, l’amour des mots » une expérience scénique située à la croisée du théâtre, du concert et de la performance poétique. Ce spectacle original réunit trois artistes qui mêlent voix, guitare et contrebasse dans une célébration de la liberté de ton et de la force de la chanson engagée.

Depuis plus de dix ans, la Compagnie du Goéland, fondée par Nicolas Natkin, défend un théâtre du verbe et de la sensibilité. Avec ce spectacle, elle poursuit sa démarche en alliant création musicale, interprétation théâtrale et volonté de transmettre une parole poétique et engagée. Le comédien-chanteur, qui a une belle voix et une présence scénique forte, ne cherche pas à incarner Brassens mais plutôt à dialoguer avec lui. Et il le fait magnifiquement !
La distribution associe Nicolas Natkin à l’interprétation et au chant, Mauro Talma à la guitare et Stéphane Caroubi à la contrebasse, tous deux excellents. La mise en scène imagée et rythmée signée Philippe Nicaud privilégie l’écoute, la transmission et l’émotion directe. Durant une heure vingt, le spectacle se construit comme un dialogue passionnant avec l’œuvre du poète.

Dans sa note d’intention, Nicolas Natkin explique s’être plongé dans ce qu’a dit et écrit Georges Brassens pour tisser un fil qui ne raconte pas sa vie mais lui rend hommage en tant que poète, faiseur de couplets et amoureux des mots.
L’approche intimiste alterne extraits d’interviews, de confidences et de textes peu connus, enrichis parfois de documents vidéo. Le spectacle met en lumière la richesse du répertoire tout en révélant la pensée de l’artiste au-delà des seules chansons. Cette architecture permet de faire entendre les silences, les doutes et les éclats de rire de l’homme qui se cachait derrière le mythe.

« Brassens, l’amour des mots » est jalonné des titres emblématiques comme « J’ai rendez-vous avec vous », « Je suis un voyou », « La mauvaise réputation », « Les trompettes de la renommée » ou encore « Le pornographe ». Ce choix traverse différentes facettes de l’œuvre, de l’anarchisme tendre à l’ironie grinçante. Grâce au talent de Nicolas Natkin, chaque chanson devient un moment de théâtre vivant où la parole poétique retrouve sa force première.

Texte et photos : Philippe Escalier

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Tango After Dark à la salle Pleyel

Germán Cornejo : Le Nuevo Tango dans toute sa splendeur

L’annonce de la courte résidence parisienne de « Tango After Dark » de la compagnie de Germán Cornejo à la mythique salle Pleyel, du 16 au 18 octobre 2025, constitue un événement qui promet de transformer la perception du tango sur la scène chorégraphique française. Cette production s’impose comme une œuvre chorégraphique de tout premier plan qui fait du tango un médium d’expression audacieux, sensuel et pour tout dire, inoubliable.

Le chorégraphe et directeur artistique, Germán Cornejo, reconnu comme Champion du Monde de Tango, est le cerveau de cette production. Sa marque distinctive réside dans une fusion élégante : une chorégraphie qui s’ancre dans la tradition argentine tout en adoptant une sophistication résolument contemporaine. Cornejo présente un tango conçu pour le grand plateau, un travail « mis en valeur pour les spectateurs contemporains ».
La pièce explore l’essence émotive de cette forme d’art avec une troupe de dix danseurs virtuoses. La chorégraphie rend le drame et la tension, caractéristiques fondamentales du tango, palpables à chaque instant. L’exécution des danseurs se distingue par une précision et un panache qui traduisent une maîtrise technique absolue du mouvement. Ils « glissent, fouettent, effleurent et enflamment la scène » à chaque pas.

Germán Cornejo partage l’affiche avec l’électrisante Gisela Galeassi, qui est également son assistante chorégraphe. L’excellence de ce duo est renforcée par des parcours artistiques qui attestent de leur ancrage dans le monde de la danse contemporaine. Le public averti n’a pas oublié que Gisela Galeassi a fait partie de la distribution de Milonga, une superbe création dirigée et chorégraphiée par Sidi Larbi Cherkaoui.
Leur parcours témoigne d’une double exigence : Germán Cornejo a été formé au Gatell Conservatory dès l’enfance, tandis que Gisela Galeassi, danseuse classique avant de se consacrer au tango, fut nommée ambassadrice culturelle de Buenos Aires. Cette double culture nourrit une approche où la rigueur technique dialogue avec l’expressivité.

La dimension musicale élève « Tango After Dark » au statut d’œuvre artistique majeure. La performance chorégraphique est tissée autour des compositions emblématiques du légendaire Astor Piazzolla, le compositeur qui a révolutionné le genre en créant le nuevo tango. Cette musique, intrinsèquement plus dramatique et rythmiquement plus complexe que le tango classique, confère à la danse un élan et une énergie accrus.
Le choix d’un orchestre live de sept musiciens, dirigé par Ovidio Velazquez, garantit une expérience immersive d’une grande richesse sonore. Le plateau est complété par deux des meilleurs chanteurs d’Argentine. Leurs voix puissantes servent de fil conducteur émotionnel, créant un contrepoint à l’implacable précision technique des danseurs.
Du 16 au 18 octobre 2025, avec Germán Cornejo et sa troupe, l’espace de trois soirées, la salle Pleyel devient la capitale du Tango.

Philippe Escalier

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La Corde

Studio Marigny

Cette pièce de Patrick Hamilton, donnée pour la première fois à Londres en 1929, est rendue célèbre par le film d’Alfred Hitchcock. Elle est créée en France pour cette rentrée 2025 dans une mise en scène de Guy-Pierre Couleau et une belle distribution à laquelle participe Myriam Boyer.

Myriam Boyer

C’est sur le tournage des « Misérables » de Fred Cavayé que Myriam Boyer a pris le temps de nous parler de la pièce. « L’opportunité de la jouer m’a été donnée par Lilou Fogli, qui est ma belle-fille et qui en est l’adaptatrice avec Julien Lambroschini. Après la lecture, j’ai trouvé que c’était une belle adaptation. Mon personnage, la mère de l’un des deux garçons, est une vraie bourgeoise, c’est vraiment un contre-emploi, ce qui est toujours très excitant à jouer. Et je trouve intéressant et très singulier le fait que le public sache ce que nous, sur scène, nous ignorons. »
Avec sa générosité habituelle, Myriam Boyer nous confie : « Dans « La Corde », je retrouve le plaisir que j’ai eu dans « Chère Elena » au Théâtre de Poche », à savoir être entourée de jeunes artistes. Qui plus est, nous sommes nombreux sur scène (cela devient rare!) et avec le talent de Guy-Pierre Couleau nous allons faire un spectacle très théâtral ». Une performance qui se situera dans la continuité de tous les grands moments qui ont émaillé la carrière de Myriam Boyer. Au cinéma comme au théâtre, elle a toujours su toucher le public au cœur comme ce fut le cas avec « Juste un souvenir », seul en scène très personnel dans lequel elle interprète en comédienne de grands textes de la chanson, et qu’elle entend reprendre bientôt. Incontestablement, cette magnifique actrice qui affiche avec un grand sourire ses 77 ans, tient la corde !

Guy-Pierre Couleau, metteur en scène

Cet acteur de formation, qui a très vite fait de la mise en scène son terrain de prédilection, a monté les plus grands auteurs, classiques ou contemporains. D’entrée de jeu, « La Corde » ce thriller (genre rare au théâtre) l’a séduit par son sujet, un affrontement idéologique allant jusqu’au meurtre. « Cette pièce nous propose une exploration de la face sombre de la psychologie humaine, avec la tentation du mal, le complexe de la supériorité intellectuelle ou de la suprématie raciale, couronnée par la transgression morale et les conséquences qui en découlent. L’adaptation a permis de la réactualiser en la situant dans les années 50 à Paris, dans une période perturbée par des guerres coloniales ».
« La Corde », et c’est son originalité, joue sur trois registres, suspens, humour et horreur. Construite comme un épisode de « Colombo », le public assiste à l’enquête en connaissant d’entrée les meurtriers qui, sûrs d’eux-mêmes et dominateurs, multiplient les provocations. Les tensions du premier acte sont atténuées par les moments d’humour assez grinçants qui traversent le second. Le tout porté par un magnifique sextuor sur lequel Pierre-Guy Couleau dit n’avoir eu aucune hésitation. « Les deux jeunes acteurs principaux sont terriblement doués et ont la beauté du diable, Thomas Ribière qui jouait Laerte dans ma mise en scène d’Hamlet en 2021 et Audran Cattin, une révélation qui a déjà un superbe parcours. Grégori Derangère qui va mener l’enquête est un atout pour ce spectacle tout comme Myriam Boyer, Lucie Boujenah et Martin Karmann ».

Philippe EscalierPhotos © André Muller

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La Corde

Studio Marigny

Cette pièce de Patrick Hamilton, donnée pour la première fois à Londres en 1929, a été rendue célèbre par le film d’Alfred Hitchcock avec James Stewart en 1948. Sa création en France pour cette rentrée 2025, avec une superbe distribution dans une mise en scène de Guy-Pierre Couleau, donne lieu a un huis-clos d’une formidable intensité.

Si la pièce est ancienne, les thèmes qu’elle aborde restent d’actualité. Pour les résumer, une paraphrase de Rabelais, « pouvoir sans morale n’est que ruine de l’âme », conviendrait parfaitement. « La Corde » explore la face sombre de la psychologie humaine en lui apportant, autour de l’éthique et du pouvoir, une touche philosophique qui se conjugue avec des dialogues souvent très drôles et un suspens digne des meilleurs thrillers. Impossible d’en dire plus, le genre supportant mal que l’on déflore le sujet. Laissons donc le spectateur aller de surprises en surprises en découvrant une intrigue enrichie par l’adaptation signée Lilou Fogli et Julien Lambroschini qui ont su la remettre au goût du jour et lui donner une belle dynamique.

Le travail de Guy-Pierre Couleau séduit par sa subtilité et son efficacité. Sa mise en scène permet à la remarquable distribution de donner le meilleur. Les deux acteurs principaux, Audran Cattin et Thomas Ribière, en jeunes cadres surs d’eux-mêmes et dominateurs, transformant un crime en jeu mondain, s’imposent avec un brio confondant et portent ce spectacle à des sommets que l’on croyait inaccessibles. Myriam Boyer est, comme toujours, magnifique et touchante dans un rôle délicieux à contre-emploi. Grégori Derangère qui mène l’enquête, Lucie Boujenah et Martin Karmann sont à l’unisson. Cette pièce qui commence et se termine par deux moments forts a l’art de séduire un public heureux de commencer la saison pour un spectacle de cette trempe où, si l’on meurt, ce n’est assurément pas d’ennui !

Philippe Escalier – Photo © Bertrand Exertier

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Quintetto

Le Train Bleu

Le spectacle de Marco Augusto Chenevier est l’une des plus belles découvertes du festival d’Avignon 2025. Un moment d’une infinie drôlerie, audacieux, exigeant et plein de surprises.

La caractéristique d’un spectacle à ce point surprenant est qu’il vous oblige à en dire le moins possible, tant l’étonnement (et la joie) à le découvrir ont été grands. Sans rien trahir, l’on peut mentionner que « Quintetto » dans lequel rien ne se passe comme prévu, est construit en hommage à une célèbre figure italienne, la sénatrice Rita Levi Montalcini grande scientifique décédée à 103 ans en 2012 et lauréate du prix Nobel de médecine en 1986. Le parallèle devient vite évident entre le manque de moyens alloués à la recherche scientifique et la situation du monde artistique.

Marco Augusto Chenevier peut se classer dans la catégorie des danseurs, acteurs, mi-clown mi-magicien. Cet artiste complet se révèle un narrateur, un metteur en scène, un chorégraphe-danseur hors pair, capable de construire à lui tout seul, (avec quelques aides extérieures néanmoins), un spectacle pendant lequel le public se sent partie prenante et surtout, rit tout le temps. Toujours sur le fil, dans un exercice dans lequel tout est propice à un « casse-gueule » magistral, lui réussit tout avec brio, de la manière la plus incroyable qui soit. Ravi par tant de légèreté et d’originalité, touché par un talent phénoménal, le public quitte le Train Bleu avec un immense sourire, tout heureux d’être sorti des sentiers battus et d’avoir découvert un immense artiste.

Ce spectacle ne se joue pas les jours pairs, faites donc un impair !

Philippe Escalier – Photo © Alex Brenner

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Lennon et McCartney

C’est à une surprenante rencontre entre le duo emblématique des Beatles, dix ans après leur rupture et un mois avant la mort de Lennon, que nous propose d’assister le spectacle de Germain Récamier. Un évènement imaginaire qui permet une belle rétrospective musicale, portée par deux excellents comédiens-musiciens durant le festival Off 2025 d’Avignon, au Théâtre du Collège de la Salle.

L’incroyable et fulgurante carrière des Beatles (dont le succès planétaire fait oublier qu’elle s’est déroulée sur à peine plus de dix ans) est bâtie sur les deux piliers que furent John Lennon et Paul McCartney. Germain Récamier s’est emparé de ces deux figures mythiques pour balayer leurs créations musicales, tout en décrivant la relation féconde, riche mais si complexe qui les unissait. L’intrigue permet de mettre en évidence une alliance de talents complémentaires (leur producteur George Martin, dira d’eux : « John apportait le feu, Paul la lumière ») grâce à laquelle ils signent près de 200 chansons. Dans le même temps, s’esquisse le portrait de ces deux personnalités qui s’attirent et se repoussent, jusqu’au clash final quand Paul McCartney voudra prendre la tête du groupe ce que l’indépendant John Lennon, de plus en plus proche de Yoko Ono, n’accepte pas.

Cette passionnante histoire nous est racontée à coups de flash-back dans une mise en scène subtile et très imagée signée Joseph Laurent. En bêtes de scène et musiciens accomplis qu’ils sont, Tristan Garnier et Simon Froget- Legendre forment le couple idéal pour faire vivre ce spectacle musical, sans temps morts, ponctués par les plus grands tubes des Beatles. L’on quitte cette pièce-concert particulièrement réussie, avec des airs dans la tête et en repensant, non sans une certaine émotion, à cette phrase de MacCartney prononcée après l’assassinat de John Lennon et qui résume si bien leur relation : « Je n’ai jamais vraiment pu lui dire combien je l’aimais ! ».

Texte et photos : Philippe Escalier

Théâtre du Collège de la Salle
3 place Louis Pasteur 84000 Avignon
Du 5 au 26 juillet 2025 à 17 h 40

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Récital de Jan Lisiecki

Théâtre des Champs-Élysées

Technique irréprochable, sensibilité rare, intériorité du jeu et clarté de phrasé, Jan Lisiecki, pianiste canadien d’origine polonaise, reconnu pour sa maturité et sa profondeur d’interprétation, sait mettre en valeur les nuances les plus subtiles des œuvres qu’il aborde.
Très tôt, il s’est imposé comme l’un des interprètes les plus expressifs et raffinés de sa génération. Signataire d’un contrat avec Deutsche Grammophon à l’âge de 15 ans, il a depuis développé une discographie, notamment autour de Chopin, Schumann, Beethoven et Mendelssohn.

Son récital à Paris autour des Préludes de Chopin, Brahms et Rachmaninoff mais aussi Bach, Szymanowski, Messiaen et Górecki s’inscrit dans la lignée de ses récentes explorations de ce genre. Il a d’ailleurs présenté un programme similaire acclamé au Carnegie Hall de New York en mars 2024, où sa performance a été saluée pour sa capacité à offrir une lecture nuancée et « multicolore » des préludes, notamment ceux de Chopin. Quelques mois plus tard, le 18 juillet 2024, c’est ce même programme qu’il donne à entendre à Londres, lors de son récital à Wigmore Hall faisant à nouveau la démonstration de sa virtuosité de de sa maîtrise remarquable de la forme brève.

Après l’avoir ovationné à la Seine Musicale le 30 novembre 2023 où il a interprété le concerto de Grieg avec le Hr-Sinfonieorchester Frankfurt, sous la direction d’Alain Altinoglu, les parisiens auront la joie de retrouver Jan Lisiecki au Théâtre des Champs-Élysées. Le 7 juin 2025, nous sommes invités à une immersion dans un univers sonore où chaque pièce, bien que courte, ouvre des horizons émotionnels profonds. Sa sensibilité et son approche nuancée promettent une soirée unique de musique introspective et lumineuse.

Philippe Escalier – Photo © Ksawery Zamoyski

https://www.theatrechampselysees.fr/

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La Cité de l’Histoire

Le 17 janvier 2023, sur 6000 m2, s’est ouvert à La Défense, grâce au travail et à l’implication de l’historien Franck Ferrand, un lieu consacré à l’Histoire de France. Les techniques les plus modernes et des animations embarquent les visiteurs dans cette passionnante traversée de 12 siècles qui nous plonge au cœur de l’Histoire.

Le pari n’avait rien d’évident. Il fallait susciter l’envie et divertir sans amoindrir le formidable apport pédagogique à la base du projet. La Cité de l’Histoire s’affirme comme un magnifique instrument de sensibilisation et d’apport de connaissances à destination de tous, en particulier des plus jeunes dont on parle ici le langage. Réalité virtuelle ou augmentée, hologrammes et projections vidéo à 360° font partie intégrante d’un vaste parcours permettant de vivre cette immense leçon, riche en dates et en informations, présentée sous une forme très actuelle et toujours très ludique.

La Cité de l’Histoire est structurée autour de trois grands pôles. « La clé des Siècles », parcours immersif où les voix de Franck Ferrand et d’Anissa Haddadi, par le biais d’un casque audio, nous accompagnent pour visiter 17 salles. Elles résument les riches heures de notre passé, avec, outre l’image et le son, la mise en situation avec des comédiens qui interagissent avec nous et nous entrainent dans leur époque. Vient ensuite la « Frise chronologique ». Les amateurs de dates ne resteront pas sur leur faim, ils n’en trouveront pas moins de 400, sans compter les 26 bornes tactiles qui s’animent à la demande. Enfin, « L’Ellipse 360° » permet de découvrir un grand personnage à travers une animation entre cinéma et spectacle immersif. Cette attraction, actuellement consacrée à Jules César, voit son thème changé deux fois par an, ce qui permet de fidéliser une clientèle toujours en quête de nouvelles découvertes.

Louis-Xavier Nicolas, le directeur de la Cité de l’Histoire, nous indique que ce renouvellement s’accompagne d’une volonté d’améliorer les contenus avec des expositions d’objets ou des présentations de collections permettant d’accueillir des artistes venant exposer leurs œuvres en lien avec l’Histoire. Par ailleurs, il souligne que certaines des innovations intervenues depuis deux ans ont eu pour origine les retours des visiteurs. « Une personne sur quatre laisse un commentaire après son passage. Ces avis sont étudiés avec soin. C’est ainsi que nous avons répondu à la demande de création d’un espace pour les plus petits avec notamment un partenariat avec la maison d’édition Quelle Histoire spécialisée dans les contenus destinés aux enfants ». Les capacités de réaction dont l’une des grandes forces de la Cité de l’Histoire dont toutes les équipes de création et de médiation sont internalisées. Ici, tout est fait maison !

Le contrat est donc rempli pour cette structure qui fonctionne avec, en permanence, une trentaine de personnes comprenant le personnel d’accueil, les comédiens et les techniciens. Leur engagement a permis de faire vivre un lieu unique et de démontrer que l’intérêt des Français pour leur Histoire reste, plus que jamais, d’actualité.

Philippe Escalier

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