Aime-moi

Au Théâtre des Mathurins, Fabien Ducommun poursuit l’épopée intime entamée à La Scala Paris puis au Festival d’Avignon l’été dernier. Avec « Aime-moi », l’artiste suisse qui avait endossé le rôle-titre du « Soldat Rose » de Louis Chédid lors de sa création scénique, mêle récit autobiographique et répertoire des crooners pour proposer une traversée des États-Unis qui devient progressivement exploration de soi. Sur scène, un simple tabouret se métamorphose en Chevrolet baptisée Princesse, véhicule d’une odyssée solitaire de la côte Est au Pacifique.


Le dispositif scénique épuré, signé Christian Kiappe qui cosigne également la mise en scène, privilégie la puissance évocatoire du verbe et de la musique. Accompagné à la guitare électrique par Jean-François Prigent, Fabien Ducommun ponctue son monologue de standards mythiques : « Love Me Tender », « New York, New York », « Nature Boy » surgissent comme autant de jalons mémoriels. Ces neuf chansons constituent bien plus qu’un habillage musical, elles fonctionnent comme déclencheurs d’une remontée progressive vers les scènes fondatrices d’une existence. L’interprétation vocale du comédien, d’une qualité rare, révèle une tessiture cristalline qui accentue la dimension onirique du propos.


Le texte tisse une narration cinématographique où se superposent temporalités et géographies. Les rencontres effectuées au gré des kilomètres font écho aux figures masculines du passé, questionnant en filigrane les modèles de virilité et les héritages familiaux. Sans pathos ni démonstration appuyée, Fabien Ducommun convoque souvenirs d’enfance, accident d’asthme, désirs confus dans un récit qui évite soigneusement l’écueil de l’autofiction complaisante.


Doublement nommé aux Trophées de la Comédie Musicale 2025 dans les catégories « Spectacle Musical » et « Artiste Interprète Masculin », « Aime-moi » s’impose comme une proposition singulière dans le paysage théâtral contemporain. Déjà publié aux Éditions de L’Avant-Scène Théâtre, le texte témoigne d’une écriture qui parvient à universaliser l’intime. Avant sa tournée helvétique qui le mènera notamment à Montreux, le spectacle illustre à Paris comment Fabien Ducommun métamorphose la confession personnelle en histoire d’amour partagée.

Philippe Escalier

Photo : © Shirley Monsarrat

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Journaliste et photographe dans le domaine du spectacle vivant.
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