Mur-Murations

Au 100ecs

Dans le 12e arrondissement parisien, le collectif « Le Bruit des Vagues » présente jusqu’au 28 janvier « Mur-Murations », une œuvre théâtrale qui explore les possibilités de l’humanité face à l’impensable. Écrite par Patrice Juiff et mise en scène par Dominique Zenou, cette création de quatre-vingt-quinze minutes s’inspire d’une histoire vraie pour interroger notre capacité collective à transcender la haine.

L’argument du spectacle repose sur le parcours de Rami Elhanan, Israélien, et Bassam Aramin, Palestinien, deux hommes que rien ne destinait à se rencontrer si ce n’est la pire des tragédies : la perte d’un enfant dans le conflit qui déchire leurs peuples. Plutôt que de céder à la spirale de la vengeance, ils choisissent la voie improbable de l’amitié et de la réconciliation. Patrice Juiff, romancier, nouvelliste et dramaturge reconnu, couronné du Grand prix de la nouvelle de la Société des gens de lettres pour « La taille d’un ange », construit autour de cette rencontre un chant polyphonique où huit personnages portent des récits entremêlés, traversés par des forces contradictoires.

Dominique Zenou, qui signe la mise en scène, orchestre ces voix multiples dans un dispositif scénographique pensé par Sophie-Emmanuelle Petit. La partition sonore de Léo Vincent et les lumières de Valentin Delaunay contribuent à faire de ce spectacle un espace de résonance où les destins individuels composent une fresque collective. Le titre même évoque les « murmurations », ces ballets aériens des nuées d’étourneaux qui se déplacent à l’unisson dans le ciel, métaphore d’une humanité capable de mouvement coordonné malgré les obstacles.

Six comédiens portent cette œuvre exigeante : Corinne Bastat et Nathalie Bastat, toutes deux rompues aux exigences du théâtre contemporain, sont rejointes par Nicolas Daudon, l’excellent Raphaël Fournier, Patrice Juiff lui-même et Marc Ponette. Ensemble, ils incarnent des existences brisées par la violence mais refusant de s’y soumettre. Leur présence scénique donne corps à cette tension fondamentale : comment rester humain quand tout conspire à nous déshumaniser ?
En ces temps où les fractures se multiplient, le spectacle rappelle l’urgence de l’écoute et du partage des récits. Non comme une simple consolation, mais comme un acte de résistance face à la déshumanisation qui menace. Au 100ecs, lieu dédié à l’émergence artistique, cette création trouve son écrin naturel : un espace où le théâtre s’affirme comme un lieu de questionnement vital sur notre condition commune.

Philippe Escalier

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About Sensitif

Journaliste et photographe dans le domaine du spectacle vivant.
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