Un acteur anglais aux multiples facettes

James Geoffrey Ian Norton est né le 18 juillet 1985 à Lambeth, dans le sud de Londres. Son père, natif de Tanzanie, enseignait à la Hull School of Art and Design, et sa mère exerçait également dans l’éducation. La famille s’installera rapidement à Malton, dans le district de Ryedale, aux confins des Howardian Hills, cette campagne du Yorkshire du Nord que James Norton évoque volontiers comme le décor idyllique de son enfance.
Une formation entre foi et théâtre
Sa scolarité au prestigieux Ampleforth College, pensionnat bénédictin du Yorkshire, lui forge une culture religieuse rigoureuse et un sens aigu de la discipline. Il y reçoit l’enseignement de moines et y expérimente ses premiers émois scéniques, avant un stage révélateur au Stephen Joseph Theatre de Scarborough, à quinze ans à peine.
En 2004, il entre au Fitzwilliam College de Cambridge pour y étudier la théologie, obtenant en 2007 un diplôme avec la mention First Class Honours, la plus haute distinction du système britannique. Ses recherches portent principalement sur l’hindouisme et le bouddhisme – une inclination spirituelle qui ne le quittera plus. Une bourse de voyage lui permet de rejoindre le nord de l’Inde pour enseigner et se produire dans seize écoles. Durant ses années cambridgiennes, il s’investit dans la célèbre Marlowe Society et interprète Posthumus dans une production de « Cymbeline » dirigée par Trevor Nunn, metteur en scène avec lequel il collaborera à nouveau au Theatre Royal, Haymarket, dans « Le Lion en hiver ».
Il intègre ensuite la Royal Academy of Dramatic Art (RADA), qu’il quitte en 2010 six mois avant l’obtention de son diplôme, appelé par un premier engagement professionnel.
Les débuts : du Royal Court au West End
Ses premiers pas au cinéma se font dans « An Education » (2009) aux côtés de Carey Mulligan. Mais c’est sur scène qu’il forge l’essentiel de son métier. En 2010, il fait partie de la distribution originale de « Posh » au Royal Court Theatre, puis incarne Henry dans « That Face » au Crucible Theatre de Sheffield. La critique du « Independent » salue une « interprétation frappante » d’un jeune homme « comme un animal en cage ». La même année, le rôle du capitaine Stanhope dans « Journey’s End » – drame de la Grande Guerre – le mène du circuit de tournée britannique jusqu’au Duke of York’s Theatre dans le West End.
La révélation télévisuelle : « Tommy Lee Royce et Sidney Chambers »
La grande éclosion date de 2014. James Norton y déploie simultanément deux registres radicalement opposés, signant l’une des dualités les plus saisissantes de la télévision britannique. D’un côté, le révérend Sidney Chambers dans « Grantchester », série d’ITV où ce vicaire des années 1950, cultivé et tourmenté, résout des affaires criminelles en compagnie de l’inspecteur Geordie Keating (Robson Green). C’est son premier rôle principal. La série connaîtra quatre saisons, jusqu’en 2018.
De l’autre, Tommy Lee Royce dans « Happy Valley », série de la BBC signée Sally Wainwright : un psychopathe brutal, manipulateur, incarné avec une intensité qui laisse le public sans voix. Michael Hogan, du « Telegraph », écrit à son sujet qu’il a joué le personnage « avec une profondeur impressionnante ». James Norton commente lui-même avec une ironie assumée : « Huit millions de personnes souhaitent actuellement ma mort. » Cette performance lui vaut une nomination au BAFTA 2015 du meilleur acteur dans un second rôle. Il reprendra le rôle dans une deuxième, puis une troisième saison diffusée en 2023 – près d’une décennie après ses débuts dans la série.
La consécration internationale : « Guerre et Paix, McMafia et le grand écran »
En 2016, James Norton incarne le prince Andreï Bolkonski dans l’adaptation BBC de « Guerre et Paix » signée Andrew Davies, coproduction internationale tournée en partie en Russie. Ce personnage d’aristocrate désabusé, lucide et mélancolique, confirme sa capacité à porter de grandes fresques historiques. La même année, il joue dans l’épisode « Nosedive » de la série anthologique « Black Mirror » et se produit au West End dans « Bug » de Tracy Letts.
En 2018, il tient le rôle principal d’Alex Godman dans « McMafia », thriller international sur la criminalité organisée russo-britannique, pour lequel il étudie le Systema, art martial russe. Sur grand écran, ses apparitions vont de « Mr. Turner » de Mike Leigh (2014) à « Mr. Jones » (2019), où il interprète le journaliste gallois Gareth Jones qui révéla l’Holodomor au monde occidental, jusqu’aux « Filles du docteur March » de Greta Gerwig (2019), dans le rôle de John Brooke.

James Bond : une rumeur tenace
Depuis 2016, le nom de James Norton revient régulièrement dans les spéculations des bookmakers et des médias britanniques sur l’identité du successeur de Daniel Craig. Cambridge, la RADA, une élégance naturelle, une capacité avérée à incarner des personnages complexes et moralement ambigus : l’acteur coche, sur le papier, nombre des qualités traditionnellement associées à l’agent 007.
La rumeur a connu un regain d’intensité en janvier 2025, à l’occasion de la diffusion de « Playing Nice » sur ITV. Des observateurs ont remarqué que James Norton était le seul homme à ne pas porter de smoking lors d’une scène de gala – détail apparemment anodin, mais qui a alimenté les spéculations : il est de notoriété publique dans le milieu que tout acteur ayant signé un contrat pour incarner Bond se voit contractuellement interdire le port du smoking dans tout autre projet. Lors d’un passage en radio, un auditeur lui ayant directement posé la question, James Norton a esquivé avec une pirouette : « Quand on m’a demandé quel méchant j’aimerais jouer, je me suis dit : « Ne dis pas méchant de Bond, ne dis pas méchant de Bond. » » Une non-réponse qui n’a fait qu’attiser la curiosité.
La situation de la franchise a, entre-temps, considérablement évolué. En février 2025, Barbara Broccoli et Michael G. Wilson ont cédé à Amazon MGM leur droit exclusif de contrôle sur la saga, confiant le développement du vingt-sixième opus à Amy Pascal et David Heyman. Denis Villeneuve a été confirmé à la réalisation. Dans ce nouveau contexte, James Norton demeure l’un des noms cités parmi les candidats sérieux, aux côtés d’Aaron Taylor-Johnson, Richard Madden, Harris Dickinson ou encore Paul Mescal – aucune annonce officielle n’ayant été faite à ce jour.
Les années récentes : du théâtre bouleversant à Westeros
En 2023, il livre l’une de ses performances les plus exigeantes au théâtre : Jude St. Francis dans l’adaptation scénique de « A Little Life », le roman déchirant d’Hanya Yanagihara, présentée au Harold Pinter Theatre puis au Savoy Theatre. Il remporte le WhatsOnStage Award du meilleur interprète et reçoit une nomination au Laurence Olivier Award du meilleur acteur.
En 2024, il incarne Chris Blackwell dans le biopic « Bob Marley: One Love », puis Robert Edwards dans « Joy », consacré aux pionniers de la fécondation in vitro. En 2025, il s’affirme aussi comme producteur : « Playing Nice », drame ITV en quatre épisodes, est produit par sa propre société, Rabbit Track Pictures. Parallèlement, il tient le rôle-titre de Harold Godwinson dans « King & Conqueror », mini-série historique de la BBC racontant la conquête normande de 1066, et joue Sean Rafferty dans « House of Guinness », série Netflix de style « Succession » centrée sur la famille fondatrice de la célèbre brasserie irlandaise.
Annoncé officiellement en janvier 2025, son entrée dans la troisième saison de « House of the Dragon » (HBO) représente une nouvelle dimension dans sa carrière. Il y incarne Ormund Hightower, seigneur d’Oldtown commandant les armées des « Verts » dans la guerre civile targaryen – personnage décisif d’une saga dont la diffusion est prévue en juin 2026. L’horizon s’étend au-delà : il a été choisi pour jouer Brian Epstein, le légendaire manager des Beatles, dans un ambitieux projet de quatre films dirigés par Sam Mendes, attendu pour 2028.

L’homme : engagement et vie privée
Atteint de diabète de type 1, James Norton assume publiquement sa maladie avec une bonne humeur communicative – il compare volontiers son diabète à « un gros chien hirsute appelé Bruce ». Bouddhiste pratiquant depuis de nombreuses années, il visite régulièrement des retraites, dont l’une en France en mai 2025. Depuis 2015, il est administrateur du Royal Theatrical Support Trust.
Ses prises de position publiques témoignent d’une conscience civique affirmée : il s’oppose au Brexit, plaide pour la lutte contre le changement climatique et soutient les droits des personnes trans et non-binaires. En mars 2025, il organise un événement caritatif qui récolte plus de 18 000 livres sterling au bénéfice d’un hospice de York.
Sur le plan sentimental, il a été en couple avec l’actrice Jessie Buckley (2015-2017), puis avec Imogen Poots (2018-2023), avec laquelle il s’était fiancé en 2022 avant leur séparation.
Classé 31e sur la liste TV 100 du « Radio Times » en 2024, James Norton s’est imposé comme l’une des personnalités les plus complètes et les plus imprévisibles du cinéma et de la télévision britanniques – vicaire ou criminel, prince ou conquérant, toujours habité par cette ambiguïté morale qui fait les grands acteurs.
Philippe Escalier