Palais des Congrès
Après quarante ans d’absence, la prestigieuse compagnie new-yorkaise Dance Theatre of Harlem retrouve, à l’occasion d’une belle tournée, les scènes françaises. Pour le public parisien, du 26 au 28 février au Palais des Congrès, ses vingt-huit danseurs présenteront un répertoire où classicisme et contemporanéité dialoguent sans compromis. Ce retour marque également la première tournée européenne sous la direction artistique de Robert Garland, nommé à la tête de la compagnie en 2022.

Fondée en 1969 par Arthur Mitchell, première étoile noire du New York City Ballet, la compagnie incarne depuis ses origines une philosophie révolutionnaire : celle d’une danse démocratique, libérée des frontières de classe et de race. Arthur Mitchell rêvait d’une danse « appartenant à tout le monde ». Cette conviction a façonné chaque création, chaque programmation durant six décennies.
La programmation parisienne s’articule autour de deux répertoires alternés. Au cœur de cette sélection figure « Return », création majeure de Robert Garland. Cette pièce fusionne avec audace la rigueur technique du ballet classique et la vitalité urbaine de la culture afro-américaine. Chorégraphiée sur des interprétations de James Brown et Aretha Franklin, elle transpose la sophistication néoclassique dans une esthétique urbaine post-moderne. Douze danseurs incarnent cette hybridation poétique, où chaque arabesque dialogue avec le groove funk, où chaque pirouette épouse les inflexions de la soul.

Parallèlement, la compagnie propose « Firebird », remise en scène exceptionnelle de ce chef-d’œuvre créé en 1982. John Taras avait chorégraphié ce ballet en puisant dans la mythologie russe ; Geoffrey Holder, artiste trinidadien devenu légende, l’avait métamorphosé en vision caribéenne flamboyante. Ses décors et costumes d’or et de plumes transformaient le conte en jungle d’orchidées. Cette reconstruction, supervisée par Leo Holder et la succession de son père, préserve intégralement cette vision originelle.
Le répertoire s’enrichit de pièces majeures : George Balanchine côtoie William Forsythe, le maître de l’innovation contemporaine. De Bach à Radiohead, de Stravinski à James Blake, la partition musicale reflète l’amplitude du projet artistique. Cette diversité procède directement du rêve fondateur d’Arthur Mitchell.

Le Dance Theatre revient à Paris chargé d’une histoire profonde. Les jazzmen noirs des années 1920, Josephine Baker, James Baldwin—autant de ponts entre Harlem et Paris, trois foyers de rayonnement afro-américain et caribéen qui ont toujours conversé. Robert Garland évoque cette alchimie historique avec lucidité. Arthur Mitchell lui-même trouva sa vocation en écoutant du jazz dans un club parisien avant de revenir fonder sa compagnie révolutionnaire à Harlem.
Ces performances promettent bien plus qu’un divertissement de haut vol. Elles offrent une expérience esthétique capable de réconcilier la discipline formelle du ballet avec l’authenticité urbaine, célébrant la diversité, l’inclusion et la puissance transformatrice de l’art dansé.
Palais des Congrès de Paris du 26 au 28 février 2026
Opéra National de Bordeaux du 11 au 15 février
Colisée de Roubaix du 19 au 21 février
Bourse du Travail de Lyon du 5 au 7 mars
Philippe Escalier
Photos : ©Jeff Cravotta ; ©Rachel Papo ; ©Theik Smith