Le Chanteur de Mexico

Opéra Théâtre de Metz

La nouvelle production de la célèbre opérette de Francis Lopez dans la mise en scène de Paul-Émile Fourny, portée par une formidable équipe, se place dans la lignée des spectacles de grande qualité que l’Opéra de Metz a l’habitude d’offrir à ses spectateurs.

L’œuvre la plus célèbre de Francis Lopez a été créée au Châtelet en décembre 1951. Son succès phénoménal, ses « tubes » entendus partout et connus de tous, lui ont permis de passer à la postérité, tout en subissant néanmoins les « outrages » de l’âge et la réputation, parfois un peu kitsch, dont l’opérette a du mal à se débarrasser. L’impressionnant travail de Paul-Émile Fourny, intelligent et inventif, qui modernise l’action en la transposant durant un tournage de film et la nourrit avec de nombreuses références, redonne à ce « Chanteur de Mexico » toute sa beauté et tout son éclat.

Après le lever de rideau et l’écoute d’une ouverture scintillante et précise, jouée par l’Orchestre national de Metz Grand Est, dirigé par le jeune chef virtuose Victor Rouanet, l’on découvre des décors (Hernán Peñuela), des costumes raffinés et chatoyants (Giovanna Fiorentini) et une ambiance qui rappellent les meilleures productions de Broadway. L’humour, les clins d’œil au cinéma ou aux musicals imaginés par Paul-Émile Fourny sont là pour donner le ton. C’est bien un spectacle en tous points exceptionnel que le public de cet opéra, (son inauguration en 1752 lui donne droit au titre de plus ancien de France en activité), vont découvrir, avec un enchainement de surprises, à commencer par l’extrême qualité vocale des chanteurs.

Dans le rôle de Vincent Etchebar, (c’est en quelque sorte le rôle-titre), Amadi Lagha, ténor franco-tunisien qui a collectionné les prix puis les grands rôles dans l’univers lyrique, avec sa voix veloutée, puissante, toute en finesse et ses indéniables qualités d’acteur, nous apporte ce que l’on pouvait rêver de mieux. Autour de lui Régis Mengus, un très espiègle et resplendissant baryton (Bilou), Perrine Madoeuf, sublime en Diva croqueuse d’hommes faisant marcher à la baguette Cartoni qu’interprète avec un touchant brio Gilles Vajou et Apolline Hachler (une Cricri magnifique et class dont on se souviendra longtemps), complètent une distribution magistrale, parfaitement à l’unisson. Tous ont répétés accompagnés au piano par l’excellente cheffe de chant Silvia Magagni. 

Aux côtés des magnifiques chœurs de l’Opéra Théâtre de l’Europole de Metz, placés sous la direction de Nathalie Marmeuse, les danseurs du Ballet de l’Opéra-Théâtre viennent dynamiser, avec un talent fou une intrigue que nourrissent les rôles comiques des deux comédiens Hadrian Lévêque di Savona (le cinéaste) et Charlène François (son assistante). Les habitués de l’Opéra seront amusés de voir son régisseur général, Florent Mayolet, leur prêter main forte dans un petit rôle croustillant.

Le défi consistant à faire redécouvrir et aimer l’opérette française la plus connue (si l’on excepte celles du grand Offenbach) est relevé haut la main. Impossible après cela de ne pas souhaiter que de telles expériences se reproduisent plus souvent et que soient ainsi dépoussiérés les grands titres de notre répertoire, aux qualités musicales évidentes, trop longtemps restés dans la pénombre, histoire de redonner au public cette joie et cette jubilation que ce réjouissant « Chanteur de Mexico » est en train d’apporter au public messin que l’on a entendu chanter avec ferveur « Mexiiiiico ! » pendant les nombreux rappels, avant de sortir du théâtre, le visage illuminé par d’immenses sourires. Difficile d’imaginer plus belle façon de terminer l’année !

Philippe Escalier

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About Sensitif

Journaliste et photographe dans le domaine du spectacle vivant.
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