« Tabas land », magnifique drame psychologique de Sergio Blanco, aborde un grave fait divers par le biais d’un reportage aux allures de thriller, comprenant une imbrication d’histoires avec un dénouement surprenant. Jouée en brésilien par deux excellents comédiens, dont Otto JR, ce texte a surpris et conquis les festivaliers. Rencontre avec Robson Torinni, l’un des deux protagonistes de ce huis-clos passionnant.

Robson, comment vivez-vous ce double rôle si difficile ?
Tout est difficile et c’est toujours le cas après six ans de représentation. Pour Martin, (le personnage principal), je dois changer ma voix, mes attitudes, ma gestuelle et puis, il me faut passer, en une seconde, au second personnage, qui emprunte mon vrai nom et qui est, bien sûr, très différent.
La concentration doit être au maximum. Quand j’ai fini de jouer, je suis exténué ! Je ne pense pas interpréter Martin, je suis Martin, c’est un véritable challenge, mais c’est ce que les acteurs (et le public) aiment !
Comment avez-vous rencontré ce texte ?
Tout a commencé avec mes cours de théâtre à l’université à Rio, puis, dans la foulée, en 2016, la création de ma propre compagnie, REG’s Produções Artística. En 2017, je suis tombé sur « Tebas land » avec le metteur en scène Victor Garcia Peralta. Pour nous, ce fut comme un coup de foudre. L’œuvre, écrite en espagnol, était très dense et demandait plusieurs heures de jeu. Nous l’avons adaptée en brésilien et l’auteur, Sergio Blanco, a été merveilleux, il nous a fait confiance et nous a autorisé à faire ce que nous souhaitions. Les premières représentations ont eu lieu en 2018 à Rio.
Le rôle de Martin vous a demandé beaucoup de travail ?
Oui. D’abord, je voudrais dire qu’il y a au Brésil, beaucoup de cas dramatique comme Martin. Ils n’ont pas d’environnement familial (le père est absent, la mère travaille). Ils ne bénéficient d’aucune aide d’aucune sorte. Pour mon rôle, j’ai pu visiter des prisons. J’y ai rencontré tellement de garçons ayant été maltraités. Cela a été très dur pour moi. Même les répétitions ont été pénibles. J’avais besoin de déconnecter : j’ai dû demander au metteur en scène d’avoir des pauses par moment.

Qu’avez-vous fait en parallèle ?
Entre temps, en 2022, suite à cette rencontre j’ai pu jouer un monologue que Serge Blanco a écrit pour moi : « Tráfico » qui m’a beaucoup séduit et qui a eu beaucoup de succès au Brésil.
À l’écran, j’ai commencé à tourner une série brésilienne en février de cette année « Familia é tudo » diffusée sur TV Globe et nous continuons, ce qui explique que je doive rentrer au Brésil dès la fin du festival. Mon personnage est un bad guy, très agréable à jouer, comme toujours quand il s’agit de personnages sombres.
Comment se sont passés vos débuts ?
J’ai commencé comme mannequin à São Paulo pendant plusieurs années avant de faire une école de théâtre connue, « Globe ». Je suis allé ensuite sur Rio pour tourner pour la télévision mais en même temps, j’ai suivi des cours d’Art Dramatique à l’université.
Au Brésil, il n’est pas toujours facile de vivre sa vie de comédien, nous n’avons pas autant de protections qu’en France par exemple. Beaucoup sont obligés de faire de petits travaux pour survivre. C’est un peu triste : nous devons toujours parler d’argent ! En tous cas, j’ai plaisir à continuer à travailler comme mannequin. Au Brésil, la plupart des choses se passent à São Paulo. Ma plus importante campagne a été faite pour Volkswagen.

Avez-vous envie de tourner ?
Oui ! J’adore le théâtre mais j’ai envie de faire plus de cinéma. C’est un domaine qui m’attire, c’est une autre façon de s’exprimer physiquement et bien sûr aussi de travailler. J’ai fait deux films « Ruas de Gloria » et « Vazio ». Je ne compte pas en rester là : mon rêve est de gagner un Oscar (rires) !
Je continue à travailler comme mannequin. Au Brésil, la plupart des choses se passent à São Paulo. Ma plus importante campagne a été faite pour Volkswagen.
Revenons à « Tebas land » pour finir. Quand avez-vous formé le projet de venir au festival d’Avignon ?
La décision a été prise en 2020 mais l’épidémie nous a obligé à ralentir et à reporter. Pour nous c’est important d’être ici, avec le grand nombre de programmeurs qui peuvent nous voir. Et puis, Avignon est si agréable. Nous avons eu de magnifiques réactions ici. De nombreuses personnes sorties très émues, certaines en train de pleurer. Je reste pourtant surpris que plusieurs personnes soient venues me trouver en m’avouant avoir été traversées par la même envie que Martin, sans être passé à l’acte heureusement !
Robson, dans ce festival qui reste une fête, qu’est ce qui est le plus difficile pour vous ?
Parler français ! J’ai commencé à prendre des cours mais ce n’est pas facile. Je trouve que votre langue est belle, je la trouve même sexy ! Mais pour finir, j’ai envie de dire merci ! Merci au public, à nos supporters et à ce formidable festival. En espérant que ce ne soit que le début de l’aventure française.
Propos recueillis par Philippe Escalier
« Tebas land » se joue à l’Espace Alya, 31, bis rue Guillaume Puy jusqu’au 21 juillet à 20h15