Panique à bord

 

Et si la France était le pays des comédies musicales ? Avec Panique à bord, le trio de choc Stéphane Laporte (Le Violon sur le toit) au livret, Patrick Laviosa (Le Cabaret des hommes perdus) à la musique et Agnès Boury (Créatures) à la mise en scène apporte une réponse brillante et positive. Tonique, endiablé, d’une étonnante fraîcheur, Panique à bord est bien le spectacle phare de cette rentrée !

 

L’histoire est un prétexte. Sur un bateau de croisière vont se rencontrer un couple désireux de libertinage, une mère et son fils vivant de pratiques peu recommandables, une chanteuse très vamp et un second qui rêve de devenir commandant. Au milieu d’une histoire totalement farfelue, dans une mise en scène de folie furieusement efficace, les numéros s’enchaînent, provoquant surprises et hilarité. Que ce soit le talent incontestable des comédiens Ariane Pirie, Christine Bonnard, Angélique Rivoux, Vincent Heden, Gilles Vajou et Jacques Verzier, la qualité des textes ou des musiques, on chercherait en vain une fausse note.

 

Il faut se précipiter vers ce spectacle et embarquer à bord du Titanas dont on ressort littéralement chaviré de bonheur !

 

Philippe Escalier

 

Photo Geneviève KRIEFF

 

 

Vingtième Théâtre : 7, rue des Plâtrières 75020 Paris M° Ménilmontant

Du mercredi au samedi à 21 h 30, dimanche à 15 h

01 43 66 01 13 

Antoine Coutou

 

Il est deux atouts que le travail n’apportera jamais à un comédien : le charisme et la présence sur scène. Antoine Coutou a la chance de posséder les deux. Et comme si cela ne suffisait pas, le jeune artiste découvert dans Bent aux Déchargeurs où il joue le rôle de Wolf, (voir l’article suivant) cache derrière une personnalité bouillonnante une véritable exigence et un souci des autres qui n’est pas forcément la qualité la plus partagée dans son métier !

Si l’on excepte le chant qu’il n’a presque pas pratiqué sur scène, Antoine Coutou, à vingt-six ans, s’est déjà frotté à nombre de disciplines. Le théâtre ancien (Aristophane), contemporain (Brecht), classique (Marivaux), les spectacles de rue, mais aussi le mime, les marionnettes et dans un tout autre domaine, la publicité. Visiblement quelques grandes marques comme Sony et Ericsson n’ont pas voulu se priver de l’éclat vert-bleu de son regard, ni de son sourire (comment ne pas s’amuser en découvrant dans son parcours un rôle d’Apollon ?). N’attendez pas après cela que monsieur ait la grosse tête. C’est tout l’inverse ! Lui qui a suivi le Cours Florent entend continuer sa formation sur le tas, en se frottant sans ménagement à la vie. L’école-cocon, sérail hors des réalités, n’est pas sa tasse de thé.

Le théâtre, à ses yeux, est une discipline. Ce sportif originaire des Vosges considère qu’il est là pour tout donner, avec énergie, comme dans le triathlon dont il ne peut se passer. « Je ne veux pas me trouver d’excuses, j’ai envie d’y aller à fond, sans m’économiser. La pièce je la veux en intraveineuse. » Et d’ajouter : « L’orgueil, pour moi, consiste à penser aux autres. » Visiblement, cette générosité – à la base de son travail et de son caractère – lui importe puisqu’au sujet des grands créateurs, il aura cette formule : « J’ai le sentiment qu’avoir du génie c’est d’abord savoir protéger les gens autour de soi ! »

Faire son portrait demanderait des pages, il faudrait aborder les films expressionnistes qu’il affectionne, la peinture qui est son jardin encore secret, ces visages marqués par l’existence qui l’attirent, l’élégance intérieure qui le fascine. Et les chemins balisés qu’il refuse d’emprunter pour leur préférer les sentiers plus abrupts suivis par ceux qui désirent se construire en se dépassant.

Après Bent, il attend un rôle « énorme » (comme il le dit en riant) qui révèlera le meilleur de lui-même. Son potentiel évident le prédispose à cela. Il y a chez Antoine Coutou les qualités et la richesse intérieure qui sont la marque des gens peu ordinaires.

 Philippe Escalier 

Les Déchargeurs : 3, rue des Déchargeurs 75001 Paris M° Chatelet-Les Halles Du mardi au samedi à 19 h 30 jusqu’au 29 septembre 2007 – 08 92 70 12 28

Bent

 

Berlin 1934, Max vit une vie insouciante où fêtes, drogue et sexe se confondent. Son ami Rudy, bohème et danseur, n’a guère de prise sur lui. Tous deux terminent une soirée agitée en ramenant Wolf à leur domicile. Ce jeune Allemand va, quelques heures après, se faire assassiner sous leurs yeux par les nazis. La Nuit des longs couteaux (moment sanglant où les SS liquident les SA, dirigées par Röhm, un homo assumé) vient de commencer. Les deux amants doivent fuir et se cacher avant qu’une imprudence ne permette de les capturer. Rudy, soupçonné d’être un intellectuel du fait de ses lunettes en écailles, sera tué sur place tandis que Max est acheminé vers Dachau. Croyant bien faire, il se dit juif pour échapper au triangle rose, celui-là même que doit porter Horst dont la rencontre va être source d’un peu d’amour. Mais dans l’horreur des camps de concentration, ce mot, pas plus que les détenus, n’a d’avenir.

 

Bent est une pièce majeure commençant comme Cabaret et se terminant comme Nuit et brouillard. Écrite dans les années 70 par Martin Sherman, un juif homosexuel, elle décrit la condition des victimes du triangle rose quand, trente ans après la guerre, l’homophobie ambiante (notamment dans la communauté juive) rejette avec mépris les souffrances subies par ces hommes différents. Militant par définition, ce texte humain, généreux et drôle (l’un des exploits de Sherman est de parvenir à nous faire sourire tout au long de cette terrible histoire) a une portée universelle. Avec des mots simples, cette pièce parle d’amour, de la lutte pour s’affirmer, rester en vie et conserver quoi qu’il advienne sa part d’humanité. C’est un moment rare où l’art rejoint la pédagogie.

 

Nicolas Guilleminot, fortement marqué par la pièce, a mis dix ans avant de réaliser son projet. Reprenant l’adaptation de Thierry Lavat, avec dix comédiens, il donne vie à sa vision de Bent dans l’espace réduit des Déchargeurs. Une vision humaine de ce drame, laissant une vraie place à la partie introductive qui se déroule dans le cabaret de Greta (excellent Gérald Teste qui se révèle dans son rôle travesti) dont les chants accompagnés au piano par Sylvain Bugajski rythment les moments euphoriques du début. Aux côtés de Didier Chopard, Christophe Jehanno, Olivier Pochon et Jean-Marc Dethorey, Baptiste Heynemann interprète un Rudy bavard, naïf à souhait. Antoine Coutou se livre avec souplesse à quelques facéties pendant que les spectateurs s’installent, et se coule ensuite avec facilité dans le personnage fruste de Wolf. Philippe Le Gall et Tony Incandella (Horst et Max), seuls en scène pour la dernière partie, communient dans la même intensité émotive. Par devoir (de mémoire) mais surtout par plaisir, nous irons les encourager !

 

 

Philippe Escalier

(Crédit photos : Nicolas OLIVIER)

 

Les Déchargeurs : 3, rue des Déchargeurs 75001 Paris M° Chatelet-Les Halles

Du mardi au samedi à 19 h 30 jusqu’au 29 septembre 2007 – 08 92 70 12 28

Jean-Pierre Marielle

 

Il est de retour mi-septembre 2007 au théâtre de l’Œuvre
avec Les Mots et la Chose. Face à une
jeune comédienne chargée de synchroniser des films érotiques incarnée par
Agathe Natanson, Jean-Pierre Marielle est le professeur venu apporter des cours
de vocabulaire sur ce qui, de près ou de loin, concerne « la
chose » ! Rencontre avec un immense comédien, qui, entre autres
confidences, nous dit son bonheur de jouer le texte truculent de Jean-Claude Carrière.

Comment êtes-vous
arrivé sur ce spectacle ?

J’ai beaucoup travaillé avec Jean-Claude Carrière et j’ai
déjà joué Les Mots et la Chose face à
Carole Bouquet avant de le reprendre avec Agathe Natanson. Mais c’est la
première fois que je fais ce genre de spectacle où il faut s’effacer derrière
les mots pour faire passer l’humour, la grâce et le charme que Jean-Claude
Carrière a mis dans ce texte.

C’est un plaisir de
retrouver le théâtre de l’Œuvre ?

Tous les soirs quand j’arrive dans le foyer où nous sommes
je lance : « Bonsoir monsieur
Anouilh ! »
Durant deux ans, j’y ai joué sa pièce Les Poissons rouges avec Michel Galabru.
C’est un endroit qu’Anouilh adorait. Du reste, je le vois, il est toujours
là !

Au cinéma, vous avez
eu la chance d’avoir des rôles très différents !

Oui, j’ai eu un type d’emploi comme on les appelle mais j’en
suis sorti, notamment grâce à l’énorme succès que furent Les Galettes de Pont-Aven. Ensuite j’ai fait des films avec des
personnages qui ne se ressemblaient pas, et tant mieux, car c’est la diversité
qui m’intéresse dans ce métier.

Dans le lot, y a-t-il
eu un personnage qui vous ressemblait ?

Vous savez, j’ai un peu de mal à parler de moi parce que je
ne sais pas trop à quoi je ressemble. Jouer c’est ma vie et j’ai commencé au
lycée poussé par mon prof de lettres qui m’a dit un jour : « Si j’étais vous, je me présenterais
au Conservatoire. »
rires). Quelque part, il avait raison, parce que pour moi, les
choses se sont passées simplement. Je dirais qu’elles se sont faites à mon
insu, je n’ai jamais sollicité, je n’ai jamais passé d’audition, j’ai tourné
très jeune, des petits rôles (j’ai eu beaucoup de seconds rôles) et puis cela
s’est fait, de façon relativement facile ; c’est de la chance cela !

Ce que j’ai fait et quand j’en suis sorti, j’ai
tout de suite commencé à travailler, ce qui a fait dire à mon père que ce
métier était vraiment d’une facilité incroyable (

Entre vous et Agathe
Natanson, le metteur en scène a eu l’idée de glisser un jeune musicien…

Oh oui, un jeune homme formidable ! Pierre-François
Dufour fait partie du Grand Orchestre de Bordeaux où il est violoncelle solo.
Et, le soir, lorsqu’il n’est pas avec nous, pour son plaisir, il devient
batteur de jazz. Il a une grande présence en scène et apporte beaucoup au spectacle.

Sur le plan
personnel, vous êtes amateur de musique ?

Beaucoup. Je suis un grand fan de jazz. Je vais souvent au
New Morning. Dans le temps, j’allais au Vieux Colombier. À l’époque, quand nous
jouions dans cette salle, il y avait en dessous Sidney Bechet qui jouait et
nous devions parler plus fort pour passer par-dessus sa musique. Cela dit,
ensuite on allait l’écouter !

Propos recueillis par Philippe Escalier pour :
http://www.sensitif.fr

Théâtre de l’œuvre :
55, rue de Clichy 75009 Paris M° Place de Clichy

Du mardi au samedi à 19 h jusqu’au 3 novembre 2007

01 44 53 88 88

 

Denyse Willem

Par Vincent Dessouroux

 

 

Une imagination débordante et des personnages atypiques évoluant dans des univers hors du temps ont permis à Denyse Willem de s’imposer dans l’univers de l’art plastique.

 

Tout commence pour elle en 1943 dans le petit village de Blégny où elle voit le jour. Déjà toute jeune, elle s’adonne à de nombreuses activités récréatives telles que le dessin et le théâtre, avant de franchir, un peu plus tard, les portes de l’Académie royale des beaux-arts de Liège en 1958. Là, elle perfectionne le dessin, la gravure et la peinture décorative, faisant de la femme son thème de prédilection. De fait, l’artiste aime à s’approprier les rôles de la femme revendicatrice, de la femme fatale, en passant par la Méduse aux cheveux de serpents, usant de ses charmes paralysants, ou encore celui du Chaperon rouge, tenant fermement le loup par la main. Denyse Willem, qui aime à jouer avec les fables et les mythes, cache derrière le loup sa propre vision de l’homme, qu’elle dépeint aussi parfois avec des traits plus féminins, suscitant la curiosité et l’enthousiasme des personnes de son sexe. Sorte d’utopie de l’androgynie mais surtout de la véritable égalité des hommes et des femmes.

à partir du milieu des années 70, l’art de Denyse Willem se transpose au théâtre. L’artiste aborde la mise en scène avec des tons acidulés où, une fois les rideaux rouges relevés, les personnages, costumés et évoluant dans des paysages aux passés lointains, esquissent leurs sourires ironiques afin de donner à la vie ses aspects comiques ou tragiques. William Shakespeare disait d’ailleurs : « Je tiens ce monde pour ce qu’il est : un théâtre où chacun doit jouer son rôle. »

Toutes ces caractéristiques font de l’œuvre de Denyse Willem un ensemble riche et visuel offrant des filiations avec les peintures de l’Amérique latine, et plus particulièrement celle de Frida Kahlo ou encore de Paul Delvaux où des figures féminines, fortement érotisées, évoluent dans des paysages oniriques. Poétique, magique et enchanteur, autant d’adjectifs pouvant qualifier l’art de cette grande artiste qui s’inscrit à part entière dans le mouvement de la « néo-peinture », celui-là même qui consacre le retour aux mythes.

Pour ceux et celles qui veulent en savoir plus sur l’univers étonnant de cette artiste, un seul lien : www.denysewillem.com. Il faut également signaler qu’elle sera visible à la prochaine foire internationale d’art de Toronto du 25 au 29 octobre 2007 et représentée par la galerie Mineta Contemporary de Bruxelles.

 

Armande Altaï

 

 

Dans le cadre tranquille du petit salon de thé de la librairie Blue Book Paris, nous avons, avec beaucoup de plaisir, rencontré Armande Altaï à l’occasion de la sortie de son dernier album, Héroïnes Fantaisies.

Dans cet album, vous mélangez les genres et visiblement, vous vous faites plaisir !

Je n’aime pas trop le triomphe des catégories, les gothiques (devenus tristes), les nouvelles chansons françaises (avec plein d’originaux élevés en batterie), le rock devenu conservateur ou le rap qui a vieilli. Aujourd’hui les jeunes, avec leurs jeux, écoutent des musiques très mélangées, je suis plus près de cela et je ne veux pas entrer dans ces cases où l’on adore enfermer les gens ni me mettre à faire plein de chansons mignonnes juste pour vendre des disques. Un artiste doit chaque fois se faire plaisir ! Je me suis toujours donné les moyens de n’en faire qu’à ma tête.

Quels ont été vos grandes sources d’inspiration ?

En Turquie, avec ma mère, j’écoutais Oum Kalsoum mais aussi Chaliapine, Nat King Cole. Et puis, lorsque nous avons débarqué en France en 1949, chargés de tous nos drames familiaux, et que nous avons découvert la légèreté française, je me suis glissée volontiers dans cet univers. À l’époque, nous avons pu manquer d’argent mais jamais de livres ou de disques. Je dois avouer une préférence pour les grandiloquents, j’adore Queen, Led Zeppelin, Pink Martini, Björk. Mais j’ai été « fabriquée » par une foultitude de héros et d’héroïnes.

D’où le titre de cet album ! Sa gestation a été longue ?

Certains morceaux datent d’il y a très longtemps. Tous ont été choisis parmi le thème des héroïnes de fantaisie. J’ai voulu aussi faire entendre les vraies sonorités de morceaux classiques très connus, réécrire quelques histoires comme celle de Solveig (mise en musique par Grieg) et plus largement, utiliser des musiques très différentes mais toutes chargées de petites histoires personnelles et de nostalgie.

Pour en venir à vous, vous semblez avoir des rapports assez étroits avec les gays…

Cela s’est toujours fait naturellement. Beaucoup viennent à mes concerts, certains m’ont copié d’ailleurs. Les gays de ma génération étaient moins embourgeoisés, ils étaient plus dans l’élite. Aujourd’hui, beaucoup de choses se sont démocratisées, de nombreux gays aiment les variétés françaises qui leur rappellent leur enfance, et heureusement d’ailleurs qu’ils sont là pour sauver les vieilles chanteuses !

Vous savez, quand on parle avec un homo, on est sur le même plan et franchement, cela fait du bien ! Ceci dit, beaucoup de jeunes hétéros, du moins ceux ayant perdu les vieilles attitudes un peu machistes, ont tendance à leur ressembler (gentils, élégants). L’avantage d’être une vieille « sexygénaire » fait aussi que les rapports sont plus libres !

Quel genre de professeur êtes-vous ?

Je ne laisse rien passer. Je corrige et je démontre. Je refais les sons de l’élève et je lui montre ce qu’il faut changer. J’aime ces rapports, je trouve que c’est la plus belle communication qui existe. Et il ne faut surtout pas d’autoritarisme. Dès qu’on blesse, il y a la gorge qui se serre tout de suite et là, on ne peut plus rien obtenir. Angoisse signifie gorge serrée. C’est presque un travail de psy, qui réclame beaucoup d’exigence et beaucoup d’affection.

Cet album réalisé, je suppose que vous avez d’autres projets ?

Oui, toujours ! J’ai retrouvé Henri Padovani qui a été mon guitariste et a été le premier du groupe Police. J’aimerais beaucoup retravailler avec lui. Dans un mes disques, j’ai eu Andy Clark qui était le clavier de Bowie. Je voudrais retrouver des musiciens de cette trempe !

Héroïnes Fantaisies : O+ Music – http://www.oplus.org – 17,50 euros

Philippe Escalier pour www.sensitif.fr

 

 

La mort de Jean-Claude Brialy

Il aura marqué un demi-siècle de cinéma, de théâtre, (il avait racheté Les Bouffes Parisiens qu’avant lui Jean Marais avait dirigé) et de vie parisienne. En personnage bien éduqué qu’il était, il aura attendu la fin du Festival de Cannes pour tirer sa révérence.

Jean-Claude Brialy, que certains de ses amis avaient surnommé avec humour « La paillette, nous voilà ! » était aussi un personnage pudique, fidèle en amitié, simple et toujours accessible. Son combat en faveur de la lutte contre le sida et l’acceptation de l’homosexualité n’aura pas cherché à choquer le bourgeois mais à être efficace.

 

Nous publions la dernière interview que le comédien nous a donné, il y a un peu plus de deux ans.

 

 

JEAN-CLAUDE BRIALY

 

Dans son théâtre des Bouffes Parisiens, Jean-Claude Brialy nous a reçu pour parler du rôle marginal et extravagant qu’il a accepté de jouer dans « People, Jet Set 2 », le nouveau film de Fabien Onteniente (sortie le 19 mai). Avec la sobriété et la courtoisie qui l’ont toujours caractérisé, l’acteur nous a fait quelques confidences sur sa vie et ses projets.

 

« People » est un film qu’au départ vous ne vouliez pas faire ?

Je fais beaucoup moins de cinéma. Parfois, par amitié, il m’arrive de jouer des rôles assez courts, sinon je me consacre à quelques projets qui me tiennent à cœur comme « Les Rois maudits » que Josée Dayan et Jeanne Moreau vont préparer pour la télévision. Je connais Fabien Onteniente pour avoir vu « Jet Set ». Il m’a envoyé son nouveau scénario, je me suis beaucoup amusé à le lire, mais j’ai trouvé le rôle de Minimo insignifiant. Devant mon refus de faire de la figuration, il a insisté. Cette amabilité à mon égard m’a touché, un acteur est toujours heureux d’être demandé, d’être désiré par un jeune metteur en scène. Je lui ai donné quelques idées que j’avais sur ce personnage jusque-là très en dehors de l’action. Pas question pour moi de faire une espèce de « grosse lope » qui n’a rien à dire et qui bave ! J’ai précisé à Fabien que je connaissais des gens comme Minimo, très touchants parce qu’ils n’avaient rien : pas d’argent, pas d’amour, pas d’amis. Ils se sentent inutiles dans leur vie et souvent, ça se termine mal. Il ne s’agissait pas de mettre du drame dans cette folie, mais je tenais à faire sentir la solitude de ce personnage pathétique. Je voulais aussi me changer complètement, faire une composition, mettre une perruque mal teinte. On a rajouté deux scènes et du coup, je devenais vivant. Ceci dit, ce n’est pas le rôle de ma vie et je sais que ceux qui ne m’aiment pas vont en faire des gorges chaudes ! En tous cas, je le joue avec mon énergie et ma fantaisie.

Vous souciez-vous du qu’en-dira-t-on ?

Non, franchement non, catégoriquement non, mais tout de même, on est blessé par des articles qui se veulent méchants. Vous savez, quand j’ai commencé ici, aux Bouffes Parisiens, avec « Le Nègre » de Didier Van Cauvelaert, inconnu alors, j’ai pris un risque. J’ai eu un article dans Le Monde qui m’a descendu. J’étais devenu un vieux con ! Alors, même si j’en prends et si j’en laisse, on en prend un peu quand même ! Maintenant, si je suis là après cinquante ans, c’est qu’il y a bien un petit quelque chose !

Vous pensez qu’il est important que l’on fasse ce genre de film ?

Rien n’est important mon cher ! Certains films – ils sont rares – font avancer les choses sur des sujets graves et sérieux. Il est bon qu’à côté, on puisse prendre des libertés et distraire. Celui qui a le plus fait rire ses contemporains, c’est Molière. Il a usé de la caricature en exagérant un peu le trait. Alors dans ce film, il y a un regard cruel sur ce monde qui existe, sur cette jet set inutile, parasite et ennuyeuse.

Le risque n’est-il pas de produire un amalgame entre ce monde-là et l’homosexualité ?

Le film n’est pas un jugement sur les gays. José Garcia, qui est le contraire d’un homo, joue son personnage avec beaucoup de finesse. Sans excès. Il existe une façon de caricaturer les homosexuels, je n’ai jamais voulu de ça ! Avec Gérard Oury, j’ai joué un travesti, mais c’était un rôle particulier. Chaque fois que j’ai joué un homo, je l’ai fait très virilement. Par contre, le côté militant n’est pas mon fort, je suis contre tout ce qui est gay pride…

Pour quelles raisons ?

Je n’aime pas, justement, que l’on montre d’une façon caricaturale…

La caricature provient de la télé qui se complaît dans les stéréotypes : dans une gay pride il y a 500 000 personnes et des gens très différents !

Oui, je trouve formidable que la société commence un peu à accepter les gens qui sont différents. Mais il n’y a pas non plus de raisons de faire croire que les homosexuels sont les gens les plus drôles, les plus intelligents, les plus merveilleux, ils sont comme les autres ! Ce qui est bien, c’est de balayer les jugements péjoratifs que l’on a eu si longtemps sur les homosexuels qui étaient soit maudits, soit mis sur un piédestal.

Vous préparez un film ayant pour titre « V comme Verlaine » ?

J’ai écrit, il y très longtemps, un scénario que je voulais tourner. J’ai l’impression que c’est le moment de le ressortir et de travailler dessus. Il s’agit d’un prof de français, marié, père de famille, menant une vie « normale » qui finit par tomber amoureux d’un de ses jeunes élèves. Ce sera d’abord le scandale, puis le drame.

Vous n’avez pas envie d’une histoire d’amour qui se termine bien ?

Vous savez, j’ai vu beaucoup d’exemples de cette sorte autour de moi. J’ai joué, l’an dernier, avec Line Renaud « Poste restante » de Noel Coward, un dramaturge qui a mal vécu son homosexualité, voyant son amant la nuit, en cachette. Cette pièce est un peu l’histoire de sa vie. Eh bien, beaucoup d’épouses, de mères sont venues me voir pour me raconter des histoires similaires.

Restons dans le théâtre : quels seront les temps forts des Bouffes Parisiens la saison prochaine ?

A la rentrée, je vais prendre à nouveau des risques avec une grande production, « Pygmalion », de Bernard Shaw avec notamment Barbara Schultz. Je vais faire un Guitry avec Jean-Laurent Cochet et puis, peut-être, je jouerais seul sur scène le spectacle qui raconte ma vie.

Encouragé par le succès de votre livre, « Le Ruisseau des Singes » ?

Oui, succès tel d’ailleurs que les éditeurs m’en ont demandé un second, le problème c’est que je n’ai qu’une vie ! Mais comme nous avions enlevé 400 pages dans le premier, j’y ai rajouté ce qui m’est arrivé depuis dix ans. Là-dessus, j’ai trouvé un titre qui m’amuse, ce sera : « J’ai oublié de vous dire ! »

A ce sujet, vous avez toujours peu parlé de votre vie privée ! Une façon de vous protéger ?

Non, mais ça n’intéresse personne. Je trouve triste que les certaines actrices soient vues en train de faire des œufs sur le plat ou avec une marmaille autour d’elle. Comment voulez-vous que les gens rêvent ? Quand j’étais jeune, mes idoles étaient Ava Gardner, Marlène Dietrich, Marilyn Monroe, des femmes inaccessibles. J’ai vécu deux fois avec des garçons, vingt-trois ans avec l’un, avec l’autre cela dure depuis vingt-deux ans. Quel intérêt de médiatiser quelqu’un qui, en plus, ne veut pas l’être ? Mais ça ne nous empêche pas d’être ensemble autant que possible. Finalement, ce qui m’importe dans la vie des gens que je connais, n’est pas de savoir avec qui ils sont mais s’ils sont heureux. Le reste, je m’en tape complètement !

Vous avez une recette du bonheur ?

Si c’était le cas, je l’appliquerais tous les jours !  Je suis en quête du bonheur comme tout le monde. L’age venant, je m’aperçois qu’il faut compter toutes les secondes et ne pas laisser les bons moments s’échapper. Hier soir, j’ai vu une belle pièce, « Les Amazones » et avant-hier « Portrait de famille ». Ce sont des instants où, comme lorsque je joue, j’oublie un peu tout, notamment la conjoncture peu facile, sans jamais oublier que je suis un privilégié !

 

Philippe Escalier

 

Le Cirque du Soleil de retour à Paris

ALEGRIA

 

Le Cirque du Soleil a déjà ébloui Paris en 2005 avec Saltimbanco. Après deux ans d’attente, la venue d’Alegria permet aux Parisiens de renouer avec ce cirque d’exception.

 

Bien loin des chapiteaux d’antan, il n’est nullement exagéré de prétendre que vous n’avez jamais connu pareil cirque ! Celui-ci est né il y a plus de vingt ans, à Baie-Saint-Paul, près de la ville de Québec, de la rencontre de quelques saltimbanques passionnés par les spectacles de rue sous l’égide de son directeur actuel, Guy Laliberté. La troupe a grandi avec des succès, considérables et comporte aujourd’hui, toutes catégories confondues, plus de 3 600 personnes. Plusieurs « Cirque du Soleil » différents se produisent, en même temps, sur tous les continents et ses spectateurs se comptent par dizaines de millions.

 

Avec Alegria, c’est l’allégresse, la jubilation et la magie qui entourent les numéros traditionnels de l’art circassien déclinés sous la forme la plus spectaculaire qui soit. La mise en scène à la fois festive, colorée, musicale et stylisée est étudiée pour que tout jusqu’au moindre détail soit beau à couper le souffle. Les amateurs de sensations fortes seront servis : un spectacle du Cirque du Soleil est une féérie impossible à oublier !

Jusqu’au 15 juillet 2007

Rue André Campra 93210 Saint-Denis

RER D Stade de France

Du mardi au dimanche

www.cirquedusoleil.com

 

Interview Claire Nadeau

Par Xavier Leherpeur pour www.sensitif.fr

 

Connue du grand public pour avoir travaillé à la télévision auprès de Stéphane Collaro, Claire Nadeau mène depuis plus de trente ans une carrière au cinéma et au théâtre où se conjuguent passion et éclectisme.  

Jouer a-t-il toujours été votre rêve de petite fille ?

Oui. À tel point – comme je ne voulais pas me l’avouer car ma famille était plutôt intellectuelle et faire actrice faisait un peu « bas de gamme » (rires) –,disais-je, que je voulais être interprète… mais de langues étrangères ! J’ai du coup commencé par la danse, le côté représentation me plaisait beaucoup, puis le bac – car il fallait bien le passer – et enfin le Conservatoire.

Au théâtre vous avez joué à la fois au TNP, au café-théâtre, au Splendid, dans le privé et sans distinction les grands auteurs et des pièces plus légères…

Tant qu’à faire ! Autant aller voir partout (rires) !

Votre nature comique, indissociable de votre image, s’est-elle vite révélée ?

Pas vraiment. Sans doute à cause de mon physique de grande brune mince et de ma nature plutôt renfermée, j’ai commencé par jouer les jeunes premières dramatiques. Et pour tout dire, je m’ennuyais plutôt. Puis j’ai rencontré Coluche qui m’a fait faire des sketches. Et je me souviens qu’à l’époque, je me demandais en moi-même « mais on a le droit de faire l’andouille ? ». Et ce fut le bonheur. Enfin, je m’amusais.

À la fin du mois, vous serez à l’affiche du Théâtre 13 dans Le Mandat de Nikolaï Erdman, une pièce écrite en URSS en 1924 mais jamais publiée du vivant de son auteur.

C’est Stéphane Douret, le metteur en scène, qui m’a envoyé la pièce. Et je suis tombée sur un texte extraordinaire. C’est burlesque, visionnaire, insolent, cruel, amer… et le tout sur un mode très vif, très alerte.

Vous y campez le personnage principal.

C’est une commerçante dont le magasin puis l’appartement ont été réquisitionnés. Elle se retrouve dans la dèche la plus totale et essaie de survivre en enjoignant son fils d’aller s’inscrire au parti.

Stéphane Douret parle d’une pièce politique… apolitique.

Oui, car il n’y a pas de parti pris. Les héros n’ont aucun point de vue. Ce sont tous des opportunistes dont la seule motivation est d’essayer de sauver leur peau. Soit en allant s’inscrire à toute vitesse au parti, soit en essayant de rétablir l’impératrice sur le trône, qui n’est autre que la cuisinière déguisée (rires) ! Il n’y a aucun jugement politique mais l’époque où elle est écrite fait d’elle une pièce très politique.

Vous venez aussi de tourner dans le nouveau film d’Isabelle Mergeault, Je vous trouve très beau.

J’interprète un personnage décalé qui me plaît beaucoup. Celui d’une femme qui ne s’est pas vue vieillir, s’habillant avec des cuissardes et les cheveux bouclés, comme une jeune fille qu’elle n’est plus du tout.

Un rôle que beaucoup de comédiennes hésiteraient à endosser.

Je ne sais pas pourquoi, mais il y a quelque chose avec l’âge qui me fait rire. Dans la pièce de Ruquier Si c’était à refaire, lorsque je rentrais sur le plateau, une secrétaire appelait son patron pour le prévenir que sa mère était là. Et il lui répondait « ce n’est pas ma mère, c’est ma femme » ! Ça me faisait mourir de rire… et j’ai accepté ce rôle rien que pour cette réplique (rires) !

Théâtre 13

103A, boulevard Auguste Blanqui 75013 Paris

M° Glacière

Du 24 avril au 13 juin : le mardi, mercredi et vendredi à 20 h 30

Le jeudi et samedi à 1 9h 30, le dimanche à 15 h 30

01 45 88 62 22

 

 

 

 

Interview de Jean-Claude Dreyfus

Homme de spectacle présent sur tous les fronts, ce comédien reste d’une absolue fidélité à la scène où il peut donner toute la mesure de son talent. L’adaptation du Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens au Vingtième Théâtre lui apporte un rôle en or et nous offre le plaisir d’une rencontre.

 

Gérald Garutti a adapté le livre de Jean-Léon Beauvois et Robert-Vincent Joule. Que diable faites-vous dans cette pièce ?

 

(Rires.) J’y joue une double partition très jubilatoire, le diable (avec de jolies cornes) et le bon Dieu, et accessoirement Corneille ! Le spectacle, avec un peu de magie, de parodie, de poésie, quelques effets, beaucoup d’humour, est presque du cabaret, ce qui n’est pas pour me déplaire. On aborde les grands manipulateurs de quelque bord que ce soit, et ce en pleine campagne électorale où, tout de même, la manipulation reste un peu le b.a.-ba. Mais nous, nous sommes plus drôles !

 

Comment nourrissez-vous vos personnages ?

De tout ce qui m’environne et m’enrichit. De plus, Gérald Garutti est un metteur en scène qui a toujours beaucoup d’idées, ce qui ne m’empêche pas de lui proposer plein de choses, étant plutôt généreux et inventif avec mes personnages. Pour le bon Dieu, j’ai trouvé cette astuce de le rendre aveugle. Ce ne sont pas les idées qui manquent, je dois tout noter sans quoi j’oublie ! Après, on garde ce qui marche et on le refait tous les soirs : finalement, c’est du boulot en plus !

 

Quand on vous suit parce qu’on aime votre travail, on reste un peu essoufflé. Vous n’arrêtez jamais ! Prendre de l’âge dans ce métier c’est rajeunir ?

Pas tout à fait ! On se fatigue plus vite, je peux en témoigner. Mais j’ai du mal à refuser ce qui m’attire. Dans quelques jours, le 18 avril, sort au cinéma La Fontaine ou le Défi de Daniel Vigne où Lorant Deutsch incarne le fabuliste. Quant à moi, j’incarne un joli personnage qui doit surveiller pour le roi ce farfelu génial. La Fontaine est universellement connu, et pourtant c’est le premier film qui lui est consacré.

Par ailleurs, je serai à Avignon en juillet. Mais auparavant, fin juin, je pars en Bretagne pour trois grandes soirées autour de la sortie du second disque de rock celte d’Alan Simon. Et puis, durant Avignon, je m’évade pour labelliser (labelliser, c’est plus rigolo que parrainer, non ?) le festival de Sancerre qui va regrouper quelques grandes pointures du jazz.

 

La campagne électorale, pour en dire un mot, vous passionne ou vous assomme ?

C’est un peu tristounet. Surtout au début, avec les « débats » pour choisir la candidate qui étaient des monologues de solitude totale imposés par la gagnante, on le sait. Ce qui est bien, c’est qu’il y ait trois candidats actuellement, et surtout que le troisième ne soit pas « l’autre » ! D’accord Bayrou est de droite…

 

Mais Royal aussi !

Oui, c’est la caractéristique aujourd’hui, ils sont tous de droite !

 

Revenons à nos moutons : content d’être dans ce théâtre, si j’ai bien compris ?

Oui, vraiment. C’est une bonne salle. Il faut juste vaincre les dernières réticences : il y a quelques jours, deux dames très chics sont venues me demander ce que je faisais. J’ai parlé du spectacle et lorsque j’ai précisé où je jouerai, elles ont fait la grimace. Alors je leur ai dit : « Mais c’est à Paris, il y a un métro, des bus, des cafés, c’est comme si vous étiez dans le XVe, simplement c’est plus gai ! »

Philippe Escalier pour www.sensitif.fr

Photo :

Patrice Berchery Dipzone Studio

Vingtième Théâtre

7, rue des Plâtrières 75020 Paris

M° Ménilmontant

Jusqu’au 13 mai :

Du mercredi au samedi à 20 h, le dimanche à 15 h

01 43 66 01 13

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