La mort de Jean-Claude Brialy

Il aura marqué un demi-siècle de cinéma, de théâtre, (il avait racheté Les Bouffes Parisiens qu’avant lui Jean Marais avait dirigé) et de vie parisienne. En personnage bien éduqué qu’il était, il aura attendu la fin du Festival de Cannes pour tirer sa révérence.

Jean-Claude Brialy, que certains de ses amis avaient surnommé avec humour « La paillette, nous voilà ! » était aussi un personnage pudique, fidèle en amitié, simple et toujours accessible. Son combat en faveur de la lutte contre le sida et l’acceptation de l’homosexualité n’aura pas cherché à choquer le bourgeois mais à être efficace.

 

Nous publions la dernière interview que le comédien nous a donné, il y a un peu plus de deux ans.

 

 

JEAN-CLAUDE BRIALY

 

Dans son théâtre des Bouffes Parisiens, Jean-Claude Brialy nous a reçu pour parler du rôle marginal et extravagant qu’il a accepté de jouer dans « People, Jet Set 2 », le nouveau film de Fabien Onteniente (sortie le 19 mai). Avec la sobriété et la courtoisie qui l’ont toujours caractérisé, l’acteur nous a fait quelques confidences sur sa vie et ses projets.

 

« People » est un film qu’au départ vous ne vouliez pas faire ?

Je fais beaucoup moins de cinéma. Parfois, par amitié, il m’arrive de jouer des rôles assez courts, sinon je me consacre à quelques projets qui me tiennent à cœur comme « Les Rois maudits » que Josée Dayan et Jeanne Moreau vont préparer pour la télévision. Je connais Fabien Onteniente pour avoir vu « Jet Set ». Il m’a envoyé son nouveau scénario, je me suis beaucoup amusé à le lire, mais j’ai trouvé le rôle de Minimo insignifiant. Devant mon refus de faire de la figuration, il a insisté. Cette amabilité à mon égard m’a touché, un acteur est toujours heureux d’être demandé, d’être désiré par un jeune metteur en scène. Je lui ai donné quelques idées que j’avais sur ce personnage jusque-là très en dehors de l’action. Pas question pour moi de faire une espèce de « grosse lope » qui n’a rien à dire et qui bave ! J’ai précisé à Fabien que je connaissais des gens comme Minimo, très touchants parce qu’ils n’avaient rien : pas d’argent, pas d’amour, pas d’amis. Ils se sentent inutiles dans leur vie et souvent, ça se termine mal. Il ne s’agissait pas de mettre du drame dans cette folie, mais je tenais à faire sentir la solitude de ce personnage pathétique. Je voulais aussi me changer complètement, faire une composition, mettre une perruque mal teinte. On a rajouté deux scènes et du coup, je devenais vivant. Ceci dit, ce n’est pas le rôle de ma vie et je sais que ceux qui ne m’aiment pas vont en faire des gorges chaudes ! En tous cas, je le joue avec mon énergie et ma fantaisie.

Vous souciez-vous du qu’en-dira-t-on ?

Non, franchement non, catégoriquement non, mais tout de même, on est blessé par des articles qui se veulent méchants. Vous savez, quand j’ai commencé ici, aux Bouffes Parisiens, avec « Le Nègre » de Didier Van Cauvelaert, inconnu alors, j’ai pris un risque. J’ai eu un article dans Le Monde qui m’a descendu. J’étais devenu un vieux con ! Alors, même si j’en prends et si j’en laisse, on en prend un peu quand même ! Maintenant, si je suis là après cinquante ans, c’est qu’il y a bien un petit quelque chose !

Vous pensez qu’il est important que l’on fasse ce genre de film ?

Rien n’est important mon cher ! Certains films – ils sont rares – font avancer les choses sur des sujets graves et sérieux. Il est bon qu’à côté, on puisse prendre des libertés et distraire. Celui qui a le plus fait rire ses contemporains, c’est Molière. Il a usé de la caricature en exagérant un peu le trait. Alors dans ce film, il y a un regard cruel sur ce monde qui existe, sur cette jet set inutile, parasite et ennuyeuse.

Le risque n’est-il pas de produire un amalgame entre ce monde-là et l’homosexualité ?

Le film n’est pas un jugement sur les gays. José Garcia, qui est le contraire d’un homo, joue son personnage avec beaucoup de finesse. Sans excès. Il existe une façon de caricaturer les homosexuels, je n’ai jamais voulu de ça ! Avec Gérard Oury, j’ai joué un travesti, mais c’était un rôle particulier. Chaque fois que j’ai joué un homo, je l’ai fait très virilement. Par contre, le côté militant n’est pas mon fort, je suis contre tout ce qui est gay pride…

Pour quelles raisons ?

Je n’aime pas, justement, que l’on montre d’une façon caricaturale…

La caricature provient de la télé qui se complaît dans les stéréotypes : dans une gay pride il y a 500 000 personnes et des gens très différents !

Oui, je trouve formidable que la société commence un peu à accepter les gens qui sont différents. Mais il n’y a pas non plus de raisons de faire croire que les homosexuels sont les gens les plus drôles, les plus intelligents, les plus merveilleux, ils sont comme les autres ! Ce qui est bien, c’est de balayer les jugements péjoratifs que l’on a eu si longtemps sur les homosexuels qui étaient soit maudits, soit mis sur un piédestal.

Vous préparez un film ayant pour titre « V comme Verlaine » ?

J’ai écrit, il y très longtemps, un scénario que je voulais tourner. J’ai l’impression que c’est le moment de le ressortir et de travailler dessus. Il s’agit d’un prof de français, marié, père de famille, menant une vie « normale » qui finit par tomber amoureux d’un de ses jeunes élèves. Ce sera d’abord le scandale, puis le drame.

Vous n’avez pas envie d’une histoire d’amour qui se termine bien ?

Vous savez, j’ai vu beaucoup d’exemples de cette sorte autour de moi. J’ai joué, l’an dernier, avec Line Renaud « Poste restante » de Noel Coward, un dramaturge qui a mal vécu son homosexualité, voyant son amant la nuit, en cachette. Cette pièce est un peu l’histoire de sa vie. Eh bien, beaucoup d’épouses, de mères sont venues me voir pour me raconter des histoires similaires.

Restons dans le théâtre : quels seront les temps forts des Bouffes Parisiens la saison prochaine ?

A la rentrée, je vais prendre à nouveau des risques avec une grande production, « Pygmalion », de Bernard Shaw avec notamment Barbara Schultz. Je vais faire un Guitry avec Jean-Laurent Cochet et puis, peut-être, je jouerais seul sur scène le spectacle qui raconte ma vie.

Encouragé par le succès de votre livre, « Le Ruisseau des Singes » ?

Oui, succès tel d’ailleurs que les éditeurs m’en ont demandé un second, le problème c’est que je n’ai qu’une vie ! Mais comme nous avions enlevé 400 pages dans le premier, j’y ai rajouté ce qui m’est arrivé depuis dix ans. Là-dessus, j’ai trouvé un titre qui m’amuse, ce sera : « J’ai oublié de vous dire ! »

A ce sujet, vous avez toujours peu parlé de votre vie privée ! Une façon de vous protéger ?

Non, mais ça n’intéresse personne. Je trouve triste que les certaines actrices soient vues en train de faire des œufs sur le plat ou avec une marmaille autour d’elle. Comment voulez-vous que les gens rêvent ? Quand j’étais jeune, mes idoles étaient Ava Gardner, Marlène Dietrich, Marilyn Monroe, des femmes inaccessibles. J’ai vécu deux fois avec des garçons, vingt-trois ans avec l’un, avec l’autre cela dure depuis vingt-deux ans. Quel intérêt de médiatiser quelqu’un qui, en plus, ne veut pas l’être ? Mais ça ne nous empêche pas d’être ensemble autant que possible. Finalement, ce qui m’importe dans la vie des gens que je connais, n’est pas de savoir avec qui ils sont mais s’ils sont heureux. Le reste, je m’en tape complètement !

Vous avez une recette du bonheur ?

Si c’était le cas, je l’appliquerais tous les jours !  Je suis en quête du bonheur comme tout le monde. L’age venant, je m’aperçois qu’il faut compter toutes les secondes et ne pas laisser les bons moments s’échapper. Hier soir, j’ai vu une belle pièce, « Les Amazones » et avant-hier « Portrait de famille ». Ce sont des instants où, comme lorsque je joue, j’oublie un peu tout, notamment la conjoncture peu facile, sans jamais oublier que je suis un privilégié !

 

Philippe Escalier

 

A propos Sensitif

Journaliste, photographe, éditeur du magazine Sensitif : www.sensitif.fr
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2 commentaires pour La mort de Jean-Claude Brialy

  1. JéRômE dit :

    Une carrière très dense, et très complète: cinéma, théatre, télé et radio
    J

  2. Sylvain dit :

    Un artiste généreux, boulimique de luxure et de plaisirs simples et enivrants…Rarement un comédien n\’aura donné à ceux qui l\’ont observé une telle impression de considération, de respect.
    Un homme affable et amoureux de la vie et de ceux qui la traversent.
     
    A bientôt Philippe
    Sylvain

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