Bent

 

Berlin 1934, Max vit une vie insouciante où fêtes, drogue et sexe se confondent. Son ami Rudy, bohème et danseur, n’a guère de prise sur lui. Tous deux terminent une soirée agitée en ramenant Wolf à leur domicile. Ce jeune Allemand va, quelques heures après, se faire assassiner sous leurs yeux par les nazis. La Nuit des longs couteaux (moment sanglant où les SS liquident les SA, dirigées par Röhm, un homo assumé) vient de commencer. Les deux amants doivent fuir et se cacher avant qu’une imprudence ne permette de les capturer. Rudy, soupçonné d’être un intellectuel du fait de ses lunettes en écailles, sera tué sur place tandis que Max est acheminé vers Dachau. Croyant bien faire, il se dit juif pour échapper au triangle rose, celui-là même que doit porter Horst dont la rencontre va être source d’un peu d’amour. Mais dans l’horreur des camps de concentration, ce mot, pas plus que les détenus, n’a d’avenir.

 

Bent est une pièce majeure commençant comme Cabaret et se terminant comme Nuit et brouillard. Écrite dans les années 70 par Martin Sherman, un juif homosexuel, elle décrit la condition des victimes du triangle rose quand, trente ans après la guerre, l’homophobie ambiante (notamment dans la communauté juive) rejette avec mépris les souffrances subies par ces hommes différents. Militant par définition, ce texte humain, généreux et drôle (l’un des exploits de Sherman est de parvenir à nous faire sourire tout au long de cette terrible histoire) a une portée universelle. Avec des mots simples, cette pièce parle d’amour, de la lutte pour s’affirmer, rester en vie et conserver quoi qu’il advienne sa part d’humanité. C’est un moment rare où l’art rejoint la pédagogie.

 

Nicolas Guilleminot, fortement marqué par la pièce, a mis dix ans avant de réaliser son projet. Reprenant l’adaptation de Thierry Lavat, avec dix comédiens, il donne vie à sa vision de Bent dans l’espace réduit des Déchargeurs. Une vision humaine de ce drame, laissant une vraie place à la partie introductive qui se déroule dans le cabaret de Greta (excellent Gérald Teste qui se révèle dans son rôle travesti) dont les chants accompagnés au piano par Sylvain Bugajski rythment les moments euphoriques du début. Aux côtés de Didier Chopard, Christophe Jehanno, Olivier Pochon et Jean-Marc Dethorey, Baptiste Heynemann interprète un Rudy bavard, naïf à souhait. Antoine Coutou se livre avec souplesse à quelques facéties pendant que les spectateurs s’installent, et se coule ensuite avec facilité dans le personnage fruste de Wolf. Philippe Le Gall et Tony Incandella (Horst et Max), seuls en scène pour la dernière partie, communient dans la même intensité émotive. Par devoir (de mémoire) mais surtout par plaisir, nous irons les encourager !

 

 

Philippe Escalier

(Crédit photos : Nicolas OLIVIER)

 

Les Déchargeurs : 3, rue des Déchargeurs 75001 Paris M° Chatelet-Les Halles

Du mardi au samedi à 19 h 30 jusqu’au 29 septembre 2007 – 08 92 70 12 28

A propos Sensitif

Journaliste, photographe, éditeur du magazine Sensitif : www.sensitif.fr
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